« Le FIPA n’est qu’un début ! »

Le FIPA, c’est aussi des rencontres entre professionnels et la présentation de projets audiovisuels. Nous avons rencontré Martine Vidalenc, productrice au sein de sa société « MarmitaFilms », et présente au FIPA pour présenter Un paseo con Franco lors de la séance de « pitches » organisée durant le festival.

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de "Paseo con Franco"

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de « Paseo con Franco »

Quelles sont les différentes étapes de production d’une œuvre audiovisuelle ?

Un producteur a un rôle d’accompagnement de projets et de créateurs qui lui tiennent à cœur. C’est un véritable engagement dans le processus créatif. Il faut accueillir le projet, et savoir lui donner le temps qu’il nécessite, la respiration dont il a besoin. Tout commence par la rencontre entre un auteur et un producteur, autour d’un projet plus ou moins développé. Cette phase est primordiale car c’est à chaque fois une nouvelle aventure qui commence, comme un petit mariage dans lequel on s’engage.

Puis il faut réaliser un diagnostic sur l’état d’avancement du projet, et définir exactement vers quoi il s’oriente : un film d’histoire ne sera pas diffusé de la même façon qu’un film de société. Cette étape est très importante pour se diriger par la suite vers les bons interlocuteurs. Une fois les financements trouvés, un budget peut être défini et le tournage peut commencer.

Enfin, la phase de diffusion est vitale. Les films ne sont pas faits pour rester dans des placards mais pour entrer en contact avec le public. C’est une dynamique qui implique d’aller jusqu’au bout de la démarche et de ne pas se contenter de tourner un film et de passer à un autre. Mais là aussi, il faut savoir à quel diffuseur proposer quel production, et à quel festival les inscrire.

Que vous apportent le FIPA Industry et les rencontres avec les professionnels ?

C’est une expérience très positive dans un espace agréable qui permet de créer une proximité immédiate entre les professionnels. Le projet que nous présentons aujourd’hui au FIPA, « Un paseo con Franco » en est encore au stade de l’écriture. Cette présence au FIPA est donc très importante car elle nous permet de proposer un projet nouveau, de susciter la curiosité, et de recevoir les réactions de certains diffuseurs. Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec les réalisateurs Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier et nous souhaitons inscrire le projet dans cette continuité tout en proposant quelque chose de nouveau. Ces rencontres au FIPA Industry ne sont qu’un début et devront être prolongés sur d’autres terrains.

Est-ce qu’un réalisateur ou un producteur peut réussir à vivre de ses œuvres ?

En effet, ce n’est pas simple, particulièrement lorsque l’on produit des documentaires. Les profils des auteurs et des réalisateurs sont très différents. Certains ont une double profession et sont à la fois réalisateurs et journalistes, ou enseignants. Et beaucoup portent leur projet sur plusieurs années et ne réalisent qu’un documentaire tous les quatre à cinq ans. Quelques-uns parviennent à vivre exclusivement de leur art, grâce aux conditions plutôt favorables en France qui permettent de toucher des droits lors des diffusions et de bénéficier du statut d’intermittent. Quant aux producteurs, afin de vivre de leur métier, doivent parfois faire des concessions et définir leur ligne éditoriale. Quoi qu’il en soit, cela reste difficile d’écrire ou de produire. Ce n’est pas loin d’un sacerdoce, et il faut s’engager pleinement.

Publicités

Les pitches sessions : 7 minutes pour convaincre

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Pour la première fois cette année, le FIPA Industry propose aux réalisateurs de présenter leur projet de création devant un panel de producteurs et diffuseurs internationaux lors des pitches session.

Le concept des pitches sessions du FIPA Industry est simple. Un réalisateur a sept minutes pour présenter son projet, et lorsque le temps imparti est écoulé, les membres du panel disposent de huit minutes pour poser des questions, s’ils en ont l’envie. « Cette forme de présentation de projets afin de rencontrer des producteurs et diffuseurs n’est pas nouvelle, explique Jean Pelletier, membre du panel pour Radio Canada. Les pitches sessions sont nées à l’International Documentary Filmfestival Amsterdam, et le festival Hot Docs de Toronto en a organisé par la suite. Ces moments sont importants car ils permettent un rapprochement entre les producteurs, et scénaristes. »

Le FIPA a souhaité mettre en place ces sessions afin de développer sa dimension professionnelle. « Il est établi que le FIPA est un carrefour de la création, avec les projections de documentaires, reportages et fictions. Cette année, le Festival a souhaité renforcer sa fonction de point de rencontre entre les professionnels de l’audiovisuels » précise Frédéric Pittoors, consultant et animateur des sessions de pitches. « Nous avons invité des représentants de plusieurs chaînes européennes et internationales, tels que France 5, Radio Canada, ou RTBF. C’est l’occasion pour des projets d’obtenir des financements, et se confronter à la réalité du marché et des avis de professionnels. »

Une étape essentielle mais pas si facile

Seize projets étaient présentés cette année. 16 sur 142 proposés. « Le Fipa a sélectionné les projets  en fonction de leur intérêt, de leur qualité éditoriale, de leur faisabilité, de leur stade de développement. Ils doivent aussi correspondre aux tendances du moment. Ainsi, le thème de la guerre revient pas mal cette année. » remarque Frédéric Pittoors. Le format n’est pas imposé. Ainsi documentaires comme séries sont proposées, et à  des stades de production très différents. Certains peuvent présenter un teaser, quand d’autres en sont encore aux premières recherches.

Sept minutes pour être convaincant ? Pas si facile pour les réalisateurs. Le FIPA les a aidés à se préparer. « Pour nous, c’est une véritable étape structurante dans le développement de notre projet, mais il a fallu apprendre à donner beaucoup d’informations en peu de temps. » confie Sandrine Mercier, venue faire un pitch pour un projet intitulé Paseo con Franco. Le FIPA a alors organisé des sessions de coaching. « On a un peu l’impression de retourner à l’école, rigole Sandrine, mais c’était intéressant d’apprendre à choisir les bons mots et à bien se tenir ».

Après les pitches sessions, le stress de la présentation retombe un peu pour les réalisateurs. Un peu seulement car l’épreuve n’est pas terminée. Les producteurs et réalisateurs rencontrent ensuite en tête à tête les diffuseurs membres du panel qu’ils ont intéressés

. Le meilleur pitch sera récompensé à la fin d’un prix de 2000 euros donné par le FIPA.