Le FIPA et ses festivaliers entrent dans la danse

Effervescence sur le parvis de la Gare du Midi. Le 27ème Festival International des Programmes Audiovisuels (FIPA) s’ouvre ce soir avec le documentaire suisse O Samba sur le compositeur brésilien Martinho da Vila. De quoi charmer le public sur une note exotique.

La cérémonie d'ouverture de la 27ème édition du FIPA à Biarritz

La cérémonie d’ouverture de la 27ème édition du FIPA à Biarritz

Les dépliants du festival biarrot parsèment les travées, bondées. Un public majoritairement composé de seniors prend lentement place face au grand écran. Pour cinq jours, Biarritz revêt ses habits de lumière, mais pas n’importe lesquels : ceux de la création audiovisuelle, illumination d’un monde ébloui par la domination de la télévision. Le FIPA, lui, éclaire les projets novateurs et démarre avec le documentaire O Samba, sur la danse au Brésil. Qu’attendent les quelques 900 spectateurs de la salle Atalaya ? « J’espère que ce sera aussi joyeux que sur l’affiche », glisse une dame aux cheveux grisonnants en pointant la description du documentaire O Samba. 20h30, extinction des feux ; il est temps d’entrer dans le vif du sujet.

Entre protocole et improvisation

Les jurys des six catégories défilent sur l’estrade. Dimanche, ces professionnels devront départager les œuvres en compétition et décerner les différents prix aux meilleures créations. Le public, lui, ne demande qu’à en prendre plein les yeux. Silencieusement, il se laisse gagner par le cérémonial instauré par l’organisation. « Ah, ils ne font pas les choses à moitié ! », constate un couple, surpris. Pourtant, l’heure n’est déjà plus aux présentations officielles des jurés. Georges Gachot, le réalisateur d’O Samba, et Martinho da Vila, le sambista mis à l’honneur ce soir, montent sur scène au son des applaudissements nourris des 900 spectateurs. Da Vila, visiblement ému de faire face à une audience conquise par ses charmes, entame un air traditionnel brésilien. La salle s’évade doucement et gagne une atmosphère qu’elle ne quittera plus cette semaine.

Tudo bem pour les spectateurs

Une heure et demie plus tard, le public ressort enthousiasmé par cette escapade musicale au Brésil. Pour François, Biarrot et habitué du FIPA, la partition est récitée à merveille : « Comment ne pas aimer un tel portrait ? Martinho da Vila est exceptionnel, plein de rythme, et le documentaire permet de voir Rio d’une autre façon. Il ne nous reste plus qu’à danser ! ». Comme le soulignait le président du FIPA Didier Decoin un peu plus tôt dans la soirée, « il ne faut pas confondre progression et progrès. La progression, c’est linéaire et inintéressant, alors que le progrès, c’est explorer de nouvelles choses, tenter de nouveaux projets. » Au sortir d’une projection aussi rythmée que dépaysante, le public ne s’y trompe pas, certains s’essayant même à quelques pas de la danse du soir dans le hall de l’ancienne gare. A n’en pas douter, le FIPA est paré pour réussir sa chorégraphie audiovisuelle annuelle.

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O Samba

La promesse de ce documentaire réalisé par Geroges Gachot est de nous montrer la Samba de la manière la plus authentique possible, bien loin des clichés des spectacles pour touristes organisés pendant le grand carnaval de Rio. La samba, c’est cette danse brésilienne faite de percussions tribales, de chants immémoriaux et de mouvements de hanche sensuels.

O Samba

O Samba

Chaque année, dans les rues de Rio, les écoles de Samba s’affrontent dans une immense orgie de costumes à plumes et de tambour. Nous suivons donc les danseurs de la Vila Isabela, l’une des plus réputées et sa mascotte, le compositeur Martinho da Vila.

Un apôtre de l’hédonisme

Martinho da Vila est un de ces personnages atypiques qui, lorsqu’on leur pose une question, ne peuvent répondre autrement qu’en attrapant un instrument et en improvisant une ballade passionnée au sujet d’une ancienne conquête féminine. Martinho pourrait bien être l’ambassadeur de la samba tant il semble l’incarner parfaitement, jusque dans sa philosophie de vie. Des quartiers de Rio en plein préparatifs des festivités jusqu’aux rues parisiennes où il va rencontrer Nana Mouskouri pour un duo aussi improbable que réjouissant, nous suivons les pérégrinations de cet apôtre de l’hédonisme.

La samba revêt évidemment une dimension sociale, c’est la musique qui s’élève du cœur des favelas. Mais il n’est pas question ici de revendication politique ou de lutte de classes, la samba, c’est simplement la célébration de la vie, la fierté de venir de ces quartiers populaires, enfin et surtout la fierté d’être brésilien. Ce mélange de sensualité et d’extraversion fait complètement partie de la culture sud-américaine, comme l’analyse un des protagonistes du documentaire qui concède néanmoins que les Européens en font autant mais de manière pudique.

Le plan qu’on retiendra : la dernière image où le défilé des danseurs passe au milieu du public, suivi immédiatement d’un cortège de balayeurs qui effacent les traces de cette débauche de percussions et de plumes, comme pour souligner le côté éphémère de la performance. Puis dans le coin de l’image, cette femme qui continue à danser toute seule comme possédée par la musique. Et lorsque les lumières se rallument, on se surprendrait presque à en faire de même.