Faire partie du jury?« J’adore ! »

Pascale Bourgaux, grand reporter et présidente du jury pour la catégorie  « grand reportage » donne son sentiment sur l’exercice de juré au FIPA. Rencontre.

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pour vous, c’est quoi être membre d’un jury pour le FIPA ?

J’adore ! C’est une grande découverte. Je n’avais jamais été jury de ma vie dans un festival. Mais j’adore pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’on voit pleins de beaux films, pleins de beaux sujets, qu’on apprend des choses et qu’on voyage… Le voyage est obligatoire. On a un choix qui est imposé. On découvre alors des choses qu’on n’aurait peut être pas été voir si on avait dû choisir comme quand on va au cinéma. Première chose donc on apprend, donc on ne perd pas son temps forcément.

Quoi d’autre encore ?

On fait fonctionner un cerveau que normalement on ne fait pas fonctionner. On ne regarde pas seulement  le film pour passer un bon moment. On doit aussi avoir un regard de professionnel, est-ce que c’est bien tourné, monté etc. Donc ça c’est très agréable puisque l’on se rend compte qu’avec notre petite expérience on n’est pas complètement nul !

Autre chose ?

Cela me donne confiance en moi. Et je pense que cela prend du temps de prendre confiance en soi, surtout quand on fait ce métier… Ce n’est pas simple. On vit des situations difficiles. Et là tout d’un coup, non seulement on nous demande notre avis, on nous écoute, on nous chouchoute ! On n’est pas toujours chouchouté, on ne nous écoute pas toujours. Donc c’est génial. Cela me donne beaucoup de confiance et aussi beaucoup d’inspiration.

J’ai vu que aviez présenté au FIPA 2012 Les larmes du seigneur afghan. Qu’est ce que ça fait d’être de l’autre côté de l’écran ?

On se rend compte à quel point c’est effectivement compliqué de choisir entre des films. Quand on participe avec un film, on y va avec son bébé. On a envie que le bébé soit aimé par un maximum de gens, on met son cœur sur la table. Et quand on est de l’autre côté, c’est l’inverse. On est là, on est froid, on n’a pas souffert pour faire le film, on n’a pas perdu d’argent, on n’a pas perdu d’amis sur le terrain. On est juste là dans une salle et on regarde. C’est une autre approche. C’est un autre stress aussi.

Parmi les films que vous jugez est-ce que vous connaissiez déjà certains producteurs, réalisateurs ?

C’est un petit milieu. Il y a  des gens qu’on connait, qu’on côtoie… C’est très compliqué. Je ne savais pas si je pouvais leur dire bonjour ! Mais tout le monde connaît les règles du jeu. Donc on se dit bonjour. Cela se passe très bien.

Cela ne vous gêne pas de juger vos pairs justement ?

La fonction crée l’organe, moi ça me va très bien. C’est très compliqué et je crois justement que c’est quand on a souffert pour faire des films, pour aller sur des terrains difficiles, qu’on peut être apte à faire cela. Je n’aurais  jamais pu faire ça il y a dix ans. C’est impossible. C’est un truc de vieux. Peut-être pas de vieux mais il faut avoir un minimum d’expérience sinon on ne peut pas juger les autres. Je n’ai pas tout fait non plus. Mais voilà je commence à avoir un regard sur les choses, qui n’est peut être pas intéressant. Mais on m’a choisi donc je fais le travail! J’aime beaucoup.

Etes-vous prête à retenter l’expérience ?

S’ils ont encore besoin de moi au FIPA je reviens. J’adore ça ! Vraiment !

Pascale Bourgaux est un grand reporter spécialisée dans le Moyen-Orient, notamment l’Iran, l’Afghanistan ou encore l’Irak. Après avoir longtemps travaillé pour la chaîne de télévision belge RTBF, elle vit aujourd’hui à Paris et travaille pour différents médias comme France 24, France 2 ou encore Le Monde. Elle donne aussi des cours à Sciences Po et fait également du BD-reportage.

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Etre membre du jury des Jeunes européens, une « expérience inoubliable »

12 des membres du jury des Jeunes Européens

12 des membres du jury des Jeunes Européens

Ils ont entre 15 et 17 ans, viennent de 13 pays européens différents, parlent couramment français et forment le Jury des Jeunes Européens. Ce soir, ils remettront un prix aux créations en compétition dans la catégorie « grands reportages et investigation » du Fipa.

Quand on les rencontre, assis ensemble au café de la Gare du Midi de Biarritz, on a le sentiment de faire connaissance avec une bande d’amis cosmopolite, où la complicité et l’humour sont de mises. Pourtant, quelques jours plus tôt, ils ne se connaissaient pas. Ils viennent de pays très différents et c’est le Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz qui les a réunis pour composer le Jury des Jeunes Européens.

Depuis plusieurs années, le Fipa propose à treize lycéens de l’Union Européenne de participer à ce jury. «Pour chaque édition du festival, douze pays différents sont sélectionnés, en plus de la France, et on fait un roulement. Par exemple, si cette année, nous avons un juré venu de Suède, l’année prochaine nous n’en aurons pas » explique Fannou, qui s’occupe d’eux et les accompagne tout au long de leur séjour dans la ville biarrote.

Pour être sélectionné, ils ont dû rédiger une lettre de motivation et s’acquitter de frais d’inscription de 50 euros. Par la suite, ils ont été contactés par l’équipe du Fipa pour un entretien téléphonique, permettant de vérifier leur maîtrise de la langue française et leur ouverture culturelle. « Nous ne recherchons pas spécialement des jeunes lycéens incollables sur le cinéma et le monde audiovisuel en général. Nous privilégions la diversité et nous obtenons un jury comprenant des profils très différents ». Si quelques-uns, tels que Kenatea, suivent des options en lien avec l’univers audiovisuel, la plupart abordent le cinéma seulement comme un loisir.

Ce ne sont donc pas des professionnels, mais des jeunes curieux et ouverts sur le monde. Ils ont pour mission de choisir une œuvre parmi celles sélectionnés dans la catégorie « grand reportage et investigation », qu’ils récompenseront du prix du jury des Jeunes européens. « C’est gratifiant de savoir que l’on va remettre un prix qui a autant de poids et de valeur que celui des adultes » confie Léonarda. Alors, chaque jour, ils assistent à cinq projections. « On part dès que le reportage est terminé, c’est frustrant de ne pas voir les réalisateurs parler de leur film, mais il ne faut pas que nous soyons influencés dans notre décision » commente Kenatea. Et chaque soir, ils débriefent les films vus, sous l’égide du journaliste de Télérama Samuel Gontier.

Et lorsqu’on leur demande s’ils sont toujours du même avis, les réponses fusent : « non ! », « jamais ! », « pas du tout ! ». S. Gontier les aide à juger les films suivant une liste de critères tels que l’originalité et la qualité du sujet, la structure, le déroulement, le potentiel de diffusion. « Le problème c’est qu’on ne privilégie pas tous les même critères ! Certains préfèrent les émotions, d’autres les qualités techniques » raconte Pedro. Hector renchérit en déclarant que lui vote vraiment « avec son cœur et en fonction de ce qu’il a ressenti ».

Des émotions, des découvertes, et des voyages

S’ils n’ont pas le droit de révéler leurs coups de cœur avant la remise des prix samedi soir, ils sont d’accord pour dire qu’avec les douze documentaires, ils ont voyagé, découvert d’autres mondes, d’autres façons de vivre, ont développé une connaissance plus fine de l’actualité. Ils ont souvent été surpris, parfois enchantés, et quelques fois déçus. Et si ce n’est pas le cas de Marcel, les autres admettent qu’il leur est arrivé d’être choqués. « C’est dur de voir un cadavre d’enfant avec le sang et les organes, surtout que nous savons que ce n’est pas de la fiction mais la réalité » reconnaît ainsi Shervin.

Le Fipa terminé, leur mission de jurés accomplie, ils repartiront dans leur pays. « Souvent, ils restent en contact et se revoient, des années plus tard, c’est chouette » déclare Fannou, qui suit les Jeunes Européens depuis huit ans maintenant. Parmi les membres du jury des Jeunes Européens, peu d’entre eux souhaitent travailler dans le monde de l’audiovisuel. « Moi, j’aimerais faire du droit, mais je continuerai à regarder des documentaires et à aller souvent au cinéma » affirme Pedro tandis que Nicholas hésite de son côté entre une carrière de chirurgien et de réalisateur.

Tous conseillent aux jeunes lycéens de s’inscrire et de tenter leur chance. « C’est vrai qu’au début, c’est un peu effrayant de ne connaître personne. Mais on devient très vite tous amis » assure Léonarda. Pas besoin d’être un spécialiste du cinéma, il suffit d’être curieux et d’en avoir envie. « C’est une véritable opportunité de voir les films en premier » s’exclame Darina tandis que Shervin conclut que « c’est une expérience inoubliable d’être juré d’un tel festival, ça apporte une telle ouverture sur le monde, sur l’Europe et sur l’actualité ».

Les anecdotes de Sophie

Moment détente. Crédit Photo : Yann Lagarde.

Moment détente. Crédit Photo : Yann Lagarde.

Raconter les histoires drôles, c’est pas mon truc. Mais quand même, Sophie, hôtesse de caisse, de jurys, de salle depuis 14 ans au FIPA, elle en a de bien bonnes.


Pantoufles et magazines

Le FIPA, c’est un timing très serré : les films doivent commencer à l’heure. Oui mais voilà, quand la Présidente du jury se fait attendre, tout le monde attend. La pauvre gisait inanimée dans sa salle de bain de l’Hôtel du Palais, et a dû être transportée à l’hôpital. Alors Sophie, parce qu’elle prend soin de son jury, est venue lui apporter pantoufles et magazines. Du coup, l’hôtesse a été remerciée par un dîner en tête à tête avec la productrice belge, au restaurant de l’Hôtel du Palais, ouvert juste pour l’occasion. Plutôt sympa.

WANTED : DENT
Encore un retard. Cette fois d’un des membres du jury, qui finit par arriver, main devant la bouche, avec l’air sacrément embêté. Monsieur avait perdu une dent en dégustant un de ces fameux sandwichs du FIPA. Sophie, qui ne perd pas de vue la priorité des horaires, envoie le jury en salle de projection. Pendant ce temps, très professionnelle, elle part à la recherche de la regrettée canine sur le parvis du casino. Après un « appel à son ange gardien », mue d’une soudaine intuition, elle se retourne et trouve enfin la dent. Elle file retrouver le malheureux amputé, lui rend son bien et est remerciée d’une bise sur le front.

Être hôtesse au FIPA est donc un investissement de tous les instants et qui peut être très varié… Les anecdotes sont encore nombreuses, notamment un voyage dans un coffre.

Repère : les catégories, les prix et les jurys

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d'ouverture

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d’ouverture

Cette année, 93 œuvres sont en compétition pour la 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels. Séries, fictions, documentaires, grands reportages, Fipa d’or, Eurofipa d’honneur… Pas évident de s’y retrouver ! Un rappel des catégories, des prix, et des jurés vous aidera à surfer sur la vague Fipa 2014.

  • Catégorie fiction. Séries, adaptation télévisée d’une pièce de théâtre, téléfilms…  Variées sont les créations qui s’affronteront dans cette section. Le jury, composé du président Alain Tasma (scénariste et réalisateur), de Carlos Saboga (auteur) et de Béatrice Thiriet (compositrice), décernera cinq récompenses : le Fipa d’or, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, celui de la meilleure interprétation masculine, un autre pour la meilleure musique et enfin un Fipa d’or sera attribué au meilleur scénario.
  • Catégorie série. Venues de France, de Suède, du Mexique ou encore d’Israël, les œuvres de cette catégorie seront en compétition pour cinq prix (Fipa d’or, Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, le Fipa d’or de la meilleure musique et celui du meilleur scénario). Le jury de cette catégorie est présidé par Podz (scénariste réalisateur), accompagné de Sylvie Coquart (scénariste) et Marie Kremer (comédienne).
  • Catégorie documentaire de création. Dans cette catégorie, des productions didactiques sur des thèmes aussi variés qu’un mouvement radical inuit, Churchill ou Picasso s’affronteront pour obtenir un Fipa d’or. Celui-ci sera décerné par un jury constitué du président Mahamat Saleh Haroun (auteur et réalisateur), Jean-Christophe Klotz (auteur, réalisateur) et Amélie Saillez (réalisatrice).
  • Catégorie grand reportage et investigation. Les œuvres d’enquête de cette section se disputeront aussi un Fipa d’Or, qui sera attribué par Pascale Bourgaux (réalisatrice), Danielle Arbid (réalisatrice, scénariste) et Pascal Paradou (journaliste), qui forment le jury. De plus, dans cette catégorie, un prix sera décerné par le jury des jeunes européens.
  • Catégorie musique et spectacle. Bruno Fontaine (compositeur) sera à la baguette du jury réunissant aussi Stéphanie Argerich (auteur) et Frédéric Fisbach (metteur en scène, comédien). Ils attribueront un Fipa d’or à une création artistique concourant dans cette section.
  • Catégorie Smartfip@ : cette dernière catégorie est la plus récente du Fipa. Elle rassemble la version 2.0 des programmes audiovisuels tels que du transmédia, de la narration immersive ou encore de la réalité augmentée. Un Fipa d’or – prix du public sera remis à une création 2.0 portée par la vague de la révolution technologique.

D’autres distinctions, hors catégorie, viendront compléter le palmarès 2014. D’abord, associé avec France Télévisions, le Prix Michel Mitrani, du nom du créateur du festival en 1987 distinguera une première ou deuxième œuvre européenne, quels que soient le genre et le format (fiction, série, documentaire, etc). Ensuite, le prix Jérôme Minet sera décerné à une société de production. Enfin, le réalisateur belge Jan Matthys se verra remettre l’Eurofipa d’honneur de cette 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels.