L’avis des étudiants

Le FIPA veille à favoriser l’éducation à l’image (FIPA campus), une attention toute particulière est donc accordée aux étudiants. BTS, écoles d’arts audiovisuels, master en produits multimédias, journalisme… Les formations représentées sont nombreuses et variées. Retour sur nos échanges entre djeunes.

Crédit Photo : FIPA 2014

Crédit Photo : FIPA 2014

Liberté de choix, obligation de rendu

Les étudiants décident librement des films qu’ils souhaitent voir. Alix, 20 ans, et Caroline, 24 ans, de l’École Supérieure d’Art (ESA) Rocailles, se sont décidées au dernier moment, à la sortie des cours, pour Alfred et Jakobine. Documentaire britannique sur l’histoire amoureuse de Jakobine Shou et Alfred Hobbs, ces demoiselles ont apprécié le fil directeur du film. Qui n’est autre qu’un taxi. Pour les retardataires intrigués, rediffusion vendredi 24 à 12h, à l’auditorium de Bellevue. Les BTS audiovisuel du Lycée Cassin (Bayonne) ont parfois choisi « parce que l’image était jolie », ou suite aux vifs conseils de leur professeur : c’est le cas pour JSDM.
Le format série séduit les étudiants. Les premières prévoyaient d’aller voir Ceux de 14. Du côté des BTS, on retient Hostages, réalisation israélienne dont ils attendent les prochains épisodes. Diffusion prévue sur Canal + au mois de mars.

Les étudiants qui disposent du pass FIPA sont tenus de produire un rendu. À l’ESA, comme au BTS, on leur demande de développer leur capacité d’analyse, de donner leurs impressions sur les projections. Exercices en marge des cours ou semaine dédiée au FIPA, tous les moyens sont bons pour profiter du festival.

« La télé, c’est un art »

Pour les étudiants, le principal intérêt du FIPA est qu’il propose une large variété de projections. La curiosité est le cœur de leur motivation. Ils viennent pour s’ouvrir l’esprit, voir autre chose, « sortir des stéréotypes ». Il s’agit de découvrir des films d’auteurs, mais aussi les jeunes talents. Ou encore des formats différents : le documentaire, redécouvert avec l’œuvre de Philippe Lubliner qui fait naître chez certains une potentielle vocation… Le tout est de développer sa culture audiovisuelle.

Chez les BTS, les centres d’intérêt peuvent être plus divers. En plus des projections, on s’intéresse à l’ambiance du festival. Mais aussi au travail de montage et de scénarisation, avec par exemple Grand Opéra Verdi (rediffusion vendredi 23, 13h45 au cinéma Le Royal).

Finalement, le FIPA est surtout une affaire de découverte pour des jeunes déjà passionnés. La relève de l’audiovisuel est assurée.

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Un film qui vous enivre

JSDM. Ou le sigle pas si évident pour Jeudi soir, Dimanche matin. Chez les jeunes, c’est le créneau le plus souvent choisi pour sortir. Et qui dit sortir, dit alcool. Voilà le sujet du documentaire de Philippe Lubliner : quel est le rapport des jeunes à l’alcool ? La production de Point du jour est sélectionnée dans la catégorie Grand Reportage. Si le sujet peut paraître classique, le format nous surprend.

Extrait du film. Crédit photos : Fipa 2014

Extrait du film. Crédit photos : Fipa 2014

Tout débute avec des chiffres : un collégien sur six déclare par exemple avoir déjà connu une situation d’ivresse. Ils ont entre 18 et 22 ans, sont chômeurs, étudiants, travaillent, et ils ont accepté de prendre part à ce film sur leur consommation d’alcool. L’intérêt de l’œuvre, c’est l’idée d’un atelier documentaire. Les acteurs sont aussi juges de leur image et co-auteurs. Ou comment « pousser jusqu’au bout le documentaire », selon les mots du réalisateur. Dans l’auditorium de Bellevue, le public a le sentiment d’avoir partagé leur vie, et d’avoir assisté à la création.

Des acteurs 24h/24
GoPro sur le front, caméra sur l’épaule, appareil photo numérique dans la main, le public est plongé dans l’intimité des soirées du jeudi (et vendredi, et samedi…) soir. Dès le départ, on saisit « le rapport fort avec l’alcool » que connaissent ces jeunes. Mais le documentaire présente différentes nuances dans ces comportements, ce qui permet d’éviter l’écueil de la diabolisation des jeunes. Certaines séquences évoquent bien sûr les dangers liés à ce type de pratique. Un des acteurs est filmé en train d’expliquer sa situation, celle d’un jeune homme qui ne peut plus passer une journée sans boire une ou deux canettes de bière. On peut cependant découvrir une certaine solidarité lorsque les jeunes boivent en soirée. Mais surtout, on comprend que le but est d’abord de se retrouver pour s’amuser : on chante, on danse, on rit, bref, « on s’en fout ».
Les jeunes sont aussi acteurs tout au long des discussions qui rythment le film. Entre eux, ou avec une infirmière, un préventologue, ils discutent de leur pratique, relativisent leurs comportements, rient de leurs derniers « exploits ».

Premiers juges de leurs images
L’idée de filmer les jeunes en train de visionner leurs images leur permet de prendre du recul, de se poser des questions. Tout d’abord autour du rôle de la caméra, entre objectivité et choix des images. Mais aussi sur leurs propres comportements : sont-ils en accord avec eux-mêmes ? Certains assument clairement cette part de leur vie, d’autres ont conscience des potentiels excès. Une grande sincérité naît de cette confrontation avec les images, les jeunes semblent émus de se revoir.
L’intérêt tient aussi à l’essai d’analyse que proposent les jeunes. Loin des discours officiels des médecins ou politiques, ils mettent en avant un certain amour de la destruction, une volonté de s’évader. Ils sont conscients du rôle que jouent les parents dans le rapport que les jeunes ont avec l’alcool. Ils estiment aussi être influencés par toutes les stratégies marketings, la grande accessibilité des boissons alcoolisés.

Acteurs co-auteurs
Les jeunes l’expliquent tout au long du film : l’enjeu, c’était de montrer la réalité, d’être sincères dans leur démarche d’auteurs en herbe. On comprend donc ce qui a motivé les participants, pourquoi et comment ils prennent la parole ou choisissent quelles images montrer. Une véritable réflexion est faite sur l’intention des auteurs. Et le spectateur y a accès, ce qui est une véritable richesse.
La volonté de montrer la réalité se retrouve alors dans l’image et le son, souvent amateurs, toujours bruts. Les milieux dans lesquels évoluent les acteurs sont très aseptisés, impersonnels (rues, locaux municipaux…).
Cette démarche permet finalement au public jeune de se reconnaître dans certaines images des soirées (on connait tous quelqu’un qui chante Patrick Sébastien à chaque soirée), et peut-être de faire naître une réflexion sur leurs propres expériences.

Dans l’atelier documentaire, le sujet participe à la création du reportage, on ne se trouve plus dans une situation de face-à-face. Enfin une vision des jeunes, par les jeunes, et logiquement pour les jeunes.