J’ai déjeuné avec le lauréat du FIPA d’honneur 2014

Jan Matthys

Jan Matthys

Jan Matthys m’invite naturellement au restaurant pour m’accorder sa première interview en France. Le réalisateur belge, récompensé pour l’ensemble de sa carrière, préfère une discussion « dans l’ombre ». En toute humilité, il raconte sa passion pour son travail, à travers ce qu’il considère comme son chef d’œuvre, la série In Vlaamse Velden (Dans les champs flamands). Au prisme de l’histoire de vie de la famille Boesman, les spectateurs se plongent dans l’atmosphère de la Première guerre Mondiale, thème privilégié par le FIPA 2014.

Jan Matthys au sommet de son art

La première fois qu’on rencontre Jan Matthys, pour son discours à la cérémonie de remise du prix, c’est clair : il aime « rester hors des spots-lights ». La main un peu tremblante, il lit son discours qu’il a répété devant son miroir, expliquant pourquoi ce prix arrive au bon moment, louant les mérites de son équipe. Pour cette série, il a dû « aller au bout de [son] talent et de [sa] persévérance ». Il est fier d’avoir pu attirer l’attention de professionnels étrangers, et vit cela comme un véritable encouragement.
Mais cette fois, c’est différent, toutes ses productions précédentes lui ont servi de préparation pour réaliser ce travail de neuf mois, mobilisant plus de 150 personnes. Toujours avec cette volonté de rechercher la beauté et l’esthétique, le réalisateur fait de sa série une surprise émotionnelle pour les téléspectateurs. Le sujet de la Première Guerre mondiale, qui touche Jan Matthys depuis son enfance, suppose une grosse responsabilité. Le souci du détail a poussé le perfectionniste à assister à tous les cours des acteurs (par exemple pour se servir d’une arme).

« Je voudrais être un débutant pour toujours »

Pourtant, Jan Matthys veut rester dans une logique d’apprentissage, et souhaite avant tout faire ce qu’il aime, avec les gens qu’il aime. Une profonde amitié le lie à ses acteurs, et à son équipe, qui le suit depuis 20 ans. Dans le processus, le réalisateur travaille à l’intuition, raconte-t-il les yeux dans le vague, loin vers ses souvenirs du tournage.
Il a par exemple choisi des acteurs avec peu ou pas d’expérience, dans l’idée de trouver de nouveaux visages. Il l’a fait revenir sept fois, mais il le sentait, Lize Feryn serait Marie, un personnage central de la série. Et il a bien fait. Sur les images, elle captive et transperce le spectateur. Dès la diffusion du premier épisode, la nouvelle actrice a reçu de nombreuses propositions.
Dans son équipe, on se comprend en un regard, et cela se retrouve à l’écran. La scène d’exposition présente les personnages sans aucun dialogue, mais le public saisit les relations qui les nouent grâce aux jeux de caméra.

Après la diffusion du premier épisode de In Vlaamse Velden, les spectateurs sont accros, et les images restent longtemps en tête. Après une interview avec Jan Matthys, le retour à la réalité est tout aussi difficile.

« In Vlaamse Velden » réalisé par Jan Matthys, produit par Menuet,durée: 50 min.

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Amazonie et guerre des tranchées

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Connu pour la qualité de sa production documentaire, le Brésil s’illustre aussi par le développement de son secteur audiovisuel. Gros plan du FIPA 2014 sur ce pays, ainsi que sur le grande guerre et son imaginaire.

Festival avant tout international – comme l’indique son nom – le FIPA réunit des programmes de toutes origines, aussi bien françaises que mondiales. Au sein de cette floraison, un accent particulier est mis, dans cette édition 2014, sur l’un des principaux pays se plaçant cette année sous les feux de l’actualité : le Brésil, objet et lieu de production de six films documentaires qui seront projetés cette semaine à Biarritz. Se focalisant sur divers aspects du vaste état sud-américain, ces longs-métrages en dressent un portrait à la fois historique et contemporain, des chercheurs d’or à la catéchisation progressive des indigènes en passant par le football, la danse dans les favelas ou encore le portrait du chanteur Ney Matogrosso… Agenda qui sera complété par des interventions relatives à la situation de l’audiovisuel au Brésil, dans le cadre du FIPA Industry, l’espace dédié aux professionnels.

Le centenaire de la guerre 14-18 à la télévision

En parallèle à cette escapade brésilienne, un second gros plan sera opéré par la 27ème édition du Festival. Année commémorative en la matière, 2014 verra naturellement le FIPA se concentrer sur la Première Guerre mondiale, à travers sept productions, documentaires comme fictions. Françaises, belges, allemande et australienne, elles permettront d’aborder sous un angle international et multilatéral ce conflit majeur, ayant impliqué non seulement politiques et militaires, mais également l’ensemble de la population. Le film australien Anzac Girls, de Ken Cameron, fait ainsi revivre les péripéties vécues par des infirmières basées au Caire, tandis que celui du réalisateur belge Jan Matthys (par ailleurs EuroFipa d’honneur) s’attache à retracer l’histoire d’une famille que la Grande Guerre va bouleverser à jamais.

A l’aune de ces deux différents focus, un Festival qui s’inscrit donc résolument dans une perspective mêlant Histoire et actualité, à l’image de la diversité des productions qui y seront présentées.

Repère : les catégories, les prix et les jurys

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d'ouverture

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d’ouverture

Cette année, 93 œuvres sont en compétition pour la 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels. Séries, fictions, documentaires, grands reportages, Fipa d’or, Eurofipa d’honneur… Pas évident de s’y retrouver ! Un rappel des catégories, des prix, et des jurés vous aidera à surfer sur la vague Fipa 2014.

  • Catégorie fiction. Séries, adaptation télévisée d’une pièce de théâtre, téléfilms…  Variées sont les créations qui s’affronteront dans cette section. Le jury, composé du président Alain Tasma (scénariste et réalisateur), de Carlos Saboga (auteur) et de Béatrice Thiriet (compositrice), décernera cinq récompenses : le Fipa d’or, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, celui de la meilleure interprétation masculine, un autre pour la meilleure musique et enfin un Fipa d’or sera attribué au meilleur scénario.
  • Catégorie série. Venues de France, de Suède, du Mexique ou encore d’Israël, les œuvres de cette catégorie seront en compétition pour cinq prix (Fipa d’or, Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, le Fipa d’or de la meilleure musique et celui du meilleur scénario). Le jury de cette catégorie est présidé par Podz (scénariste réalisateur), accompagné de Sylvie Coquart (scénariste) et Marie Kremer (comédienne).
  • Catégorie documentaire de création. Dans cette catégorie, des productions didactiques sur des thèmes aussi variés qu’un mouvement radical inuit, Churchill ou Picasso s’affronteront pour obtenir un Fipa d’or. Celui-ci sera décerné par un jury constitué du président Mahamat Saleh Haroun (auteur et réalisateur), Jean-Christophe Klotz (auteur, réalisateur) et Amélie Saillez (réalisatrice).
  • Catégorie grand reportage et investigation. Les œuvres d’enquête de cette section se disputeront aussi un Fipa d’Or, qui sera attribué par Pascale Bourgaux (réalisatrice), Danielle Arbid (réalisatrice, scénariste) et Pascal Paradou (journaliste), qui forment le jury. De plus, dans cette catégorie, un prix sera décerné par le jury des jeunes européens.
  • Catégorie musique et spectacle. Bruno Fontaine (compositeur) sera à la baguette du jury réunissant aussi Stéphanie Argerich (auteur) et Frédéric Fisbach (metteur en scène, comédien). Ils attribueront un Fipa d’or à une création artistique concourant dans cette section.
  • Catégorie Smartfip@ : cette dernière catégorie est la plus récente du Fipa. Elle rassemble la version 2.0 des programmes audiovisuels tels que du transmédia, de la narration immersive ou encore de la réalité augmentée. Un Fipa d’or – prix du public sera remis à une création 2.0 portée par la vague de la révolution technologique.

D’autres distinctions, hors catégorie, viendront compléter le palmarès 2014. D’abord, associé avec France Télévisions, le Prix Michel Mitrani, du nom du créateur du festival en 1987 distinguera une première ou deuxième œuvre européenne, quels que soient le genre et le format (fiction, série, documentaire, etc). Ensuite, le prix Jérôme Minet sera décerné à une société de production. Enfin, le réalisateur belge Jan Matthys se verra remettre l’Eurofipa d’honneur de cette 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels.