Rencontre avec Grégory Gadebois

Pour sa 27ème édition, le FIPA de Biarritz a programmé quelques nouveautés parmi lesquelles les masterclass. Le premier invité de ces nouvelles rencontres était Grégory Gadebois. Le comédien, césarisé en 2012, s’est prêté, tout en retenue et pudeur, au jeu des questions/réponses avec la journaliste de France Culture Aude Lavigne et le public.

Mercredi, à 15 heures, au cœur du Casino municipal de Biarritz, avait lieu la première rencontre de l’édition 2014 du Fipa. Nouveautés du programme du festival, ces masterclass ont pour objectif « de présenter des créateurs au public », comme l’explique François Sauvagnargues, délégué général du FIPA. Le président de l’Adami, la société d’artistes – interprètes qui soutenait l’évènement, ajoute que « de tels instants permettent au public de découvrir ce qu’il se passe dans la tête d’un artiste ».  Le premier à s’essayer à l’exercice n’était autre que Grégory Gadebois, comédien. Guidé par Aude Lavigne, journaliste à France Culture, ce grand timide est revenu sur son parcours professionnel.

Du mauvais élève au pensionnaire de la Comédie Française

Gregory Gadebois, né une quarantaine d’année plus tôt en Normandie, n’était pas bon élève lorsqu’il était enfant. « On peut le dire, j’étais carrément nul » confesse-t-il avec un léger sourire. Perdu, il n’a aucune maîtrise sur sa vie et son avenir. Sa mère, pour l’aider à vaincre sa timidité, a alors l’idée de l’inscrire à un cours de théâtre. Faire carrière sur scène, il n’y avait encore jamais pensé. Selon lui, il s’est juste « retrouvé là ». C’est un univers riche, passionnant et intriguant qui s’ouvre pourtant à lui. Un nouveau monde, dans lequel celui qui a toujours souhaité faire comme les autres, trouve enfin  sa place.

Poussé par son professeur, il passe quelques temps plus tard le concours d’entrée au Conservatoire de Rouen. C’est un succès. Il enchaîne ensuite avec le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Là, il fait la rencontre de certains professeurs, parmi lesquels Catherine Higiel, chez qui il retrouve un écho de sa vision des choses, du monde, des gens. Une fois diplômé, il travaille quelques années sur scène et devant des caméras, avant de devenir pensionnaire pour cinq ans à la Comédie Française. A cette époque, il joue énormément. « Une fois, j’ai compté, j’avais joué 38 fois au cours d’un mois de février qui ne comptait que 28 jours ». De ces années, il retient une profonde expérience théâtrale.

La reconnaissance du grand public

En 2012, Grégory Gadebois décroche le césar du meilleur espoir masculin pour son rôle dans le film Angèle et Tony, d’Alix Delaporte. Il y joue le rôle d’un marin pêcheur, avec un cœur généreux, très observateur du monde qui l’entoure, très économe en paroles. « Je joue peut-être trop des silencieux » semble s’interroger l’acteur, devant le public du Fipa. C’est en effet aussi le rôle d’un homme non bavard qu’il joue au théâtre depuis plusieurs mois et qu’il est venu présenter au Fipa : Charlie, le héros de l’œuvre Des fleurs pour Algernon.

Gregory Gadebois

Grégory Gadebois

La pièce connaît un véritable succès à Paris, et est actuellement en tournée dans toute la France. L’adaptation télévisée réalisée par Yves Angelo est en compétition dans la catégorie fiction de la 27ème édition du Fipa. Et inutile de penser que Gadebois assistera aux projections programmées. « Je n’ai jamais vu aucun de mes films. Je préfère que les gens me disent ce qu’ils en pensent. Si jamais quelqu’un me voit, me dit qu’il a aimé, et que je le visionne ensuite, alors je saurais qu’il a menti. » Un grand acteur et comédien qui reste timide et presque pudique, malgré la reconnaissance du public pour son talent.

 

 

 

 

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Une souris et un homme

algernon

Le long-métrage Des fleurs pour Algernon, réalisé par Yves Angelo et dont l’unique rôle est confié à Gregory Gadebois, parvient à transcrire à l’écran la pièce de théâtre dont il s’est inspiré, et ce avec succès.

« C’est l’histoire d’un homme qui a pour partenaire une caméra qui le filme ». C’est ainsi que Yves Angelo résume la fiction qu’il a réalisé et qui est aujourd’hui présenté au FIPA : Des fleurs pour Algernon. Cette adaptation de la pièce de théâtre mise en scène par Anne Kessler, elle-même écrite d’après le roman de science fiction de Daniel Keyes, consiste en effet en un monologue porté de façon formidable par l’acteur Gregory Gadebois. Ce dernier parvient, en complicité avec son réalisateur, à transposer son rôle théâtral au petit écran et à en présenter d’autres aspects.

Charlie a un QI anormalement faible. Pourtant, il n’est pas bête, mais simple, et extrêmement motivé pour progresser, comme le soulignent les docteurs de l’hôpital. Ce qui le bloque, c’est qu’il ne parvient à penser, à imaginer, ou à se projeter. Il reste perdu dans un labyrinthe de perplexité, et se désole qu’une souris blanche du nom d’Algernon réussisse mieux que lui les tests soumis par les docteurs. Les choses vont progressivement changer lorsqu’il est sélectionné pour devenir le cobaye d’une expérience destinée à le rendre intelligent. Devenu Charles grâce au respect gagné en raison de son QI anormalement élevé, il n’en reste pas moins esseulé et coupé des moyens de communication avec le monde qui l’entoure.  C’est lorsque la souris Algernon, à laquelle il est très attaché et qui a subi la même opération que lui, montre les premiers signes de dégénérescence que Charles comprend que malgré toutes les connaissances engrangées, il est voué à redevenir Charlie à terme.

Un parcours en forme de courbe de Gauss

Les évolutions entre les états d’intelligence du personnage ne sont pas immédiates. Elles se font selon le modèle de la courbe de Gauss : une amélioration progressive, jusqu’à l’acmé, suivi d’une lente dégénérescence. Charles prend peu à peu conscience du monde qui l’entoure, du rire blessant de ceux qui se moquent de sa bêtise, et du ridicule microcosme de la bourgeoisie scientifique. Il comprend progressivement que l’on se sert de lui et qu’il n’est rien d’autre qu’un cobaye. Mais cette lente ascension lui permet en outre de goûter aux joies de la connaissance, de l’apprentissage universel des sciences, des arts et des lettres, et de trouver de nouvelles formes de langage comme la musique qui passe par son violoncelle. Il jouit également du pouvoir de séduction associé à cette intelligence, mais reste fidèle à son premier et éternel amour. Gregory Gadebois parvient avec brio à sublimer cette lente transformation tout en soulignant que Charles et Charlie ne sont pas deux personnes différentes mais bien un seul et même homme. Certes le langage se transforme, Charles gagne en confiance, mais il reste fidèle à Charlie, qui n’était pas un sous-homme contrairement à ce que pense le personnel hospitalier. Ce lien est préservé grâce à l’amitié qu’il entretient avec Algernon, qui évolue à ses côtés.

La caméra, dernier allié face à la solitude

Pour suivre cette lente progression à travers le tunnel de la connaissance, Yves Angelo a choisi un dispositif qui permet de souligner à la fois l’intériorité et l’extériorité du monologue. L’unique personnage est filmé durant tout le long métrage par une caméra portée, à laquelle il s’adresse telle une confidente. La caméra, et les spectateurs qui lui sont liés, n’est pas une présence désincarnée mais interpelle silencieusement Charlie, qui lui narre son parcours. C’est cette proximité crée avec le protagoniste, ainsi que la simplicité des décors déserts et la beauté de la photographie qui interpellent le spectateur et l’émeuvent. Le public du théâtre est ainsi remplacé par celui du cinéma par l’intermédiaire de la caméra. Le monologue et les silences prennent alors toute leur ampleur dans la bouche d’un Gregory Gadebois saisissant.