Et les FIPA d’or sont attribués à …

Le Palmarès de cette 27ème édition du FIPA a été dévoilé lors de la soirée de clôture du festival, suivi de la projection du téléfilm de Sarah Lévy, La clinique du Docteur Blanche. Retrouvez tous les détails sur les films et les jurys sur le site officiel du FIPA

Les Lauréats du 27ème FIPA (Crédits FIPA)

Les Lauréats du 27ème FIPA (Crédits FIPA)

Catégorie Fiction

FIPA d’or attribué à 3XManon de Jean-Xavier de Lestrade

FIPA d’or d’interprétation féminine attribué à Emily Watson pour son rôle dans The politician’s husband

FIPA d’or d’interprétation masculine attribué à Eduard Fernandez pour son rôle dans Descalç sobre la terra vermella

FIPA d’or du meilleur scénario attribué à Britta Stöckle pour le scénario de Pass gut auf ihn auf

FIPA d’or de la meilleure musique originale attribué à David Cervera pour la musique de Descalç sobre la terra vermella

 

Catégorie série

FIPA d’or attribué à Arvingerne d’August Pernilla

FIPA d’or d’interprétation féminine attribué à Helen McRory pour son rôle dans Peaky Blinders

FIPA d’or d’interprétation masculine attribué à Cilian Murphy pour son rôle dans Peaky Blinders

FIPA d’or du meilleur scénario attribué à Maya Ilsoe pour le scénario d’Arvingerne

FIPA d’or de la meilleure musique originale attribué à Martin Phillips pour la musique de Peaky Blinders

 

Catégorie documentaire de création

FIPA d’or attribué à Chante ton bac d’abord ! de David André

 

Catégorie Grand reportage et investigation

FIPA d’or attribué à Congo Business Case de Hans Bouma

 

Catégorie musique et spectacle

FIPA d’or attribué à Colin Davis in His Own Words de John Bridcut

 

Catégorie Smart Fip@

FIPA d’or attribué à 1914, Dernières nouvelles de Bérénice Meinsohn

 

Prix Mitrani attribué à Le Copain d’avant de Laurent Marocco et Françoise-Renée Jamet

Prix des Jeunes européens attribué à Bringing Tibet Home de Tenzin Tsetan Choklay

Prix Jérôme Minet attribué à Des Fleurs pour Algernon de Yves Angelo

Prix Télérama attribué à Art War de Marco Wilms

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Faire partie du jury?« J’adore ! »

Pascale Bourgaux, grand reporter et présidente du jury pour la catégorie  « grand reportage » donne son sentiment sur l’exercice de juré au FIPA. Rencontre.

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pour vous, c’est quoi être membre d’un jury pour le FIPA ?

J’adore ! C’est une grande découverte. Je n’avais jamais été jury de ma vie dans un festival. Mais j’adore pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’on voit pleins de beaux films, pleins de beaux sujets, qu’on apprend des choses et qu’on voyage… Le voyage est obligatoire. On a un choix qui est imposé. On découvre alors des choses qu’on n’aurait peut être pas été voir si on avait dû choisir comme quand on va au cinéma. Première chose donc on apprend, donc on ne perd pas son temps forcément.

Quoi d’autre encore ?

On fait fonctionner un cerveau que normalement on ne fait pas fonctionner. On ne regarde pas seulement  le film pour passer un bon moment. On doit aussi avoir un regard de professionnel, est-ce que c’est bien tourné, monté etc. Donc ça c’est très agréable puisque l’on se rend compte qu’avec notre petite expérience on n’est pas complètement nul !

Autre chose ?

Cela me donne confiance en moi. Et je pense que cela prend du temps de prendre confiance en soi, surtout quand on fait ce métier… Ce n’est pas simple. On vit des situations difficiles. Et là tout d’un coup, non seulement on nous demande notre avis, on nous écoute, on nous chouchoute ! On n’est pas toujours chouchouté, on ne nous écoute pas toujours. Donc c’est génial. Cela me donne beaucoup de confiance et aussi beaucoup d’inspiration.

J’ai vu que aviez présenté au FIPA 2012 Les larmes du seigneur afghan. Qu’est ce que ça fait d’être de l’autre côté de l’écran ?

On se rend compte à quel point c’est effectivement compliqué de choisir entre des films. Quand on participe avec un film, on y va avec son bébé. On a envie que le bébé soit aimé par un maximum de gens, on met son cœur sur la table. Et quand on est de l’autre côté, c’est l’inverse. On est là, on est froid, on n’a pas souffert pour faire le film, on n’a pas perdu d’argent, on n’a pas perdu d’amis sur le terrain. On est juste là dans une salle et on regarde. C’est une autre approche. C’est un autre stress aussi.

Parmi les films que vous jugez est-ce que vous connaissiez déjà certains producteurs, réalisateurs ?

C’est un petit milieu. Il y a  des gens qu’on connait, qu’on côtoie… C’est très compliqué. Je ne savais pas si je pouvais leur dire bonjour ! Mais tout le monde connaît les règles du jeu. Donc on se dit bonjour. Cela se passe très bien.

Cela ne vous gêne pas de juger vos pairs justement ?

La fonction crée l’organe, moi ça me va très bien. C’est très compliqué et je crois justement que c’est quand on a souffert pour faire des films, pour aller sur des terrains difficiles, qu’on peut être apte à faire cela. Je n’aurais  jamais pu faire ça il y a dix ans. C’est impossible. C’est un truc de vieux. Peut-être pas de vieux mais il faut avoir un minimum d’expérience sinon on ne peut pas juger les autres. Je n’ai pas tout fait non plus. Mais voilà je commence à avoir un regard sur les choses, qui n’est peut être pas intéressant. Mais on m’a choisi donc je fais le travail! J’aime beaucoup.

Etes-vous prête à retenter l’expérience ?

S’ils ont encore besoin de moi au FIPA je reviens. J’adore ça ! Vraiment !

Pascale Bourgaux est un grand reporter spécialisée dans le Moyen-Orient, notamment l’Iran, l’Afghanistan ou encore l’Irak. Après avoir longtemps travaillé pour la chaîne de télévision belge RTBF, elle vit aujourd’hui à Paris et travaille pour différents médias comme France 24, France 2 ou encore Le Monde. Elle donne aussi des cours à Sciences Po et fait également du BD-reportage.

Yves Angelo : « Ne pas se laisser perturber par le succès »

Le réalisateur Yves Angelo - Crédit photo : lepoint.fr

Le réalisateur Yves Angelo – Crédit photo : lepoint.fr

Le réalisateur du film Des fleurs pour Algernon revient avec Un grain dans les bobines sur la récompense accordée à la société de production F comme Film, qui a  financé ce projet. Loin d’être grisé par cette distinction, le cinéaste mesure le chemin parcouru depuis l’idée de l’adaptation du roman.

Un grain dans les bobines : Quelle fut votre première réaction à l’annonce du verdict par le jury ?

Yves Angelo : Dans ces moments-là, on est toujours très contents. Il faut cependant mesurer, cela ne doit pas altérer ce que l’on est. Cioran disait : « J’ai connu toutes les formes de déchéance, y compris le succès. » Cela ne changera rien au jugement qu’on porte, cela ne doit pas dicter la marche à suivre. Il faut toujours tenir le cap.

Etes-vous plus confiant quant à l’avenir avec cette récompense ?

Un film, vous le faites, vous passez beaucoup de temps dessus. Une fois qu’il est livré, vous ressentez des choses, mais pour la diffusion, c’est la vie des œuvres. On ne doit pas se laisser perturber. Il faut éloigner le désir de plaire.

A quel point vous êtes-vous basé sur les œuvres existantes ?

Je n’ai jamais lu le livre (de Daniel Keyes, NDLR). J’ai eu cette idée, voilà ce que je propose et en définitive le dispositif n’a rien à voir avec les adaptations précédentes. Là c’est simplement un acteur et pas un groupe d’acteurs.

A un moment du film, la vulnérabilité du personnage peut susciter du rire chez les spectateurs. Etait-ce voulu ?

C’est vrai, il y a un rapport qui se développe vis-à-vis du personnage. Il nous attendrit, il est touchant. Je voulais qu’il soit assez antipathique quand il devient intelligent (dans la seconde partie du film, NDLR). Il va se servir de la caméra. A la fin, elle est devenue son seul compagnon et elle est elle-même touchée. L’empathie peut naître de ce rapport au personnage, même si on peut se sentir voyeur.

Propos recueillis par Sonia Reynaud et Thibaud Le Meneec.

Voyage au Congo, version hollandaise

Hans Bouma a filmé son ami Daniel Knoop, ancien fonctionnaire de la FAO bien décidé à monter son affaire au Congo afin d’aider les fermiers à organiser leur marché et les sortir d’une économie de subsistance. Cette entreprise, relatée dans Congo Business Case, va se révéler plus compliquée qu’il n’y parait, malgré toute l’énergie déployée par Daniel. Rencontre avec ce réalisateur hollandais.

Hans Bouma, réalisateur de "Congo Business Case"

Hans Bouma, réalisateur de « Congo Business Case »

Comment en êtes-vous venu à axer votre documentaire sur votre ami Daniel et aviez-vous un pressentiment sur la tournure que prendrait l’aventure ?

Dès le début, j’ai choisi Daniel du fait de sa personnalité. C’est un personnage qui a un côté fantastique et qui est porteur d’une dramaturgie particulière. C’est quelqu’un de véritablement convaincu et investi dans ce qu’il défend. Sa philosophie consiste à mettre en place des échanges égalitaires entre les acteurs sur le terrain, selon la logique du « Trade not aid » (échanger et non pas aider). Et il s’implique entièrement pour essayer de réaliser cela.

J’avais bien sûr des doutes et des critiques sur son projet mais je les ai gardés pour moi et je me suis contenté d’observer. J’avais en tête dès le début qu’avec un tel personnage, on partait sur de bonnes bases pour un film réussi. Et il faut bien avouer que si j’avais filmé un grand succès, le reportage aurait été moins percutant. C’est cynique mais les problèmes et les tensions rendent le documentaire plus dramatique.

Mais même si sa tentative s’est soldée par un échec, le documentaire montre quelque chose du monde réel et n’édulcore pas les situations traversées lorsque quelque chose va mal. C’est la valeur du documentaire, on ne suit pas un script précis comme dans une fiction, mais on suit ce qui se passe dans la réalité.

A la vue des difficultés que Daniel doit affronter et du décalage entre les mentalités congolaises et occidentales, on hésite souvent entre rire ou pleurer. Est-ce que la principale difficulté dans l’entreprise de Daniel n’est pas d’essayer d’imposer le modèle libéral qui est totalement étranger à la population congolaise ?

En effet, cette philosophie très libérale qui consiste à mettre le marché au cœur du développement est une vision très occidentale et ne correspond pas forcément à leur idéologie. C’est finalement un film très européen que j’ai réalisé, un film dans lequel les lois du marché ont gagné. C’est très frappant aux Pays-Bas, peut-être encore plus qu’en France, car tout repose sur les qualités individuelles et le principe de méritocratie.

Mais je n’ai pas voulu transmettre un message clair dans ce film. Il ne faut pas forcément vouloir le surinterpréter pour lui donner un sens. Un bon documentaire, comme une bonne peinture, doit procurer des émotions au moment même où on le regarde. Ce n’est qu’après que l’on peut tenter de l’expliquer et de le théoriser. Mais l’interaction avec l’œuvre d’art se fait dans l’instant où elle est découverte. Le documentaire est comme une porte, qui propose au spectateur de quitter sa chaise pour entrer dans un autre monde.

Vers la fin du reportage, Daniel prononce cette phrase terrible : « Je crois que je préfère désormais la biodiversité aux hommes ». Pensez-vous qu’il a définitivement perdu ses illusions et son utopie au cours de cette expérience ?

Daniel perd totalement sa passion pour les Congolais. Je pense que cela a été trop dur. Il a eu beaucoup de difficultés et le documentaire ne montre pas tout. C’est un pays qui est également confronté à la corruption omniprésente. Daniel finit par réaliser qu’il ne peut plus vivre là-bas. Il l’exprime de façon frustrée mais je peux le comprendre. Il était parti dans l’optique d’aider les fermiers congolais et, au terme de son expérience, il n’a plus du tout cette perspective. Il ne se préoccupe plus que de l’écosystème. Mais je ne pense pas qu’il ait trahi sa croyance. Ce film montre la vie réelle, avec tous ses miracles mais aussi ses désespoirs.

Etre membre du jury des Jeunes européens, une « expérience inoubliable »

12 des membres du jury des Jeunes Européens

12 des membres du jury des Jeunes Européens

Ils ont entre 15 et 17 ans, viennent de 13 pays européens différents, parlent couramment français et forment le Jury des Jeunes Européens. Ce soir, ils remettront un prix aux créations en compétition dans la catégorie « grands reportages et investigation » du Fipa.

Quand on les rencontre, assis ensemble au café de la Gare du Midi de Biarritz, on a le sentiment de faire connaissance avec une bande d’amis cosmopolite, où la complicité et l’humour sont de mises. Pourtant, quelques jours plus tôt, ils ne se connaissaient pas. Ils viennent de pays très différents et c’est le Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz qui les a réunis pour composer le Jury des Jeunes Européens.

Depuis plusieurs années, le Fipa propose à treize lycéens de l’Union Européenne de participer à ce jury. «Pour chaque édition du festival, douze pays différents sont sélectionnés, en plus de la France, et on fait un roulement. Par exemple, si cette année, nous avons un juré venu de Suède, l’année prochaine nous n’en aurons pas » explique Fannou, qui s’occupe d’eux et les accompagne tout au long de leur séjour dans la ville biarrote.

Pour être sélectionné, ils ont dû rédiger une lettre de motivation et s’acquitter de frais d’inscription de 50 euros. Par la suite, ils ont été contactés par l’équipe du Fipa pour un entretien téléphonique, permettant de vérifier leur maîtrise de la langue française et leur ouverture culturelle. « Nous ne recherchons pas spécialement des jeunes lycéens incollables sur le cinéma et le monde audiovisuel en général. Nous privilégions la diversité et nous obtenons un jury comprenant des profils très différents ». Si quelques-uns, tels que Kenatea, suivent des options en lien avec l’univers audiovisuel, la plupart abordent le cinéma seulement comme un loisir.

Ce ne sont donc pas des professionnels, mais des jeunes curieux et ouverts sur le monde. Ils ont pour mission de choisir une œuvre parmi celles sélectionnés dans la catégorie « grand reportage et investigation », qu’ils récompenseront du prix du jury des Jeunes européens. « C’est gratifiant de savoir que l’on va remettre un prix qui a autant de poids et de valeur que celui des adultes » confie Léonarda. Alors, chaque jour, ils assistent à cinq projections. « On part dès que le reportage est terminé, c’est frustrant de ne pas voir les réalisateurs parler de leur film, mais il ne faut pas que nous soyons influencés dans notre décision » commente Kenatea. Et chaque soir, ils débriefent les films vus, sous l’égide du journaliste de Télérama Samuel Gontier.

Et lorsqu’on leur demande s’ils sont toujours du même avis, les réponses fusent : « non ! », « jamais ! », « pas du tout ! ». S. Gontier les aide à juger les films suivant une liste de critères tels que l’originalité et la qualité du sujet, la structure, le déroulement, le potentiel de diffusion. « Le problème c’est qu’on ne privilégie pas tous les même critères ! Certains préfèrent les émotions, d’autres les qualités techniques » raconte Pedro. Hector renchérit en déclarant que lui vote vraiment « avec son cœur et en fonction de ce qu’il a ressenti ».

Des émotions, des découvertes, et des voyages

S’ils n’ont pas le droit de révéler leurs coups de cœur avant la remise des prix samedi soir, ils sont d’accord pour dire qu’avec les douze documentaires, ils ont voyagé, découvert d’autres mondes, d’autres façons de vivre, ont développé une connaissance plus fine de l’actualité. Ils ont souvent été surpris, parfois enchantés, et quelques fois déçus. Et si ce n’est pas le cas de Marcel, les autres admettent qu’il leur est arrivé d’être choqués. « C’est dur de voir un cadavre d’enfant avec le sang et les organes, surtout que nous savons que ce n’est pas de la fiction mais la réalité » reconnaît ainsi Shervin.

Le Fipa terminé, leur mission de jurés accomplie, ils repartiront dans leur pays. « Souvent, ils restent en contact et se revoient, des années plus tard, c’est chouette » déclare Fannou, qui suit les Jeunes Européens depuis huit ans maintenant. Parmi les membres du jury des Jeunes Européens, peu d’entre eux souhaitent travailler dans le monde de l’audiovisuel. « Moi, j’aimerais faire du droit, mais je continuerai à regarder des documentaires et à aller souvent au cinéma » affirme Pedro tandis que Nicholas hésite de son côté entre une carrière de chirurgien et de réalisateur.

Tous conseillent aux jeunes lycéens de s’inscrire et de tenter leur chance. « C’est vrai qu’au début, c’est un peu effrayant de ne connaître personne. Mais on devient très vite tous amis » assure Léonarda. Pas besoin d’être un spécialiste du cinéma, il suffit d’être curieux et d’en avoir envie. « C’est une véritable opportunité de voir les films en premier » s’exclame Darina tandis que Shervin conclut que « c’est une expérience inoubliable d’être juré d’un tel festival, ça apporte une telle ouverture sur le monde, sur l’Europe et sur l’actualité ».

Prix Jérôme Minet : la société F comme Film primée

Fin du festival rime et distinctions. Le prix Jérôme Minet, qui met à l’honneur une société de production, a honoré F comme Film, derrière le projet Des fleurs pour Algernon.

Algernon

Déjà la deuxième édition pour cette récompense accordée à une société capable d’avoir « insufflé l’esprit Minet », du nom de ce producteur emblématique du petit écran. « Il faisait preuve d’une grande ténacité, il était très redoutable dans la défense des créations sur lesquelles il travaillait ». Après cet hommage du président du FIPA Didier Decoin, l’heure était venue de distinguer F comme Film, société de production et de coproduction dirigée par Jean-Louis Livi et représentée pour l’occasion par Clémentine Vaudaux.

Leur mérite ? Avoir soutenu l’adaptation de la pièce Des fleurs pour Algernon, elle-même tirée du roman de Daniel Keyes. Ce blog vous faisait déjà part de sa satisfaction à la sortie de la salle, un peu plus tôt cette semaine. Et parmi des productions de qualité comme Le système de Ponzi, 3xManon ou La malédiction d’Edgar.

10 000€ et la promesse d’un véritable succès

L’œuvre d’Yves Angelo a su tirer profit d’une narration singulière pour séduire un jury composé de Gérard Carré, Philippe Venault et Jean Bigot. Visiblement ravi d’avoir visionné une création aussi déroutante mais doté d’une « grande intelligence de point de vue », celui-ci s’est félicité de faire face, comme l’année dernière, à autant de talent dans la sélection.

Et maintenant ? Arte diffusera cette année Des fleurs pour Algernon, une chaîne « qui nous a merveilleusement suivi» selon Yves Angelo. Si les critiques sont aussi élogieuses qu’elles le furent au FIPA, le succès sera complet pour cette réalisation audacieuse. Pour Clémentine Vaudaux, assistante de production de F comme Film, « c’est le début de la télé pour nous et j’espère que ce n’est pas la fin ».

La dotation de 10 000€ aidera l’équipe à promouvoir efficacement le film. Didier Decoin avouait, avant le verdict, que Jérôme Minet était un « metteur en œuvre, et parfois un metteur en chef-d’œuvre ». De bon augure pour les lauréats du prix portant son nom.

Rencontre avec Virginie Linhart : Sarajevo, des enfants dans la guerre

DSC03592En plein siège de Sarajevo, des enfants blessés sont évacués en France pour y être soignés. Ils y resteront trois ans, tentant de communiquer avec leurs familles restées en Bosnie. Virginie Linhart signe un documentaire émouvant sur cet exil, ayant retrouvé plusieurs de ces enfants qui aujourd’hui se souviennent. Dans une salle du Bellevue à Biarritz, elle nous parle de cette expérience.

La guerre, Virginie Linhart connaît. Non parce qu’elle l’a vécue personnellement, mais parce que la plupart des films qu’elle a réalisés traitent de ce sujet. Pourquoi cet intérêt exacerbé pour les conflits, les morts et les survivants ? Parce que c’est un thème généralement plébiscité par la gente masculine, plaisante la fidèle lectrice de Simone de Beauvoir. Mais aussi parce que ses origines juives polonaises l’on logiquement conduite à s’intéresser tout particulièrement à la Seconde guerre mondiale.
Elle était donc venue présenter son film sur la Shoah au festival de Blois lorsque sa productrice, Pascale Servan-Schreiber, lui fit part d’une nouvelle idée de documentaire, dans le cadre du centenaire de l’attentat de Sarajevo. Ce projet s’est formé à partir de 15h de rushs inédits, constituant un « matériau d’archives inouï ». Ces rushs proviennent de la collection personnelle de Romain Goupil, qui pendant trois ans a été le « facteur vidéo » entre des enfants bosniens en convalescence à Albertville et leurs familles demeurées à Sarajevo.

Sarajevo – Albertville : de la guerre à l’exil

Aujourd’hui, ces jeunes de 25 à 35 ans sont médecin, charpentier, étudiants ou professeur de français. Vingt ans plus tôt, grièvement blessés, ils étaient transportés en France pour subir des opérations chirurgicales souvent longues et douloureuses. En Bosnie, dans les hôpitaux bondés, on les aurait probablement amputés. La France fut leur chance et leur salut. Mais si les premiers mois se déroulent dans l’espoir, le soulagement de constater les progrès physiques indéniables, bientôt la joie laisse place à la lassitude. Dans les préfabriqués d’Albertville où les enfants et leurs mères vivent tous ensemble, la nostalgie s’installe, et l’angoisse tord les ventres quand on pense aux proches restés sous les bombes à Sarajevo. Pour égayer le quotidien, certains trouvent des échappatoires. Comme ce groupe d’adolescents qui s’adonne à la réalisation de mini-vidéos parodiques, déployant leur humour noir dans des satyres de chaînes d’information publique. En parallèle, ils créent également un journal dans lequel ils publient leurs dessins et leurs textes, bilingue français – bosniaque.
Un nouvel élément vient bientôt rompre la monotonie et apaiser les inquiétudes. Devant l’extrême difficulté pour les exilés de joindre leurs familles, Romain Goupil propose d’enregistrer des messages vidéos destinés aux proches, et de les apporter ensuite à Sarajevo. Là-bas, il organise des projections clandestines, et filme les réponses à l’attention des convalescents d’Albertville. Pendant plusieurs mois, celui dont la caméra a aussi immortalisé l’évacuation des enfants fera ainsi la navette entre les deux villes.

Entre histoire et actualité, un reportage poignant

C’est sur ces archives exceptionnelles que s’est appuyée Virginie Linhart pour élaborer son documentaire. Elle y mêle également de poignantes images du siège de Sarajevo, principalement tirées de la télévision bosniaque, ainsi que des interviews avec les quelques ex-enfants d’Albertville qui ont accepté de témoigner.
Retrouver ces enfants, explique Virginie Linhart, n’a pas été trop difficile. Avec l’aide de Sanda, la femme bosniaque de Romain Goupil, elle contacte les jeunes et leurs familles. Certains refusent, d’autres sont partis à l’étranger. Mais certains acceptent de participer, revenant sur leurs souvenirs de ces années en France. On voit leurs visages émus, voire bouleversés, devant le visionnage des archives de Goupil. Parler de l’événement à l’origine de leurs blessures reste douloureux.
Bien qu’ayant vécu ensemble trois années durant, les enfants d’Albertville n’ont jamais cherché à se revoir après leur retour en Bosnie, à la fin de la guerre. Le temps passé en France a été avant tout une parenthèse dans leurs existences, quelques mois d’attente confortable avant de retourner à la vraie vie. Néanmoins, pour certains ce séjour a été décisif dans leurs choix d’avenir ; deux d’entre ont ainsi décidé de rester en France, une autre est aujourd’hui professeur de français.

Outre la rétrospective intéressante qu’il offre sur le conflit yougoslave, le documentaire de Virginie Linhart séduit par son aspect humain, suivant ainsi une poignée d’individus avec leurs expériences et leurs parcours. Retrouver les visages vieillis de ces enfants dont on a vu les corps sur les civières et les regards marqués par la guerre a quelque chose de réellement émouvant. Pour la réalisatrice, la principale difficulté a justement été de s’approprier ces personnages qu’elle n’avait pas choisis, à la différence de ces précédents documentaires. Elle dit avoir été marqué par leur dignité, leur autodérision, sans haine ni pathos.
Pour Virginie Linhart, la guerre de Bosnie était une chose lointaine, très éloignée de nos propres préoccupations. Avec ce film, elle enfin découvert la signification de cette phrase que les actualités françaises diffusaient alors : « Sarajevo, c’est nous. »

On a assisté au line-up d’HBO Europe centrale

Depuis la fin des années 90, HBO a complètement bouleversé le paysage audiovisuel. Après avoir conquis le marché nord-américain et européen, la chaîne à péage se tourne vers l’Europe centrale. Ce qui fait la force de cette chaîne, c’est sans doute sa capacité à se réinventer et à s’adapter à de nouveaux marchés tout en restant exigeante constant en qualité. Hanka Kastelicova, productrice de documentaire était là pour nous présenter rapidement quelques projets.

La présentation HBO

La présentation HBO

Deep love

Janusz est un plongeur expérimenté qu’une attaque a laissé partiellement paralysé.  Loin de se décourager, il va pourtant tenter un ultime exploit: revenir dans le Blue Hole de la mer rouge, une fosse sous-marine mythique, le Graal des plongeurs. Janusz va donc se battre jusqu’au bout pour réaliser son rêve, luttant contre l’avis de tous les médecins. Ce documentaire, réalisé par Jan P. Matuszynski devrait montrer sa lutte au quotidien contre le handicap, la préparation de son périple jusqu’au moment de grâce où Janusz accomplit son exploit.

Totonel

Ce documentaire réalisé par Alexander Nanau nous plonge dans le quotidien glauque et moribond d’une mère de famille roumaine qui retrouve ses trois enfants après avoir passé sept années en prison pour trafic de drogue. La productrice présente au FIPA n’a pas été très loquace sur ce projet mais nous avons retrouvé sur internet la bande-annonce. Un troisième projet mystérieux a été évoqué, il s’intitule The other side of everything mais là encore, peu d’informations ont filtré. Nous en saurons probablement plus dans les mois à venir. En attendant, voici quelques informations sur une nouvelle minisérie HBO, Burning Bush, qui revient sur l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 1969.

Le permis de tuer de l’Etat israélien

Le nouveau documentaire du journaliste allemand Egmont R. Koch, Lizenz zum Töten, s’interroge sur la légitimité des actions des services secrets Israéliens. L’argument est intéressant mais l’on peut regretter que la forme vienne gâcher le propos.

Lizenz zum Töten du réalisateur Edgmont Koch

Lizenz zum Töten du réalisateur Edgmont Koch

Un corps en lambeaux transporté sur une civière du Croissant Rouge. Des taches de sang sur le lit. Une femme éplorée et ses enfants qui crient leur rage. Des blessures ouvertes. C’est sur ces images tournées en 2011 à Hébron, après l’assassinat d’un palestinien pris par erreur pour un terroriste par l’armée israélienne, que s’ouvre le grand reportage d’Egmont R. Koch. Intitulé « Lizenz zum Töten » (Permis de tuer) en référence à un opus de James Bond, le reportage présente différents cas d’exécutions plus ou moins ciblées dans les territoires palestiniens mais aussi dans d’autres pays, notamment à Dubaï.

Une mise en forme dommageable

On entend bien l’argument. Et les faits sont indéniables. L’Etat d’Israël et ses services secrets, le Mossad, outrepassent le droit international en se permettant d’assassiner les suspects terroristes, non seulement sur leur territoire mais aussi à l’étranger. Et ce impunément. Les témoignages d’anciens membres des services secrets et les archives exploitées par le reporter donne du crédit au propos. Une erreur mortelle à Hébron les conduit à assassiner la mauvaise personne, un innocent père de famille. A Ramallah, un ennemi d’Israël a été brutalement assassiné en pleine rue. Et c’est une véritable opération planifiée qui s’est déroulée dans un hôtel de Dubaï, afin de tuer un responsable du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, dans sa chambre d’hôtel.

Malheureusement, la forme de ce documentaire saborde toutes ces qualités. La musique omniprésente, censée appuyer les révélations au fil du documentaire, est assez insoutenable. Son association avec une voix-off très apprêtée et des montages peu soignés donne un résultat proche des vidéos amateurs dénonçant les théories du complot. Il n’y a pas de ligne directrice claire et le réalisateur se contente d’accumuler des exemples d’assassinats impunis sans vraiment les lier les uns entre les autres. Les images violentes de corps meurtris tentent d’apitoyer et de choquer les spectateurs mais le surplus de pathos dessert les arguments en préférant l’émotionnel et le spectaculaire aux démonstrations rationnelles. Finalement, c’est un documentaire décousu et peu convaincant malgré l’importance de la thèse défendue.

Lizenz zum Töten
Réal. Egmont R. Koch, Allemagne, 43 min
Prod. Egmont R. Koch Filmproduktions

Intrigant, angoissant, captivant : Zauberberg

Ne pas aimer les films policiers et pourtant être captivée au point de s’en ronger un ongle ? L’effet de Zauberberg, une fiction du réalisateur autrichien Andreas Prochaska.

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

 Intrigant

Basse-Autriche, région de Semmering : une petite fille, Aline Staller, vient d’être kidnappée dans son propre domicile, à l’insu de sa mère, le docteur Karin Staller. Pour la police locale, il n’y a aucun doute. Le coupable ne peut être que Max Rieger. Pourquoi ? L’homme est atteint d’une maladie mentale bien particulière : il est angoissé par les enfants, au point d’en avoir poussé un d’un bus… Il les entend, il est la cible de leur moquerie. Mais tout cela se passe dans la tête de Max. Ce sont ses « démons », pour reprendre les mots du personnage principal, Brock. Brock est psychologue de la police. Mais surtout, il a été le psychologue de Max. C’est lui qui a attesté un diagnostic favorable pour la remise en liberté de Max. Pourtant, malgré toutes les photos d’enfants présentes au domicile de Max, Brock doute. Mais le spectateur comprend vite lui aussi que Max est peut-être innocent. Entre alors en scène une femme, Monika Kramer, ancienne aide-soignante de Max mais bien plus encore… Et que signifie cette peluche près de la rue avec une bougie et des fleurs ?

Donner plus d’éléments ? Ce serait dévoiler tout le puzzle subtil d’Andreas Prochaska ! Les indices se lient entre eux de manière étonnante dans un univers bien angoissant.

Angoissant

Dès les premières images du film, le ton est donné. Atmosphère sombre, gros plan de la petite fille qui joue, le spectateur dans les yeux du ravisseur. Zauberberg– ou La Montagne des miracles –a la trame de nombreux films policiers. Des suspects que tout semble accuser, un enquêteur au profil atypique qui- on n’en doute pas- saura résoudre l’énigme. Mais Zauberberg se focalise sur un point : la psychologie. La psychologie des personnages est complexe. À commencer par Max et sa peur des enfants. Le sentiment d’angoisse perceptible tout au long du film se ressent aussi sur l’image. On a presque l’impression de pénétrer l’esprit de Max. La psychologie c’est aussi la dégradation petit à petit du docteur Karin Staller, mère de la petite enlevée. La puissance de l’amour maternel est un aspect majeur du film. Et Monika Kramer, l’ancienne aide-soignante, met aussi le spectateur mal à l’aise. Entre tous ces personnages, Brock, le psychologue justement, sait trouver les mots qu’il faut. Bref, l’histoire tourne autour de l’état d’esprit des personnages, mis en avant par Andreas Prochaska avec brio.

Captivant

1h28 de film n’aura jamais été aussi courte. La résolution des énigmes est tellement étonnante que le spectateur se laisse véritablement prendre par l’histoire. Il est possible à certains moments de deviner ce qui va se passer. Mais le scénario est tellement invraisemblable qu’on se laisse réellement prendre par l’histoire. À partir d’un événement, les vies de Max, de Monika, du docteur Staller et de la petite Aline ont été bouleversées. Mais la liste n’est pas complète…

Zauberberg : captivant au point de faire froncer les sourcils dangereusement !

 To be continued…

Zauberberg a été réalisé pour la chaîne publique autrichienne ORF. Une représentante de la chaîne avait prévenu au début de la séance : c’est un film qui « prend aux tripes ». Mais surtout, les aventures de Brock ne sont pas prêtes de s’arrêter là. Le spectateur a été averti, Brock est un personnage attachant. On ne sait pas grand-chose de lui dans le film. Apparemment professeur à ses heures perdues, une certaine Mme Annie qui s’occupe de lui… Et vu comment il dispose ses affaires avec précision, on pourrait supposer un petit caractère maniaque. La chaîne compte bien produire d’autres réalisations autour du personnage de Brock. On ne peut que l’encourager.

Zauberberg
Réal. Andreas Prochaska, Autriche, 1h29
Prod. Aichholzer Filmproduktion, GmbH

Pourquoi TF1 ne m’a pas emballée cette année

Espace Industry du FIPA

Espace Industry du FIPA

Le FIPA Industry accueille les professionnels de la télévision pour qu’ils nous présentent leurs nouveaux programmes.TF1 mise sur trois programmes un peu clichés : un chauffeur de taxi, un gynéco sexy et une mère éplorée.

La petite salle de conférence est bondée, car TF1 est présent au FIPA pour présenter en exclusivité les programmes de cette nouvelle année. C’est normal après tout, TF1 est « la chaîne la plus diversifiée (…), la seule qui arrive à mobiliser un audimat de 7 millions de téléspectateurs pour une production nationale, Julie Lescaut », selon la responsable de la chaîne.

Alors je me suis dit que si leur « line-up » (programmation) se base sur Julie Lescaut, dont le dernier épisode a été diffusé hier soir, je n’allais pas vraiment être emballée. Mais TF1 a sorti les gros moyens pour présenter ces trois nouvelles séries : Taxi Brooklyn, Intervention et Ce soir je tuerai l’assassin de ton fils. Focus sur ces trois programmes qui se veulent à l’américaine, mais avec la french touch qui fait toute la différence.

Taxi Brooklyn : clichés et compagnie

La première série est franco-américaine produite notamment par Luc Besson. Après ses fameux Taxi, le producteur a décidé de changer de ligne directrice en proposant une série avec pour second protagoniste… un chauffeur de taxi. Bon, cette fois-ci, ce n’est pas Samy Naceri qui est aux commandes mais Jacky Ido. La première est une femme flic, qui ne sait pas conduire. Ensemble, ils vont enquêter en conduisant un taxi fou dans les rues de Brooklyn. Vous avez dit clichés ?

J’ai alors pensé : « bon ok, ça ne va pas être super fin, mais bon, quand je rentre du boulot, je n’ai pas forcément envie de me prendre la tête avec un documentaire sur tissage et métissage en Ouzbékistan. » Certes, mais il faudrait au moins que l’action soit bonne et que l’on comprenne ce que le trailer veut nous dire. A part des voitures qui vont se poursuivre et rentrer dans tous types d’obstacles qui ont la fâcheuse manie de toujours se trouver en plein milieu de la route, je n’ai pas vraiment compris où va se trouver le suspens.

Un Urgence à la maternité ?

Le deuxième programme brandi par TF1 est Intervention, en co-production avec Gaumont et avec comme super star Anthony Delon qui incarne un chirurgien gynécologue. Alors forcément, le trailer laisse entendre que tout ne va pas se passer comme prévu, qu’Anthony va soigner une femme qu’il n’aurait pas dû soigner, qu’il va avoir des démêlés avec la justice…

Comme Anthony est work addict (accro au travail), son couple bat de l’aile. Sa copine lui lance un ultimatum avec en musique de fond une sublime métaphore : une voix féminine, qu’on imagine être sa mère, qui lui demande quand est-ce qu’il donnera à sa petite amie un enfant, vu qu’il en donne déjà à tant de femmes. Série confectionnée pour la ménagère de moins de 50 ans ? Certainement. Mais l’image est facile, le scénario n’est pas très original, je n’ai pas vraiment hâte.

Ce soir je ne regarderai pas ton film

Ce soir je tuerai l’assassin de ton fils est une adaptation télévisuelle d’un roman. Casting alléchant –J.P Roove, Audrey Lamy…-, musique avec des violons, des larmes, du mauvais temps et encore des larmes. Ce téléfilm raconte l’histoire d’un homme qui écrase un petit garçon accidentellement. C’est un jour de pluie, l’atmosphère est sombre, j’ai compris que j’allais devoir chercher mes mouchoirs.

J.P Rouve a l’air convaincant, il est le chef d’une petite entreprise dans laquelle travaille le père du garçon qu’il a tué. Il incarne un père de famille confronté à la responsabilité qu’implique un accident mortel. Or il les fuit, tout en essayant un rapprochement avec le père du défunt, histoire que deux ou trois trajets qu’il lui offre en voiture rachètent sa faute. Dommage, France 2 a proposé le même sujet avec en Guest Star Éric Cantonna pas plus tard que ce mois-ci.

Alors non, TF1 ne surprend pas réellement, et moi qui n’ai pas été émue par l’annonce du dernier Julie Lescaut, je ne regarderai pas ces nouveaux programmes. À quand une série où un beau gosse chirurgien conduit un taxi pour sauver sa fille d’un tueur en série ?

Session pitches : les projets en compétition

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

La première session

Yorgos Avgeropoulos a ouvert le bal des pitches avec son projet Agora de documentaire sur la vie de la population grecque depuis la crise économique mondiale. Son approche est originale : pendant plus de quatre ans, il a filmé régulièrement quelques personnages, que nous voyons évoluer et changer dans un pays croulant sous le poids des dettes et sous la domination de la troïka. Agora était traditionnellement le symbole de la démocratie, aujourd’hui pour les Helléniques, Agora est synonyme de « marché ».

Ce fut ensuite au tour Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier de faire un pitch. Ils ont présenté Paseo con Franco, sorte de documentaire-road movie sur l’impunité des crimes du dictateur espagnol Franco. Ils projettent de parcourir l’Espagne afin de dresser le portrait d’un pays et d’une société qui n’ont pas fait leur travail de mémoire.

SIA – Room for an African est un projet de fiction porté par deux canadiens, Carlito Gioni et Matthew Mackenzie qui met en scène Abraham, ex-enfant soldat au Liberia, prenant en otage son ami canadien Nick Summer, dans une tentative désespérée d’empêcher un témoin de s’exprimer au procès de Charles Taylor pour crimes de guerre.  Encore peu abouti, l’atout de ce projet est sans aucun doute les connexions des deux auteurs avec les habitants des pays africains où ils ont longtemps travaillé.

Le projet suivant, intitulé Qian’s obssesion, fut présenté par Oriol Martinez et Oriol Gispert. Il a pour sujet une usine de textile chinoise de 2000 employés, créée par un millionnaire Qian Anhua, qui affirme vouloir le « bonheur » de ses ouvriers. Il a l’idée de les faire s’entraîner aux « castells », tradition culturelle importée de Catalogne.

Peu de gens le savent, mais la première grève des femmes en France eut lieu en 1906. Ce sont des transbordeuses d’oranges qui menèrent ce mouvement de colère, à cause des conditions de travail difficiles et de promesses d’augmentation de salaire jamais exécutées. Antoni Casals-Roma et David Casals-Roma propose de revenir sur cet événement peu connu de l’Histoire de France avec un documentaire intitulé Les transbordeuses d’oranges basé sur des fonds d’archives et des témoignages.

Gaizka Urresti Fernandez de Valderrama aimerait monter un film basé sur un prêtre d’une paroisse espagnole qui est à l’origine du groupe d’entreprises le plus important du Pays Basque. Ce projet, intitulé Arizmendiarreta : el hombre cooperativo peut être intéressant si le pape François le béatifie comme annoncé.

Le pitch de Benjamin d’Aoust et de Stéphane Bergmans, jeunes réalisateurs belges, leur a permis de présenter leur idée de série, déjà sélectionnée  par la chaîne RTBF dans le cadre d’un appel à projet. Ils veulent réaliser un thriller feuilletonnant, la Trève, entre les séries « Borgen » et « The Killing », un Cluedo grandeur nature « où la culpabilité d’un seul n’exclut pas la responsabilité des autres ».

Bence Maté et Thorolf Lipp ont conclu cette première « pitches session » avec leur projet War Volunteers, documentaire sur les jeunes Juifs du monde entier qui quittent leurs foyers pour rejoindre l’armée de défense d’Israël.  Ils souhaitent suivre trois jeunes dans leur engagement et sur le terrain. L’idée de cette œuvre est de témoigner de l’évolution physique et psychologique de ces jeunes amenés à combattre pour l’Israël.

La deuxième session

Wei or Die. Un week-end d’intégration qui se termine tragiquement. Des enquêteurs collectent toutes les vidéos et photos du week-end dans une base de données en temps réel et tentent de comprendre comment c’est arrivé. Le spectateur se glisse dans la peau d’un enquêteur dans ce projet transmédia et peut ainsi retracer le cours des événements en adoptant le point de vue des personnes présentes à la soirée. Ce film interactif et voyeur propose à celui qui le regarde d’être en quelque sorte le monteur de son propre film.

Still life donne un second souffle à la vie. Ce documentaire, réalisé par Davide Gambino, suit trois taxidermistes travaillant dans les musées d’histoire naturelle des grandes capitales européennes. En plaçant des animaux sauvages empaillés dans des environnements urbains, le film questionne sur la frontière entre le monde humain et le monde animal. Sensible aux préoccupations écologiques et à la défense de la biodiversité, Still life mélange images singulières et interaction avec le spectateur.

Féministes, inchallah. Les femmes dans les pays arabes n’ont pas attendu les révolutions de 2011 pour s’engager dans la lutte féministe. Ce documentaire ambitieux et engagé de Feriel Ben Mahmoud présente l’histoire de la lutte féministe dans cinq pays du monde arabe en suivant une trame chronologique et en s’appuyant sur les grandes figures comme Huda Sharawi. Retraçant presque un siècle de revendication en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Algérie et enfin en Arabie Saoudite. Cinq pays pour cinq histoires différentes. Le film, coproduit par France 3 mélange des témoignages de pionnières, des récits d’historiens, d’artistes engagés et des images d’archives inédites. Faisant écho aux mouvements sociaux actuels dans le monde arabe, ce film est là pour rappeler que « sans égalité, il n’y a pas de démocratie ».

Dali, Lacroix…au-delà de l’objectif. De 1970 à 1980 à Cadaquès (Catalogne), les époux Dali-Gala et Lacroix ont vécu une relation amicale et intellectuelle forte. Ce documentaire de création, qui regroupe des archives inédites, des photos et des croquis propose au spectateur de s’engouffrer dans l’intimité artistique de l’un des plus grands esthètes du XXème siècle, l’homme derrière l’artiste. Le film est actuellement à la recherche d’un diffuseur en France et en Europe.

Ennemi public. Cette série de 10 épisodes de 52 minutes raconte l’asile que Guy Maréchal, un tueur d’enfant qui sort de prison, trouve dans une abbaye des Ardennes belges. Menacé de lynchage par la vindicte populaire, l’assassin trouve refuge chez les moines mais se trouve bientôt menacé par ses vieux démons, malgré l’aide du frère Lucas. Cette histoire de schizophrénie paranoïaque fait bien entendu penser à un autre fait divers, l’affaire Marc Dutroux. Cette série écrite par quatre auteurs nous immerge dans un univers ésotérique et mystérieux et questionne la légitimité de la justice et des institutions dans une société parfois habitée par des réflexes archaïques et sécuritaires.

Unter Freunden – Among friends est un documentaire transmédia s’intéressant à la législation sur la protection des données. En nous impliquant dans le processus législatif de l’Union Européenne, nous aurons à choisir entre le personnage du parlementaire, de l’activiste ou du lobbyiste afin de définir les règles de transparence et de protection de la vie privée pour le futur. Ce projet complexe est encore en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le film documentaire Voyage en Occident nous embarque en compagnie d’un car de touristes chinois en visite dans les capitales de 7 pays européens, dont le point culminant est la découverte de Paris. Un jeu de miroir et de contrastes entre deux civilisations très différentes. Ce road-movie de 52 minutes relaye avec humour et intelligence quelques stéréotypes coriaces sur la classe moyenne émergente chinoise ainsi que sur les fantasmes et les images d’Épinal que se font les asiatiques à propos de l’Europe.

Jazz Way out. Sept musiciens roms de Budapest sont engagés par le saxophoniste Tim Ries (qui a collaboré avec les Rolling Stones) pour faire découvrir le jazz fusion aux USA. Habitués au quotidien à subir le racisme d’une partie de la société hongroise, les musiciens roms vont apporter un mélange de jazz manouche, de folk et de musique à la terre des grands jazzmen  et connaître une certaine  renommée. Nul n’est prophète en son pays pourrait-on dire. Ce documentaire musical de 52 minutes est en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le jury a parlé, c’est donc Agorá qui l’a emporté. Malheureusement, le réalisateur Yourgos Avgeropoulos étant absent, c’est un de ses proches qui est venu récupérer la récompense.

Sonia Reynaud et Yann Lagarde

Un réalisateur à l’écoute du jeune public

3xManon - Crédit Photo : FIPA 2014

3xManon – Crédit Photo : FIPA 2014

Une classe de seconde du Lycée Sud-Médoc (Bordeaux) a eu la chance de rencontrer Jean-Xavier de Lestrade, réalisateur de 3xManon, dont les deux premiers épisodes ont été diffusés au FIPA hier. Connaissant une relation tumultueuse avec sa mère, Manon est une adolescente très violente à tel point qu’elle finit par agresser sa mère, et se retrouve donc en centre de détention pour mineurs.

Pendant une heure, les lycéens ont pu faire part de leur engouement pour la série. Dès leur arrivée, ils ont voulu connaître la suite et recevoir un DVD. Malgré leur insistance, le réalisateur et le scénariste n’ont rien voulu révéler. Les curieux devront attendre la fin du mois de mars pour voir l’intégralité des trois épisodes sur Arte.

Laisser travailler l’imagination des jeunes
Très simplement, le réalisateur et son scénariste ont répondu aux nombreuses questions des élèves. Beaucoup d’entre eux souhaitaient mieux comprendre le titre (trois fois Manon pour les trois étapes de sa thérapie), ou le scénario. Des discussions très poussées sont ainsi nées de ces interrogations. Cela a permis aux lycéens de débattre autour de sujets variés : modes de soin des jeunes en difficulté, violence qui peut naître de la souffrance, relations mère-filles… Pourtant, les auteurs ont affirmé leur volonté de laisser le choix aux spectateurs, à eux d’interpréter les réactions agressives des personnages.

Même si certaines questions restent en suspens, l’une des lycéennes conclue la fin de la rencontre : « Bravo pour votre film, c’était trop bien ! »

Jean-Xavier de Lestrade, 3xManon
France, 3 x 58 min
Production Image et Compagnie

Pause gourmande à la pâtisserie Miremont

La pâtisserie Miremont s'est ouverte en 1874

La pâtisserie Miremont s’est ouverte en 1872

La mer est déchainée, le vent souffle fort à Biarritz. Un refuge « cosy » et très agréable : le plus vieux salon de thé de la ville, fondé en 1872, la pâtisserie Miremont.

Des gourmands assis dans des fauteuils de salon sirotent du thé au jasmin et à la rose et dégustent un « opéra », des cookies aux noix ou encore un cheesecake à la framboise tout en regardant les vagues à travers la grande fenêtre.

On y retrouve des Biarrots habitués, des couples âgés, des femmes élégantes mais aussi des
visiteurs du Fipa, facilement reconnaissables grâce à leurs badges rouges, leurs discussions sur les
films vus ou à voir… Certains parlent même anglais.

Pour Laurent, le responsable du salon, le FIPA permet d’accueillir du monde à une époque où la ville est endormie. Le festival annuel permet de rappeler aux touristes que Biarritz n’existe pas seulement en été mais conserve son charme et sa chaleur tout au long de l’année.

Pour une pause déjeuner, un petit thé entre deux films, vous savez où aller !

Le point météo II : un vent à décorner les bovins

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Le soleil au zénith – Crédit photo : Marie Mangez

Qui a dit que le calme était revenu à Biarritz ?
Aujourd’hui vendredi 24 janvier, histoire d’employer un style un peu lyrique (à l’image du « déluge biblique » de notre collègue Yann Lagarde *), Eole est de retour sur les côtes basques. Pour que cette fin de journée humide se déroule sans incident, voici les recommandations de la Miss Météo (auto-désignée) d’Un grain dans les bobines.

– Les personnes de moins de soixante kilos sont invitées à ne pas s’aventurer dehors.

– ANNONCE : Idéales pour lutter contre le vent, des cottes de maille sont en vente au casino municipal. Tarifs : côte de maille 15 kilos – 149,99 euros. Cotte de maille 30 kilos – 299,99 euros. Puisqu’il tombe des hallebardes, autant faire dans le total look médiéval.

– Avertissement spécial pour Messieurs /dames / mesdemoiselles les parapluies : afin d’éviter tout démembrement, fracture, claquage, démantibulation et autres, il vous est fortement conseillé de NE PAS SORTIR. Un nombre conséquent de blessés est déjà à déplorer. Biarritz approche de la rupture de stock et se trouvera bientôt contrainte, en désespoir de cause, de vendre des parasols.

– Avis à la CSKRA (Confrérie des Suicidaires Kamikazes en Recherche d’Adrénaline) : bien que vous ayez prévu d’organiser cet après-midi une séance de baignade en hypothermie, nous vous invitons chaleureusement à ne pas faire de publicité autour de cet événement. Certains individus psychologiquement déséquilibrés pourraient être tentés de vous rejoindre.

A bientôt pour notre prochain point météo !

PS : Désolée pour l’humour vaseux de cet article, on ne s’en gloriFipa…

*Pour l’histoire du déluge biblique, vous pouvez consulter notre précédent point météo

« Le FIPA n’est qu’un début ! »

Le FIPA, c’est aussi des rencontres entre professionnels et la présentation de projets audiovisuels. Nous avons rencontré Martine Vidalenc, productrice au sein de sa société « MarmitaFilms », et présente au FIPA pour présenter Un paseo con Franco lors de la séance de « pitches » organisée durant le festival.

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de "Paseo con Franco"

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de « Paseo con Franco »

Quelles sont les différentes étapes de production d’une œuvre audiovisuelle ?

Un producteur a un rôle d’accompagnement de projets et de créateurs qui lui tiennent à cœur. C’est un véritable engagement dans le processus créatif. Il faut accueillir le projet, et savoir lui donner le temps qu’il nécessite, la respiration dont il a besoin. Tout commence par la rencontre entre un auteur et un producteur, autour d’un projet plus ou moins développé. Cette phase est primordiale car c’est à chaque fois une nouvelle aventure qui commence, comme un petit mariage dans lequel on s’engage.

Puis il faut réaliser un diagnostic sur l’état d’avancement du projet, et définir exactement vers quoi il s’oriente : un film d’histoire ne sera pas diffusé de la même façon qu’un film de société. Cette étape est très importante pour se diriger par la suite vers les bons interlocuteurs. Une fois les financements trouvés, un budget peut être défini et le tournage peut commencer.

Enfin, la phase de diffusion est vitale. Les films ne sont pas faits pour rester dans des placards mais pour entrer en contact avec le public. C’est une dynamique qui implique d’aller jusqu’au bout de la démarche et de ne pas se contenter de tourner un film et de passer à un autre. Mais là aussi, il faut savoir à quel diffuseur proposer quel production, et à quel festival les inscrire.

Que vous apportent le FIPA Industry et les rencontres avec les professionnels ?

C’est une expérience très positive dans un espace agréable qui permet de créer une proximité immédiate entre les professionnels. Le projet que nous présentons aujourd’hui au FIPA, « Un paseo con Franco » en est encore au stade de l’écriture. Cette présence au FIPA est donc très importante car elle nous permet de proposer un projet nouveau, de susciter la curiosité, et de recevoir les réactions de certains diffuseurs. Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec les réalisateurs Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier et nous souhaitons inscrire le projet dans cette continuité tout en proposant quelque chose de nouveau. Ces rencontres au FIPA Industry ne sont qu’un début et devront être prolongés sur d’autres terrains.

Est-ce qu’un réalisateur ou un producteur peut réussir à vivre de ses œuvres ?

En effet, ce n’est pas simple, particulièrement lorsque l’on produit des documentaires. Les profils des auteurs et des réalisateurs sont très différents. Certains ont une double profession et sont à la fois réalisateurs et journalistes, ou enseignants. Et beaucoup portent leur projet sur plusieurs années et ne réalisent qu’un documentaire tous les quatre à cinq ans. Quelques-uns parviennent à vivre exclusivement de leur art, grâce aux conditions plutôt favorables en France qui permettent de toucher des droits lors des diffusions et de bénéficier du statut d’intermittent. Quant aux producteurs, afin de vivre de leur métier, doivent parfois faire des concessions et définir leur ligne éditoriale. Quoi qu’il en soit, cela reste difficile d’écrire ou de produire. Ce n’est pas loin d’un sacerdoce, et il faut s’engager pleinement.

Fini High School Musical : enfin la vraie vie des ados !

Coup de cœur. Tout le monde connaît ces comédies musicales sur la vie d’ados tous aussi beaux les uns que les autres, qui chantent, dansent et qui – même s’ils en pensent le contraire – ont une vie quasi-parfaite. Mais la vraie vie des ados, ce n’est pas ça. Et c’est ce que démontre à merveille le film de David André, Chante ton bac d’abord !, film hybride entre le documentaire et la comédie musicale.

Chante ton bac d'abord! Crédit photo: FIPA

Chante ton bac d’abord! Crédit photo: FIPA

Le quotidien d’une bande de potes

Direction le Nord de la France. Chante ton bac d’abord !, c’est l’histoire de Gaëlle, Nicolas, Alex, Caroline, Rachel et Alice. L’histoire se passe à Boulogne-sur-Mer, « une ville au bord de la mer loin de ses années dorées », comme chante Gaëlle. C’est l’année du bac, sauf pour Alex qui a redoublé sa classe de 1ere. Tout au long du film, on découvre la vie de ces adolescents en classe de Terminale avec leurs complexes, leurs doutes mais aussi leurs rêves. C’est leur quotidien mais c’est aussi la vie de leurs parents. On voit à l’écran des parents qui ne veulent qu’une chose : la réussite à tout prix de leurs enfants. Gaëlle, la « narratrice », veut faire du théâtre. Mais pour son père, ce projet est complètement fou : « Je ne peux pas la laisser rêver. C’est interdit ». Bref, des jeunes ordinaires qui ne veulent qu’une chose : croire en la vie.

Tout est réel !

Simplement « une mise en forme du réel mais pas de mise en scène.» C’est la réponse donnée par David André suite à la projection après une question de la salle sur la construction du film. Même si cela peut paraître complètement fou, tout ce qui est montré à l’écran est vrai. Caroline qui tremble en buvant son verre en discutant de l’avenir avec son petit ami Alex, le moment de l’annonce des résultats… pas des moments mis en scène mais vraiment des moments pris « sur le vif » pour reprendre les mots du réalisateur. Rien n’a été inventé.

Même la période où Nicolas disparaît et connaît un moment de dépression. Oui, Nicolas, le 1er de la classe au profil atypique, poète qui fume des pétards, a vraiment décidé à un moment de s’éclipser. La raison ? Son animal de compagnie, Douglas, qui n’est autre qu’un canard, est mort. Comme le dit David André, il travaillait avec son équipe sur une « matière volatile ». Pas de scénario écrit, aucune anticipation possible de la situation. Il ne pouvait même pas savoir si les parents feraient le projet jusqu’au bout. Et surtout, ils ne savaient même pas si la bande qu’il avait choisie savait chanter…

Une histoire en chanson

Car l’originalité de Chante ton bac d’abord !, ce sont des ados qui non seulement parlent de leur vie mais qui chantent aussi cette vie. Le film est alors entrecoupé de moment de chant, comme une comédie musicale. Comme le précise David André, effectivement ces moments de chant ne sont pas « naturels ». Et justement le réalisateur exprime durant la session de questions/réponses sa peur que cela ne fasse planer le doute sur le caractère vrai de ce qui est présenté dans le film sous son aspect documentaire. Mais au contraire, ces chansons, pour certaines proposées par David André lui-même, donne une plus grande force à l’histoire de cette bande.

David André explique que c’est seulement au bout de 4 mois qu’il a parlé de son idée de chansons à ces jeunes acteurs ! Il explique que son but n’était pas d’attirer des futurs « Star Académiciens ». D’ailleurs, le choix de Boulogne s’est fait aussi un peu par hasard, un jour en passant, pour la beauté de ces paysages. Ainsi, c’est Alex, autrefois atteint d’une leucémie, qui chante dans une église « Je ne veux plus m’en faire pour les petits soucis de la vie », c’est Nicolas qui chante « Hiver interminable, avenir insondable ».

Un public conquis

Des moments de rire, des moments plus tristes… La salle n’a pu s’empêcher d’applaudir à la fin du film. C’est un David André sous les acclamations du public. Pourtant, le thème du bac est un sujet aujourd’hui banalisé en France. Mais David André a su revisiter ce thème de manière originale en alliant documentaire et comédie musical.

Chante ton bac d’abord !, un chef d’œuvre, diffusé bientôt sur France 2.

Chante ton bac d’abord! Documentaire /Réalisateur: David André /France /1h22

« Briser la barrière entre rêve et réalité »

Les deux représentants du laboratoire Apelab - Photo : Sarah Paillou

Les deux représentants du laboratoire Apelab – Photo : Sarah Paillou

Le laboratoire Apelab est venu présenter ses projets et prototypes basés sur le principe de la réalité augmentée, dans le cadre du Smart Fip@. Ou la naissance d’un nouveau spectateur, qui participe à l’histoire.

L’idée est d’utiliser les nouvelles technologies (Iphone, Ipad, capteurs de mouvements) pour raconter une histoire. Les deux représentants du laboratoire, issus d’école de cinéma ou d’illustration, développent l’idée d’une narration spatiale, qui mobilise bande son, dialogues et voix, en audio ou en texte. Le rythme de l’histoire reste imposé : comme dans un film, on peut « louper des choses ».

Resserrer le lien entre virtuel et utilisateur

Le cadrage, lui, est laissé au choix du spectateur. A l’aide de son Ipad, l’utilisateur peut obtenir une vision à 360° en levant, baissant ou en faisant tourner la tablette autour de lui. Le scénario est alors influencé par ce que choisit de regarder le spectateur, mais aussi par l’heure à laquelle il visionne le film, le temps qu’il fait… La « rejouabilité », voilà l’objectif du prototype, puisque revoir l’oeuvre permet de découvrir les autres possibilités de narrations.
Le projet suppose uniquement des courts-métrages de 5 à 10 minutes, puisqu’il faut prévoir les différents scénarios possibles. C’est un travail considérable : un mois par scène, 20 scènes par épisode. Et impossible de regarder le film entre amis.

La bande-annonce gratuite de l’application, Land 52, sera en principe disponible mi-février sur l’Apple Store, si l’expérience vous tente.

Internet peut-il financer la création ?

Si les intervenants du secteur de l’audiovisuel s’accordent sur l’influence du numérique, peu de solutions émergent pour l’ensemble des acteurs dans cette configuration.

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA - Crédit Photo : Yann Lagarde

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA

Directeur des programmes, régulateur, créateur, auteurs et éditeurs ont-ils un intérêt commun ? A première vue, pas de doute : tous les violons s’accordent pour souligner la nécessité de prendre en compte Internet dans la conception des nouveaux programmes. De l’idée originale jusqu’à l’horaire de diffusion, ce média bouleverse les habitudes. Au point qu’on ne sait pas vraiment si les professionnels réunis dans la salle des Ambassadeurs du Casino disposent encore de certitudes sur leur métier, tant le modèle économique a évolué depuis une dizaine d’années.

Pas tous à la même enseigne

La question se pose même de savoir s’il y en a finalement un seul et unique. Les mots d’interactivité, de freemium (une part de la création gratuite et le reste en accès payant) et de transmédias reviennent souvent, mais leur transposition à des exemples concrets montre que le financement des projets par ces voies-là est loin d’être uniforme. Certes, des productions (Génération quoi, Prison Valley…) rencontrent un excellent accueil critique et commercial. Les chaînes de télévision ne tirent cependant pas toutes leur épingle du jeu.

« Le numérique nous a beaucoup fragilisés mais maintenant Arte prospère grâce au numérique », constate Anne Durupty, directrice générale de la chaîne franco-allemande. D’autres luttent encore pour se trouver une voie de développement qui leur permette de financer des projets audacieux sans sacrifier les recettes.

La coopération, que la ministre de la Culture appelle de ses vœux, représente une solution toujours hasardeuse pour les producteurs et les diffuseurs. Tirer les bénéfices d’un documentaire de qualité ne pose pas de problème, mais financer sa fabrication est une question autrement plus épineuse. Internet n’est pas prêt de simplifier la tâche des professionnels de l’audiovisuel.

Les pitches sessions : 7 minutes pour convaincre

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Pour la première fois cette année, le FIPA Industry propose aux réalisateurs de présenter leur projet de création devant un panel de producteurs et diffuseurs internationaux lors des pitches session.

Le concept des pitches sessions du FIPA Industry est simple. Un réalisateur a sept minutes pour présenter son projet, et lorsque le temps imparti est écoulé, les membres du panel disposent de huit minutes pour poser des questions, s’ils en ont l’envie. « Cette forme de présentation de projets afin de rencontrer des producteurs et diffuseurs n’est pas nouvelle, explique Jean Pelletier, membre du panel pour Radio Canada. Les pitches sessions sont nées à l’International Documentary Filmfestival Amsterdam, et le festival Hot Docs de Toronto en a organisé par la suite. Ces moments sont importants car ils permettent un rapprochement entre les producteurs, et scénaristes. »

Le FIPA a souhaité mettre en place ces sessions afin de développer sa dimension professionnelle. « Il est établi que le FIPA est un carrefour de la création, avec les projections de documentaires, reportages et fictions. Cette année, le Festival a souhaité renforcer sa fonction de point de rencontre entre les professionnels de l’audiovisuels » précise Frédéric Pittoors, consultant et animateur des sessions de pitches. « Nous avons invité des représentants de plusieurs chaînes européennes et internationales, tels que France 5, Radio Canada, ou RTBF. C’est l’occasion pour des projets d’obtenir des financements, et se confronter à la réalité du marché et des avis de professionnels. »

Une étape essentielle mais pas si facile

Seize projets étaient présentés cette année. 16 sur 142 proposés. « Le Fipa a sélectionné les projets  en fonction de leur intérêt, de leur qualité éditoriale, de leur faisabilité, de leur stade de développement. Ils doivent aussi correspondre aux tendances du moment. Ainsi, le thème de la guerre revient pas mal cette année. » remarque Frédéric Pittoors. Le format n’est pas imposé. Ainsi documentaires comme séries sont proposées, et à  des stades de production très différents. Certains peuvent présenter un teaser, quand d’autres en sont encore aux premières recherches.

Sept minutes pour être convaincant ? Pas si facile pour les réalisateurs. Le FIPA les a aidés à se préparer. « Pour nous, c’est une véritable étape structurante dans le développement de notre projet, mais il a fallu apprendre à donner beaucoup d’informations en peu de temps. » confie Sandrine Mercier, venue faire un pitch pour un projet intitulé Paseo con Franco. Le FIPA a alors organisé des sessions de coaching. « On a un peu l’impression de retourner à l’école, rigole Sandrine, mais c’était intéressant d’apprendre à choisir les bons mots et à bien se tenir ».

Après les pitches sessions, le stress de la présentation retombe un peu pour les réalisateurs. Un peu seulement car l’épreuve n’est pas terminée. Les producteurs et réalisateurs rencontrent ensuite en tête à tête les diffuseurs membres du panel qu’ils ont intéressés

. Le meilleur pitch sera récompensé à la fin d’un prix de 2000 euros donné par le FIPA.

Michael Howe, l’anarchie à coup de tromblon

Dans une salle bondée de lycéens a été projeté ce matin The outlaw Michael Howe , un film du réalisateur Brendan Cowell.

Michael Howe

Michael Howe, l’anarchie à coup de tromblon

C’est une sorte de western à la sauce australienne, avec des mousquets à la place des winchesters et des acacias en guise de cactus. L’action se passe en 1814 , à l’époque où ce pays sauvage n’était encore qu’un vaste pénitencier à ciel ouvert et où les coups de fouets rythmaient le cours des journées.

Damon Herriman incarne un bandit de grand chemin qui a juré de renverser le système colonial britannique et ses gouverneurs véreux. Il devient un symbole de résistance contre l’autorité et l’injustice , l’archétype du héros porté par le peuple pour défendre la liberté. Un homme honnête qui aspire à une vie simple mais que le sens du devoir pousse à prendre les armes. Il entre dans un gang et prend rapidement sa tête, devenant  en peu de temps le bandit le plus recherché de l’empire britanique. Mais sa troupe n’est pas aussi soudée qu’elle n’en a l’air. Tous n’ont qu’un rêve: quitter cette terre rustre et violente pour repartir en Angleterre. Mais la compagne de Michael, une Australienne du nom Black Marie, lui apprend à vivre et à aimer sa terre…il resistera jusqu’au bout.

Cette histoire rappelle fortement une autre figure emblématique de la culture populaire australienne, Ned Kelly; à la différence que lui n’écrivait pas des lettres avec du sang de kangourou.

Les paysages sont à couper le souffle et la reconstitution est très bien réalisée. On peut cependant reprocher à l’auteur de ne pas avoir réussi à développer une vision originale et personnelle du personnage. L’intrigue prend à quelques moments des airs de drame sentimental et l’histoire a du mal à monter en tension. Un film biographique bien réalisé mais qui manque de punch.

Débat à Biarritz, lutte à Paris ?

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Alors que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, est à Biarritz pour débattre sur le financement de la création à l’heure d’Internet, la course à la présidence de Radio France touche directement les autres intervenants.

La salle des ambassadeurs du Casino de Biarritz abrite ce matin un grand débat sur la création à l’ère numérique et, pour l’occasion, a convié Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication. L’occasion pour elle d’entendre les souhaits et les plaintes d’une partie des acteurs du secteur. Globalement, créateurs et diffuseurs s’accordent pour dire qu’il est indispensable de dompter un environnement numérique au modèle économique instable. Un constat déjà connu rue de Valois mais une table ronde qui permet de trouver des pistes à explorer, à défaut de réponses globales.

Lutte d’influence

Autour de la table, Bruno Patino, délégué général aux programmes et au développement numérique de France Télévisions, et Olivier Schrameck, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), concentrent les regards. L’un, un temps attiré par la présidence de Radio France, ne serait plus sur les rangs, révèle Lemonde.fr ce matin. L’autre, chargé de sélectionner avec les autres sages celui qui dirigera le groupe public jusqu’en 2019, doit constituer une short-list de prétendants au poste exposé, mais convoité, le 29 janvier prochain.

Derrière un débat aussi riche que nécessaire se joue donc une lutte d’influence entre personnages bien connus du milieu de l’audiovisuel public. Mme Filippetti, elle, a chargé Anne Brucy, ancienne directrice de France Bleu, d’une mission sur l’avenir de France 3, diffuseur de fictions et documentaires, appartenant à France Télévisions, employeur de…Bruno Patino, vrai-faux candidat à la direction de Radio France. Fin du dépôt des dossiers ce soir à 17h, et auditions des candidats à partir du 12 février. Le remplaçant de Jean-Luc Hees sera connu au plus tard le 7 mars, un mois et demi après ce jour du FIPA où beaucoup de choses se sont réglées dans les coulisses du festival.

> En savoir plus : « Radio France : la course à la présidence dans la dernière ligne droite »

Audiovisuel 3.0

Outre des projections, le FIPA est aussi l’occasion de s’interroger sur l’évolution du monde audiovisuel. C’est l’idée notamment du  BarCamp  du SmartFip@.

 « BarCamp : la conférence dont vous êtes le héros »

Ni expert, ni novice. Le concept du BarCamp est de réaliser une conférence ouverte à tous. Le principe est simple. Différentes thématiques autour de l’audiovisuel sont proposées. Chaque personne choisit la table ronde à laquelle il veut participer. La discussion s’organise autour de questions et de réponses entre amateurs et professionnel. Puis chaque groupe propose un compte rendu du début. Le thème abordé cet après-midi : le transmedia.

Le transmedia qu’est ce que c’est ?

Le transmedia, c’est la diffusion d’un même contenu sur différents supports, télévision et internet par exemple. L’idée est d’adapter un programme de différentes manières pour toucher le public de plusieurs façons. Il ne s’agit donc plus de rester cantonné à un média spécifique mais d’utiliser plusieurs moyens de communication permettant de faire évoluer le produit. Dans cette évolution, le spectateur a un rôle clé. En effet, le spectateur devient acteur. Son avis sur le programme est sollicité. Mais il peut être aussi sollicité physiquement. Le produit n’est donc plus conçu de manière définitive.  A ce titre, le multimédia apparait comme l’ancêtre du transmedia. Certes, l’interaction entre différents médias était déjà possible. Mais le programme était figé une fois pour toute, pas avec le transmedia.

Concrètement c’est quoi ?

Le transmedia, c’est par exemple la télévision connectée. Tout en regardant un programme, le spectateur peut séparer l’écran en plusieurs parties s’il veut avoir des précisions sur un point. Le transmedia consiste aussi à solliciter les spectateurs via les réseaux sociaux. Le programme se modifie suivant les envies des spectateurs. Une série peut aussi devenir un jeu en ligne. Exemple avec The Spiral diffusé sur Arte.En fait, le projet n’est plus seulement une fiction. La participation du spectateur permet un retour à la réalité. C’est une « réalité augmentée ».

Mais alors, tous auteurs ?

Une des tables du BarCamp s’est intéressée plus particulièrement à la question des auteurs dans le transmedia. Est-il possible de dire qu’i y a un auteur quand plusieurs personnes participent à l’élaboration du produit ? Jean-Claude Mocik, Responsable de la filière conception, écriture et réalisation à l’Institut National de l’Audivisuel (INA), Roland Dargelez, auteur, réalisateur, conseiller,formateur et Jean-Jacques Gay, éditorialiste (fondateur et critique d’art) à  Spamm.arte.tv se sont interrogés à ce sujet en compagnie d’étudiants et de personnes intéressés par l’audiovisuel. C’est aujourd’hui une question complexe. Dans tous les cas, il y a souvent derrière les produits un travail d’équipe à prendre en compte. Reste à savoir si le spectateur peut lui aussi être considéré comme un auteur. L’ouverture que permet le transmedia ne présente donc pas que des avantages.

BarCamp

BarCamp

Bref, le transmedia est un concept de plus en plus présent dans le monde audiovisuel. Exemple notamment avec le projet « Nouvelles Écritures » de France Télévisions.

 

Ce que vous allez voir cette année sur Arte

La chaîne franco-allemande a présenté cette après-midi sa programmation pour la saison 2014. Nouvelles écritures, formats modernes et créations trans-médias sont les maîtres-mots d’un catalogue éclectique.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte, la chaîne des seniors et des intellectuels ? Les préjugés ont la vie dure, mais la ligne éditoriale continue de jouer la carte de l’innovation. « Il faut assurer les fondamentaux et laisser la place aux nouvelles productions » défendent les têtes pensantes. Concrètement, que propose le média basé à Strasbourg ?

Les documentaires, fondamentaux d’Arte

Centenaire du début de la Grande Guerre oblige, 14, les récits et les mots replongera le téléspectateur au cœur du conflit. Egalement diffusés, les documentaires Les défis de l’Eglise et L’empire Mittal offriront du recul pour « accompagner le monde qui bouge », selon Martine Saada, directrice du département Société et Culture. Le label Arte, qui regroupe des œuvres originales, fera la part belle aux découvertes (Happiness) et aux redécouvertes (Le siècle de Marguerite Duras) de choses à ne manquer cette année.

Diffusions équilibrées entre France et monde

En matière de fiction, Arte innove dans le fond et dans la forme. Les mini-séries seront à l’honneur, comme avec Real Humans, projet aussi loufoque qu’excitant. Format prisé par les télévisions scandinaves et britanniques, à la croisée entre le long-métrage et la série, ces réalisations rafraîchiront la grille des programmes. Et pas de chauvinisme ni d’internationalisme à outrance : « nous défendons un équilibre entre coproductions françaises et créations étrangères », argue Judith Louis, du pôle Fiction.

Entre biographies et reportages

Côté arts et spectacles, biographies (Orson Welles, Marlon Brando, Jean Rochefort) et reportages se partagent l’affiche. A suivre particulièrement Les petits secrets des grands tableaux ou une réinterprétation de Roméo et Juliette, genres absents du line-up des autres chaînes du PAF. Toujours programmés, les concerts d’Arte tenteront de séduire les mélomanes téléphiles.

Web et bande dessinée, singularité d’Arte

Petite nouveauté, la bande dessinée s’immisce au cœur de la chaîne avec Pilule bleue, drame familial ponctué de moments où les acteurs s’effacent devant le crayon. On ressort de la bande-annonce légèrement dubitatif quant au résultat final. Enfin, Arte mise sur Internet. En témoigne Intime conviction, polar à cheval entre la télévision et l’interaction en ligne. Arte Live Web sera également disponible pour mettre en valeur une programmation de qualité à disposition des générations pour qui Arte rime malheureusement avec vétusté.

Grenzgang, une histoire de seconde chance

Jeudi matin, Gare du midi, le film Grenzgang de la réalisatrice allemande Brigitte Maria Bertele était projeté hors compétition dans le cadre du 27ème Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz.

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Grenzgang, traduit par « la fête de la frontière » en français, est le nom d’un festival populaire organisé tous les sept ans dans la petite ville allemande de Bergenstadt. Chants traditionnels, costumes et bière sont au programme des festivités. Pendant la fête, Thomas fait la rencontre de Kerstin. Lui a grandi dans cette ville et vit maintenant à Berlin. Elle, maman d’un petit garçon, Daniel, est venue s’installer en province suite à son mariage. Premiers regards, premiers échanges, premier flirt. Thomas et Kerstin partage un bref mais intense moment d’intimité.

On les retrouve sept ans plus tard, deux semaines avant le Grenzgang. Entre temps,  ils ne se sont pas revus. Tous deux sont seuls. Elle est désormais séparée de son mari. Elle vit avec sa mère malade et Daniel, son fils, à présent adolescent en crise. Lui est à présent le professeur principal de Daniel, refuse de grandir et cherche l’amour en faisant des rencontres sur internet. Ils finissent inévitablement par se retrouver.

Peu de paroles mais des émotions

Dans ce film, beaucoup de non-dits et d’émotions. La réalisatrice allemande Brigitte Maria Bertele a souhaité adapter le livre du même nom de Stephan Thome, car elle a été touchée par ces personnages, âgés de quarante ans, qui se voient offrir une seconde chance de trouver le bonheur. « A l’époque de nos parents, on se mariait à 25 ans, et on restait ensemble, même si ça n’allait pas. Aujourd’hui, les couples se séparent et retrouvent l’amour. Or cela implique beaucoup de questions, qu’il n’est pas si facile de gérer » explique-t-elle.

Ce film d’une heure vingt-neuf minutes, romantique mais pas cliché est le troisième de la réalisatrice Brigitte Maria Bertele. Elle a aussi réalisé plusieurs documentaires, tels que Horizon Zone, récompensé du Prix du meilleur documentaire au festival de Bianco en Italie. Les deux personnages principaux, touchants, sont joués par Claudia Michelsen (Le chinois, The Reader) et Lars Eldinger (Un weekend en famille). TeamWorx Television et Film GmbH ont produit ce film.