L’histoire à la télévision, le pari de l’avenir ?

Le « FIPA Industry », plateforme novatrice de cette 27ème édition, propose des rencontres entre professionnels pour échanger sur les nouvelles perspectives de l’audiovisuel. Ce matin, débat entre les responsables documentaires de chaînes de télévision afin de savoir quels sont les enjeux des productions historiques sur le petit écran.

P1030316

Les professionnels de la télévision débattent de l’Histoire à la télévision

France 3, Arte, RTBF (Belgique), YLE (Finlande), et Rai Storia (Italie). Ces cinq chaînes doivent répondre aux défis contemporains et apprendre à se renouveler dans un paysage médiatique en pleine mutation. Et parmi leurs productions, le documentaire historique remporte un franc succès. En France, les succès de productions comme « Secrets d’histoire » (France 2) ou « L’ombre d’un doute » (France 3) témoignent de cet intérêt des téléspectateurs pour l’enquête historique sur des sujets plus ou moins récents. Loin d’être une exception française, ce goût renouvelé est confirmé en Finlande, en Belgique ou en Italie comme l’expliquent les responsables documentaires des chaines nationales présents ce matin.

Les raisons d’une fascination pour l’Histoire

Les temporalités varient selon les pays : tandis que la Rai Storia produit davantage de documentaires consacrés à l’histoire ancienne, la RTBF se concentre davantage sur l’histoire contemporaine. Quant à la Finlande, la YLE s’attache à retracer les petites histoires, plus banales mais révélatrices de nos sociétés. Mais l’engouement pour le documentaire historique touche particulièrement les récits des deux guerres mondiales, en particulier en France, pays qui aime à réfléchir sur les violences dans l’Histoire.

La France se caractérise en outre par une passion particulière pour la politique. Comme le souligne Dana Hastier, directrice de l’unité documentaire de France 3, c’est un pays qui « aime à se raconter ». Les documentaires historiques prennent donc toute leur ampleur dans ce pays où le roman national est omniprésent et où règne une certaine nostalgie de l’époque « plus glorieuse ». Les écoles d’histoire y sont très nombreuses et les débats entre historiens assez vifs. Le tout associé à une véritable passion du romanesque qui caractérise la France selon les intervenants. C’est donc un terreau idéal qui offre un public vivace pour de telles productions audiovisuelles. Mais les succès d’audimat sont les productions qui restent centrées sur la France et peu sur l’international. Le regard plus international d’Arte, chaîne européenne, permet d’offrir une perspective plus ouverte, bien que le public soit moins nombreux.

Faire évoluer le documentaire historique

Les documentaires historiques sont régis par les mêmes règles que les autres programmes audiovisuels : ils doivent s’adapter et sans cesse se renouveler. Il faut donc sortir de la simple chronologie qui fait intervenir des experts donnant une leçon d’histoire et se tourner vers de nouveaux formats davantage attractifs. L’usage des transmédias, qui permettent de reconnecter les œuvres télévisées au web, permet par exemple de rendre les débats plus interactifs. Quant à l’historien, il est voué à changer de nature, et tout en restant une caution, les nouvelles générations deviennent aussi co-auteur.

La solution serait peut-être de faciliter la coopération en Europe, en développant les co-productions. Néanmoins, ces associations sont plus faciles pour les séries que les documentaires. Et le public des grandes chaines nationales, en particulier françaises, sont peu intéressé par l’international et se concentrent sur l’histoire de leur pays. Quoi qu’il en soit, les producteurs de documentaires historiques en Europe auront les mêmes défis à relever au cours des prochaines années.

Publicités

Un nouveau FIPA pour la 27ème édition ?

Industry YLECette année marque un renouveau dans l’histoire du festival, avec l’arrivée du FIPA Industry. Le but recherché : mettre en avant la collaboration entre créateurs et diffuseurs de programmes audiovisuels.

Un salon de rencontre

Quand on rentre dans l’établissement Bellevue, on est d’abord frappé par… la vue ! L’immense baie vitrée qui tapisse le fond de la salle rend le cadre idéal pour stimuler les négociations entre producteurs, diffuseurs et créateurs.

C’est donc dans ce cadre idyllique que les professionnels se rencontrent. Des conférences sont organisées et des salons de thé improvisés permettent des négociations entre réalisateurs, producteurs et créateurs de programme audiovisuels. Les professionnels peuvent ainsi arpenter des stands, comme celui des archives régionales d’Aquitaine, pour y faire leur marché, ou encore se renseigner sur les différents line-up des chaines présentes.

Vous avez dit line-up ?

Encore un terme anglo-saxon me direz-vous ! Alors qu’il désigne tout simplement la programmation d’une chaîne de télévision ou de radio. Il s’agit donc d’une ligne éditoriale ou d’un choix de programmes qui est fait par une chaîne dans le but de viser une audience spécifique. C’est la Finlande qui a ouvert le bal, avec comme interlocutrice Ritta Pihlajamäki, la responsable de la chaine publique finlandaise Yle.

Ancienne journaliste, elle est venue présenter principalement deux des chaines phares du groupe : Yle TV1 et Yle TV2. Les objectifs sont simples : arriver à faire du neuf tout en gardant le « vieil audimat » finlandais. En effet, la responsable ne cache pas qu’il va être difficile de garder les mêmes téléspectateurs avec les nouveaux programmes présentés, comme ceux de HBO –la chaine qui nous vient des Etats-Unis, connue pour des séries comme Game of Thrones, Sex and the City ou encore Six Feet Under- ou encore des productions nationales. La TV1 recherche un public plus jeune et à « montrer ce qui n’avait jamais été vu avant ».

Pour cela, les Finlandais ne manquent pas d’imagination. Après des séries comme Borgen ou Top of the Lake, le pays où le soleil ne se couche pas en hiver nous a montré en exclusivité trois de ces nouveaux programmes. Le premier nous montre un jeune couple en train de s’embrasser. La jeune fille demande à son petit ami de s’arrêter un instant pour qu’elle aille « se repoudrer le nez. » En fait, elle veut aller aux toilettes, mais quoi de plus embarrassant que d’uriner quand son petit copain est dans la pièce d’à côté ? Pour cela, la Finlandaise a la réponse : allumer tous les appareils électriques qui se trouvent autour d’elle, afin de couvrir les bruits gênants. La scène se termine sur l’incompréhension du jeune homme, visiblement surpris du bruit que peut faire de la poudre sur le nez de sa petite amie.

Le deuxième est un documentaire, Mot, et retrace les relations spéciales qu’il existe entre la Finlande et la Slovénie. On y apprend que la Slovénie achète des armes finlandaises. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont des plus ambiguës découvre-t-on. Ritta nous confesse que les journalistes qui ont réalisé le documentaire ainsi qu’elle-même ont risqué perdre leur travail sous pression slovène, et suite à la diffusion du documentaire sur la Yle TV2. Le gouvernement finlandais a dû directement prendre les devants pour assurer leur sécurité.

Enfin le troisième, un documentaire sur une star nationale, nous surprend moins, car plus proche de ce qu’on a l’habitude de voir. On y fait la connaissance de l’acteur dans ses moments intimes, certes insolites, mais qui nous touchent moins.

Pourtant des surprises il y en aura ! Durant le reste de la semaine, HBO Central Europe, France Télévision ou encore TF1 devraient venir nous présenter leurs « line-up ». On attend alors avec impatience de voir s’ils feront preuve d’humour et d’originalité.

« Le but du FIPA? Montrer les meilleurs programmes de la télévision! »

Nous avons rencontré le délégué général du FIPA, François Sauvagnargues, en charge de la sélection des programmes. Promouvoir la qualité de la télévision, tel est l’objectif du FIPA selon lui.

Le Délégué général du FIPA

Le Délégué général du FIPA

François Sauvagnargues, quelle est votre mission?

Je suis délégué général du FIPA depuis deux ans après avoir été directeur de diffusion sur Arte. Je dois mettre ici à profit mon réseau de professionnels de la télévision afin de montrer les films de toute provenance. Le but du FIPA, c’est selon moi de montrer les meilleurs programmes de ce média en évolution permanente.

Avez-vous eu des difficultés cette année à organiser le FIPA?

Nous avons eu peur à cause de la tempête, Sinon, nous sommes en période de crise et l’argent est rare, il est difficile de trouver des financements. Cependant, lorsque l’on arrive à prouver que la qualité est là, les financements suivent.

Quels sont les défis de la télévision aujourd’hui?

La télévision est un média à la croisée des chemins, les lignes bougent, les habitudes de consommation changent et il faut s’y adapter. Aujourd’hui la moyenne d’âge des téléspectateurs est autour de 60 ans. Nous cherchons à viser un public plus jeune avec des nouvelles écritures, des programmes en catch-up -télévision de rattrapage ou en replay-  ou encore la télévision connectée.

Quelles sont les nouveautés cette année au FIPA?

Cette 27ème édition du festival met l’accent sur les rencontres professionnelles avec le FIPA Industry. Celui-ci permet de favoriser les contacts entre les chaînes de télévision, d’encourager le développement de nouveaux projets, de faciliter les recherches de financement. Le FIPA Industry permet surtout de s’intéresser aux questions que se posent les professionnels de l’audiovisuel en ce qui concerne les enjeux de la télévision.

Pourquoi le FIPA est organisé à Biarritz?

Pour des raisons historiques, le Festival de Cannes est à Cannes, le FIPA est à Biarritz. C’est une ville accueillante qui a aussi des facilités techniques d’organisation. Pour cette édition, il y a 1800 professionnels et nous attendons environ 30 000 visiteurs sur la semaine.

Les temps forts de l’édition 2014

Mardi 21 janvier, 19h45 : cérémonie d’ouverture du FIPA. C’est donc le top départ du Festival International des Programmes Audiovisuels, qui dure jusqu’au 26 janvier, à Biarritz. Les thèmes privilégiés, les différentes formes que prend ce Festival, les nouveautés, voici ce qu’il ne faut pas manquer cette année.

1620594_10152572891831982_471713461_n

Le hall d’entrée du Bellevue, un des lieux du FIPA. Crédit photo : Ombeline De Fournoux

Brésil et Première guerre Mondiale

A ne pas perdre de vue : les deux « Gros Plans » du festival, le Brésil et de la Première guerre Mondiale, qui feront l’objet de projections tout au long de la semaine, mais aussi de débats.
Comme chaque année, le FIPA est l’occasion de découvrir de nombreuses créations audiovisuelles, présentées dans différentes catégories : Fiction, Série, Documentaire de création, Grand Reportage en ce qui concerne les formes que prennent ces œuvres. De nombreux programmes proposent aussi un regard sur les créations musicales et arts de la scène. Les nouveaux talents sont représentés grâce à la catégorie Jeune Création. Le Festival se félicite de son ouverture sur l’international. Si la section Création française existe, elle est accompagnée des Créations européennes et Créations internationales.
Enfin, les séances spéciales regroupent les cérémonies d’ouverture du 21 janvier et de clôture, le samedi 25 janvier à 19h45, à la salle Atalaya de la gare du midi, où sera projeté le film La Clinique du docteur Blanche, de Sarah Lévy. On ne manquera pas la remise de l’Eurofipa d’honneur. Le prix est décerné cette année à la série Dans les champs flamands, du réalisateur belge Jan Matthys : ce sera le mercredi 22 à 19h30.

Rencontres avec le public

Mais le FIPA, c’est aussi privilégier les échanges avec le public. Des rencontres et entretiens avec des professionnels auront lieu au sein du Casino : le comédien Grégory Gadebois le mercredi 22, le prix Goncourt Pierre Lemaitre le lendemain, le Directeur général de l’IFCIC (Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries culturelles), deux réalisateurs Virginie Lenhart et Dante Desarthe tous prévus le vendredi, et enfin le compositeur Bruno Fontaine pour l’ultime journée du festival. Deux débats sont prévus, dont « Comment raconter la guerre de 14 à la télévision ? » le jeudi 23, dans le cadre d’un des deux focus du festival. Enfin, une table ronde « Industrie et Création » est organisée le samedi 25.

FIPA Industry : l’espace des professionnels

Cette 27ème édition du festival est aussi le lieu de rencontres professionnelles. Le FIPA Industry a pour objectif d’encourager le développement de nouveaux projets, de favoriser les contacts avec les chaînes de télévision (Arte, HBO seront notamment présentes), de faciliter la recherche de financements. C’est l’occasion de comprendre quelles sont les questions qui intéressent ces acteurs de l’audiovisuel, autour d’ateliers et de débats professionnels. Les principaux sujets abordés seront le format spécifique de la série télévisée, l’avenir de l’histoire à la télévision, enfin la situation de l’audiovisuel au Brésil. On n’oublie pas non plus la plate-forme Smart Fip@, qui se développe autour des nouvelles écritures et des transmédias, ouverte à partir du jeudi 23, 10h.

Pour plonger dans une aventure brésilienne, pour commémorer la guerre de 14-18, pour découvrir les jeunes talents, pour rencontrer des professionnels, pour comprendre les enjeux contemporains de l’audiovisuel… Rendez-vous au Fipa 2014.

Retrouvez toute la programmation du Fipa 2014 sur le site de l’événement.