La Fip’attitude

dessin Elliot   Le festival audiovisuel de Biarritz… ou quand la fiction se mêle à la réalité.

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Intrigant, angoissant, captivant : Zauberberg

Ne pas aimer les films policiers et pourtant être captivée au point de s’en ronger un ongle ? L’effet de Zauberberg, une fiction du réalisateur autrichien Andreas Prochaska.

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

 Intrigant

Basse-Autriche, région de Semmering : une petite fille, Aline Staller, vient d’être kidnappée dans son propre domicile, à l’insu de sa mère, le docteur Karin Staller. Pour la police locale, il n’y a aucun doute. Le coupable ne peut être que Max Rieger. Pourquoi ? L’homme est atteint d’une maladie mentale bien particulière : il est angoissé par les enfants, au point d’en avoir poussé un d’un bus… Il les entend, il est la cible de leur moquerie. Mais tout cela se passe dans la tête de Max. Ce sont ses « démons », pour reprendre les mots du personnage principal, Brock. Brock est psychologue de la police. Mais surtout, il a été le psychologue de Max. C’est lui qui a attesté un diagnostic favorable pour la remise en liberté de Max. Pourtant, malgré toutes les photos d’enfants présentes au domicile de Max, Brock doute. Mais le spectateur comprend vite lui aussi que Max est peut-être innocent. Entre alors en scène une femme, Monika Kramer, ancienne aide-soignante de Max mais bien plus encore… Et que signifie cette peluche près de la rue avec une bougie et des fleurs ?

Donner plus d’éléments ? Ce serait dévoiler tout le puzzle subtil d’Andreas Prochaska ! Les indices se lient entre eux de manière étonnante dans un univers bien angoissant.

Angoissant

Dès les premières images du film, le ton est donné. Atmosphère sombre, gros plan de la petite fille qui joue, le spectateur dans les yeux du ravisseur. Zauberberg– ou La Montagne des miracles –a la trame de nombreux films policiers. Des suspects que tout semble accuser, un enquêteur au profil atypique qui- on n’en doute pas- saura résoudre l’énigme. Mais Zauberberg se focalise sur un point : la psychologie. La psychologie des personnages est complexe. À commencer par Max et sa peur des enfants. Le sentiment d’angoisse perceptible tout au long du film se ressent aussi sur l’image. On a presque l’impression de pénétrer l’esprit de Max. La psychologie c’est aussi la dégradation petit à petit du docteur Karin Staller, mère de la petite enlevée. La puissance de l’amour maternel est un aspect majeur du film. Et Monika Kramer, l’ancienne aide-soignante, met aussi le spectateur mal à l’aise. Entre tous ces personnages, Brock, le psychologue justement, sait trouver les mots qu’il faut. Bref, l’histoire tourne autour de l’état d’esprit des personnages, mis en avant par Andreas Prochaska avec brio.

Captivant

1h28 de film n’aura jamais été aussi courte. La résolution des énigmes est tellement étonnante que le spectateur se laisse véritablement prendre par l’histoire. Il est possible à certains moments de deviner ce qui va se passer. Mais le scénario est tellement invraisemblable qu’on se laisse réellement prendre par l’histoire. À partir d’un événement, les vies de Max, de Monika, du docteur Staller et de la petite Aline ont été bouleversées. Mais la liste n’est pas complète…

Zauberberg : captivant au point de faire froncer les sourcils dangereusement !

 To be continued…

Zauberberg a été réalisé pour la chaîne publique autrichienne ORF. Une représentante de la chaîne avait prévenu au début de la séance : c’est un film qui « prend aux tripes ». Mais surtout, les aventures de Brock ne sont pas prêtes de s’arrêter là. Le spectateur a été averti, Brock est un personnage attachant. On ne sait pas grand-chose de lui dans le film. Apparemment professeur à ses heures perdues, une certaine Mme Annie qui s’occupe de lui… Et vu comment il dispose ses affaires avec précision, on pourrait supposer un petit caractère maniaque. La chaîne compte bien produire d’autres réalisations autour du personnage de Brock. On ne peut que l’encourager.

Zauberberg
Réal. Andreas Prochaska, Autriche, 1h29
Prod. Aichholzer Filmproduktion, GmbH

Michael Howe, l’anarchie à coup de tromblon

Dans une salle bondée de lycéens a été projeté ce matin The outlaw Michael Howe , un film du réalisateur Brendan Cowell.

Michael Howe

Michael Howe, l’anarchie à coup de tromblon

C’est une sorte de western à la sauce australienne, avec des mousquets à la place des winchesters et des acacias en guise de cactus. L’action se passe en 1814 , à l’époque où ce pays sauvage n’était encore qu’un vaste pénitencier à ciel ouvert et où les coups de fouets rythmaient le cours des journées.

Damon Herriman incarne un bandit de grand chemin qui a juré de renverser le système colonial britannique et ses gouverneurs véreux. Il devient un symbole de résistance contre l’autorité et l’injustice , l’archétype du héros porté par le peuple pour défendre la liberté. Un homme honnête qui aspire à une vie simple mais que le sens du devoir pousse à prendre les armes. Il entre dans un gang et prend rapidement sa tête, devenant  en peu de temps le bandit le plus recherché de l’empire britanique. Mais sa troupe n’est pas aussi soudée qu’elle n’en a l’air. Tous n’ont qu’un rêve: quitter cette terre rustre et violente pour repartir en Angleterre. Mais la compagne de Michael, une Australienne du nom Black Marie, lui apprend à vivre et à aimer sa terre…il resistera jusqu’au bout.

Cette histoire rappelle fortement une autre figure emblématique de la culture populaire australienne, Ned Kelly; à la différence que lui n’écrivait pas des lettres avec du sang de kangourou.

Les paysages sont à couper le souffle et la reconstitution est très bien réalisée. On peut cependant reprocher à l’auteur de ne pas avoir réussi à développer une vision originale et personnelle du personnage. L’intrigue prend à quelques moments des airs de drame sentimental et l’histoire a du mal à monter en tension. Un film biographique bien réalisé mais qui manque de punch.

Une souris et un homme

algernon

Le long-métrage Des fleurs pour Algernon, réalisé par Yves Angelo et dont l’unique rôle est confié à Gregory Gadebois, parvient à transcrire à l’écran la pièce de théâtre dont il s’est inspiré, et ce avec succès.

« C’est l’histoire d’un homme qui a pour partenaire une caméra qui le filme ». C’est ainsi que Yves Angelo résume la fiction qu’il a réalisé et qui est aujourd’hui présenté au FIPA : Des fleurs pour Algernon. Cette adaptation de la pièce de théâtre mise en scène par Anne Kessler, elle-même écrite d’après le roman de science fiction de Daniel Keyes, consiste en effet en un monologue porté de façon formidable par l’acteur Gregory Gadebois. Ce dernier parvient, en complicité avec son réalisateur, à transposer son rôle théâtral au petit écran et à en présenter d’autres aspects.

Charlie a un QI anormalement faible. Pourtant, il n’est pas bête, mais simple, et extrêmement motivé pour progresser, comme le soulignent les docteurs de l’hôpital. Ce qui le bloque, c’est qu’il ne parvient à penser, à imaginer, ou à se projeter. Il reste perdu dans un labyrinthe de perplexité, et se désole qu’une souris blanche du nom d’Algernon réussisse mieux que lui les tests soumis par les docteurs. Les choses vont progressivement changer lorsqu’il est sélectionné pour devenir le cobaye d’une expérience destinée à le rendre intelligent. Devenu Charles grâce au respect gagné en raison de son QI anormalement élevé, il n’en reste pas moins esseulé et coupé des moyens de communication avec le monde qui l’entoure.  C’est lorsque la souris Algernon, à laquelle il est très attaché et qui a subi la même opération que lui, montre les premiers signes de dégénérescence que Charles comprend que malgré toutes les connaissances engrangées, il est voué à redevenir Charlie à terme.

Un parcours en forme de courbe de Gauss

Les évolutions entre les états d’intelligence du personnage ne sont pas immédiates. Elles se font selon le modèle de la courbe de Gauss : une amélioration progressive, jusqu’à l’acmé, suivi d’une lente dégénérescence. Charles prend peu à peu conscience du monde qui l’entoure, du rire blessant de ceux qui se moquent de sa bêtise, et du ridicule microcosme de la bourgeoisie scientifique. Il comprend progressivement que l’on se sert de lui et qu’il n’est rien d’autre qu’un cobaye. Mais cette lente ascension lui permet en outre de goûter aux joies de la connaissance, de l’apprentissage universel des sciences, des arts et des lettres, et de trouver de nouvelles formes de langage comme la musique qui passe par son violoncelle. Il jouit également du pouvoir de séduction associé à cette intelligence, mais reste fidèle à son premier et éternel amour. Gregory Gadebois parvient avec brio à sublimer cette lente transformation tout en soulignant que Charles et Charlie ne sont pas deux personnes différentes mais bien un seul et même homme. Certes le langage se transforme, Charles gagne en confiance, mais il reste fidèle à Charlie, qui n’était pas un sous-homme contrairement à ce que pense le personnel hospitalier. Ce lien est préservé grâce à l’amitié qu’il entretient avec Algernon, qui évolue à ses côtés.

La caméra, dernier allié face à la solitude

Pour suivre cette lente progression à travers le tunnel de la connaissance, Yves Angelo a choisi un dispositif qui permet de souligner à la fois l’intériorité et l’extériorité du monologue. L’unique personnage est filmé durant tout le long métrage par une caméra portée, à laquelle il s’adresse telle une confidente. La caméra, et les spectateurs qui lui sont liés, n’est pas une présence désincarnée mais interpelle silencieusement Charlie, qui lui narre son parcours. C’est cette proximité crée avec le protagoniste, ainsi que la simplicité des décors déserts et la beauté de la photographie qui interpellent le spectateur et l’émeuvent. Le public du théâtre est ainsi remplacé par celui du cinéma par l’intermédiaire de la caméra. Le monologue et les silences prennent alors toute leur ampleur dans la bouche d’un Gregory Gadebois saisissant.