Le combat Inuit

Après l’ambiance brésilienne hier soir, au tour de la fraîcheur du Nord canadien ce matin avec le documentaire Arctic Defenders, de John Walker. L’histoire de l’éveil politique d’une communauté bousculée par l’influence des autorités.

Hameau traditionnel inuit

Hameau traditionnel inuit

Le réflexe est instantané, la balle perce l’eau en moins d’une seconde. Aussitôt, une flaque rouge apparaît à la surface et le zodiac vrombit vers elle. Le phoque est bientôt remonté dans l’embarcation. Élément phare de la culture inuit, le cétacé représente également ce qui la menace le plus directement, avec le réchauffement climatique comme danger latent. Pourtant, c’est la présence inquisitrice du Canada qui restreint les ressources inuits depuis 1890, qui demeure la plus menaçante. Déplacement de populations, mauvais traitements, autoritarisme… Ceux qui ne veulent pas être résumés à des esquimaux (« mangeurs de viande crue ») dépeignent, sous le regard curieux de John Walker, une société au bord de l’écroulement. Mais, paradoxalement, toujours fière de ses racines et prête à défendre ses principes sur le terrain politique.

« On ne peut pas vendre un héritage »

Le mouvement se structure dans les années 1960 avec notamment Tagak Curley, jeune inuit éduqué et bilingue en inuit et en anglais. Petit à petit, la jeunesse conteste une occupation motivée par des intérêts uniquement économiques. Face à des questions le sommant de donner un prix au silence des inuits, Curley reste impassible : « On ne peut pas vendre un héritage ». Le jeune autochtone se bat, aux côtés d’autres défenseurs d’une culture en perdition, pour la reconnaissance des particularités de la province du Nord du Canada. Et de sommer les autorités d’arrêter de numéroter chaque Inuit, signe d’une catégorisation réductrice.

Nouvelles luttes, nouveaux enjeux

Puis, une forme d’autonomie est acquise, avec la naissance du gouvernement du Nunavut en 1999. La lutte ne s’arrête cependant pas à cette date : depuis, le territoire Inuit fait l’objet des convoitises internationales pour ses ressources gazière et pétrolifère. Les suicides, nombreux chez les moins de 25 ans, rendent vulnérables des populations soumises à des formes récurrentes de misère. Certains n’hésitent plus à s’exiler dans les métropoles canadiennes pour trouver du travail sans abandonner le combat contre les abus du gouvernements. « Les Canadiens doivent réparer, nous avons besoin d’eux », insiste Curley. Ou quand la nécessité de l’aide aux Inuits rencontre le désir de voir leur fierté recouvrée.

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