Ney Matogrosso ou l’énergie de l’instinct

Ney Matogrosso

L’artiste brésilien Ney Matogrosso

« En moi, tout est tel quel. » Tel est le mot d’ordre du chanteur brésilien Ney Matogrosso, artiste à la carrière débridée et subversive, dont le film Olho Nu offre une rétrospective.

Yeux et lèvres peinturlurés de noir, gestuelle théâtrale, costumes extravagants, il se trémousse sur scène, déployant sa voix de contre-alto devant une foule de spectateurs venus échapper, le temps d’une représentation, à leur quotidien marqué par la dictature. Trente ans plus tard, tenue sobre et postures méditatives, il est immortalisé dans son environnement quotidien, la nature, les rivières, sa maison – surprenant par sa relative simplicité.
Si le nom de Ney Matogrosso peut ne pas évoquer grand-chose aux oreilles de beaucoup de français, au Brésil il est considéré comme l’une des figures majeures de la scène artistique et musicale. Le réalisateur brésilien Joel Pizzini a entrepris de se concentrer sur la vie de ce chanteur né en 1941.

Un documentaire esthétiquement fouillé, pour un artiste complet

Son film Ohlo Nu, traduit en anglais par Naked Eye, relève, dès son titre, d’un parti pris minimaliste et esthétique. Alternant chansons et passages d’interview, sur fond d’images de Matogrosso tout au long de sa carrière, le tout dans un désordre savamment orchestré, le documentaire se plaît à rester dans le flou, la recherche du beau. Il permet néanmoins de découvrir cet artiste brut, désinhibé sans être dénué d’élégance, et se décrivant lui-même comme une « métamorphose ambulante » – en témoigne l’évolution de ses tenues vestimentaires au gré de sa sensibilité du moment. Exposant publiquement et sans retenue sa libido, Matogrosso envisage la scène comme le lieu de libération de ses fantasmes, celui où, dissimulé derrière son personnage de showman, il peut laisser libre cours à ses instincts, sans pudeur ni autocensure.

Les bémols du « flou artistique »

Des critiques, toutefois, sont à formuler au sujet de ce film certes visuellement recherché, mais dont la forme n’aide pas vraiment le téléspectateur à assouvir son éventuelle curiosité pour Matogrosso… L’aspect volontairement décousu du documentaire, sans aucun fil chronologique ni même thématique, le rend difficile à suivre pour qui ne dispose d’aucune connaissance préalable sur la vie du chanteur. Quelques longueurs également dans ce long-métrage délibérément lent, axé avant tout sur l’esthétique – davantage que sur une réelle analyse de l’artiste. On regrettera enfin que le film n’aborde que la carrière de Matogrosso, mettant de côté sa vie personnelle qui aurait pourtant pu se révéler intéressante, contribuant à cerner le personnage. Dont on aura, au moins, découvert la musique, éloquente à elle seule.

Olho Nu réalisé par Joel Pizzini, produit par Canal Brésil, durée: 1h41

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Amazonie et guerre des tranchées

bresilfipa

Connu pour la qualité de sa production documentaire, le Brésil s’illustre aussi par le développement de son secteur audiovisuel. Gros plan du FIPA 2014 sur ce pays, ainsi que sur le grande guerre et son imaginaire.

Festival avant tout international – comme l’indique son nom – le FIPA réunit des programmes de toutes origines, aussi bien françaises que mondiales. Au sein de cette floraison, un accent particulier est mis, dans cette édition 2014, sur l’un des principaux pays se plaçant cette année sous les feux de l’actualité : le Brésil, objet et lieu de production de six films documentaires qui seront projetés cette semaine à Biarritz. Se focalisant sur divers aspects du vaste état sud-américain, ces longs-métrages en dressent un portrait à la fois historique et contemporain, des chercheurs d’or à la catéchisation progressive des indigènes en passant par le football, la danse dans les favelas ou encore le portrait du chanteur Ney Matogrosso… Agenda qui sera complété par des interventions relatives à la situation de l’audiovisuel au Brésil, dans le cadre du FIPA Industry, l’espace dédié aux professionnels.

Le centenaire de la guerre 14-18 à la télévision

En parallèle à cette escapade brésilienne, un second gros plan sera opéré par la 27ème édition du Festival. Année commémorative en la matière, 2014 verra naturellement le FIPA se concentrer sur la Première Guerre mondiale, à travers sept productions, documentaires comme fictions. Françaises, belges, allemande et australienne, elles permettront d’aborder sous un angle international et multilatéral ce conflit majeur, ayant impliqué non seulement politiques et militaires, mais également l’ensemble de la population. Le film australien Anzac Girls, de Ken Cameron, fait ainsi revivre les péripéties vécues par des infirmières basées au Caire, tandis que celui du réalisateur belge Jan Matthys (par ailleurs EuroFipa d’honneur) s’attache à retracer l’histoire d’une famille que la Grande Guerre va bouleverser à jamais.

A l’aune de ces deux différents focus, un Festival qui s’inscrit donc résolument dans une perspective mêlant Histoire et actualité, à l’image de la diversité des productions qui y seront présentées.

O Samba

La promesse de ce documentaire réalisé par Geroges Gachot est de nous montrer la Samba de la manière la plus authentique possible, bien loin des clichés des spectacles pour touristes organisés pendant le grand carnaval de Rio. La samba, c’est cette danse brésilienne faite de percussions tribales, de chants immémoriaux et de mouvements de hanche sensuels.

O Samba

O Samba

Chaque année, dans les rues de Rio, les écoles de Samba s’affrontent dans une immense orgie de costumes à plumes et de tambour. Nous suivons donc les danseurs de la Vila Isabela, l’une des plus réputées et sa mascotte, le compositeur Martinho da Vila.

Un apôtre de l’hédonisme

Martinho da Vila est un de ces personnages atypiques qui, lorsqu’on leur pose une question, ne peuvent répondre autrement qu’en attrapant un instrument et en improvisant une ballade passionnée au sujet d’une ancienne conquête féminine. Martinho pourrait bien être l’ambassadeur de la samba tant il semble l’incarner parfaitement, jusque dans sa philosophie de vie. Des quartiers de Rio en plein préparatifs des festivités jusqu’aux rues parisiennes où il va rencontrer Nana Mouskouri pour un duo aussi improbable que réjouissant, nous suivons les pérégrinations de cet apôtre de l’hédonisme.

La samba revêt évidemment une dimension sociale, c’est la musique qui s’élève du cœur des favelas. Mais il n’est pas question ici de revendication politique ou de lutte de classes, la samba, c’est simplement la célébration de la vie, la fierté de venir de ces quartiers populaires, enfin et surtout la fierté d’être brésilien. Ce mélange de sensualité et d’extraversion fait complètement partie de la culture sud-américaine, comme l’analyse un des protagonistes du documentaire qui concède néanmoins que les Européens en font autant mais de manière pudique.

Le plan qu’on retiendra : la dernière image où le défilé des danseurs passe au milieu du public, suivi immédiatement d’un cortège de balayeurs qui effacent les traces de cette débauche de percussions et de plumes, comme pour souligner le côté éphémère de la performance. Puis dans le coin de l’image, cette femme qui continue à danser toute seule comme possédée par la musique. Et lorsque les lumières se rallument, on se surprendrait presque à en faire de même.