Les séries télé : la poule aux œufs d’or

Les grandes écoles de l’audiovisuel, dont la Fémis, l’INA et le Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA) étaient présentes au FIPA. L’occasion de resituer les enjeux de l’écriture de scenarii dans un contexte de compétition acharnée entre les séries et entre les diffuseurs.

Les Revenants

Les Revenants

Depuis les années 2000, les séries américaines ont explosé sur les écrans français, notamment avec les succès d’HBO (The Wire) et d’AMC (Breaking Bad) obligeant les auteurs à redéfinir complètement les règles de la narration et les codes visuels de la télévision. En France la révolution se fait aussi, un peu plus lentement. Pourtant, le récent succès de la série Les Revenants, diffusée sur Canal + montre que les séries françaises peuvent aussi s’exporter et connaître du succès à l’étranger.

Les grandes écoles de l’audiovisuel ont donc la lourde responsabilité de former la prochaine génération d’auteurs. L’étude des séries au sein des programmes prend une place de plus en plus importante, ce qui témoigne d’un vrai besoin de renouveau. L’INA a d’ailleurs créé l’INA expert, un conseil d’expertise pour former non plus des scénaristes mais des producteurs. L’objectif est d’impliquer davantage la production, normalement cantonnée à une responsabilité financière,  dans le processus de création.

La Nouvelle vague des séries

Si les sixties et la Nouvelle vague ont inventé le cinéma d’auteur, les années 2000 auront probablement inventé la série d’auteur. Les séries classiques étaient constituées d’intrigues cloisonnées, de dialogues et de personnages archétypaux. Les nouvelles normes exigent au contraire des intrigues nombreuses et enchevêtrées les unes aux autres, des personnages ambigus et non-consensuels et  surtout une écriture audiovisuelle et une direction artistique soignée. Si les séries américaines restent la référence, les séries britanniques et scandinaves (Borgen) s’en sortent bien car en plus d’être originales, elles proposent un vrai concept visuel inédit. Les chaînes de télévision françaises sont encore « un peu frileuses » à l’idée de produire ce genre de séries, même si Canal + et Arte ont déjà plusieurs succès à leur actif. Cette réticence peut se comprendre par la prise de risque accrue que comporte la sortie d’une nouvelle série par rapport à la sortie d’un film. Produire une série nécessite en effet de penser sur le (très) long terme. Autre prise de risque, celle des diffuseurs : un flop sur la diffusion d’une série étrangère peut durablement affecter les audiences d’une chaîne et donc ses revenus.

Une télévision qui lorgne sur le cinéma

Il est indéniable que les séries sont sur une vraie dynamique compétitive ; elles empruntent pour cela au cinéma ses méthodes de promotion. La série Real Human sur le robotisme, diffusée sur Arte est à ce titre un bel exemple de webmarketing, lorsqu’un faux site d’achat de robots avait été lancé peu avant la diffusion de la première saison.

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Un nouveau FIPA pour la 27ème édition ?

Industry YLECette année marque un renouveau dans l’histoire du festival, avec l’arrivée du FIPA Industry. Le but recherché : mettre en avant la collaboration entre créateurs et diffuseurs de programmes audiovisuels.

Un salon de rencontre

Quand on rentre dans l’établissement Bellevue, on est d’abord frappé par… la vue ! L’immense baie vitrée qui tapisse le fond de la salle rend le cadre idéal pour stimuler les négociations entre producteurs, diffuseurs et créateurs.

C’est donc dans ce cadre idyllique que les professionnels se rencontrent. Des conférences sont organisées et des salons de thé improvisés permettent des négociations entre réalisateurs, producteurs et créateurs de programme audiovisuels. Les professionnels peuvent ainsi arpenter des stands, comme celui des archives régionales d’Aquitaine, pour y faire leur marché, ou encore se renseigner sur les différents line-up des chaines présentes.

Vous avez dit line-up ?

Encore un terme anglo-saxon me direz-vous ! Alors qu’il désigne tout simplement la programmation d’une chaîne de télévision ou de radio. Il s’agit donc d’une ligne éditoriale ou d’un choix de programmes qui est fait par une chaîne dans le but de viser une audience spécifique. C’est la Finlande qui a ouvert le bal, avec comme interlocutrice Ritta Pihlajamäki, la responsable de la chaine publique finlandaise Yle.

Ancienne journaliste, elle est venue présenter principalement deux des chaines phares du groupe : Yle TV1 et Yle TV2. Les objectifs sont simples : arriver à faire du neuf tout en gardant le « vieil audimat » finlandais. En effet, la responsable ne cache pas qu’il va être difficile de garder les mêmes téléspectateurs avec les nouveaux programmes présentés, comme ceux de HBO –la chaine qui nous vient des Etats-Unis, connue pour des séries comme Game of Thrones, Sex and the City ou encore Six Feet Under- ou encore des productions nationales. La TV1 recherche un public plus jeune et à « montrer ce qui n’avait jamais été vu avant ».

Pour cela, les Finlandais ne manquent pas d’imagination. Après des séries comme Borgen ou Top of the Lake, le pays où le soleil ne se couche pas en hiver nous a montré en exclusivité trois de ces nouveaux programmes. Le premier nous montre un jeune couple en train de s’embrasser. La jeune fille demande à son petit ami de s’arrêter un instant pour qu’elle aille « se repoudrer le nez. » En fait, elle veut aller aux toilettes, mais quoi de plus embarrassant que d’uriner quand son petit copain est dans la pièce d’à côté ? Pour cela, la Finlandaise a la réponse : allumer tous les appareils électriques qui se trouvent autour d’elle, afin de couvrir les bruits gênants. La scène se termine sur l’incompréhension du jeune homme, visiblement surpris du bruit que peut faire de la poudre sur le nez de sa petite amie.

Le deuxième est un documentaire, Mot, et retrace les relations spéciales qu’il existe entre la Finlande et la Slovénie. On y apprend que la Slovénie achète des armes finlandaises. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont des plus ambiguës découvre-t-on. Ritta nous confesse que les journalistes qui ont réalisé le documentaire ainsi qu’elle-même ont risqué perdre leur travail sous pression slovène, et suite à la diffusion du documentaire sur la Yle TV2. Le gouvernement finlandais a dû directement prendre les devants pour assurer leur sécurité.

Enfin le troisième, un documentaire sur une star nationale, nous surprend moins, car plus proche de ce qu’on a l’habitude de voir. On y fait la connaissance de l’acteur dans ses moments intimes, certes insolites, mais qui nous touchent moins.

Pourtant des surprises il y en aura ! Durant le reste de la semaine, HBO Central Europe, France Télévision ou encore TF1 devraient venir nous présenter leurs « line-up ». On attend alors avec impatience de voir s’ils feront preuve d’humour et d’originalité.