Etre membre du jury des Jeunes européens, une « expérience inoubliable »

12 des membres du jury des Jeunes Européens

12 des membres du jury des Jeunes Européens

Ils ont entre 15 et 17 ans, viennent de 13 pays européens différents, parlent couramment français et forment le Jury des Jeunes Européens. Ce soir, ils remettront un prix aux créations en compétition dans la catégorie « grands reportages et investigation » du Fipa.

Quand on les rencontre, assis ensemble au café de la Gare du Midi de Biarritz, on a le sentiment de faire connaissance avec une bande d’amis cosmopolite, où la complicité et l’humour sont de mises. Pourtant, quelques jours plus tôt, ils ne se connaissaient pas. Ils viennent de pays très différents et c’est le Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz qui les a réunis pour composer le Jury des Jeunes Européens.

Depuis plusieurs années, le Fipa propose à treize lycéens de l’Union Européenne de participer à ce jury. «Pour chaque édition du festival, douze pays différents sont sélectionnés, en plus de la France, et on fait un roulement. Par exemple, si cette année, nous avons un juré venu de Suède, l’année prochaine nous n’en aurons pas » explique Fannou, qui s’occupe d’eux et les accompagne tout au long de leur séjour dans la ville biarrote.

Pour être sélectionné, ils ont dû rédiger une lettre de motivation et s’acquitter de frais d’inscription de 50 euros. Par la suite, ils ont été contactés par l’équipe du Fipa pour un entretien téléphonique, permettant de vérifier leur maîtrise de la langue française et leur ouverture culturelle. « Nous ne recherchons pas spécialement des jeunes lycéens incollables sur le cinéma et le monde audiovisuel en général. Nous privilégions la diversité et nous obtenons un jury comprenant des profils très différents ». Si quelques-uns, tels que Kenatea, suivent des options en lien avec l’univers audiovisuel, la plupart abordent le cinéma seulement comme un loisir.

Ce ne sont donc pas des professionnels, mais des jeunes curieux et ouverts sur le monde. Ils ont pour mission de choisir une œuvre parmi celles sélectionnés dans la catégorie « grand reportage et investigation », qu’ils récompenseront du prix du jury des Jeunes européens. « C’est gratifiant de savoir que l’on va remettre un prix qui a autant de poids et de valeur que celui des adultes » confie Léonarda. Alors, chaque jour, ils assistent à cinq projections. « On part dès que le reportage est terminé, c’est frustrant de ne pas voir les réalisateurs parler de leur film, mais il ne faut pas que nous soyons influencés dans notre décision » commente Kenatea. Et chaque soir, ils débriefent les films vus, sous l’égide du journaliste de Télérama Samuel Gontier.

Et lorsqu’on leur demande s’ils sont toujours du même avis, les réponses fusent : « non ! », « jamais ! », « pas du tout ! ». S. Gontier les aide à juger les films suivant une liste de critères tels que l’originalité et la qualité du sujet, la structure, le déroulement, le potentiel de diffusion. « Le problème c’est qu’on ne privilégie pas tous les même critères ! Certains préfèrent les émotions, d’autres les qualités techniques » raconte Pedro. Hector renchérit en déclarant que lui vote vraiment « avec son cœur et en fonction de ce qu’il a ressenti ».

Des émotions, des découvertes, et des voyages

S’ils n’ont pas le droit de révéler leurs coups de cœur avant la remise des prix samedi soir, ils sont d’accord pour dire qu’avec les douze documentaires, ils ont voyagé, découvert d’autres mondes, d’autres façons de vivre, ont développé une connaissance plus fine de l’actualité. Ils ont souvent été surpris, parfois enchantés, et quelques fois déçus. Et si ce n’est pas le cas de Marcel, les autres admettent qu’il leur est arrivé d’être choqués. « C’est dur de voir un cadavre d’enfant avec le sang et les organes, surtout que nous savons que ce n’est pas de la fiction mais la réalité » reconnaît ainsi Shervin.

Le Fipa terminé, leur mission de jurés accomplie, ils repartiront dans leur pays. « Souvent, ils restent en contact et se revoient, des années plus tard, c’est chouette » déclare Fannou, qui suit les Jeunes Européens depuis huit ans maintenant. Parmi les membres du jury des Jeunes Européens, peu d’entre eux souhaitent travailler dans le monde de l’audiovisuel. « Moi, j’aimerais faire du droit, mais je continuerai à regarder des documentaires et à aller souvent au cinéma » affirme Pedro tandis que Nicholas hésite de son côté entre une carrière de chirurgien et de réalisateur.

Tous conseillent aux jeunes lycéens de s’inscrire et de tenter leur chance. « C’est vrai qu’au début, c’est un peu effrayant de ne connaître personne. Mais on devient très vite tous amis » assure Léonarda. Pas besoin d’être un spécialiste du cinéma, il suffit d’être curieux et d’en avoir envie. « C’est une véritable opportunité de voir les films en premier » s’exclame Darina tandis que Shervin conclut que « c’est une expérience inoubliable d’être juré d’un tel festival, ça apporte une telle ouverture sur le monde, sur l’Europe et sur l’actualité ».

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Voyage en Absurdistan

Le FIPA a diffusé deux documentaires sur la péninsule coréenne. In between : Isang Yun in North and South Korea de Maria Stodtmeier et la première partie de Corée, l’impossible réunification de Pierre-Olivier François étaient diffusés entre deux documentaires sur la guerre de 14.

In Between: Isang Yun in North and South Korea. Réalisation: Maria Stodtmeier

In Between: Isang Yun in North and South Korea. Réalisation: Maria Stodtmeier

Deux films sur le même sujet et pourtant deux manières très différentes de le traiter. Corée, l’impossible réunification est un film constitué d’images d’archives et de commentaires en off. Si le film a le mérite de dresser un tableau comparatif du nord et du sud avec un montage parallèle, il en devient en revanche très académique et peu original. Ceux qui, comme moi, connaissent peu cette région du monde y trouveront des informations factuelles intéressantes et précises, à la manière d’un livre d’Histoire. Ceux qui cherchent au contraire un point de vue un peu alternatif et inédit sur une région qui cristallise tous les fantasmes totalitaires et les dérives propagandiste (au nord mais également au sud) trouveront leur compte avec In between: Isang Yun in North and South Korea.

Cadence militaire vs pop acidulée

Si la Corée du nord devait être une musique, elle serait probablement une cadence militaire, parfaitement rythmée dans laquelle toute fausse note serait impitoyablement sanctionnée. La Corée du sud serait au contraire une pop acidulée et mièvre. Oui, ce sont des stéréotypes, pourtant ces deux frères ennemis tiennent tellement à se démarquer l’un de l’autre qu’ils en versent souvent dans la caricature (je détesterai tout ce que tu aimeras), à l’image de cette petite écolière nord-coréenne qui au début du film répond presque menaçante qu’elle veut « défendre son pays », lorsque sa maîtresse lui demande ce qu’elle veut faire plus tard.

Réconcilier le nord et le sud le temps d’une chanson

North Korea or South Korea? pourrait bien être un jeu en ligne, comme Fashion or porn ? et Serial killer or hipster ? où les internautes devraient deviner si les photos viennent du nord ou du sud. Pour celui qui a déjà joué à ces deux jeux, il y a des pièges et des photos qui trompent. Isang Yun, décédé en 1995 et adulé des deux côtés du 38ème parallèle, pourrait bien être l’une de ses photos. En effet ce compositeur de musique classique, né à Tongyeong (Corée du sud) est l’une des rares figures à faire oublier, le temps d’une symphonie, les menaces d’apocalypse nucléaire et à rassembler tous les Coréens. Connu jusqu’en Europe, Isan Yun a beaucoup voyagé dans les années 1960, et notamment chez l’ennemi du nord, qu’il espérait voir un jour se réunir avec le sud. De retour en Corée du sud, il est accusé d’espionnage, torturé, puis condamné à perpétuité. Sous la pression internationale, la dictature de Park Chung-hee le libère finalement et il trouve refuge en Allemagne. Un institut de musique classique à Pyongyang porte son nom. Ce documentaire qui reprend des images d’archives et des témoignages, dont celui de sa femme, rend hommage à ce musicien atypique et montre qu’on peut dépasser certains clivages grâce à la musique…et à un peu de recul.

Rencontre avec Virginie Linhart : Sarajevo, des enfants dans la guerre

DSC03592En plein siège de Sarajevo, des enfants blessés sont évacués en France pour y être soignés. Ils y resteront trois ans, tentant de communiquer avec leurs familles restées en Bosnie. Virginie Linhart signe un documentaire émouvant sur cet exil, ayant retrouvé plusieurs de ces enfants qui aujourd’hui se souviennent. Dans une salle du Bellevue à Biarritz, elle nous parle de cette expérience.

La guerre, Virginie Linhart connaît. Non parce qu’elle l’a vécue personnellement, mais parce que la plupart des films qu’elle a réalisés traitent de ce sujet. Pourquoi cet intérêt exacerbé pour les conflits, les morts et les survivants ? Parce que c’est un thème généralement plébiscité par la gente masculine, plaisante la fidèle lectrice de Simone de Beauvoir. Mais aussi parce que ses origines juives polonaises l’on logiquement conduite à s’intéresser tout particulièrement à la Seconde guerre mondiale.
Elle était donc venue présenter son film sur la Shoah au festival de Blois lorsque sa productrice, Pascale Servan-Schreiber, lui fit part d’une nouvelle idée de documentaire, dans le cadre du centenaire de l’attentat de Sarajevo. Ce projet s’est formé à partir de 15h de rushs inédits, constituant un « matériau d’archives inouï ». Ces rushs proviennent de la collection personnelle de Romain Goupil, qui pendant trois ans a été le « facteur vidéo » entre des enfants bosniens en convalescence à Albertville et leurs familles demeurées à Sarajevo.

Sarajevo – Albertville : de la guerre à l’exil

Aujourd’hui, ces jeunes de 25 à 35 ans sont médecin, charpentier, étudiants ou professeur de français. Vingt ans plus tôt, grièvement blessés, ils étaient transportés en France pour subir des opérations chirurgicales souvent longues et douloureuses. En Bosnie, dans les hôpitaux bondés, on les aurait probablement amputés. La France fut leur chance et leur salut. Mais si les premiers mois se déroulent dans l’espoir, le soulagement de constater les progrès physiques indéniables, bientôt la joie laisse place à la lassitude. Dans les préfabriqués d’Albertville où les enfants et leurs mères vivent tous ensemble, la nostalgie s’installe, et l’angoisse tord les ventres quand on pense aux proches restés sous les bombes à Sarajevo. Pour égayer le quotidien, certains trouvent des échappatoires. Comme ce groupe d’adolescents qui s’adonne à la réalisation de mini-vidéos parodiques, déployant leur humour noir dans des satyres de chaînes d’information publique. En parallèle, ils créent également un journal dans lequel ils publient leurs dessins et leurs textes, bilingue français – bosniaque.
Un nouvel élément vient bientôt rompre la monotonie et apaiser les inquiétudes. Devant l’extrême difficulté pour les exilés de joindre leurs familles, Romain Goupil propose d’enregistrer des messages vidéos destinés aux proches, et de les apporter ensuite à Sarajevo. Là-bas, il organise des projections clandestines, et filme les réponses à l’attention des convalescents d’Albertville. Pendant plusieurs mois, celui dont la caméra a aussi immortalisé l’évacuation des enfants fera ainsi la navette entre les deux villes.

Entre histoire et actualité, un reportage poignant

C’est sur ces archives exceptionnelles que s’est appuyée Virginie Linhart pour élaborer son documentaire. Elle y mêle également de poignantes images du siège de Sarajevo, principalement tirées de la télévision bosniaque, ainsi que des interviews avec les quelques ex-enfants d’Albertville qui ont accepté de témoigner.
Retrouver ces enfants, explique Virginie Linhart, n’a pas été trop difficile. Avec l’aide de Sanda, la femme bosniaque de Romain Goupil, elle contacte les jeunes et leurs familles. Certains refusent, d’autres sont partis à l’étranger. Mais certains acceptent de participer, revenant sur leurs souvenirs de ces années en France. On voit leurs visages émus, voire bouleversés, devant le visionnage des archives de Goupil. Parler de l’événement à l’origine de leurs blessures reste douloureux.
Bien qu’ayant vécu ensemble trois années durant, les enfants d’Albertville n’ont jamais cherché à se revoir après leur retour en Bosnie, à la fin de la guerre. Le temps passé en France a été avant tout une parenthèse dans leurs existences, quelques mois d’attente confortable avant de retourner à la vraie vie. Néanmoins, pour certains ce séjour a été décisif dans leurs choix d’avenir ; deux d’entre ont ainsi décidé de rester en France, une autre est aujourd’hui professeur de français.

Outre la rétrospective intéressante qu’il offre sur le conflit yougoslave, le documentaire de Virginie Linhart séduit par son aspect humain, suivant ainsi une poignée d’individus avec leurs expériences et leurs parcours. Retrouver les visages vieillis de ces enfants dont on a vu les corps sur les civières et les regards marqués par la guerre a quelque chose de réellement émouvant. Pour la réalisatrice, la principale difficulté a justement été de s’approprier ces personnages qu’elle n’avait pas choisis, à la différence de ces précédents documentaires. Elle dit avoir été marqué par leur dignité, leur autodérision, sans haine ni pathos.
Pour Virginie Linhart, la guerre de Bosnie était une chose lointaine, très éloignée de nos propres préoccupations. Avec ce film, elle enfin découvert la signification de cette phrase que les actualités françaises diffusaient alors : « Sarajevo, c’est nous. »

On a assisté au line-up d’HBO Europe centrale

Depuis la fin des années 90, HBO a complètement bouleversé le paysage audiovisuel. Après avoir conquis le marché nord-américain et européen, la chaîne à péage se tourne vers l’Europe centrale. Ce qui fait la force de cette chaîne, c’est sans doute sa capacité à se réinventer et à s’adapter à de nouveaux marchés tout en restant exigeante constant en qualité. Hanka Kastelicova, productrice de documentaire était là pour nous présenter rapidement quelques projets.

La présentation HBO

La présentation HBO

Deep love

Janusz est un plongeur expérimenté qu’une attaque a laissé partiellement paralysé.  Loin de se décourager, il va pourtant tenter un ultime exploit: revenir dans le Blue Hole de la mer rouge, une fosse sous-marine mythique, le Graal des plongeurs. Janusz va donc se battre jusqu’au bout pour réaliser son rêve, luttant contre l’avis de tous les médecins. Ce documentaire, réalisé par Jan P. Matuszynski devrait montrer sa lutte au quotidien contre le handicap, la préparation de son périple jusqu’au moment de grâce où Janusz accomplit son exploit.

Totonel

Ce documentaire réalisé par Alexander Nanau nous plonge dans le quotidien glauque et moribond d’une mère de famille roumaine qui retrouve ses trois enfants après avoir passé sept années en prison pour trafic de drogue. La productrice présente au FIPA n’a pas été très loquace sur ce projet mais nous avons retrouvé sur internet la bande-annonce. Un troisième projet mystérieux a été évoqué, il s’intitule The other side of everything mais là encore, peu d’informations ont filtré. Nous en saurons probablement plus dans les mois à venir. En attendant, voici quelques informations sur une nouvelle minisérie HBO, Burning Bush, qui revient sur l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 1969.

Session pitches : les projets en compétition

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

La première session

Yorgos Avgeropoulos a ouvert le bal des pitches avec son projet Agora de documentaire sur la vie de la population grecque depuis la crise économique mondiale. Son approche est originale : pendant plus de quatre ans, il a filmé régulièrement quelques personnages, que nous voyons évoluer et changer dans un pays croulant sous le poids des dettes et sous la domination de la troïka. Agora était traditionnellement le symbole de la démocratie, aujourd’hui pour les Helléniques, Agora est synonyme de « marché ».

Ce fut ensuite au tour Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier de faire un pitch. Ils ont présenté Paseo con Franco, sorte de documentaire-road movie sur l’impunité des crimes du dictateur espagnol Franco. Ils projettent de parcourir l’Espagne afin de dresser le portrait d’un pays et d’une société qui n’ont pas fait leur travail de mémoire.

SIA – Room for an African est un projet de fiction porté par deux canadiens, Carlito Gioni et Matthew Mackenzie qui met en scène Abraham, ex-enfant soldat au Liberia, prenant en otage son ami canadien Nick Summer, dans une tentative désespérée d’empêcher un témoin de s’exprimer au procès de Charles Taylor pour crimes de guerre.  Encore peu abouti, l’atout de ce projet est sans aucun doute les connexions des deux auteurs avec les habitants des pays africains où ils ont longtemps travaillé.

Le projet suivant, intitulé Qian’s obssesion, fut présenté par Oriol Martinez et Oriol Gispert. Il a pour sujet une usine de textile chinoise de 2000 employés, créée par un millionnaire Qian Anhua, qui affirme vouloir le « bonheur » de ses ouvriers. Il a l’idée de les faire s’entraîner aux « castells », tradition culturelle importée de Catalogne.

Peu de gens le savent, mais la première grève des femmes en France eut lieu en 1906. Ce sont des transbordeuses d’oranges qui menèrent ce mouvement de colère, à cause des conditions de travail difficiles et de promesses d’augmentation de salaire jamais exécutées. Antoni Casals-Roma et David Casals-Roma propose de revenir sur cet événement peu connu de l’Histoire de France avec un documentaire intitulé Les transbordeuses d’oranges basé sur des fonds d’archives et des témoignages.

Gaizka Urresti Fernandez de Valderrama aimerait monter un film basé sur un prêtre d’une paroisse espagnole qui est à l’origine du groupe d’entreprises le plus important du Pays Basque. Ce projet, intitulé Arizmendiarreta : el hombre cooperativo peut être intéressant si le pape François le béatifie comme annoncé.

Le pitch de Benjamin d’Aoust et de Stéphane Bergmans, jeunes réalisateurs belges, leur a permis de présenter leur idée de série, déjà sélectionnée  par la chaîne RTBF dans le cadre d’un appel à projet. Ils veulent réaliser un thriller feuilletonnant, la Trève, entre les séries « Borgen » et « The Killing », un Cluedo grandeur nature « où la culpabilité d’un seul n’exclut pas la responsabilité des autres ».

Bence Maté et Thorolf Lipp ont conclu cette première « pitches session » avec leur projet War Volunteers, documentaire sur les jeunes Juifs du monde entier qui quittent leurs foyers pour rejoindre l’armée de défense d’Israël.  Ils souhaitent suivre trois jeunes dans leur engagement et sur le terrain. L’idée de cette œuvre est de témoigner de l’évolution physique et psychologique de ces jeunes amenés à combattre pour l’Israël.

La deuxième session

Wei or Die. Un week-end d’intégration qui se termine tragiquement. Des enquêteurs collectent toutes les vidéos et photos du week-end dans une base de données en temps réel et tentent de comprendre comment c’est arrivé. Le spectateur se glisse dans la peau d’un enquêteur dans ce projet transmédia et peut ainsi retracer le cours des événements en adoptant le point de vue des personnes présentes à la soirée. Ce film interactif et voyeur propose à celui qui le regarde d’être en quelque sorte le monteur de son propre film.

Still life donne un second souffle à la vie. Ce documentaire, réalisé par Davide Gambino, suit trois taxidermistes travaillant dans les musées d’histoire naturelle des grandes capitales européennes. En plaçant des animaux sauvages empaillés dans des environnements urbains, le film questionne sur la frontière entre le monde humain et le monde animal. Sensible aux préoccupations écologiques et à la défense de la biodiversité, Still life mélange images singulières et interaction avec le spectateur.

Féministes, inchallah. Les femmes dans les pays arabes n’ont pas attendu les révolutions de 2011 pour s’engager dans la lutte féministe. Ce documentaire ambitieux et engagé de Feriel Ben Mahmoud présente l’histoire de la lutte féministe dans cinq pays du monde arabe en suivant une trame chronologique et en s’appuyant sur les grandes figures comme Huda Sharawi. Retraçant presque un siècle de revendication en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Algérie et enfin en Arabie Saoudite. Cinq pays pour cinq histoires différentes. Le film, coproduit par France 3 mélange des témoignages de pionnières, des récits d’historiens, d’artistes engagés et des images d’archives inédites. Faisant écho aux mouvements sociaux actuels dans le monde arabe, ce film est là pour rappeler que « sans égalité, il n’y a pas de démocratie ».

Dali, Lacroix…au-delà de l’objectif. De 1970 à 1980 à Cadaquès (Catalogne), les époux Dali-Gala et Lacroix ont vécu une relation amicale et intellectuelle forte. Ce documentaire de création, qui regroupe des archives inédites, des photos et des croquis propose au spectateur de s’engouffrer dans l’intimité artistique de l’un des plus grands esthètes du XXème siècle, l’homme derrière l’artiste. Le film est actuellement à la recherche d’un diffuseur en France et en Europe.

Ennemi public. Cette série de 10 épisodes de 52 minutes raconte l’asile que Guy Maréchal, un tueur d’enfant qui sort de prison, trouve dans une abbaye des Ardennes belges. Menacé de lynchage par la vindicte populaire, l’assassin trouve refuge chez les moines mais se trouve bientôt menacé par ses vieux démons, malgré l’aide du frère Lucas. Cette histoire de schizophrénie paranoïaque fait bien entendu penser à un autre fait divers, l’affaire Marc Dutroux. Cette série écrite par quatre auteurs nous immerge dans un univers ésotérique et mystérieux et questionne la légitimité de la justice et des institutions dans une société parfois habitée par des réflexes archaïques et sécuritaires.

Unter Freunden – Among friends est un documentaire transmédia s’intéressant à la législation sur la protection des données. En nous impliquant dans le processus législatif de l’Union Européenne, nous aurons à choisir entre le personnage du parlementaire, de l’activiste ou du lobbyiste afin de définir les règles de transparence et de protection de la vie privée pour le futur. Ce projet complexe est encore en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le film documentaire Voyage en Occident nous embarque en compagnie d’un car de touristes chinois en visite dans les capitales de 7 pays européens, dont le point culminant est la découverte de Paris. Un jeu de miroir et de contrastes entre deux civilisations très différentes. Ce road-movie de 52 minutes relaye avec humour et intelligence quelques stéréotypes coriaces sur la classe moyenne émergente chinoise ainsi que sur les fantasmes et les images d’Épinal que se font les asiatiques à propos de l’Europe.

Jazz Way out. Sept musiciens roms de Budapest sont engagés par le saxophoniste Tim Ries (qui a collaboré avec les Rolling Stones) pour faire découvrir le jazz fusion aux USA. Habitués au quotidien à subir le racisme d’une partie de la société hongroise, les musiciens roms vont apporter un mélange de jazz manouche, de folk et de musique à la terre des grands jazzmen  et connaître une certaine  renommée. Nul n’est prophète en son pays pourrait-on dire. Ce documentaire musical de 52 minutes est en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le jury a parlé, c’est donc Agorá qui l’a emporté. Malheureusement, le réalisateur Yourgos Avgeropoulos étant absent, c’est un de ses proches qui est venu récupérer la récompense.

Sonia Reynaud et Yann Lagarde

Pause gourmande à la pâtisserie Miremont

La pâtisserie Miremont s'est ouverte en 1874

La pâtisserie Miremont s’est ouverte en 1872

La mer est déchainée, le vent souffle fort à Biarritz. Un refuge « cosy » et très agréable : le plus vieux salon de thé de la ville, fondé en 1872, la pâtisserie Miremont.

Des gourmands assis dans des fauteuils de salon sirotent du thé au jasmin et à la rose et dégustent un « opéra », des cookies aux noix ou encore un cheesecake à la framboise tout en regardant les vagues à travers la grande fenêtre.

On y retrouve des Biarrots habitués, des couples âgés, des femmes élégantes mais aussi des
visiteurs du Fipa, facilement reconnaissables grâce à leurs badges rouges, leurs discussions sur les
films vus ou à voir… Certains parlent même anglais.

Pour Laurent, le responsable du salon, le FIPA permet d’accueillir du monde à une époque où la ville est endormie. Le festival annuel permet de rappeler aux touristes que Biarritz n’existe pas seulement en été mais conserve son charme et sa chaleur tout au long de l’année.

Pour une pause déjeuner, un petit thé entre deux films, vous savez où aller !

Le point météo II : un vent à décorner les bovins

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Le soleil au zénith – Crédit photo : Marie Mangez

Qui a dit que le calme était revenu à Biarritz ?
Aujourd’hui vendredi 24 janvier, histoire d’employer un style un peu lyrique (à l’image du « déluge biblique » de notre collègue Yann Lagarde *), Eole est de retour sur les côtes basques. Pour que cette fin de journée humide se déroule sans incident, voici les recommandations de la Miss Météo (auto-désignée) d’Un grain dans les bobines.

– Les personnes de moins de soixante kilos sont invitées à ne pas s’aventurer dehors.

– ANNONCE : Idéales pour lutter contre le vent, des cottes de maille sont en vente au casino municipal. Tarifs : côte de maille 15 kilos – 149,99 euros. Cotte de maille 30 kilos – 299,99 euros. Puisqu’il tombe des hallebardes, autant faire dans le total look médiéval.

– Avertissement spécial pour Messieurs /dames / mesdemoiselles les parapluies : afin d’éviter tout démembrement, fracture, claquage, démantibulation et autres, il vous est fortement conseillé de NE PAS SORTIR. Un nombre conséquent de blessés est déjà à déplorer. Biarritz approche de la rupture de stock et se trouvera bientôt contrainte, en désespoir de cause, de vendre des parasols.

– Avis à la CSKRA (Confrérie des Suicidaires Kamikazes en Recherche d’Adrénaline) : bien que vous ayez prévu d’organiser cet après-midi une séance de baignade en hypothermie, nous vous invitons chaleureusement à ne pas faire de publicité autour de cet événement. Certains individus psychologiquement déséquilibrés pourraient être tentés de vous rejoindre.

A bientôt pour notre prochain point météo !

PS : Désolée pour l’humour vaseux de cet article, on ne s’en gloriFipa…

*Pour l’histoire du déluge biblique, vous pouvez consulter notre précédent point météo

Internet peut-il financer la création ?

Si les intervenants du secteur de l’audiovisuel s’accordent sur l’influence du numérique, peu de solutions émergent pour l’ensemble des acteurs dans cette configuration.

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA - Crédit Photo : Yann Lagarde

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA

Directeur des programmes, régulateur, créateur, auteurs et éditeurs ont-ils un intérêt commun ? A première vue, pas de doute : tous les violons s’accordent pour souligner la nécessité de prendre en compte Internet dans la conception des nouveaux programmes. De l’idée originale jusqu’à l’horaire de diffusion, ce média bouleverse les habitudes. Au point qu’on ne sait pas vraiment si les professionnels réunis dans la salle des Ambassadeurs du Casino disposent encore de certitudes sur leur métier, tant le modèle économique a évolué depuis une dizaine d’années.

Pas tous à la même enseigne

La question se pose même de savoir s’il y en a finalement un seul et unique. Les mots d’interactivité, de freemium (une part de la création gratuite et le reste en accès payant) et de transmédias reviennent souvent, mais leur transposition à des exemples concrets montre que le financement des projets par ces voies-là est loin d’être uniforme. Certes, des productions (Génération quoi, Prison Valley…) rencontrent un excellent accueil critique et commercial. Les chaînes de télévision ne tirent cependant pas toutes leur épingle du jeu.

« Le numérique nous a beaucoup fragilisés mais maintenant Arte prospère grâce au numérique », constate Anne Durupty, directrice générale de la chaîne franco-allemande. D’autres luttent encore pour se trouver une voie de développement qui leur permette de financer des projets audacieux sans sacrifier les recettes.

La coopération, que la ministre de la Culture appelle de ses vœux, représente une solution toujours hasardeuse pour les producteurs et les diffuseurs. Tirer les bénéfices d’un documentaire de qualité ne pose pas de problème, mais financer sa fabrication est une question autrement plus épineuse. Internet n’est pas prêt de simplifier la tâche des professionnels de l’audiovisuel.

Les pitches sessions : 7 minutes pour convaincre

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Pour la première fois cette année, le FIPA Industry propose aux réalisateurs de présenter leur projet de création devant un panel de producteurs et diffuseurs internationaux lors des pitches session.

Le concept des pitches sessions du FIPA Industry est simple. Un réalisateur a sept minutes pour présenter son projet, et lorsque le temps imparti est écoulé, les membres du panel disposent de huit minutes pour poser des questions, s’ils en ont l’envie. « Cette forme de présentation de projets afin de rencontrer des producteurs et diffuseurs n’est pas nouvelle, explique Jean Pelletier, membre du panel pour Radio Canada. Les pitches sessions sont nées à l’International Documentary Filmfestival Amsterdam, et le festival Hot Docs de Toronto en a organisé par la suite. Ces moments sont importants car ils permettent un rapprochement entre les producteurs, et scénaristes. »

Le FIPA a souhaité mettre en place ces sessions afin de développer sa dimension professionnelle. « Il est établi que le FIPA est un carrefour de la création, avec les projections de documentaires, reportages et fictions. Cette année, le Festival a souhaité renforcer sa fonction de point de rencontre entre les professionnels de l’audiovisuels » précise Frédéric Pittoors, consultant et animateur des sessions de pitches. « Nous avons invité des représentants de plusieurs chaînes européennes et internationales, tels que France 5, Radio Canada, ou RTBF. C’est l’occasion pour des projets d’obtenir des financements, et se confronter à la réalité du marché et des avis de professionnels. »

Une étape essentielle mais pas si facile

Seize projets étaient présentés cette année. 16 sur 142 proposés. « Le Fipa a sélectionné les projets  en fonction de leur intérêt, de leur qualité éditoriale, de leur faisabilité, de leur stade de développement. Ils doivent aussi correspondre aux tendances du moment. Ainsi, le thème de la guerre revient pas mal cette année. » remarque Frédéric Pittoors. Le format n’est pas imposé. Ainsi documentaires comme séries sont proposées, et à  des stades de production très différents. Certains peuvent présenter un teaser, quand d’autres en sont encore aux premières recherches.

Sept minutes pour être convaincant ? Pas si facile pour les réalisateurs. Le FIPA les a aidés à se préparer. « Pour nous, c’est une véritable étape structurante dans le développement de notre projet, mais il a fallu apprendre à donner beaucoup d’informations en peu de temps. » confie Sandrine Mercier, venue faire un pitch pour un projet intitulé Paseo con Franco. Le FIPA a alors organisé des sessions de coaching. « On a un peu l’impression de retourner à l’école, rigole Sandrine, mais c’était intéressant d’apprendre à choisir les bons mots et à bien se tenir ».

Après les pitches sessions, le stress de la présentation retombe un peu pour les réalisateurs. Un peu seulement car l’épreuve n’est pas terminée. Les producteurs et réalisateurs rencontrent ensuite en tête à tête les diffuseurs membres du panel qu’ils ont intéressés

. Le meilleur pitch sera récompensé à la fin d’un prix de 2000 euros donné par le FIPA.

Débat à Biarritz, lutte à Paris ?

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Alors que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, est à Biarritz pour débattre sur le financement de la création à l’heure d’Internet, la course à la présidence de Radio France touche directement les autres intervenants.

La salle des ambassadeurs du Casino de Biarritz abrite ce matin un grand débat sur la création à l’ère numérique et, pour l’occasion, a convié Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication. L’occasion pour elle d’entendre les souhaits et les plaintes d’une partie des acteurs du secteur. Globalement, créateurs et diffuseurs s’accordent pour dire qu’il est indispensable de dompter un environnement numérique au modèle économique instable. Un constat déjà connu rue de Valois mais une table ronde qui permet de trouver des pistes à explorer, à défaut de réponses globales.

Lutte d’influence

Autour de la table, Bruno Patino, délégué général aux programmes et au développement numérique de France Télévisions, et Olivier Schrameck, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), concentrent les regards. L’un, un temps attiré par la présidence de Radio France, ne serait plus sur les rangs, révèle Lemonde.fr ce matin. L’autre, chargé de sélectionner avec les autres sages celui qui dirigera le groupe public jusqu’en 2019, doit constituer une short-list de prétendants au poste exposé, mais convoité, le 29 janvier prochain.

Derrière un débat aussi riche que nécessaire se joue donc une lutte d’influence entre personnages bien connus du milieu de l’audiovisuel public. Mme Filippetti, elle, a chargé Anne Brucy, ancienne directrice de France Bleu, d’une mission sur l’avenir de France 3, diffuseur de fictions et documentaires, appartenant à France Télévisions, employeur de…Bruno Patino, vrai-faux candidat à la direction de Radio France. Fin du dépôt des dossiers ce soir à 17h, et auditions des candidats à partir du 12 février. Le remplaçant de Jean-Luc Hees sera connu au plus tard le 7 mars, un mois et demi après ce jour du FIPA où beaucoup de choses se sont réglées dans les coulisses du festival.

> En savoir plus : « Radio France : la course à la présidence dans la dernière ligne droite »

Ce que vous allez voir cette année sur Arte

La chaîne franco-allemande a présenté cette après-midi sa programmation pour la saison 2014. Nouvelles écritures, formats modernes et créations trans-médias sont les maîtres-mots d’un catalogue éclectique.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte, la chaîne des seniors et des intellectuels ? Les préjugés ont la vie dure, mais la ligne éditoriale continue de jouer la carte de l’innovation. « Il faut assurer les fondamentaux et laisser la place aux nouvelles productions » défendent les têtes pensantes. Concrètement, que propose le média basé à Strasbourg ?

Les documentaires, fondamentaux d’Arte

Centenaire du début de la Grande Guerre oblige, 14, les récits et les mots replongera le téléspectateur au cœur du conflit. Egalement diffusés, les documentaires Les défis de l’Eglise et L’empire Mittal offriront du recul pour « accompagner le monde qui bouge », selon Martine Saada, directrice du département Société et Culture. Le label Arte, qui regroupe des œuvres originales, fera la part belle aux découvertes (Happiness) et aux redécouvertes (Le siècle de Marguerite Duras) de choses à ne manquer cette année.

Diffusions équilibrées entre France et monde

En matière de fiction, Arte innove dans le fond et dans la forme. Les mini-séries seront à l’honneur, comme avec Real Humans, projet aussi loufoque qu’excitant. Format prisé par les télévisions scandinaves et britanniques, à la croisée entre le long-métrage et la série, ces réalisations rafraîchiront la grille des programmes. Et pas de chauvinisme ni d’internationalisme à outrance : « nous défendons un équilibre entre coproductions françaises et créations étrangères », argue Judith Louis, du pôle Fiction.

Entre biographies et reportages

Côté arts et spectacles, biographies (Orson Welles, Marlon Brando, Jean Rochefort) et reportages se partagent l’affiche. A suivre particulièrement Les petits secrets des grands tableaux ou une réinterprétation de Roméo et Juliette, genres absents du line-up des autres chaînes du PAF. Toujours programmés, les concerts d’Arte tenteront de séduire les mélomanes téléphiles.

Web et bande dessinée, singularité d’Arte

Petite nouveauté, la bande dessinée s’immisce au cœur de la chaîne avec Pilule bleue, drame familial ponctué de moments où les acteurs s’effacent devant le crayon. On ressort de la bande-annonce légèrement dubitatif quant au résultat final. Enfin, Arte mise sur Internet. En témoigne Intime conviction, polar à cheval entre la télévision et l’interaction en ligne. Arte Live Web sera également disponible pour mettre en valeur une programmation de qualité à disposition des générations pour qui Arte rime malheureusement avec vétusté.

Grenzgang, une histoire de seconde chance

Jeudi matin, Gare du midi, le film Grenzgang de la réalisatrice allemande Brigitte Maria Bertele était projeté hors compétition dans le cadre du 27ème Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz.

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Grenzgang, traduit par « la fête de la frontière » en français, est le nom d’un festival populaire organisé tous les sept ans dans la petite ville allemande de Bergenstadt. Chants traditionnels, costumes et bière sont au programme des festivités. Pendant la fête, Thomas fait la rencontre de Kerstin. Lui a grandi dans cette ville et vit maintenant à Berlin. Elle, maman d’un petit garçon, Daniel, est venue s’installer en province suite à son mariage. Premiers regards, premiers échanges, premier flirt. Thomas et Kerstin partage un bref mais intense moment d’intimité.

On les retrouve sept ans plus tard, deux semaines avant le Grenzgang. Entre temps,  ils ne se sont pas revus. Tous deux sont seuls. Elle est désormais séparée de son mari. Elle vit avec sa mère malade et Daniel, son fils, à présent adolescent en crise. Lui est à présent le professeur principal de Daniel, refuse de grandir et cherche l’amour en faisant des rencontres sur internet. Ils finissent inévitablement par se retrouver.

Peu de paroles mais des émotions

Dans ce film, beaucoup de non-dits et d’émotions. La réalisatrice allemande Brigitte Maria Bertele a souhaité adapter le livre du même nom de Stephan Thome, car elle a été touchée par ces personnages, âgés de quarante ans, qui se voient offrir une seconde chance de trouver le bonheur. « A l’époque de nos parents, on se mariait à 25 ans, et on restait ensemble, même si ça n’allait pas. Aujourd’hui, les couples se séparent et retrouvent l’amour. Or cela implique beaucoup de questions, qu’il n’est pas si facile de gérer » explique-t-elle.

Ce film d’une heure vingt-neuf minutes, romantique mais pas cliché est le troisième de la réalisatrice Brigitte Maria Bertele. Elle a aussi réalisé plusieurs documentaires, tels que Horizon Zone, récompensé du Prix du meilleur documentaire au festival de Bianco en Italie. Les deux personnages principaux, touchants, sont joués par Claudia Michelsen (Le chinois, The Reader) et Lars Eldinger (Un weekend en famille). TeamWorx Television et Film GmbH ont produit ce film.

Les séries télé : la poule aux œufs d’or

Les grandes écoles de l’audiovisuel, dont la Fémis, l’INA et le Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA) étaient présentes au FIPA. L’occasion de resituer les enjeux de l’écriture de scenarii dans un contexte de compétition acharnée entre les séries et entre les diffuseurs.

Les Revenants

Les Revenants

Depuis les années 2000, les séries américaines ont explosé sur les écrans français, notamment avec les succès d’HBO (The Wire) et d’AMC (Breaking Bad) obligeant les auteurs à redéfinir complètement les règles de la narration et les codes visuels de la télévision. En France la révolution se fait aussi, un peu plus lentement. Pourtant, le récent succès de la série Les Revenants, diffusée sur Canal + montre que les séries françaises peuvent aussi s’exporter et connaître du succès à l’étranger.

Les grandes écoles de l’audiovisuel ont donc la lourde responsabilité de former la prochaine génération d’auteurs. L’étude des séries au sein des programmes prend une place de plus en plus importante, ce qui témoigne d’un vrai besoin de renouveau. L’INA a d’ailleurs créé l’INA expert, un conseil d’expertise pour former non plus des scénaristes mais des producteurs. L’objectif est d’impliquer davantage la production, normalement cantonnée à une responsabilité financière,  dans le processus de création.

La Nouvelle vague des séries

Si les sixties et la Nouvelle vague ont inventé le cinéma d’auteur, les années 2000 auront probablement inventé la série d’auteur. Les séries classiques étaient constituées d’intrigues cloisonnées, de dialogues et de personnages archétypaux. Les nouvelles normes exigent au contraire des intrigues nombreuses et enchevêtrées les unes aux autres, des personnages ambigus et non-consensuels et  surtout une écriture audiovisuelle et une direction artistique soignée. Si les séries américaines restent la référence, les séries britanniques et scandinaves (Borgen) s’en sortent bien car en plus d’être originales, elles proposent un vrai concept visuel inédit. Les chaînes de télévision françaises sont encore « un peu frileuses » à l’idée de produire ce genre de séries, même si Canal + et Arte ont déjà plusieurs succès à leur actif. Cette réticence peut se comprendre par la prise de risque accrue que comporte la sortie d’une nouvelle série par rapport à la sortie d’un film. Produire une série nécessite en effet de penser sur le (très) long terme. Autre prise de risque, celle des diffuseurs : un flop sur la diffusion d’une série étrangère peut durablement affecter les audiences d’une chaîne et donc ses revenus.

Une télévision qui lorgne sur le cinéma

Il est indéniable que les séries sont sur une vraie dynamique compétitive ; elles empruntent pour cela au cinéma ses méthodes de promotion. La série Real Human sur le robotisme, diffusée sur Arte est à ce titre un bel exemple de webmarketing, lorsqu’un faux site d’achat de robots avait été lancé peu avant la diffusion de la première saison.

Churchill, seulement un géant dans le siècle ?

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Une biographie télévisée du grand homme britannique Winston Churchill, voici ce que propose David Korn-Brzoza dans ce documentaire co-produit par Arte avec la participation de France Télévisions. Il sera diffusé sur France 3, dans Histoire immédiate.

Décrire Winston Churchill en un mot? Mission Impossible. Le « petit bouledogue » devenu « le vieux lion » était un hyperactif passionné, tempétueux, engagé, courageux, jusqu’au-boutiste…

Le documentaire retrace l’enfance de la figure politique mais aussi son engagement lors des guerres coloniales avant son apogée en tant que Premier ministre défendant la liberté à tout prix.

« Un élève méchant, sans ambition »

Cancre, ses bulletins scolaires décrivaient un élève « très méchant », « sans ambition ». Délaissé par ses parents qui lui rendaient visite une fois par an dans son internat, rabaissé par son père qui siégeait au Parlement, Winston Churchill a voulu, semble t-il, prendre sa revanche. Envoyé dans l’armée, le turbulent découvrit alors sa passion pour la guerre.

« Du sang, de la sueur et des larmes »

Il s’engagea ensuite dans la politique sur les pas de son père décédé prématurément et brilla rapidement par son éloquence, ses fameux discours dont « le sang, la sueur et les larmes » ne sont qu’un exemple. Son appel à la résistance contre la barbarie nazie « we shall never surrender » (nous ne capitulerons jamais) fit même pleurer ses opposants politiques. L’ancien élève insolent avait aussi une répartie extraordinaire. Quand une femme lui dit « si vous étiez mon mari, j’empoisonnerais votre verre », l’orateur répliqua « si vous étiez ma femme, je le boirais ».

« Ecrivain, peintre et maçon »

Premier ministre, Winston Churchill était aussi écrivain et reçut le Prix Nobel de littérature en 1953. Cela ne suffisait pas à l’hyperactif qu’il était. Churchill peignait, était aussi maçon à ses heures perdues. Il buvait de l’alcool, « traitement conseillé » par ses médecins et rares sont les photos où on le voit sans son cigare. Dans ses mémoires, Winston Churchill parle de sa femme Clémentine avec tendresse et bienveillance : « je me suis marié et depuis je n’ai cessé d’être heureux. »

Le documentaire nourri d’un travail d’archives remarquable fait l’apologie de cette grande figure historique qui marqua la Grande-Bretagne mais aussi le monde entier. Il avait le courage de prendre des décisions difficiles, de ne jamais rien lâcher malgré les éventuels doutes et scepticisme de son entourage.

« J’ai dormi sur le trottoir le jour des obsèques de Churchill » raconta une anglaise présente dans la salle. « Je le connais bien, c’est mon héros, notre héros et vous avez encore réussi à me faire pleurer! ».

« Le titre est faux, ce n’est pas un géant dans le siècle mais Le géant du siècle » conclut son réalisateur David Korn-Brzoza.

Churchill, un géant dans le siècle Réalisation: David Korn-Brzoza, Production: Roche Productions, durée: 1h30

Ney Matogrosso ou l’énergie de l’instinct

Ney Matogrosso

L’artiste brésilien Ney Matogrosso

« En moi, tout est tel quel. » Tel est le mot d’ordre du chanteur brésilien Ney Matogrosso, artiste à la carrière débridée et subversive, dont le film Olho Nu offre une rétrospective.

Yeux et lèvres peinturlurés de noir, gestuelle théâtrale, costumes extravagants, il se trémousse sur scène, déployant sa voix de contre-alto devant une foule de spectateurs venus échapper, le temps d’une représentation, à leur quotidien marqué par la dictature. Trente ans plus tard, tenue sobre et postures méditatives, il est immortalisé dans son environnement quotidien, la nature, les rivières, sa maison – surprenant par sa relative simplicité.
Si le nom de Ney Matogrosso peut ne pas évoquer grand-chose aux oreilles de beaucoup de français, au Brésil il est considéré comme l’une des figures majeures de la scène artistique et musicale. Le réalisateur brésilien Joel Pizzini a entrepris de se concentrer sur la vie de ce chanteur né en 1941.

Un documentaire esthétiquement fouillé, pour un artiste complet

Son film Ohlo Nu, traduit en anglais par Naked Eye, relève, dès son titre, d’un parti pris minimaliste et esthétique. Alternant chansons et passages d’interview, sur fond d’images de Matogrosso tout au long de sa carrière, le tout dans un désordre savamment orchestré, le documentaire se plaît à rester dans le flou, la recherche du beau. Il permet néanmoins de découvrir cet artiste brut, désinhibé sans être dénué d’élégance, et se décrivant lui-même comme une « métamorphose ambulante » – en témoigne l’évolution de ses tenues vestimentaires au gré de sa sensibilité du moment. Exposant publiquement et sans retenue sa libido, Matogrosso envisage la scène comme le lieu de libération de ses fantasmes, celui où, dissimulé derrière son personnage de showman, il peut laisser libre cours à ses instincts, sans pudeur ni autocensure.

Les bémols du « flou artistique »

Des critiques, toutefois, sont à formuler au sujet de ce film certes visuellement recherché, mais dont la forme n’aide pas vraiment le téléspectateur à assouvir son éventuelle curiosité pour Matogrosso… L’aspect volontairement décousu du documentaire, sans aucun fil chronologique ni même thématique, le rend difficile à suivre pour qui ne dispose d’aucune connaissance préalable sur la vie du chanteur. Quelques longueurs également dans ce long-métrage délibérément lent, axé avant tout sur l’esthétique – davantage que sur une réelle analyse de l’artiste. On regrettera enfin que le film n’aborde que la carrière de Matogrosso, mettant de côté sa vie personnelle qui aurait pourtant pu se révéler intéressante, contribuant à cerner le personnage. Dont on aura, au moins, découvert la musique, éloquente à elle seule.

Olho Nu réalisé par Joel Pizzini, produit par Canal Brésil, durée: 1h41

Panorama

Les bobines de la Jeune création / Moirai

Moiras, un court métrage animé très réussi!

Moirai, un court métrage animé très réussi!

Un pantin tombe du ciel. C’est une poupée articulée avec une bobine en guide de torse. Un léger frisson parcours ses longs membres. Ses yeux exorbités fixent le vide, avant de cligner et de se tourner vers l’horizon. L’énigme de la vie propulsée à la vitesse de 13 images secondes. Un blues lancinant déchire le silence du désert. L’étrange créature se relève maladroitement, et regarde ses mains comme si elle était la première étonnée par la forme que ses créateurs lui ont donnée. Elle commence à marcher tandis que sa bobine entame sa rotation inexorable.

Dès les premières secondes de ce film d’animation atypique; le spectateur a de quoi être surpris.

Les créateurs de Moirai, Kerstin Unger et Jasper Diekemp ont collaboré pendant plus d’un an pour faire aboutir ce conte métaphysique inspiré du mythe des moires. Les moires ou Parques dans la mythologie romaine sont ces femmes qui tissent le destin des mortels jusqu’à ce que leur rouet se vide. Elles sont les divinités implacables de la fatalité.

Dans ce travail effectué à l’Ecole supérieure des arts et médias de Cologne, les deux artistes se sont essayés à la technique du stop motion (animation image par image); et avec succès. Lui est spécialisé en sculptures et installations interactives, et elle en animation. Ce projet a été pour eux l’occasion de confronter leurs domaines de connaissances respectifs, pour développer une technique alliant la maîtrise de l’espace à la connaissance du mouvement. Pendant près d’un an, ils ont pris et assemblé plus de 17000 images pour composer une œuvre originale et sensible.

Une évasion et des questions

Dans quelle mesure sommes-nous aux commandes de notre destin ? Peut-on réellement être libre ? Ce sont autant de questions que le spectateur se pose en regardant ce court métrage angoissant. Une des premières choses que le pantin voit lorsqu’il se réveille est un de ses semblables qui s’écroule lorsque sa bobine de fil s’achève…au bout du rouleau. Réalisant que son temps est compté, le personnage commence sa longue quête à travers le désert. Une question muette se formule dans le sillage de ses pas : que faire du temps qu’il m’a été donné ?

La réponse vient d’elle-même ; un autre pantin porte un objet métallique dans la main, une sorte de sceptre. La curiosité laisse rapidement place à l’envie puis à la haine ; les pulsions et la passion animeront dès lors cet étrange personnage…

Curieuse expérience que d’être transporté ainsi avec aussi peu de temps et de moyens. Et encore plus extraordinaire que celle de s’identifier à une poupée en bois. La magie de l’animation…

Dommage que ce court métrage soit hors compétition !

Du mariage et du clitoris en Turquie

26269Au Fipa 2014, projection en avant-première du documentaire Le Droit au Baiser, consacré aux mœurs sexuels de la Turquie contemporaine.

«Je ne crois pas en l’égalité entre hommes et femmes», déclarait le Premier ministre turc Erdogan en mai 2013. Trois mois plus tard, il approfondissait ce propos en affirmant qu’une femme devait avoir « au minimum trois enfants » et veiller prioritairement à leur éducation, tandis que le mari se chargeait de subvenir aux besoins économiques de la famille. Au même moment, des manifestations enflaient dans les principales villes de Turquie…

Qu’en est-il aujourd’hui des mœurs en matière de relations homme/femme, et plus précisément de sexualité, dans un pays qui s’est longtemps caractérisé par son laïcisme – aspect que  l’AKP d’Erdogan remet progressivement en question ?
Dans son reportage Le Droit au Baiser, Camille Ponsin traite le sujet d’une manière vivante et actuelle, parcourant Istanbul pour recueillir, avec la complicité de quelques étudiants turcs, des témoignages révélateurs sur la perception du mariage, du flirt, du sexe par les Stambouliotes. Hommes et femmes, jeunes et vieux, musulmans pratiquants et non-pratiquants, tout le monde a son mot à dire, et les avis divergent.

La virginité, un mythe sacré

Du côté des hommes, un mot revient sur les lèvres de manière récurrente : namus, c’est-à-dire virginité. « Je ne pourrais pas épouser une femme qui n’est pas vierge », en déclarent plus d’un. « C’est culturel », ajoutent d’autres. Terme d’origine arabe pouvant être traduit par « vertu », le namus fait allusion à « l’intégrité sexuelle » des femmes, dont le maintien de la virginité jusqu’au mariage est présenté comme une preuve d’honneur, de respect du mari, de respectabilité. Une valeur qui se révèle, dans l’ensemble, multi-générationnelle, puisque partagée aussi bien par les vieux que par les jeunes hommes. Mais le namus est également cautionné par certaines femmes interrogées, faisant elles aussi l’éloge de la « pureté » sexuelle – mais ne sachant pas, au passage, ce qu’est un clitoris…

La dissimulation, le lot commun des femmes stambouliotes ?

Le consensus, toutefois, est nettement moins flagrant quand la caméra se penche du côté des femmes. Face aux jeunes filles voilées qui disent vouloir garder leur virginité par respect de la religion, des interviewées plus dévergondées reconnaissent avoir déjà flirté et eu des relations sexuelles – généralement en cachette du patriarche. Cet aspect de dissimulation s’avère très présent chez ces femmes, dont certaines précisent, mi-gênées mi-frondeuses, qu’elles risqueraient d’avoir quelques embêtements si leurs familles les entendaient… Quelques passages d’autocensure, avec le son coupé, sont également insérés dans le film, comme parties intégrantes du reportage.

Un portrait dynamique de la jeunesse turque sous l’angle de la sexualité

Cette autocensure de la part des personnes interrogées, ces réticences à trop livrer aux intervieweurs une large part de leur vie relationnelle, le réalisateur s’y est heurté dès le début de son travail. Etant parti dans l’idée de réaliser une étude sur la jeunesse stambouliote, il s’est trouvé confronté au refus de la plupart des jeunes de laisser la caméra les suivre dans leur vie relationnelle et leurs sorties nocturnes. Il s’est par conséquent rabattu, comme il l’expliqua au cours du débat suivant la projection du documentaire, sur un projet plus large, englobant plusieurs générations et plusieurs quartiers de la ville.

Pourtant, c’est bien le portrait en demi-teinte d’une jeunesse turque hétérogène, urbaine et « genrée », peinant à s’accorder sur des valeurs communes, partagée entre attachement à la tradition et désir d’émancipation, que nous offre le cinéaste français. Un portrait dynamique, spontané, loin du modèle-type de l’intervieweur bavard et de l’interviewé un peu trop rodé. Sans parti pris, Le Droit au Baiser se présente presque comme une simple observation de mœurs. Impression renforcée par la méthode du « micro-trottoir », amplement exploitée et formant toute la trame du documentaire.

Camille Ponsin reprend ici un procédé préalablement utilisé par le réalisateur Pasolini en 1964 dans son long-métrage consacré à la sexualité en Italie. Reportage dont Ponsin s’inspire largement, intégrant dans son Droit au Baiser des extraits du film de Pasolini, comme pour créer un jeu de miroirs entre la jeunesse italienne des années 1960 et celle d’Istanbul au XXIème siècle… Le cinéaste italien avait entrepris alors de briser les tabous culturels, religieux pesant sur l’analyse de la sexualité ; c’est dans cette même démarche que s’inscrit aujourd’hui le film de Camille Ponsin.

Le FIPA à l’heure anglaise

A l’honneur ce mercredi après-midi, deux fictions britanniques mêlant tour à tour les affres de la vie politique et l’infidélité dans les transports londoniens. De quoi passer une lovely afternoon !

La série The Politician's Husband mêle politique et vie privée.

La série The Politician’s Husband juxtapose politique et vie privée.

Comment se porte la création outre-Manche ? La projection de deux spécimens ce mercredi nous renseigne un peu plus sur son état. Si elle manque parfois de piquant dans son déroulement, elle excelle en revanche dans ses dialogues au cordeau. La première mini-série, The Politician’s Husband, décrit la chute d’un député trahi par un ami de longue date, événement qui servira à son épouse, propulsée au gouvernement par la force des choses. Dans ce mélodrame familial mâtiné de calcul politicien, les interprètes s’en sortent honorablement.

Reprenant les codes de la bonne série politique, à savoir l’enchevêtrement des intrigues privées et publiques, la fiction pose progressivement ses jalons et se singularise au fur et à mesure de l’épisode. Au moment de conclure, elle n’échappe pas au cliffhanger traditionnel, dont le but est ici de nous pousser à suivre la suite des aventures d’un couple dans les entrailles du pouvoir. Rien de passionnément novateur, mais une maîtrise efficace des ingrédients d’une série réussie !

Réviser les classiques

En ce qui concerne la deuxième mini-série en deux actes, 7:39, le scénario reste séduisant, quoique un peu ordinaire. Deux pensionnaires de pavillons de banlieue, chacun en ménage, se lient d’amitié et transforment leur trajet quotidien, démarré avec le train de 7:39, en moment idéal pour parler et se rapprocher. Vous l’aurez compris, la révolution de la comédie romantique se joue peut-être dans une autre salle, mais bien malin celui qui saurait prédire l’avenir du genre. En attendant, réviser les classiques et les réinterpréter avec brio reste un objectif louable, voire souhaitable pour certaines productions. Les meilleures soupes se font-elles toujours dans les vieux pots audiovisuels ?

7:39 ou l'infidélité via les transports

7:39 ou l’infidélité via les transports

La référence aux comédies américaines des années 00, orchestrées par Judd Apatow (En cloque, mode d’emploi, SuperGrave…) et ses disciples, est criante, mais elle ne jure pas tant la recette fonctionne. La prestation des acteurs fait mouche, le ton abonde dans le doux-amer et, au moment du dernier plan laissant l’idylle de nos deux infidèles en suspension, le constat est imparable : la perfide Albion parviendra aisément à nous faire voir la seconde partie.

So ?

Finalement, que reste-il de cette après-midi anglaise ? Un sentiment ambigu, celui d’une d’originalité restée dans l’Eurostar, mais une réalisation appliquée et attentive aux écueils de chaque genre rattrape le mal sans trop de problèmes. Les moments passés en compagnie de ces deux univers demeurent satisfaisants, si ce n’est plaisants. En définitive, The Politician’s Husband et 7:39 nous enthousiasment comme un thé chaud face à la pluie et aux vagues du pays basque : so charming.

Un point météo : Biarritz, le calme après la tempête

Nous avons tous en mémoire les images de la tempête qui a secoué la côte basque au début du mois de janvier. Les stigmates sont encore visibles sur le front de mer où des équipes d’ouvriers se relayent pour réparer les dégâts, notamment sur les rambardes de sécurité.

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Le casino, où se déroule une partie des événements du festival, n’a pas été épargné. Les vitres ont cédé sous la puissance des vagues et ce matin encore, c’est toute une partie du bâtiment qui est en réfection. Il faut s’arrêter un instant près de la plage et imaginer le déluge biblique que ça a dû être. Certains témoins ont parlé de vagues de dix mètres de haut. La digue de sable aménagée pour protéger une partie de la promenade n’est plus là mais certains endroits du port-vieux sont encore interdits au public. Mais les surfers du coin ont déjà ressorti leur planche, signe que la vie a bien repris son cours. Le soleil timide d’hier laissait présager une belle semaine, malheureusement l’éclaircie n’a pas duré et depuis ce matin, c’est la pluie sans intermittence. On se console et on se dit que si on avait voulu profiter de la plage on aurait plutôt attendu le festival de Cannes en mai.

Ah oui et l’année prochaine il faudra engager une vraie miss météo dans l’équipe.

Le combat Inuit

Après l’ambiance brésilienne hier soir, au tour de la fraîcheur du Nord canadien ce matin avec le documentaire Arctic Defenders, de John Walker. L’histoire de l’éveil politique d’une communauté bousculée par l’influence des autorités.

Hameau traditionnel inuit

Hameau traditionnel inuit

Le réflexe est instantané, la balle perce l’eau en moins d’une seconde. Aussitôt, une flaque rouge apparaît à la surface et le zodiac vrombit vers elle. Le phoque est bientôt remonté dans l’embarcation. Élément phare de la culture inuit, le cétacé représente également ce qui la menace le plus directement, avec le réchauffement climatique comme danger latent. Pourtant, c’est la présence inquisitrice du Canada qui restreint les ressources inuits depuis 1890, qui demeure la plus menaçante. Déplacement de populations, mauvais traitements, autoritarisme… Ceux qui ne veulent pas être résumés à des esquimaux (« mangeurs de viande crue ») dépeignent, sous le regard curieux de John Walker, une société au bord de l’écroulement. Mais, paradoxalement, toujours fière de ses racines et prête à défendre ses principes sur le terrain politique.

« On ne peut pas vendre un héritage »

Le mouvement se structure dans les années 1960 avec notamment Tagak Curley, jeune inuit éduqué et bilingue en inuit et en anglais. Petit à petit, la jeunesse conteste une occupation motivée par des intérêts uniquement économiques. Face à des questions le sommant de donner un prix au silence des inuits, Curley reste impassible : « On ne peut pas vendre un héritage ». Le jeune autochtone se bat, aux côtés d’autres défenseurs d’une culture en perdition, pour la reconnaissance des particularités de la province du Nord du Canada. Et de sommer les autorités d’arrêter de numéroter chaque Inuit, signe d’une catégorisation réductrice.

Nouvelles luttes, nouveaux enjeux

Puis, une forme d’autonomie est acquise, avec la naissance du gouvernement du Nunavut en 1999. La lutte ne s’arrête cependant pas à cette date : depuis, le territoire Inuit fait l’objet des convoitises internationales pour ses ressources gazière et pétrolifère. Les suicides, nombreux chez les moins de 25 ans, rendent vulnérables des populations soumises à des formes récurrentes de misère. Certains n’hésitent plus à s’exiler dans les métropoles canadiennes pour trouver du travail sans abandonner le combat contre les abus du gouvernements. « Les Canadiens doivent réparer, nous avons besoin d’eux », insiste Curley. Ou quand la nécessité de l’aide aux Inuits rencontre le désir de voir leur fierté recouvrée.

Les temps forts de l’édition 2014

Mardi 21 janvier, 19h45 : cérémonie d’ouverture du FIPA. C’est donc le top départ du Festival International des Programmes Audiovisuels, qui dure jusqu’au 26 janvier, à Biarritz. Les thèmes privilégiés, les différentes formes que prend ce Festival, les nouveautés, voici ce qu’il ne faut pas manquer cette année.

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Le hall d’entrée du Bellevue, un des lieux du FIPA. Crédit photo : Ombeline De Fournoux

Brésil et Première guerre Mondiale

A ne pas perdre de vue : les deux « Gros Plans » du festival, le Brésil et de la Première guerre Mondiale, qui feront l’objet de projections tout au long de la semaine, mais aussi de débats.
Comme chaque année, le FIPA est l’occasion de découvrir de nombreuses créations audiovisuelles, présentées dans différentes catégories : Fiction, Série, Documentaire de création, Grand Reportage en ce qui concerne les formes que prennent ces œuvres. De nombreux programmes proposent aussi un regard sur les créations musicales et arts de la scène. Les nouveaux talents sont représentés grâce à la catégorie Jeune Création. Le Festival se félicite de son ouverture sur l’international. Si la section Création française existe, elle est accompagnée des Créations européennes et Créations internationales.
Enfin, les séances spéciales regroupent les cérémonies d’ouverture du 21 janvier et de clôture, le samedi 25 janvier à 19h45, à la salle Atalaya de la gare du midi, où sera projeté le film La Clinique du docteur Blanche, de Sarah Lévy. On ne manquera pas la remise de l’Eurofipa d’honneur. Le prix est décerné cette année à la série Dans les champs flamands, du réalisateur belge Jan Matthys : ce sera le mercredi 22 à 19h30.

Rencontres avec le public

Mais le FIPA, c’est aussi privilégier les échanges avec le public. Des rencontres et entretiens avec des professionnels auront lieu au sein du Casino : le comédien Grégory Gadebois le mercredi 22, le prix Goncourt Pierre Lemaitre le lendemain, le Directeur général de l’IFCIC (Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries culturelles), deux réalisateurs Virginie Lenhart et Dante Desarthe tous prévus le vendredi, et enfin le compositeur Bruno Fontaine pour l’ultime journée du festival. Deux débats sont prévus, dont « Comment raconter la guerre de 14 à la télévision ? » le jeudi 23, dans le cadre d’un des deux focus du festival. Enfin, une table ronde « Industrie et Création » est organisée le samedi 25.

FIPA Industry : l’espace des professionnels

Cette 27ème édition du festival est aussi le lieu de rencontres professionnelles. Le FIPA Industry a pour objectif d’encourager le développement de nouveaux projets, de favoriser les contacts avec les chaînes de télévision (Arte, HBO seront notamment présentes), de faciliter la recherche de financements. C’est l’occasion de comprendre quelles sont les questions qui intéressent ces acteurs de l’audiovisuel, autour d’ateliers et de débats professionnels. Les principaux sujets abordés seront le format spécifique de la série télévisée, l’avenir de l’histoire à la télévision, enfin la situation de l’audiovisuel au Brésil. On n’oublie pas non plus la plate-forme Smart Fip@, qui se développe autour des nouvelles écritures et des transmédias, ouverte à partir du jeudi 23, 10h.

Pour plonger dans une aventure brésilienne, pour commémorer la guerre de 14-18, pour découvrir les jeunes talents, pour rencontrer des professionnels, pour comprendre les enjeux contemporains de l’audiovisuel… Rendez-vous au Fipa 2014.

Retrouvez toute la programmation du Fipa 2014 sur le site de l’événement.

Amazonie et guerre des tranchées

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Connu pour la qualité de sa production documentaire, le Brésil s’illustre aussi par le développement de son secteur audiovisuel. Gros plan du FIPA 2014 sur ce pays, ainsi que sur le grande guerre et son imaginaire.

Festival avant tout international – comme l’indique son nom – le FIPA réunit des programmes de toutes origines, aussi bien françaises que mondiales. Au sein de cette floraison, un accent particulier est mis, dans cette édition 2014, sur l’un des principaux pays se plaçant cette année sous les feux de l’actualité : le Brésil, objet et lieu de production de six films documentaires qui seront projetés cette semaine à Biarritz. Se focalisant sur divers aspects du vaste état sud-américain, ces longs-métrages en dressent un portrait à la fois historique et contemporain, des chercheurs d’or à la catéchisation progressive des indigènes en passant par le football, la danse dans les favelas ou encore le portrait du chanteur Ney Matogrosso… Agenda qui sera complété par des interventions relatives à la situation de l’audiovisuel au Brésil, dans le cadre du FIPA Industry, l’espace dédié aux professionnels.

Le centenaire de la guerre 14-18 à la télévision

En parallèle à cette escapade brésilienne, un second gros plan sera opéré par la 27ème édition du Festival. Année commémorative en la matière, 2014 verra naturellement le FIPA se concentrer sur la Première Guerre mondiale, à travers sept productions, documentaires comme fictions. Françaises, belges, allemande et australienne, elles permettront d’aborder sous un angle international et multilatéral ce conflit majeur, ayant impliqué non seulement politiques et militaires, mais également l’ensemble de la population. Le film australien Anzac Girls, de Ken Cameron, fait ainsi revivre les péripéties vécues par des infirmières basées au Caire, tandis que celui du réalisateur belge Jan Matthys (par ailleurs EuroFipa d’honneur) s’attache à retracer l’histoire d’une famille que la Grande Guerre va bouleverser à jamais.

A l’aune de ces deux différents focus, un Festival qui s’inscrit donc résolument dans une perspective mêlant Histoire et actualité, à l’image de la diversité des productions qui y seront présentées.

O Samba

La promesse de ce documentaire réalisé par Geroges Gachot est de nous montrer la Samba de la manière la plus authentique possible, bien loin des clichés des spectacles pour touristes organisés pendant le grand carnaval de Rio. La samba, c’est cette danse brésilienne faite de percussions tribales, de chants immémoriaux et de mouvements de hanche sensuels.

O Samba

O Samba

Chaque année, dans les rues de Rio, les écoles de Samba s’affrontent dans une immense orgie de costumes à plumes et de tambour. Nous suivons donc les danseurs de la Vila Isabela, l’une des plus réputées et sa mascotte, le compositeur Martinho da Vila.

Un apôtre de l’hédonisme

Martinho da Vila est un de ces personnages atypiques qui, lorsqu’on leur pose une question, ne peuvent répondre autrement qu’en attrapant un instrument et en improvisant une ballade passionnée au sujet d’une ancienne conquête féminine. Martinho pourrait bien être l’ambassadeur de la samba tant il semble l’incarner parfaitement, jusque dans sa philosophie de vie. Des quartiers de Rio en plein préparatifs des festivités jusqu’aux rues parisiennes où il va rencontrer Nana Mouskouri pour un duo aussi improbable que réjouissant, nous suivons les pérégrinations de cet apôtre de l’hédonisme.

La samba revêt évidemment une dimension sociale, c’est la musique qui s’élève du cœur des favelas. Mais il n’est pas question ici de revendication politique ou de lutte de classes, la samba, c’est simplement la célébration de la vie, la fierté de venir de ces quartiers populaires, enfin et surtout la fierté d’être brésilien. Ce mélange de sensualité et d’extraversion fait complètement partie de la culture sud-américaine, comme l’analyse un des protagonistes du documentaire qui concède néanmoins que les Européens en font autant mais de manière pudique.

Le plan qu’on retiendra : la dernière image où le défilé des danseurs passe au milieu du public, suivi immédiatement d’un cortège de balayeurs qui effacent les traces de cette débauche de percussions et de plumes, comme pour souligner le côté éphémère de la performance. Puis dans le coin de l’image, cette femme qui continue à danser toute seule comme possédée par la musique. Et lorsque les lumières se rallument, on se surprendrait presque à en faire de même.

Repère : les catégories, les prix et les jurys

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d'ouverture

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d’ouverture

Cette année, 93 œuvres sont en compétition pour la 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels. Séries, fictions, documentaires, grands reportages, Fipa d’or, Eurofipa d’honneur… Pas évident de s’y retrouver ! Un rappel des catégories, des prix, et des jurés vous aidera à surfer sur la vague Fipa 2014.

  • Catégorie fiction. Séries, adaptation télévisée d’une pièce de théâtre, téléfilms…  Variées sont les créations qui s’affronteront dans cette section. Le jury, composé du président Alain Tasma (scénariste et réalisateur), de Carlos Saboga (auteur) et de Béatrice Thiriet (compositrice), décernera cinq récompenses : le Fipa d’or, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, celui de la meilleure interprétation masculine, un autre pour la meilleure musique et enfin un Fipa d’or sera attribué au meilleur scénario.
  • Catégorie série. Venues de France, de Suède, du Mexique ou encore d’Israël, les œuvres de cette catégorie seront en compétition pour cinq prix (Fipa d’or, Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, le Fipa d’or de la meilleure musique et celui du meilleur scénario). Le jury de cette catégorie est présidé par Podz (scénariste réalisateur), accompagné de Sylvie Coquart (scénariste) et Marie Kremer (comédienne).
  • Catégorie documentaire de création. Dans cette catégorie, des productions didactiques sur des thèmes aussi variés qu’un mouvement radical inuit, Churchill ou Picasso s’affronteront pour obtenir un Fipa d’or. Celui-ci sera décerné par un jury constitué du président Mahamat Saleh Haroun (auteur et réalisateur), Jean-Christophe Klotz (auteur, réalisateur) et Amélie Saillez (réalisatrice).
  • Catégorie grand reportage et investigation. Les œuvres d’enquête de cette section se disputeront aussi un Fipa d’Or, qui sera attribué par Pascale Bourgaux (réalisatrice), Danielle Arbid (réalisatrice, scénariste) et Pascal Paradou (journaliste), qui forment le jury. De plus, dans cette catégorie, un prix sera décerné par le jury des jeunes européens.
  • Catégorie musique et spectacle. Bruno Fontaine (compositeur) sera à la baguette du jury réunissant aussi Stéphanie Argerich (auteur) et Frédéric Fisbach (metteur en scène, comédien). Ils attribueront un Fipa d’or à une création artistique concourant dans cette section.
  • Catégorie Smartfip@ : cette dernière catégorie est la plus récente du Fipa. Elle rassemble la version 2.0 des programmes audiovisuels tels que du transmédia, de la narration immersive ou encore de la réalité augmentée. Un Fipa d’or – prix du public sera remis à une création 2.0 portée par la vague de la révolution technologique.

D’autres distinctions, hors catégorie, viendront compléter le palmarès 2014. D’abord, associé avec France Télévisions, le Prix Michel Mitrani, du nom du créateur du festival en 1987 distinguera une première ou deuxième œuvre européenne, quels que soient le genre et le format (fiction, série, documentaire, etc). Ensuite, le prix Jérôme Minet sera décerné à une société de production. Enfin, le réalisateur belge Jan Matthys se verra remettre l’Eurofipa d’honneur de cette 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels.

La déferlante approche…

Accrochez vous à vos planches, la nouvelle vague des productions audiovisuelles s’apprête à affluer sur Biarritz, et ce dès mardi 21 janvier !

Retrouvez toute la programmation de la 27ème édition du Festival International des Productions Audiovisuelles (FIPA) sur le site officiel du festival.

Toute l’équipe de d’Un grain dans les bobines vous donne rendez-vous à partir de la semaine prochaine pour aller tâter l’eau et découvrir ensemble les nouvelles productions de cette année 2014.