Voyage en Absurdistan

Le FIPA a diffusé deux documentaires sur la péninsule coréenne. In between : Isang Yun in North and South Korea de Maria Stodtmeier et la première partie de Corée, l’impossible réunification de Pierre-Olivier François étaient diffusés entre deux documentaires sur la guerre de 14.

In Between: Isang Yun in North and South Korea. Réalisation: Maria Stodtmeier

In Between: Isang Yun in North and South Korea. Réalisation: Maria Stodtmeier

Deux films sur le même sujet et pourtant deux manières très différentes de le traiter. Corée, l’impossible réunification est un film constitué d’images d’archives et de commentaires en off. Si le film a le mérite de dresser un tableau comparatif du nord et du sud avec un montage parallèle, il en devient en revanche très académique et peu original. Ceux qui, comme moi, connaissent peu cette région du monde y trouveront des informations factuelles intéressantes et précises, à la manière d’un livre d’Histoire. Ceux qui cherchent au contraire un point de vue un peu alternatif et inédit sur une région qui cristallise tous les fantasmes totalitaires et les dérives propagandiste (au nord mais également au sud) trouveront leur compte avec In between: Isang Yun in North and South Korea.

Cadence militaire vs pop acidulée

Si la Corée du nord devait être une musique, elle serait probablement une cadence militaire, parfaitement rythmée dans laquelle toute fausse note serait impitoyablement sanctionnée. La Corée du sud serait au contraire une pop acidulée et mièvre. Oui, ce sont des stéréotypes, pourtant ces deux frères ennemis tiennent tellement à se démarquer l’un de l’autre qu’ils en versent souvent dans la caricature (je détesterai tout ce que tu aimeras), à l’image de cette petite écolière nord-coréenne qui au début du film répond presque menaçante qu’elle veut « défendre son pays », lorsque sa maîtresse lui demande ce qu’elle veut faire plus tard.

Réconcilier le nord et le sud le temps d’une chanson

North Korea or South Korea? pourrait bien être un jeu en ligne, comme Fashion or porn ? et Serial killer or hipster ? où les internautes devraient deviner si les photos viennent du nord ou du sud. Pour celui qui a déjà joué à ces deux jeux, il y a des pièges et des photos qui trompent. Isang Yun, décédé en 1995 et adulé des deux côtés du 38ème parallèle, pourrait bien être l’une de ses photos. En effet ce compositeur de musique classique, né à Tongyeong (Corée du sud) est l’une des rares figures à faire oublier, le temps d’une symphonie, les menaces d’apocalypse nucléaire et à rassembler tous les Coréens. Connu jusqu’en Europe, Isan Yun a beaucoup voyagé dans les années 1960, et notamment chez l’ennemi du nord, qu’il espérait voir un jour se réunir avec le sud. De retour en Corée du sud, il est accusé d’espionnage, torturé, puis condamné à perpétuité. Sous la pression internationale, la dictature de Park Chung-hee le libère finalement et il trouve refuge en Allemagne. Un institut de musique classique à Pyongyang porte son nom. Ce documentaire qui reprend des images d’archives et des témoignages, dont celui de sa femme, rend hommage à ce musicien atypique et montre qu’on peut dépasser certains clivages grâce à la musique…et à un peu de recul.

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Tour du monde en taxi anglais

Alfred et JakobineUn tour du monde en taxi anglais. Tel est le sujet du documentaire Alfred et Jakobine réalisé par Tom Roberts et Jonathan Howells. Des images d’archives, des témoignages nous font revivre cet incroyable voyage vécu par Jakobine Schou et Alfred Hobbs dans les années 50 et ravivé par Alfred peu avant sa mort.

En 1954, la jeune étudiante suit des études d’art au Japon. Elle y rencontre un marin aventurier, Alfred, qui lui propose de l’embarquer clandestinement sur son bateau. Ils tombent amoureux, se marient et partent en voyage de noces au Maroc. Là-bas, dans le désert, ils trouvent un taxi londonien des années 30 et l’achètent pour une modique somme.

Ils partent ensuite faire le tour du monde à bord du tacot anglais, sans argent, pendant sept ans. Lors de leur retour au Japon, ils sont accueillis comme des célébrités, interviennent sur les plateaux de télévision.

Alfred, solitaire, quitte Jakobine à l’âge de quarante ans, lui laissant un enfant, Niels. Effondrée, la jeune maman pleure pendant deux ans avant de se remarier.

Un dernier voyage

Quarante ans plus tard, Alfred décide de réparer le vieux taxi anglais afin d’offrir un dernier voyage surprise à la femme qu’il a aimée. Il sollicite pour cela l’aide de son fils. Après avoir déboursé plus de 6000 dollars et traversé une partie des Etats-Unis en taxi, Alfred et Niels retrouvent Jakobine, émue. Il meurt six mois plus tard, après avoir accompli sa mission.

Les images de super 8 filmées auprès des pygmées, du Dalaï-Lama ou encore des enfants des bidonvilles nous font voyager. Les témoignages des deux vieux amants qui parlent de leur idylle passée sont touchants, émouvants et parfois pleins d’humour. Le retour sur une vie, un voyage, un amour.

Réalisation: Jonathan Howells, Tom Roberts, Royaume-Uni, durée: 1h14.

Fini High School Musical : enfin la vraie vie des ados !

Coup de cœur. Tout le monde connaît ces comédies musicales sur la vie d’ados tous aussi beaux les uns que les autres, qui chantent, dansent et qui – même s’ils en pensent le contraire – ont une vie quasi-parfaite. Mais la vraie vie des ados, ce n’est pas ça. Et c’est ce que démontre à merveille le film de David André, Chante ton bac d’abord !, film hybride entre le documentaire et la comédie musicale.

Chante ton bac d'abord! Crédit photo: FIPA

Chante ton bac d’abord! Crédit photo: FIPA

Le quotidien d’une bande de potes

Direction le Nord de la France. Chante ton bac d’abord !, c’est l’histoire de Gaëlle, Nicolas, Alex, Caroline, Rachel et Alice. L’histoire se passe à Boulogne-sur-Mer, « une ville au bord de la mer loin de ses années dorées », comme chante Gaëlle. C’est l’année du bac, sauf pour Alex qui a redoublé sa classe de 1ere. Tout au long du film, on découvre la vie de ces adolescents en classe de Terminale avec leurs complexes, leurs doutes mais aussi leurs rêves. C’est leur quotidien mais c’est aussi la vie de leurs parents. On voit à l’écran des parents qui ne veulent qu’une chose : la réussite à tout prix de leurs enfants. Gaëlle, la « narratrice », veut faire du théâtre. Mais pour son père, ce projet est complètement fou : « Je ne peux pas la laisser rêver. C’est interdit ». Bref, des jeunes ordinaires qui ne veulent qu’une chose : croire en la vie.

Tout est réel !

Simplement « une mise en forme du réel mais pas de mise en scène.» C’est la réponse donnée par David André suite à la projection après une question de la salle sur la construction du film. Même si cela peut paraître complètement fou, tout ce qui est montré à l’écran est vrai. Caroline qui tremble en buvant son verre en discutant de l’avenir avec son petit ami Alex, le moment de l’annonce des résultats… pas des moments mis en scène mais vraiment des moments pris « sur le vif » pour reprendre les mots du réalisateur. Rien n’a été inventé.

Même la période où Nicolas disparaît et connaît un moment de dépression. Oui, Nicolas, le 1er de la classe au profil atypique, poète qui fume des pétards, a vraiment décidé à un moment de s’éclipser. La raison ? Son animal de compagnie, Douglas, qui n’est autre qu’un canard, est mort. Comme le dit David André, il travaillait avec son équipe sur une « matière volatile ». Pas de scénario écrit, aucune anticipation possible de la situation. Il ne pouvait même pas savoir si les parents feraient le projet jusqu’au bout. Et surtout, ils ne savaient même pas si la bande qu’il avait choisie savait chanter…

Une histoire en chanson

Car l’originalité de Chante ton bac d’abord !, ce sont des ados qui non seulement parlent de leur vie mais qui chantent aussi cette vie. Le film est alors entrecoupé de moment de chant, comme une comédie musicale. Comme le précise David André, effectivement ces moments de chant ne sont pas « naturels ». Et justement le réalisateur exprime durant la session de questions/réponses sa peur que cela ne fasse planer le doute sur le caractère vrai de ce qui est présenté dans le film sous son aspect documentaire. Mais au contraire, ces chansons, pour certaines proposées par David André lui-même, donne une plus grande force à l’histoire de cette bande.

David André explique que c’est seulement au bout de 4 mois qu’il a parlé de son idée de chansons à ces jeunes acteurs ! Il explique que son but n’était pas d’attirer des futurs « Star Académiciens ». D’ailleurs, le choix de Boulogne s’est fait aussi un peu par hasard, un jour en passant, pour la beauté de ces paysages. Ainsi, c’est Alex, autrefois atteint d’une leucémie, qui chante dans une église « Je ne veux plus m’en faire pour les petits soucis de la vie », c’est Nicolas qui chante « Hiver interminable, avenir insondable ».

Un public conquis

Des moments de rire, des moments plus tristes… La salle n’a pu s’empêcher d’applaudir à la fin du film. C’est un David André sous les acclamations du public. Pourtant, le thème du bac est un sujet aujourd’hui banalisé en France. Mais David André a su revisiter ce thème de manière originale en alliant documentaire et comédie musical.

Chante ton bac d’abord !, un chef d’œuvre, diffusé bientôt sur France 2.

Chante ton bac d’abord! Documentaire /Réalisateur: David André /France /1h22

L’artiste modelé par ses femmes

Affiche du film Picasso, Histoire d'une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Affiche du film Picasso, Histoire d’une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Pablo Picasso s’est éteint un matin d’avril 1973, laissant derrière lui près de 50 000 œuvres. Picasso, inventaire d’une vie retrace sa vie à travers ses œuvres restées cachées.

Tout commence le jour des obsèques de Pablo Ruiz Picasso, lorsque ses héritiers ont pour mission de classer ses œuvres. C’est alors que le commissaire priseur –et ami du peintre- Maurice Rheims avait déclaré : « Tout prenait alors une valeur de témoignage (…) La peinture moderne, oui, est en berne, mais Picasso, non ».

Fils d’un peintre espagnol, Pablo Picasso nait en 1881 à Malaga et y passe sa jeunesse, pour aller vers la capitale puis enfin à Barcelone. A travers ses premiers dessins, on perçoit les talents du jeune Pablo et sa découverte de grands peintres qui l’influenceront toute sa vie. Mais c’est à Barcelone que l’artiste connaît la vie de bohème et ses premières expériences sexuelles et artistiques.

Vous les femmes…

Après Barcelone, Picasso décide de monter à Paris. Il fait alors la connaissance de poètes, dont Apollinaire de qui il restera très proche. Mais c’est la mort de son ami Carlos Casagemas qui marque une période marquante de l’œuvre du peintre, la période bleue. Elle est en rupture avec la période très colorée qui avait fait le succès de l’artiste à son arrivée à Paris.

C’est alors que la venue d’une femme, Madeleine, va lui redonner goût à la vie et le faire entrer dans sa période rose. Le documentaire montre à travers les peintures de Picasso comment les femmes ont bouleversé sa vie. En effet, Picasso ne pouvait pas s’empêcher de peindre ses amantes, plus jeunes, ou de les mentionner de manière plus subtile – Marie-Thérèse Walter n’avait que 17 ans lors de leur rencontre, il se contentait alors de ses initiales.

 La naissance du cubisme et le surréalisme

Comment parler de Picasso sans parler du cubisme ? Considéré comme le fondateur du mouvement artistique avec son ami Georges Braque, Picasso a eu un réel intérêt pour la photographie. Après l’avoir vue comme une concurrence à la peinture, Picasso va se servir de la photographie pour déstructurer les formes du visage. De là nait la première exposition cubiste dont Matisse dira : « Tiens, Picasso nous fait une exposition de petits cubes. » On découvre des photographies et des images d’archives permettent alors au spectateur de se plonger dans l’époque et de découvrir Picasso jeune.

Mais la Première Guerre mondiale marque la fin du cubisme. Le documentaire met alors en relief l’autre grand courant auquel a participé l’artiste : le surréalisme. Marie-Thérèse en est alors son principal modèle. S’en suivent des tableaux avec le Minotaure, cet être mythologique qui violente la jeune fille dans des scènes osées pour l’époque.

Puis, dans l’entre-deux-guerres, Picasso fait la connaissance de Dora Maar, s’engage politiquement et réalise son œuvre la plus connue : Guernica. La jeune femme très engagée a donné une réelle dimension politique à l’œuvre de Picasso. Il attendra la fin de la Seconde Guerre mondiale pour prendre sa carte au Parti Communiste français. Cependant, il restera incompris de la part des hauts fonctionnaires du parti puisque ne correspondant pas aux canons du réalisme socialiste.

Un homme qui peint ce qu’il ressent

« Picasso ne peignait pas les choses telles qu’il les voyait, mais telles qu’il les ressentait. » On découvre beaucoup de ses autoportraits, que l’on a peu l’habitude de connaître. Ils représentaient pour lui une réelle thérapie et il les confectionnait de façon quasi systématique lors des drames de sa vie. Ainsi a-t-il peint son portrait lors de la mort d’Apollinaire ou encore lors de sa double relation avec Dora et Marie-Thérèse.

Il finit sa vie dans sa villa de Mougins, sur la Côte d’Azur, auprès de sa dernière compagne Jacqueline. Il ne cessera de peindre jusqu’à son dernier jour, entièrement replié sur lui-même et sur ses œuvres, autant de peintures que de sculptures, de gravures ou encore de céramiques.

A sa mort, Pablo Picasso aura laissé des milliers d’œuvres dans toutes ses maisons. Le documentaire nous montre ainsi la production quasi-surhumaine de l’artiste, mais aussi comment les tourments de sa vie amoureuse y ont contribué. Emouvant, rempli d’archives vidéo et de photographies inédites, on a l’impression de connaître cet artiste qui n’a donné, durant toute sa vie, qu’une seule interview télévisée.

Picasso, l’inventaire d’une vie
Hugues Nancy, France, 1h50

Poutine, acte III

Le retour du dirigeant russe à la tête du pays en 2012 amorce un durcissement du régime. Avec Poutine is back, Jean-Michel Carré revient brillamment sur la nouvelle pratique du pouvoir par le pensionnaire du Kremlin.

Une larme coule sur un visage qui n’en verse d’habitude jamais. Mars 2012, Vladimir Vladimirovitch Poutine est élu Président de la Fédération de Russie pour la troisième fois. Le temps d’un intermède Medvedev et voilà l’ancien directeur du KGB de retour aux affaires dans un contexte tendu, après la Syrie, les manifestations et la crise économique. Détente et diplomatie ?

Vladimir Poutine

Vladimir Poutine le soir de sa victoire à l’élection présidentielle de mars 2012

Au contraire, Poutine impose ses méthodes avec une pression encore plus forte qu’entre 2000 et 2008. La répression frappe les dissidents qui, devant la caméra de Jean-Michel Carré, dépeignent une société fragmentée, repliée sur elle-même et désireuse de retrouver un rôle majeur sur la scène internationale.

« Si on ne se bat pas, ça ne changera pas »

Sitôt élu, Poutine attaque directement son prédécesseur : « Il y a des addictions à l’alcool, à la drogue, à l’argent, mais on dit que la plus forte addiction est au pouvoir ». L’héritage Medvedev, fait de démocratie teintée de libéralisme, est jeté aux oubliettes de la Sainte Russie. Les investissements se concentrent dans l’armement, l’industrie lourde et les énergies fossiles. La posture s’affermit sur la scène internationale, les alliés occidentaux deviennent des adversaires dont il faut contester la position. Pas de doute, la Russie actuelle ressemble à celle de l’ancienne URSS, selon Carré.

Exhaustif, le documentaire explore également les perspectives d’un pays miné par sa pauvreté et ses inégalités socio-territoriales. Un tiers des Russes n’ont toujours pas accès à l’eau potable, au gaz et aux canalisations. Un facteur de division et de soulèvement ? Jean-Michel Carré rapporte des propos lucides des dissidents : « Si on ne se bat pas, ça ne changera pas ».

Regain de tensions

Le regain de tensions observé récemment avec les évènements de Volgograd fin décembre fait des Jeux Olympiques de Sotchi une des compétitions les plus risquées jamais organisées jusqu’à présent. Faut-il craindre un bain de sang entre deux épreuves ? Jean-Michel Carré n’invalide pas cette hypothèse et décrit une situation explosive, avec des attentats perpétrés tous les jours. La violence répond quotidiennement aux violations flagrantes des droits de l’homme et, si chacun imagine la situation russe avec plus ou moins d’acuité, la force du documentaire est de dresser un inventaire complet, à charge, du système et de l’idéologie Poutine.

Le chaos à Volgograd après les attentats, fin décembre 2013

Le chaos à Volgograd après les attentats, fin décembre 2013

En définitive, le réalisateur français retrace habilement l’évolution d’un régime autocratique aux tendances dictatoriales ces deux dernières années. Après les Pussy Riot, la mise au ban de l’opposant Alexei Navalny et les lois contre la propagande homosexuelle, le troisième acte de Vladimir Poutine au Kremlin représente l’épisode le plus dur d’une trilogie pas près de s’achever.

Un film qui vous enivre

JSDM. Ou le sigle pas si évident pour Jeudi soir, Dimanche matin. Chez les jeunes, c’est le créneau le plus souvent choisi pour sortir. Et qui dit sortir, dit alcool. Voilà le sujet du documentaire de Philippe Lubliner : quel est le rapport des jeunes à l’alcool ? La production de Point du jour est sélectionnée dans la catégorie Grand Reportage. Si le sujet peut paraître classique, le format nous surprend.

Extrait du film. Crédit photos : Fipa 2014

Extrait du film. Crédit photos : Fipa 2014

Tout débute avec des chiffres : un collégien sur six déclare par exemple avoir déjà connu une situation d’ivresse. Ils ont entre 18 et 22 ans, sont chômeurs, étudiants, travaillent, et ils ont accepté de prendre part à ce film sur leur consommation d’alcool. L’intérêt de l’œuvre, c’est l’idée d’un atelier documentaire. Les acteurs sont aussi juges de leur image et co-auteurs. Ou comment « pousser jusqu’au bout le documentaire », selon les mots du réalisateur. Dans l’auditorium de Bellevue, le public a le sentiment d’avoir partagé leur vie, et d’avoir assisté à la création.

Des acteurs 24h/24
GoPro sur le front, caméra sur l’épaule, appareil photo numérique dans la main, le public est plongé dans l’intimité des soirées du jeudi (et vendredi, et samedi…) soir. Dès le départ, on saisit « le rapport fort avec l’alcool » que connaissent ces jeunes. Mais le documentaire présente différentes nuances dans ces comportements, ce qui permet d’éviter l’écueil de la diabolisation des jeunes. Certaines séquences évoquent bien sûr les dangers liés à ce type de pratique. Un des acteurs est filmé en train d’expliquer sa situation, celle d’un jeune homme qui ne peut plus passer une journée sans boire une ou deux canettes de bière. On peut cependant découvrir une certaine solidarité lorsque les jeunes boivent en soirée. Mais surtout, on comprend que le but est d’abord de se retrouver pour s’amuser : on chante, on danse, on rit, bref, « on s’en fout ».
Les jeunes sont aussi acteurs tout au long des discussions qui rythment le film. Entre eux, ou avec une infirmière, un préventologue, ils discutent de leur pratique, relativisent leurs comportements, rient de leurs derniers « exploits ».

Premiers juges de leurs images
L’idée de filmer les jeunes en train de visionner leurs images leur permet de prendre du recul, de se poser des questions. Tout d’abord autour du rôle de la caméra, entre objectivité et choix des images. Mais aussi sur leurs propres comportements : sont-ils en accord avec eux-mêmes ? Certains assument clairement cette part de leur vie, d’autres ont conscience des potentiels excès. Une grande sincérité naît de cette confrontation avec les images, les jeunes semblent émus de se revoir.
L’intérêt tient aussi à l’essai d’analyse que proposent les jeunes. Loin des discours officiels des médecins ou politiques, ils mettent en avant un certain amour de la destruction, une volonté de s’évader. Ils sont conscients du rôle que jouent les parents dans le rapport que les jeunes ont avec l’alcool. Ils estiment aussi être influencés par toutes les stratégies marketings, la grande accessibilité des boissons alcoolisés.

Acteurs co-auteurs
Les jeunes l’expliquent tout au long du film : l’enjeu, c’était de montrer la réalité, d’être sincères dans leur démarche d’auteurs en herbe. On comprend donc ce qui a motivé les participants, pourquoi et comment ils prennent la parole ou choisissent quelles images montrer. Une véritable réflexion est faite sur l’intention des auteurs. Et le spectateur y a accès, ce qui est une véritable richesse.
La volonté de montrer la réalité se retrouve alors dans l’image et le son, souvent amateurs, toujours bruts. Les milieux dans lesquels évoluent les acteurs sont très aseptisés, impersonnels (rues, locaux municipaux…).
Cette démarche permet finalement au public jeune de se reconnaître dans certaines images des soirées (on connait tous quelqu’un qui chante Patrick Sébastien à chaque soirée), et peut-être de faire naître une réflexion sur leurs propres expériences.

Dans l’atelier documentaire, le sujet participe à la création du reportage, on ne se trouve plus dans une situation de face-à-face. Enfin une vision des jeunes, par les jeunes, et logiquement pour les jeunes.

Le combat Inuit

Après l’ambiance brésilienne hier soir, au tour de la fraîcheur du Nord canadien ce matin avec le documentaire Arctic Defenders, de John Walker. L’histoire de l’éveil politique d’une communauté bousculée par l’influence des autorités.

Hameau traditionnel inuit

Hameau traditionnel inuit

Le réflexe est instantané, la balle perce l’eau en moins d’une seconde. Aussitôt, une flaque rouge apparaît à la surface et le zodiac vrombit vers elle. Le phoque est bientôt remonté dans l’embarcation. Élément phare de la culture inuit, le cétacé représente également ce qui la menace le plus directement, avec le réchauffement climatique comme danger latent. Pourtant, c’est la présence inquisitrice du Canada qui restreint les ressources inuits depuis 1890, qui demeure la plus menaçante. Déplacement de populations, mauvais traitements, autoritarisme… Ceux qui ne veulent pas être résumés à des esquimaux (« mangeurs de viande crue ») dépeignent, sous le regard curieux de John Walker, une société au bord de l’écroulement. Mais, paradoxalement, toujours fière de ses racines et prête à défendre ses principes sur le terrain politique.

« On ne peut pas vendre un héritage »

Le mouvement se structure dans les années 1960 avec notamment Tagak Curley, jeune inuit éduqué et bilingue en inuit et en anglais. Petit à petit, la jeunesse conteste une occupation motivée par des intérêts uniquement économiques. Face à des questions le sommant de donner un prix au silence des inuits, Curley reste impassible : « On ne peut pas vendre un héritage ». Le jeune autochtone se bat, aux côtés d’autres défenseurs d’une culture en perdition, pour la reconnaissance des particularités de la province du Nord du Canada. Et de sommer les autorités d’arrêter de numéroter chaque Inuit, signe d’une catégorisation réductrice.

Nouvelles luttes, nouveaux enjeux

Puis, une forme d’autonomie est acquise, avec la naissance du gouvernement du Nunavut en 1999. La lutte ne s’arrête cependant pas à cette date : depuis, le territoire Inuit fait l’objet des convoitises internationales pour ses ressources gazière et pétrolifère. Les suicides, nombreux chez les moins de 25 ans, rendent vulnérables des populations soumises à des formes récurrentes de misère. Certains n’hésitent plus à s’exiler dans les métropoles canadiennes pour trouver du travail sans abandonner le combat contre les abus du gouvernements. « Les Canadiens doivent réparer, nous avons besoin d’eux », insiste Curley. Ou quand la nécessité de l’aide aux Inuits rencontre le désir de voir leur fierté recouvrée.

O Samba

La promesse de ce documentaire réalisé par Geroges Gachot est de nous montrer la Samba de la manière la plus authentique possible, bien loin des clichés des spectacles pour touristes organisés pendant le grand carnaval de Rio. La samba, c’est cette danse brésilienne faite de percussions tribales, de chants immémoriaux et de mouvements de hanche sensuels.

O Samba

O Samba

Chaque année, dans les rues de Rio, les écoles de Samba s’affrontent dans une immense orgie de costumes à plumes et de tambour. Nous suivons donc les danseurs de la Vila Isabela, l’une des plus réputées et sa mascotte, le compositeur Martinho da Vila.

Un apôtre de l’hédonisme

Martinho da Vila est un de ces personnages atypiques qui, lorsqu’on leur pose une question, ne peuvent répondre autrement qu’en attrapant un instrument et en improvisant une ballade passionnée au sujet d’une ancienne conquête féminine. Martinho pourrait bien être l’ambassadeur de la samba tant il semble l’incarner parfaitement, jusque dans sa philosophie de vie. Des quartiers de Rio en plein préparatifs des festivités jusqu’aux rues parisiennes où il va rencontrer Nana Mouskouri pour un duo aussi improbable que réjouissant, nous suivons les pérégrinations de cet apôtre de l’hédonisme.

La samba revêt évidemment une dimension sociale, c’est la musique qui s’élève du cœur des favelas. Mais il n’est pas question ici de revendication politique ou de lutte de classes, la samba, c’est simplement la célébration de la vie, la fierté de venir de ces quartiers populaires, enfin et surtout la fierté d’être brésilien. Ce mélange de sensualité et d’extraversion fait complètement partie de la culture sud-américaine, comme l’analyse un des protagonistes du documentaire qui concède néanmoins que les Européens en font autant mais de manière pudique.

Le plan qu’on retiendra : la dernière image où le défilé des danseurs passe au milieu du public, suivi immédiatement d’un cortège de balayeurs qui effacent les traces de cette débauche de percussions et de plumes, comme pour souligner le côté éphémère de la performance. Puis dans le coin de l’image, cette femme qui continue à danser toute seule comme possédée par la musique. Et lorsque les lumières se rallument, on se surprendrait presque à en faire de même.