Voyage en Absurdistan

Le FIPA a diffusé deux documentaires sur la péninsule coréenne. In between : Isang Yun in North and South Korea de Maria Stodtmeier et la première partie de Corée, l’impossible réunification de Pierre-Olivier François étaient diffusés entre deux documentaires sur la guerre de 14.

In Between: Isang Yun in North and South Korea. Réalisation: Maria Stodtmeier

In Between: Isang Yun in North and South Korea. Réalisation: Maria Stodtmeier

Deux films sur le même sujet et pourtant deux manières très différentes de le traiter. Corée, l’impossible réunification est un film constitué d’images d’archives et de commentaires en off. Si le film a le mérite de dresser un tableau comparatif du nord et du sud avec un montage parallèle, il en devient en revanche très académique et peu original. Ceux qui, comme moi, connaissent peu cette région du monde y trouveront des informations factuelles intéressantes et précises, à la manière d’un livre d’Histoire. Ceux qui cherchent au contraire un point de vue un peu alternatif et inédit sur une région qui cristallise tous les fantasmes totalitaires et les dérives propagandiste (au nord mais également au sud) trouveront leur compte avec In between: Isang Yun in North and South Korea.

Cadence militaire vs pop acidulée

Si la Corée du nord devait être une musique, elle serait probablement une cadence militaire, parfaitement rythmée dans laquelle toute fausse note serait impitoyablement sanctionnée. La Corée du sud serait au contraire une pop acidulée et mièvre. Oui, ce sont des stéréotypes, pourtant ces deux frères ennemis tiennent tellement à se démarquer l’un de l’autre qu’ils en versent souvent dans la caricature (je détesterai tout ce que tu aimeras), à l’image de cette petite écolière nord-coréenne qui au début du film répond presque menaçante qu’elle veut « défendre son pays », lorsque sa maîtresse lui demande ce qu’elle veut faire plus tard.

Réconcilier le nord et le sud le temps d’une chanson

North Korea or South Korea? pourrait bien être un jeu en ligne, comme Fashion or porn ? et Serial killer or hipster ? où les internautes devraient deviner si les photos viennent du nord ou du sud. Pour celui qui a déjà joué à ces deux jeux, il y a des pièges et des photos qui trompent. Isang Yun, décédé en 1995 et adulé des deux côtés du 38ème parallèle, pourrait bien être l’une de ses photos. En effet ce compositeur de musique classique, né à Tongyeong (Corée du sud) est l’une des rares figures à faire oublier, le temps d’une symphonie, les menaces d’apocalypse nucléaire et à rassembler tous les Coréens. Connu jusqu’en Europe, Isan Yun a beaucoup voyagé dans les années 1960, et notamment chez l’ennemi du nord, qu’il espérait voir un jour se réunir avec le sud. De retour en Corée du sud, il est accusé d’espionnage, torturé, puis condamné à perpétuité. Sous la pression internationale, la dictature de Park Chung-hee le libère finalement et il trouve refuge en Allemagne. Un institut de musique classique à Pyongyang porte son nom. Ce documentaire qui reprend des images d’archives et des témoignages, dont celui de sa femme, rend hommage à ce musicien atypique et montre qu’on peut dépasser certains clivages grâce à la musique…et à un peu de recul.

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Le permis de tuer de l’Etat israélien

Le nouveau documentaire du journaliste allemand Egmont R. Koch, Lizenz zum Töten, s’interroge sur la légitimité des actions des services secrets Israéliens. L’argument est intéressant mais l’on peut regretter que la forme vienne gâcher le propos.

Lizenz zum Töten du réalisateur Edgmont Koch

Lizenz zum Töten du réalisateur Edgmont Koch

Un corps en lambeaux transporté sur une civière du Croissant Rouge. Des taches de sang sur le lit. Une femme éplorée et ses enfants qui crient leur rage. Des blessures ouvertes. C’est sur ces images tournées en 2011 à Hébron, après l’assassinat d’un palestinien pris par erreur pour un terroriste par l’armée israélienne, que s’ouvre le grand reportage d’Egmont R. Koch. Intitulé « Lizenz zum Töten » (Permis de tuer) en référence à un opus de James Bond, le reportage présente différents cas d’exécutions plus ou moins ciblées dans les territoires palestiniens mais aussi dans d’autres pays, notamment à Dubaï.

Une mise en forme dommageable

On entend bien l’argument. Et les faits sont indéniables. L’Etat d’Israël et ses services secrets, le Mossad, outrepassent le droit international en se permettant d’assassiner les suspects terroristes, non seulement sur leur territoire mais aussi à l’étranger. Et ce impunément. Les témoignages d’anciens membres des services secrets et les archives exploitées par le reporter donne du crédit au propos. Une erreur mortelle à Hébron les conduit à assassiner la mauvaise personne, un innocent père de famille. A Ramallah, un ennemi d’Israël a été brutalement assassiné en pleine rue. Et c’est une véritable opération planifiée qui s’est déroulée dans un hôtel de Dubaï, afin de tuer un responsable du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, dans sa chambre d’hôtel.

Malheureusement, la forme de ce documentaire saborde toutes ces qualités. La musique omniprésente, censée appuyer les révélations au fil du documentaire, est assez insoutenable. Son association avec une voix-off très apprêtée et des montages peu soignés donne un résultat proche des vidéos amateurs dénonçant les théories du complot. Il n’y a pas de ligne directrice claire et le réalisateur se contente d’accumuler des exemples d’assassinats impunis sans vraiment les lier les uns entre les autres. Les images violentes de corps meurtris tentent d’apitoyer et de choquer les spectateurs mais le surplus de pathos dessert les arguments en préférant l’émotionnel et le spectaculaire aux démonstrations rationnelles. Finalement, c’est un documentaire décousu et peu convaincant malgré l’importance de la thèse défendue.

Lizenz zum Töten
Réal. Egmont R. Koch, Allemagne, 43 min
Prod. Egmont R. Koch Filmproduktions

Intrigant, angoissant, captivant : Zauberberg

Ne pas aimer les films policiers et pourtant être captivée au point de s’en ronger un ongle ? L’effet de Zauberberg, une fiction du réalisateur autrichien Andreas Prochaska.

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

 Intrigant

Basse-Autriche, région de Semmering : une petite fille, Aline Staller, vient d’être kidnappée dans son propre domicile, à l’insu de sa mère, le docteur Karin Staller. Pour la police locale, il n’y a aucun doute. Le coupable ne peut être que Max Rieger. Pourquoi ? L’homme est atteint d’une maladie mentale bien particulière : il est angoissé par les enfants, au point d’en avoir poussé un d’un bus… Il les entend, il est la cible de leur moquerie. Mais tout cela se passe dans la tête de Max. Ce sont ses « démons », pour reprendre les mots du personnage principal, Brock. Brock est psychologue de la police. Mais surtout, il a été le psychologue de Max. C’est lui qui a attesté un diagnostic favorable pour la remise en liberté de Max. Pourtant, malgré toutes les photos d’enfants présentes au domicile de Max, Brock doute. Mais le spectateur comprend vite lui aussi que Max est peut-être innocent. Entre alors en scène une femme, Monika Kramer, ancienne aide-soignante de Max mais bien plus encore… Et que signifie cette peluche près de la rue avec une bougie et des fleurs ?

Donner plus d’éléments ? Ce serait dévoiler tout le puzzle subtil d’Andreas Prochaska ! Les indices se lient entre eux de manière étonnante dans un univers bien angoissant.

Angoissant

Dès les premières images du film, le ton est donné. Atmosphère sombre, gros plan de la petite fille qui joue, le spectateur dans les yeux du ravisseur. Zauberberg– ou La Montagne des miracles –a la trame de nombreux films policiers. Des suspects que tout semble accuser, un enquêteur au profil atypique qui- on n’en doute pas- saura résoudre l’énigme. Mais Zauberberg se focalise sur un point : la psychologie. La psychologie des personnages est complexe. À commencer par Max et sa peur des enfants. Le sentiment d’angoisse perceptible tout au long du film se ressent aussi sur l’image. On a presque l’impression de pénétrer l’esprit de Max. La psychologie c’est aussi la dégradation petit à petit du docteur Karin Staller, mère de la petite enlevée. La puissance de l’amour maternel est un aspect majeur du film. Et Monika Kramer, l’ancienne aide-soignante, met aussi le spectateur mal à l’aise. Entre tous ces personnages, Brock, le psychologue justement, sait trouver les mots qu’il faut. Bref, l’histoire tourne autour de l’état d’esprit des personnages, mis en avant par Andreas Prochaska avec brio.

Captivant

1h28 de film n’aura jamais été aussi courte. La résolution des énigmes est tellement étonnante que le spectateur se laisse véritablement prendre par l’histoire. Il est possible à certains moments de deviner ce qui va se passer. Mais le scénario est tellement invraisemblable qu’on se laisse réellement prendre par l’histoire. À partir d’un événement, les vies de Max, de Monika, du docteur Staller et de la petite Aline ont été bouleversées. Mais la liste n’est pas complète…

Zauberberg : captivant au point de faire froncer les sourcils dangereusement !

 To be continued…

Zauberberg a été réalisé pour la chaîne publique autrichienne ORF. Une représentante de la chaîne avait prévenu au début de la séance : c’est un film qui « prend aux tripes ». Mais surtout, les aventures de Brock ne sont pas prêtes de s’arrêter là. Le spectateur a été averti, Brock est un personnage attachant. On ne sait pas grand-chose de lui dans le film. Apparemment professeur à ses heures perdues, une certaine Mme Annie qui s’occupe de lui… Et vu comment il dispose ses affaires avec précision, on pourrait supposer un petit caractère maniaque. La chaîne compte bien produire d’autres réalisations autour du personnage de Brock. On ne peut que l’encourager.

Zauberberg
Réal. Andreas Prochaska, Autriche, 1h29
Prod. Aichholzer Filmproduktion, GmbH

Session pitches : les projets en compétition

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

La première session

Yorgos Avgeropoulos a ouvert le bal des pitches avec son projet Agora de documentaire sur la vie de la population grecque depuis la crise économique mondiale. Son approche est originale : pendant plus de quatre ans, il a filmé régulièrement quelques personnages, que nous voyons évoluer et changer dans un pays croulant sous le poids des dettes et sous la domination de la troïka. Agora était traditionnellement le symbole de la démocratie, aujourd’hui pour les Helléniques, Agora est synonyme de « marché ».

Ce fut ensuite au tour Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier de faire un pitch. Ils ont présenté Paseo con Franco, sorte de documentaire-road movie sur l’impunité des crimes du dictateur espagnol Franco. Ils projettent de parcourir l’Espagne afin de dresser le portrait d’un pays et d’une société qui n’ont pas fait leur travail de mémoire.

SIA – Room for an African est un projet de fiction porté par deux canadiens, Carlito Gioni et Matthew Mackenzie qui met en scène Abraham, ex-enfant soldat au Liberia, prenant en otage son ami canadien Nick Summer, dans une tentative désespérée d’empêcher un témoin de s’exprimer au procès de Charles Taylor pour crimes de guerre.  Encore peu abouti, l’atout de ce projet est sans aucun doute les connexions des deux auteurs avec les habitants des pays africains où ils ont longtemps travaillé.

Le projet suivant, intitulé Qian’s obssesion, fut présenté par Oriol Martinez et Oriol Gispert. Il a pour sujet une usine de textile chinoise de 2000 employés, créée par un millionnaire Qian Anhua, qui affirme vouloir le « bonheur » de ses ouvriers. Il a l’idée de les faire s’entraîner aux « castells », tradition culturelle importée de Catalogne.

Peu de gens le savent, mais la première grève des femmes en France eut lieu en 1906. Ce sont des transbordeuses d’oranges qui menèrent ce mouvement de colère, à cause des conditions de travail difficiles et de promesses d’augmentation de salaire jamais exécutées. Antoni Casals-Roma et David Casals-Roma propose de revenir sur cet événement peu connu de l’Histoire de France avec un documentaire intitulé Les transbordeuses d’oranges basé sur des fonds d’archives et des témoignages.

Gaizka Urresti Fernandez de Valderrama aimerait monter un film basé sur un prêtre d’une paroisse espagnole qui est à l’origine du groupe d’entreprises le plus important du Pays Basque. Ce projet, intitulé Arizmendiarreta : el hombre cooperativo peut être intéressant si le pape François le béatifie comme annoncé.

Le pitch de Benjamin d’Aoust et de Stéphane Bergmans, jeunes réalisateurs belges, leur a permis de présenter leur idée de série, déjà sélectionnée  par la chaîne RTBF dans le cadre d’un appel à projet. Ils veulent réaliser un thriller feuilletonnant, la Trève, entre les séries « Borgen » et « The Killing », un Cluedo grandeur nature « où la culpabilité d’un seul n’exclut pas la responsabilité des autres ».

Bence Maté et Thorolf Lipp ont conclu cette première « pitches session » avec leur projet War Volunteers, documentaire sur les jeunes Juifs du monde entier qui quittent leurs foyers pour rejoindre l’armée de défense d’Israël.  Ils souhaitent suivre trois jeunes dans leur engagement et sur le terrain. L’idée de cette œuvre est de témoigner de l’évolution physique et psychologique de ces jeunes amenés à combattre pour l’Israël.

La deuxième session

Wei or Die. Un week-end d’intégration qui se termine tragiquement. Des enquêteurs collectent toutes les vidéos et photos du week-end dans une base de données en temps réel et tentent de comprendre comment c’est arrivé. Le spectateur se glisse dans la peau d’un enquêteur dans ce projet transmédia et peut ainsi retracer le cours des événements en adoptant le point de vue des personnes présentes à la soirée. Ce film interactif et voyeur propose à celui qui le regarde d’être en quelque sorte le monteur de son propre film.

Still life donne un second souffle à la vie. Ce documentaire, réalisé par Davide Gambino, suit trois taxidermistes travaillant dans les musées d’histoire naturelle des grandes capitales européennes. En plaçant des animaux sauvages empaillés dans des environnements urbains, le film questionne sur la frontière entre le monde humain et le monde animal. Sensible aux préoccupations écologiques et à la défense de la biodiversité, Still life mélange images singulières et interaction avec le spectateur.

Féministes, inchallah. Les femmes dans les pays arabes n’ont pas attendu les révolutions de 2011 pour s’engager dans la lutte féministe. Ce documentaire ambitieux et engagé de Feriel Ben Mahmoud présente l’histoire de la lutte féministe dans cinq pays du monde arabe en suivant une trame chronologique et en s’appuyant sur les grandes figures comme Huda Sharawi. Retraçant presque un siècle de revendication en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Algérie et enfin en Arabie Saoudite. Cinq pays pour cinq histoires différentes. Le film, coproduit par France 3 mélange des témoignages de pionnières, des récits d’historiens, d’artistes engagés et des images d’archives inédites. Faisant écho aux mouvements sociaux actuels dans le monde arabe, ce film est là pour rappeler que « sans égalité, il n’y a pas de démocratie ».

Dali, Lacroix…au-delà de l’objectif. De 1970 à 1980 à Cadaquès (Catalogne), les époux Dali-Gala et Lacroix ont vécu une relation amicale et intellectuelle forte. Ce documentaire de création, qui regroupe des archives inédites, des photos et des croquis propose au spectateur de s’engouffrer dans l’intimité artistique de l’un des plus grands esthètes du XXème siècle, l’homme derrière l’artiste. Le film est actuellement à la recherche d’un diffuseur en France et en Europe.

Ennemi public. Cette série de 10 épisodes de 52 minutes raconte l’asile que Guy Maréchal, un tueur d’enfant qui sort de prison, trouve dans une abbaye des Ardennes belges. Menacé de lynchage par la vindicte populaire, l’assassin trouve refuge chez les moines mais se trouve bientôt menacé par ses vieux démons, malgré l’aide du frère Lucas. Cette histoire de schizophrénie paranoïaque fait bien entendu penser à un autre fait divers, l’affaire Marc Dutroux. Cette série écrite par quatre auteurs nous immerge dans un univers ésotérique et mystérieux et questionne la légitimité de la justice et des institutions dans une société parfois habitée par des réflexes archaïques et sécuritaires.

Unter Freunden – Among friends est un documentaire transmédia s’intéressant à la législation sur la protection des données. En nous impliquant dans le processus législatif de l’Union Européenne, nous aurons à choisir entre le personnage du parlementaire, de l’activiste ou du lobbyiste afin de définir les règles de transparence et de protection de la vie privée pour le futur. Ce projet complexe est encore en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le film documentaire Voyage en Occident nous embarque en compagnie d’un car de touristes chinois en visite dans les capitales de 7 pays européens, dont le point culminant est la découverte de Paris. Un jeu de miroir et de contrastes entre deux civilisations très différentes. Ce road-movie de 52 minutes relaye avec humour et intelligence quelques stéréotypes coriaces sur la classe moyenne émergente chinoise ainsi que sur les fantasmes et les images d’Épinal que se font les asiatiques à propos de l’Europe.

Jazz Way out. Sept musiciens roms de Budapest sont engagés par le saxophoniste Tim Ries (qui a collaboré avec les Rolling Stones) pour faire découvrir le jazz fusion aux USA. Habitués au quotidien à subir le racisme d’une partie de la société hongroise, les musiciens roms vont apporter un mélange de jazz manouche, de folk et de musique à la terre des grands jazzmen  et connaître une certaine  renommée. Nul n’est prophète en son pays pourrait-on dire. Ce documentaire musical de 52 minutes est en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le jury a parlé, c’est donc Agorá qui l’a emporté. Malheureusement, le réalisateur Yourgos Avgeropoulos étant absent, c’est un de ses proches qui est venu récupérer la récompense.

Sonia Reynaud et Yann Lagarde

Tour du monde en taxi anglais

Alfred et JakobineUn tour du monde en taxi anglais. Tel est le sujet du documentaire Alfred et Jakobine réalisé par Tom Roberts et Jonathan Howells. Des images d’archives, des témoignages nous font revivre cet incroyable voyage vécu par Jakobine Schou et Alfred Hobbs dans les années 50 et ravivé par Alfred peu avant sa mort.

En 1954, la jeune étudiante suit des études d’art au Japon. Elle y rencontre un marin aventurier, Alfred, qui lui propose de l’embarquer clandestinement sur son bateau. Ils tombent amoureux, se marient et partent en voyage de noces au Maroc. Là-bas, dans le désert, ils trouvent un taxi londonien des années 30 et l’achètent pour une modique somme.

Ils partent ensuite faire le tour du monde à bord du tacot anglais, sans argent, pendant sept ans. Lors de leur retour au Japon, ils sont accueillis comme des célébrités, interviennent sur les plateaux de télévision.

Alfred, solitaire, quitte Jakobine à l’âge de quarante ans, lui laissant un enfant, Niels. Effondrée, la jeune maman pleure pendant deux ans avant de se remarier.

Un dernier voyage

Quarante ans plus tard, Alfred décide de réparer le vieux taxi anglais afin d’offrir un dernier voyage surprise à la femme qu’il a aimée. Il sollicite pour cela l’aide de son fils. Après avoir déboursé plus de 6000 dollars et traversé une partie des Etats-Unis en taxi, Alfred et Niels retrouvent Jakobine, émue. Il meurt six mois plus tard, après avoir accompli sa mission.

Les images de super 8 filmées auprès des pygmées, du Dalaï-Lama ou encore des enfants des bidonvilles nous font voyager. Les témoignages des deux vieux amants qui parlent de leur idylle passée sont touchants, émouvants et parfois pleins d’humour. Le retour sur une vie, un voyage, un amour.

Réalisation: Jonathan Howells, Tom Roberts, Royaume-Uni, durée: 1h14.

Fini High School Musical : enfin la vraie vie des ados !

Coup de cœur. Tout le monde connaît ces comédies musicales sur la vie d’ados tous aussi beaux les uns que les autres, qui chantent, dansent et qui – même s’ils en pensent le contraire – ont une vie quasi-parfaite. Mais la vraie vie des ados, ce n’est pas ça. Et c’est ce que démontre à merveille le film de David André, Chante ton bac d’abord !, film hybride entre le documentaire et la comédie musicale.

Chante ton bac d'abord! Crédit photo: FIPA

Chante ton bac d’abord! Crédit photo: FIPA

Le quotidien d’une bande de potes

Direction le Nord de la France. Chante ton bac d’abord !, c’est l’histoire de Gaëlle, Nicolas, Alex, Caroline, Rachel et Alice. L’histoire se passe à Boulogne-sur-Mer, « une ville au bord de la mer loin de ses années dorées », comme chante Gaëlle. C’est l’année du bac, sauf pour Alex qui a redoublé sa classe de 1ere. Tout au long du film, on découvre la vie de ces adolescents en classe de Terminale avec leurs complexes, leurs doutes mais aussi leurs rêves. C’est leur quotidien mais c’est aussi la vie de leurs parents. On voit à l’écran des parents qui ne veulent qu’une chose : la réussite à tout prix de leurs enfants. Gaëlle, la « narratrice », veut faire du théâtre. Mais pour son père, ce projet est complètement fou : « Je ne peux pas la laisser rêver. C’est interdit ». Bref, des jeunes ordinaires qui ne veulent qu’une chose : croire en la vie.

Tout est réel !

Simplement « une mise en forme du réel mais pas de mise en scène.» C’est la réponse donnée par David André suite à la projection après une question de la salle sur la construction du film. Même si cela peut paraître complètement fou, tout ce qui est montré à l’écran est vrai. Caroline qui tremble en buvant son verre en discutant de l’avenir avec son petit ami Alex, le moment de l’annonce des résultats… pas des moments mis en scène mais vraiment des moments pris « sur le vif » pour reprendre les mots du réalisateur. Rien n’a été inventé.

Même la période où Nicolas disparaît et connaît un moment de dépression. Oui, Nicolas, le 1er de la classe au profil atypique, poète qui fume des pétards, a vraiment décidé à un moment de s’éclipser. La raison ? Son animal de compagnie, Douglas, qui n’est autre qu’un canard, est mort. Comme le dit David André, il travaillait avec son équipe sur une « matière volatile ». Pas de scénario écrit, aucune anticipation possible de la situation. Il ne pouvait même pas savoir si les parents feraient le projet jusqu’au bout. Et surtout, ils ne savaient même pas si la bande qu’il avait choisie savait chanter…

Une histoire en chanson

Car l’originalité de Chante ton bac d’abord !, ce sont des ados qui non seulement parlent de leur vie mais qui chantent aussi cette vie. Le film est alors entrecoupé de moment de chant, comme une comédie musicale. Comme le précise David André, effectivement ces moments de chant ne sont pas « naturels ». Et justement le réalisateur exprime durant la session de questions/réponses sa peur que cela ne fasse planer le doute sur le caractère vrai de ce qui est présenté dans le film sous son aspect documentaire. Mais au contraire, ces chansons, pour certaines proposées par David André lui-même, donne une plus grande force à l’histoire de cette bande.

David André explique que c’est seulement au bout de 4 mois qu’il a parlé de son idée de chansons à ces jeunes acteurs ! Il explique que son but n’était pas d’attirer des futurs « Star Académiciens ». D’ailleurs, le choix de Boulogne s’est fait aussi un peu par hasard, un jour en passant, pour la beauté de ces paysages. Ainsi, c’est Alex, autrefois atteint d’une leucémie, qui chante dans une église « Je ne veux plus m’en faire pour les petits soucis de la vie », c’est Nicolas qui chante « Hiver interminable, avenir insondable ».

Un public conquis

Des moments de rire, des moments plus tristes… La salle n’a pu s’empêcher d’applaudir à la fin du film. C’est un David André sous les acclamations du public. Pourtant, le thème du bac est un sujet aujourd’hui banalisé en France. Mais David André a su revisiter ce thème de manière originale en alliant documentaire et comédie musical.

Chante ton bac d’abord !, un chef d’œuvre, diffusé bientôt sur France 2.

Chante ton bac d’abord! Documentaire /Réalisateur: David André /France /1h22

« Briser la barrière entre rêve et réalité »

Les deux représentants du laboratoire Apelab - Photo : Sarah Paillou

Les deux représentants du laboratoire Apelab – Photo : Sarah Paillou

Le laboratoire Apelab est venu présenter ses projets et prototypes basés sur le principe de la réalité augmentée, dans le cadre du Smart Fip@. Ou la naissance d’un nouveau spectateur, qui participe à l’histoire.

L’idée est d’utiliser les nouvelles technologies (Iphone, Ipad, capteurs de mouvements) pour raconter une histoire. Les deux représentants du laboratoire, issus d’école de cinéma ou d’illustration, développent l’idée d’une narration spatiale, qui mobilise bande son, dialogues et voix, en audio ou en texte. Le rythme de l’histoire reste imposé : comme dans un film, on peut « louper des choses ».

Resserrer le lien entre virtuel et utilisateur

Le cadrage, lui, est laissé au choix du spectateur. A l’aide de son Ipad, l’utilisateur peut obtenir une vision à 360° en levant, baissant ou en faisant tourner la tablette autour de lui. Le scénario est alors influencé par ce que choisit de regarder le spectateur, mais aussi par l’heure à laquelle il visionne le film, le temps qu’il fait… La « rejouabilité », voilà l’objectif du prototype, puisque revoir l’oeuvre permet de découvrir les autres possibilités de narrations.
Le projet suppose uniquement des courts-métrages de 5 à 10 minutes, puisqu’il faut prévoir les différents scénarios possibles. C’est un travail considérable : un mois par scène, 20 scènes par épisode. Et impossible de regarder le film entre amis.

La bande-annonce gratuite de l’application, Land 52, sera en principe disponible mi-février sur l’Apple Store, si l’expérience vous tente.

Michael Howe, l’anarchie à coup de tromblon

Dans une salle bondée de lycéens a été projeté ce matin The outlaw Michael Howe , un film du réalisateur Brendan Cowell.

Michael Howe

Michael Howe, l’anarchie à coup de tromblon

C’est une sorte de western à la sauce australienne, avec des mousquets à la place des winchesters et des acacias en guise de cactus. L’action se passe en 1814 , à l’époque où ce pays sauvage n’était encore qu’un vaste pénitencier à ciel ouvert et où les coups de fouets rythmaient le cours des journées.

Damon Herriman incarne un bandit de grand chemin qui a juré de renverser le système colonial britannique et ses gouverneurs véreux. Il devient un symbole de résistance contre l’autorité et l’injustice , l’archétype du héros porté par le peuple pour défendre la liberté. Un homme honnête qui aspire à une vie simple mais que le sens du devoir pousse à prendre les armes. Il entre dans un gang et prend rapidement sa tête, devenant  en peu de temps le bandit le plus recherché de l’empire britanique. Mais sa troupe n’est pas aussi soudée qu’elle n’en a l’air. Tous n’ont qu’un rêve: quitter cette terre rustre et violente pour repartir en Angleterre. Mais la compagne de Michael, une Australienne du nom Black Marie, lui apprend à vivre et à aimer sa terre…il resistera jusqu’au bout.

Cette histoire rappelle fortement une autre figure emblématique de la culture populaire australienne, Ned Kelly; à la différence que lui n’écrivait pas des lettres avec du sang de kangourou.

Les paysages sont à couper le souffle et la reconstitution est très bien réalisée. On peut cependant reprocher à l’auteur de ne pas avoir réussi à développer une vision originale et personnelle du personnage. L’intrigue prend à quelques moments des airs de drame sentimental et l’histoire a du mal à monter en tension. Un film biographique bien réalisé mais qui manque de punch.

Grenzgang, une histoire de seconde chance

Jeudi matin, Gare du midi, le film Grenzgang de la réalisatrice allemande Brigitte Maria Bertele était projeté hors compétition dans le cadre du 27ème Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz.

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Grenzgang, traduit par « la fête de la frontière » en français, est le nom d’un festival populaire organisé tous les sept ans dans la petite ville allemande de Bergenstadt. Chants traditionnels, costumes et bière sont au programme des festivités. Pendant la fête, Thomas fait la rencontre de Kerstin. Lui a grandi dans cette ville et vit maintenant à Berlin. Elle, maman d’un petit garçon, Daniel, est venue s’installer en province suite à son mariage. Premiers regards, premiers échanges, premier flirt. Thomas et Kerstin partage un bref mais intense moment d’intimité.

On les retrouve sept ans plus tard, deux semaines avant le Grenzgang. Entre temps,  ils ne se sont pas revus. Tous deux sont seuls. Elle est désormais séparée de son mari. Elle vit avec sa mère malade et Daniel, son fils, à présent adolescent en crise. Lui est à présent le professeur principal de Daniel, refuse de grandir et cherche l’amour en faisant des rencontres sur internet. Ils finissent inévitablement par se retrouver.

Peu de paroles mais des émotions

Dans ce film, beaucoup de non-dits et d’émotions. La réalisatrice allemande Brigitte Maria Bertele a souhaité adapter le livre du même nom de Stephan Thome, car elle a été touchée par ces personnages, âgés de quarante ans, qui se voient offrir une seconde chance de trouver le bonheur. « A l’époque de nos parents, on se mariait à 25 ans, et on restait ensemble, même si ça n’allait pas. Aujourd’hui, les couples se séparent et retrouvent l’amour. Or cela implique beaucoup de questions, qu’il n’est pas si facile de gérer » explique-t-elle.

Ce film d’une heure vingt-neuf minutes, romantique mais pas cliché est le troisième de la réalisatrice Brigitte Maria Bertele. Elle a aussi réalisé plusieurs documentaires, tels que Horizon Zone, récompensé du Prix du meilleur documentaire au festival de Bianco en Italie. Les deux personnages principaux, touchants, sont joués par Claudia Michelsen (Le chinois, The Reader) et Lars Eldinger (Un weekend en famille). TeamWorx Television et Film GmbH ont produit ce film.

L’artiste modelé par ses femmes

Affiche du film Picasso, Histoire d'une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Affiche du film Picasso, Histoire d’une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Pablo Picasso s’est éteint un matin d’avril 1973, laissant derrière lui près de 50 000 œuvres. Picasso, inventaire d’une vie retrace sa vie à travers ses œuvres restées cachées.

Tout commence le jour des obsèques de Pablo Ruiz Picasso, lorsque ses héritiers ont pour mission de classer ses œuvres. C’est alors que le commissaire priseur –et ami du peintre- Maurice Rheims avait déclaré : « Tout prenait alors une valeur de témoignage (…) La peinture moderne, oui, est en berne, mais Picasso, non ».

Fils d’un peintre espagnol, Pablo Picasso nait en 1881 à Malaga et y passe sa jeunesse, pour aller vers la capitale puis enfin à Barcelone. A travers ses premiers dessins, on perçoit les talents du jeune Pablo et sa découverte de grands peintres qui l’influenceront toute sa vie. Mais c’est à Barcelone que l’artiste connaît la vie de bohème et ses premières expériences sexuelles et artistiques.

Vous les femmes…

Après Barcelone, Picasso décide de monter à Paris. Il fait alors la connaissance de poètes, dont Apollinaire de qui il restera très proche. Mais c’est la mort de son ami Carlos Casagemas qui marque une période marquante de l’œuvre du peintre, la période bleue. Elle est en rupture avec la période très colorée qui avait fait le succès de l’artiste à son arrivée à Paris.

C’est alors que la venue d’une femme, Madeleine, va lui redonner goût à la vie et le faire entrer dans sa période rose. Le documentaire montre à travers les peintures de Picasso comment les femmes ont bouleversé sa vie. En effet, Picasso ne pouvait pas s’empêcher de peindre ses amantes, plus jeunes, ou de les mentionner de manière plus subtile – Marie-Thérèse Walter n’avait que 17 ans lors de leur rencontre, il se contentait alors de ses initiales.

 La naissance du cubisme et le surréalisme

Comment parler de Picasso sans parler du cubisme ? Considéré comme le fondateur du mouvement artistique avec son ami Georges Braque, Picasso a eu un réel intérêt pour la photographie. Après l’avoir vue comme une concurrence à la peinture, Picasso va se servir de la photographie pour déstructurer les formes du visage. De là nait la première exposition cubiste dont Matisse dira : « Tiens, Picasso nous fait une exposition de petits cubes. » On découvre des photographies et des images d’archives permettent alors au spectateur de se plonger dans l’époque et de découvrir Picasso jeune.

Mais la Première Guerre mondiale marque la fin du cubisme. Le documentaire met alors en relief l’autre grand courant auquel a participé l’artiste : le surréalisme. Marie-Thérèse en est alors son principal modèle. S’en suivent des tableaux avec le Minotaure, cet être mythologique qui violente la jeune fille dans des scènes osées pour l’époque.

Puis, dans l’entre-deux-guerres, Picasso fait la connaissance de Dora Maar, s’engage politiquement et réalise son œuvre la plus connue : Guernica. La jeune femme très engagée a donné une réelle dimension politique à l’œuvre de Picasso. Il attendra la fin de la Seconde Guerre mondiale pour prendre sa carte au Parti Communiste français. Cependant, il restera incompris de la part des hauts fonctionnaires du parti puisque ne correspondant pas aux canons du réalisme socialiste.

Un homme qui peint ce qu’il ressent

« Picasso ne peignait pas les choses telles qu’il les voyait, mais telles qu’il les ressentait. » On découvre beaucoup de ses autoportraits, que l’on a peu l’habitude de connaître. Ils représentaient pour lui une réelle thérapie et il les confectionnait de façon quasi systématique lors des drames de sa vie. Ainsi a-t-il peint son portrait lors de la mort d’Apollinaire ou encore lors de sa double relation avec Dora et Marie-Thérèse.

Il finit sa vie dans sa villa de Mougins, sur la Côte d’Azur, auprès de sa dernière compagne Jacqueline. Il ne cessera de peindre jusqu’à son dernier jour, entièrement replié sur lui-même et sur ses œuvres, autant de peintures que de sculptures, de gravures ou encore de céramiques.

A sa mort, Pablo Picasso aura laissé des milliers d’œuvres dans toutes ses maisons. Le documentaire nous montre ainsi la production quasi-surhumaine de l’artiste, mais aussi comment les tourments de sa vie amoureuse y ont contribué. Emouvant, rempli d’archives vidéo et de photographies inédites, on a l’impression de connaître cet artiste qui n’a donné, durant toute sa vie, qu’une seule interview télévisée.

Picasso, l’inventaire d’une vie
Hugues Nancy, France, 1h50

Churchill, seulement un géant dans le siècle ?

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Une biographie télévisée du grand homme britannique Winston Churchill, voici ce que propose David Korn-Brzoza dans ce documentaire co-produit par Arte avec la participation de France Télévisions. Il sera diffusé sur France 3, dans Histoire immédiate.

Décrire Winston Churchill en un mot? Mission Impossible. Le « petit bouledogue » devenu « le vieux lion » était un hyperactif passionné, tempétueux, engagé, courageux, jusqu’au-boutiste…

Le documentaire retrace l’enfance de la figure politique mais aussi son engagement lors des guerres coloniales avant son apogée en tant que Premier ministre défendant la liberté à tout prix.

« Un élève méchant, sans ambition »

Cancre, ses bulletins scolaires décrivaient un élève « très méchant », « sans ambition ». Délaissé par ses parents qui lui rendaient visite une fois par an dans son internat, rabaissé par son père qui siégeait au Parlement, Winston Churchill a voulu, semble t-il, prendre sa revanche. Envoyé dans l’armée, le turbulent découvrit alors sa passion pour la guerre.

« Du sang, de la sueur et des larmes »

Il s’engagea ensuite dans la politique sur les pas de son père décédé prématurément et brilla rapidement par son éloquence, ses fameux discours dont « le sang, la sueur et les larmes » ne sont qu’un exemple. Son appel à la résistance contre la barbarie nazie « we shall never surrender » (nous ne capitulerons jamais) fit même pleurer ses opposants politiques. L’ancien élève insolent avait aussi une répartie extraordinaire. Quand une femme lui dit « si vous étiez mon mari, j’empoisonnerais votre verre », l’orateur répliqua « si vous étiez ma femme, je le boirais ».

« Ecrivain, peintre et maçon »

Premier ministre, Winston Churchill était aussi écrivain et reçut le Prix Nobel de littérature en 1953. Cela ne suffisait pas à l’hyperactif qu’il était. Churchill peignait, était aussi maçon à ses heures perdues. Il buvait de l’alcool, « traitement conseillé » par ses médecins et rares sont les photos où on le voit sans son cigare. Dans ses mémoires, Winston Churchill parle de sa femme Clémentine avec tendresse et bienveillance : « je me suis marié et depuis je n’ai cessé d’être heureux. »

Le documentaire nourri d’un travail d’archives remarquable fait l’apologie de cette grande figure historique qui marqua la Grande-Bretagne mais aussi le monde entier. Il avait le courage de prendre des décisions difficiles, de ne jamais rien lâcher malgré les éventuels doutes et scepticisme de son entourage.

« J’ai dormi sur le trottoir le jour des obsèques de Churchill » raconta une anglaise présente dans la salle. « Je le connais bien, c’est mon héros, notre héros et vous avez encore réussi à me faire pleurer! ».

« Le titre est faux, ce n’est pas un géant dans le siècle mais Le géant du siècle » conclut son réalisateur David Korn-Brzoza.

Churchill, un géant dans le siècle Réalisation: David Korn-Brzoza, Production: Roche Productions, durée: 1h30

Egypte : histoire d’une crise

L’arrivée des Frères musulmans au pouvoir n’a pas mis un terme à la crise amorcée en 2011 avec la Révolution du 25 janvier. C’était sans compter l’influence sur le pays d’un de leurs principaux adversaires, l’armée. La crise égyptienne, une crise complexe donc, que tentent d’expliciter Marcela Gaviria et Martin Smith, producteurs du reportage Egypt in crisis– L’Egypte en crise.

Egypt in Crisis Crédit photo: FIPA

Egypt in Crisis Crédit photo: FIPA

 Un nouveau départ ?

La chute d’Hosni Moubarak a permis à l’Egypte elle aussi de connaître son Printemps Arabe avec l’arrivée du premier président démocratiquement élu de son histoire, Mohammed Morsi. Sa particularité ? Il est membre des Frères Musulmans. Egypt in Crisis se propose de retracer l’épopée d’un parti fondé sur la religion islamique, passé de la marginalisation au pouvoir. Face à un candidat de l’ère Moubarak, le peuple a choisi le parti qui se portait alors garant de la liberté, de la démocratie et de la justice. Mais la révolution égyptienne n’a pas été à la hauteur des espérances de nombreux égyptiens. Point culminant : la signature d’un décret le 22 novembre 2012 permettant au président de s’arroger les pleins pouvoirs. « Il ne peut pas être mon président » s’est dit alors un des intervenants du reportage. Mais Egypt in Crisis montre comment le président avait déjà déçu ses partisans. Parmi les raisons de cette déception : la place accordée à l’armée dans la nouvelle Egypte. Comme affirme une interviewée, « Malheureusement, ce n’était pas Mandela.»

L’armée : au cœur du pouvoir égyptien

Le reportage de Marcela Gaviria et de Martin Smith met l’accent sur le rôle de l’armée  dans la crise égyptienne. Tout au long de la chronologie, la position de l’armée apparaît ambivalente. C’est d’abord une armée qui semble du côté du peuple au moment de la première révolution, un peuple qui appelle même l’armée à le soutenir : « L’armée et le peuple main dans la main. » C’est la même armée pourtant qui n’a pas hésité à utiliser la manière forte pour réprimer des manifestants et mettre un terme aux troubles de la rue: « Tu es content avec ta révolution maintenant ? » Et c’est encore vers cette même armée que le peuple s’est retourné pour faire face aux Frères Musulmans.

Le point avec les producteurs

Pour Martin Smith, l’armée n’est du côté de personne, « l’armée est du côté de l’armée. L’armée est simplement pour l’armée. » Il affirme alors que l’armée s’est mise du côté du peuple en janvier 2011 car elle avait compris la force du peuple face à Moubarak. Marcela Gavira insite quant à elle sur la popularité de l’armée en Egypte : « Je ne pouvais pas comprendre quand nous étions en train de faire le film pourquoi ce peuple qui avait subi tant de répression sous l’ère Moubarak pouvait soutenir la puissance militaire ; après les répressions vécues en 2011, pourquoi le peuple demandait à l’armée de revenir et de les sauver. Je pense que l’on doit comprendre qu’en Egypte, c’est la seule institution qui fonctionne vraiment. C’est une institution bien ancrée tout le monde a quelqu’un qui fait partie de l’armée. »

L’état profond

Pour Martin Smith, l’armée s’adapte aux différentes situations car une seule chose compte: préserver son pouvoir. Egypt in crisis montre en fait une armée égyptienne qui semble purement et simplement au-dessus du pouvoir politique. Elle est un des piliers de l’ « état profond » égyptien. Sous cette expression se cache les structures qui détiendraient réellement le pouvoir en Egypte au nombre de quatre : la Cour Suprême, les médias d’Etat, la police et enfin l’armée. Ainsi, la victoire des Frères musulmans en Egypte ne pouvait pas être totale.

Pas 1 mais 2 révolutions

La révolution du 25 janvier 2011 a amené Mohammed Morsi au pouvoir. Deux ans plus tard, celle du 30 juin affirmait l’échec des Frères musulmans. Mohammed Morsi avait affirmé lui-même devant les caméras d’Egypt in crisis en 2011 que le parti n’avait pas pour objectif les élections. C’est pourtant le même homme qui s’accaparé tous les pouvoirs, trop de pouvoirs, tel un « pharaon ». L’armée a donc saisi cette brèche pour renforcer sa position en Egypte.

Egypt in Crisis montre toutes les difficultés de la transition politique de l’Egypte et se pose en reportage de référence sur la question égyptienne.

Durée:53 minutes

Ney Matogrosso ou l’énergie de l’instinct

Ney Matogrosso

L’artiste brésilien Ney Matogrosso

« En moi, tout est tel quel. » Tel est le mot d’ordre du chanteur brésilien Ney Matogrosso, artiste à la carrière débridée et subversive, dont le film Olho Nu offre une rétrospective.

Yeux et lèvres peinturlurés de noir, gestuelle théâtrale, costumes extravagants, il se trémousse sur scène, déployant sa voix de contre-alto devant une foule de spectateurs venus échapper, le temps d’une représentation, à leur quotidien marqué par la dictature. Trente ans plus tard, tenue sobre et postures méditatives, il est immortalisé dans son environnement quotidien, la nature, les rivières, sa maison – surprenant par sa relative simplicité.
Si le nom de Ney Matogrosso peut ne pas évoquer grand-chose aux oreilles de beaucoup de français, au Brésil il est considéré comme l’une des figures majeures de la scène artistique et musicale. Le réalisateur brésilien Joel Pizzini a entrepris de se concentrer sur la vie de ce chanteur né en 1941.

Un documentaire esthétiquement fouillé, pour un artiste complet

Son film Ohlo Nu, traduit en anglais par Naked Eye, relève, dès son titre, d’un parti pris minimaliste et esthétique. Alternant chansons et passages d’interview, sur fond d’images de Matogrosso tout au long de sa carrière, le tout dans un désordre savamment orchestré, le documentaire se plaît à rester dans le flou, la recherche du beau. Il permet néanmoins de découvrir cet artiste brut, désinhibé sans être dénué d’élégance, et se décrivant lui-même comme une « métamorphose ambulante » – en témoigne l’évolution de ses tenues vestimentaires au gré de sa sensibilité du moment. Exposant publiquement et sans retenue sa libido, Matogrosso envisage la scène comme le lieu de libération de ses fantasmes, celui où, dissimulé derrière son personnage de showman, il peut laisser libre cours à ses instincts, sans pudeur ni autocensure.

Les bémols du « flou artistique »

Des critiques, toutefois, sont à formuler au sujet de ce film certes visuellement recherché, mais dont la forme n’aide pas vraiment le téléspectateur à assouvir son éventuelle curiosité pour Matogrosso… L’aspect volontairement décousu du documentaire, sans aucun fil chronologique ni même thématique, le rend difficile à suivre pour qui ne dispose d’aucune connaissance préalable sur la vie du chanteur. Quelques longueurs également dans ce long-métrage délibérément lent, axé avant tout sur l’esthétique – davantage que sur une réelle analyse de l’artiste. On regrettera enfin que le film n’aborde que la carrière de Matogrosso, mettant de côté sa vie personnelle qui aurait pourtant pu se révéler intéressante, contribuant à cerner le personnage. Dont on aura, au moins, découvert la musique, éloquente à elle seule.

Olho Nu réalisé par Joel Pizzini, produit par Canal Brésil, durée: 1h41

Poutine, acte III

Le retour du dirigeant russe à la tête du pays en 2012 amorce un durcissement du régime. Avec Poutine is back, Jean-Michel Carré revient brillamment sur la nouvelle pratique du pouvoir par le pensionnaire du Kremlin.

Une larme coule sur un visage qui n’en verse d’habitude jamais. Mars 2012, Vladimir Vladimirovitch Poutine est élu Président de la Fédération de Russie pour la troisième fois. Le temps d’un intermède Medvedev et voilà l’ancien directeur du KGB de retour aux affaires dans un contexte tendu, après la Syrie, les manifestations et la crise économique. Détente et diplomatie ?

Vladimir Poutine

Vladimir Poutine le soir de sa victoire à l’élection présidentielle de mars 2012

Au contraire, Poutine impose ses méthodes avec une pression encore plus forte qu’entre 2000 et 2008. La répression frappe les dissidents qui, devant la caméra de Jean-Michel Carré, dépeignent une société fragmentée, repliée sur elle-même et désireuse de retrouver un rôle majeur sur la scène internationale.

« Si on ne se bat pas, ça ne changera pas »

Sitôt élu, Poutine attaque directement son prédécesseur : « Il y a des addictions à l’alcool, à la drogue, à l’argent, mais on dit que la plus forte addiction est au pouvoir ». L’héritage Medvedev, fait de démocratie teintée de libéralisme, est jeté aux oubliettes de la Sainte Russie. Les investissements se concentrent dans l’armement, l’industrie lourde et les énergies fossiles. La posture s’affermit sur la scène internationale, les alliés occidentaux deviennent des adversaires dont il faut contester la position. Pas de doute, la Russie actuelle ressemble à celle de l’ancienne URSS, selon Carré.

Exhaustif, le documentaire explore également les perspectives d’un pays miné par sa pauvreté et ses inégalités socio-territoriales. Un tiers des Russes n’ont toujours pas accès à l’eau potable, au gaz et aux canalisations. Un facteur de division et de soulèvement ? Jean-Michel Carré rapporte des propos lucides des dissidents : « Si on ne se bat pas, ça ne changera pas ».

Regain de tensions

Le regain de tensions observé récemment avec les évènements de Volgograd fin décembre fait des Jeux Olympiques de Sotchi une des compétitions les plus risquées jamais organisées jusqu’à présent. Faut-il craindre un bain de sang entre deux épreuves ? Jean-Michel Carré n’invalide pas cette hypothèse et décrit une situation explosive, avec des attentats perpétrés tous les jours. La violence répond quotidiennement aux violations flagrantes des droits de l’homme et, si chacun imagine la situation russe avec plus ou moins d’acuité, la force du documentaire est de dresser un inventaire complet, à charge, du système et de l’idéologie Poutine.

Le chaos à Volgograd après les attentats, fin décembre 2013

Le chaos à Volgograd après les attentats, fin décembre 2013

En définitive, le réalisateur français retrace habilement l’évolution d’un régime autocratique aux tendances dictatoriales ces deux dernières années. Après les Pussy Riot, la mise au ban de l’opposant Alexei Navalny et les lois contre la propagande homosexuelle, le troisième acte de Vladimir Poutine au Kremlin représente l’épisode le plus dur d’une trilogie pas près de s’achever.

Les bobines de la Jeune création / Moirai

Moiras, un court métrage animé très réussi!

Moirai, un court métrage animé très réussi!

Un pantin tombe du ciel. C’est une poupée articulée avec une bobine en guide de torse. Un léger frisson parcours ses longs membres. Ses yeux exorbités fixent le vide, avant de cligner et de se tourner vers l’horizon. L’énigme de la vie propulsée à la vitesse de 13 images secondes. Un blues lancinant déchire le silence du désert. L’étrange créature se relève maladroitement, et regarde ses mains comme si elle était la première étonnée par la forme que ses créateurs lui ont donnée. Elle commence à marcher tandis que sa bobine entame sa rotation inexorable.

Dès les premières secondes de ce film d’animation atypique; le spectateur a de quoi être surpris.

Les créateurs de Moirai, Kerstin Unger et Jasper Diekemp ont collaboré pendant plus d’un an pour faire aboutir ce conte métaphysique inspiré du mythe des moires. Les moires ou Parques dans la mythologie romaine sont ces femmes qui tissent le destin des mortels jusqu’à ce que leur rouet se vide. Elles sont les divinités implacables de la fatalité.

Dans ce travail effectué à l’Ecole supérieure des arts et médias de Cologne, les deux artistes se sont essayés à la technique du stop motion (animation image par image); et avec succès. Lui est spécialisé en sculptures et installations interactives, et elle en animation. Ce projet a été pour eux l’occasion de confronter leurs domaines de connaissances respectifs, pour développer une technique alliant la maîtrise de l’espace à la connaissance du mouvement. Pendant près d’un an, ils ont pris et assemblé plus de 17000 images pour composer une œuvre originale et sensible.

Une évasion et des questions

Dans quelle mesure sommes-nous aux commandes de notre destin ? Peut-on réellement être libre ? Ce sont autant de questions que le spectateur se pose en regardant ce court métrage angoissant. Une des premières choses que le pantin voit lorsqu’il se réveille est un de ses semblables qui s’écroule lorsque sa bobine de fil s’achève…au bout du rouleau. Réalisant que son temps est compté, le personnage commence sa longue quête à travers le désert. Une question muette se formule dans le sillage de ses pas : que faire du temps qu’il m’a été donné ?

La réponse vient d’elle-même ; un autre pantin porte un objet métallique dans la main, une sorte de sceptre. La curiosité laisse rapidement place à l’envie puis à la haine ; les pulsions et la passion animeront dès lors cet étrange personnage…

Curieuse expérience que d’être transporté ainsi avec aussi peu de temps et de moyens. Et encore plus extraordinaire que celle de s’identifier à une poupée en bois. La magie de l’animation…

Dommage que ce court métrage soit hors compétition !

Peaky Blinders : quand Scorsese et Dickens s’envoient une pinte ensemble

La BBC s’est aussi lancée dans la course aux séries depuis quelques années, après l’excellent Luther, la chaîne BBC2 réitère avec Peaky Blinders. La première saison est déjà sortie dans les pays anglophones et les deux premiers épisodes étaient diffusés pour la première fois en France au FIPA.

Tommy Shelby (Cillian Murphy) Crédit photo: FIPA

Tommy Shelby (Cillian Murphy) Crédit photo: FIPA

Les Peaky Blinders sont une bande de voyous ayant réellement sévi dans le Birmingham des années 1920. Le gang tire son nom de l’habitude qu’avaient ses membres de dissimuler des lames de rasoir dans la visière de leur casquette. Des sales types qu’il valait mieux éviter en somme. A leur tête, l’inquiétant Tommy Shelby, joué par Cillian Murphy (vu dans 28 jours plus tard et Le vent se lève). Habitués de paris truqués et de vendettas sauvages, tous les personnages baignent dans un quotidien sombre et violent. Après avoir détourné par erreur du matériel militaire à destination de la Lybie, les membres du gang sont pris pour cible par un redoutable détective de la police irlandaise (Sam Neil), mandaté par Churchill en personne. L’univers de Scorsese avec ses fratries de gangsters attachants se mêle peu à peu à celui de Dickens, avec ses quartiers ouvriers anglais, ces bâtiments victoriens en briques rouges dans lesquels s’étend une misère sociale décadente suintant le mauvais gin et la bière bon-marché.

Le pendant britannique de Boardwalk Empire

Peaky Blinders pourrait bien être en effet le pendant britannique de l’excellente série Boardwalk Empire produite par Martin Scorsese et HBO. Outre de posséder toutes deux une réalisation hyper soignée et un goût pour la violence esthétique, ces deux bijoux télévisuels partagent beaucoup de leur ADN. L’époque d’abord: l’immédiat après-guerre et l’omniprésence des vétérans de la Grande guerre encore hantés par les horreurs des tranchées, les thématiques: l’âge d’or des gangsters gominés en costume trois pièces, la corruption des élites, l’affrontement des communautés, l’engagement dans des causes politiques (l’IRA tient une place importante dans les deux séries). Chacun se radicalise, certains choisissent la lutte syndicale, d’autres profitent de la conjoncture et spéculent sur la misère, comme lance cyniquement un des personnages « le point commun entre les bookmakers et les communistes, c’est qu’ils vivent tous deux sur les illusions des pauvres ».

Même si la série reprend des ingrédients déjà vus, l’engrenage se met vite en place et la reconstitution de l’époque est remarquable. Mention spéciale pour la bande originale particulièrement audacieuse mélangeant des chansons folkloriques irlandaises et des morceaux chaotiques des White Stripes. Vivement la suite donc.

Une souris et un homme

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Le long-métrage Des fleurs pour Algernon, réalisé par Yves Angelo et dont l’unique rôle est confié à Gregory Gadebois, parvient à transcrire à l’écran la pièce de théâtre dont il s’est inspiré, et ce avec succès.

« C’est l’histoire d’un homme qui a pour partenaire une caméra qui le filme ». C’est ainsi que Yves Angelo résume la fiction qu’il a réalisé et qui est aujourd’hui présenté au FIPA : Des fleurs pour Algernon. Cette adaptation de la pièce de théâtre mise en scène par Anne Kessler, elle-même écrite d’après le roman de science fiction de Daniel Keyes, consiste en effet en un monologue porté de façon formidable par l’acteur Gregory Gadebois. Ce dernier parvient, en complicité avec son réalisateur, à transposer son rôle théâtral au petit écran et à en présenter d’autres aspects.

Charlie a un QI anormalement faible. Pourtant, il n’est pas bête, mais simple, et extrêmement motivé pour progresser, comme le soulignent les docteurs de l’hôpital. Ce qui le bloque, c’est qu’il ne parvient à penser, à imaginer, ou à se projeter. Il reste perdu dans un labyrinthe de perplexité, et se désole qu’une souris blanche du nom d’Algernon réussisse mieux que lui les tests soumis par les docteurs. Les choses vont progressivement changer lorsqu’il est sélectionné pour devenir le cobaye d’une expérience destinée à le rendre intelligent. Devenu Charles grâce au respect gagné en raison de son QI anormalement élevé, il n’en reste pas moins esseulé et coupé des moyens de communication avec le monde qui l’entoure.  C’est lorsque la souris Algernon, à laquelle il est très attaché et qui a subi la même opération que lui, montre les premiers signes de dégénérescence que Charles comprend que malgré toutes les connaissances engrangées, il est voué à redevenir Charlie à terme.

Un parcours en forme de courbe de Gauss

Les évolutions entre les états d’intelligence du personnage ne sont pas immédiates. Elles se font selon le modèle de la courbe de Gauss : une amélioration progressive, jusqu’à l’acmé, suivi d’une lente dégénérescence. Charles prend peu à peu conscience du monde qui l’entoure, du rire blessant de ceux qui se moquent de sa bêtise, et du ridicule microcosme de la bourgeoisie scientifique. Il comprend progressivement que l’on se sert de lui et qu’il n’est rien d’autre qu’un cobaye. Mais cette lente ascension lui permet en outre de goûter aux joies de la connaissance, de l’apprentissage universel des sciences, des arts et des lettres, et de trouver de nouvelles formes de langage comme la musique qui passe par son violoncelle. Il jouit également du pouvoir de séduction associé à cette intelligence, mais reste fidèle à son premier et éternel amour. Gregory Gadebois parvient avec brio à sublimer cette lente transformation tout en soulignant que Charles et Charlie ne sont pas deux personnes différentes mais bien un seul et même homme. Certes le langage se transforme, Charles gagne en confiance, mais il reste fidèle à Charlie, qui n’était pas un sous-homme contrairement à ce que pense le personnel hospitalier. Ce lien est préservé grâce à l’amitié qu’il entretient avec Algernon, qui évolue à ses côtés.

La caméra, dernier allié face à la solitude

Pour suivre cette lente progression à travers le tunnel de la connaissance, Yves Angelo a choisi un dispositif qui permet de souligner à la fois l’intériorité et l’extériorité du monologue. L’unique personnage est filmé durant tout le long métrage par une caméra portée, à laquelle il s’adresse telle une confidente. La caméra, et les spectateurs qui lui sont liés, n’est pas une présence désincarnée mais interpelle silencieusement Charlie, qui lui narre son parcours. C’est cette proximité crée avec le protagoniste, ainsi que la simplicité des décors déserts et la beauté de la photographie qui interpellent le spectateur et l’émeuvent. Le public du théâtre est ainsi remplacé par celui du cinéma par l’intermédiaire de la caméra. Le monologue et les silences prennent alors toute leur ampleur dans la bouche d’un Gregory Gadebois saisissant.

La Syrie est aussi au FIPA

Alors qu’aujourd’hui toutes les caméras sont braquées sur la conférence de Genève-2, le FIPA lui aussi est au cœur de l’actualité avec la Syrie. Au programme : Syrie 2.0 : The Battle of Aleppo- Syrie 2.0 : la bataille d’Alep, réalisé par Amedeo Ricucci, journaliste pour la Radiotelevisione Italiana (RAI). Originalité ? Des images tournées uniquement à l’aide d’un smartphone.

Amedeo Riccuci, © Huffington Post Italie

Amedeo Riccuci, © Huffington Post Italie

 Au cœur de l’enfer

6 octobre 2012 : c’est le début du périple d’Amedeo Ricucci entré en Syrie muni seulement d’un smartphone. L’objectif est alors pour la RAI d’entrer au cœur d’une bataille sur laquelle peu d’informations circulent. Jour après jour, le journaliste ère dans les rues d’une ville en décombres sur fond de bombardements. Tout au long du reportage, c’est la rencontre avec les combattants de l’Armée Syrienne Libre (ASL) en lutte contre le régime de Bachar al-Assad. Sang, blessés, cadavres : les images d’Amadeo Ricucci sont à la fois inédites et tragiques, parfois même choquantes. Tout comme la conférence de Genève-2, le reportage fait état de la division au sein de l’ASL. Amadeo Ricucci a suivi notamment le périple des « Martyrs de Badr », groupe d’environ 90 membres. Leur détermination pour combattre le régime de Damas ne fait aucun doute. Le journaliste commente la dure réalité de la guerre : ce sont parfois des « enfants » qui scandent « Bachar, fils de chien ». La guerre ne concerne pas seulement les combattants. C’est aussi le quotidien de civils. Acheter du pain ? File d’attente interminable, parfois pour rien.

2.0

Le reportage d’Amadeo Ricucci est aussi une illustration des difficultés du journalisme de guerre. Le smartphone apparaît pour le journaliste le meilleur moyen d’être au cœur du conflit.

 « C’est pas sympa les bombes sur la gueule ».

La tension est palpable. Impossible de se déplacer sans protection. Le casque est de rigueur, même à la maison. Du côté de la rédaction en Italie, l’inquiétude est à son comble : «On devrait lui dire de rentrer.» Amedeo Ricucci n’hésite pas à affirmer : «La sécurité est en option». La réalité des images plonge le spectateur aussi dans le conflit. Il est face à des moments de pression intense mais aussi des moments de relâchement. Voir un homme jouer avec un chat n’aura sûrement jamais été aussi apaisant.

Une lueur d’espoir ?

Comment ne pas ressentir de la tristesse en regardant Syrie 2.0? Il est alors facile de comprendre la défiance d’une femme face à la caméra d’Amadeo Ricucci : «Vous filmez, vous filmez mais ça ne sert à rien.» Compassion aussi, en attendant les mots d’un combattant : «On veut vivre, se marier, faire ce que font tous les peuples dans le monde.»

Mais les images ne sont pas toujours sombres. Sourires d’enfants, avec des yeux brillants, des vêtements colorés mais surtout faisant le V de la victoire.  Ces images proviennent d’un camp de réfugiés à proximité de la frontière turque. Point commun avec Genève-2 : la question des réfugiés, dans le territoire syrien mais aussi vers les pays voisins. C’est donc l’ensemble de la région qui est concernée par le conflit syrien. Ces gens ne veulent qu’une chose, le retour de la paix.

L’aventure d’Amedeo Ricucci s’achève le 21 octobre 2012. Genève-2 s’achèvera le 25 janvier 2013. Syrie 2.0 est un beau reportage. Mais face à temps de dégâts, comment ne pas espérer un compromis et in fine la paix?

Du mariage et du clitoris en Turquie

26269Au Fipa 2014, projection en avant-première du documentaire Le Droit au Baiser, consacré aux mœurs sexuels de la Turquie contemporaine.

«Je ne crois pas en l’égalité entre hommes et femmes», déclarait le Premier ministre turc Erdogan en mai 2013. Trois mois plus tard, il approfondissait ce propos en affirmant qu’une femme devait avoir « au minimum trois enfants » et veiller prioritairement à leur éducation, tandis que le mari se chargeait de subvenir aux besoins économiques de la famille. Au même moment, des manifestations enflaient dans les principales villes de Turquie…

Qu’en est-il aujourd’hui des mœurs en matière de relations homme/femme, et plus précisément de sexualité, dans un pays qui s’est longtemps caractérisé par son laïcisme – aspect que  l’AKP d’Erdogan remet progressivement en question ?
Dans son reportage Le Droit au Baiser, Camille Ponsin traite le sujet d’une manière vivante et actuelle, parcourant Istanbul pour recueillir, avec la complicité de quelques étudiants turcs, des témoignages révélateurs sur la perception du mariage, du flirt, du sexe par les Stambouliotes. Hommes et femmes, jeunes et vieux, musulmans pratiquants et non-pratiquants, tout le monde a son mot à dire, et les avis divergent.

La virginité, un mythe sacré

Du côté des hommes, un mot revient sur les lèvres de manière récurrente : namus, c’est-à-dire virginité. « Je ne pourrais pas épouser une femme qui n’est pas vierge », en déclarent plus d’un. « C’est culturel », ajoutent d’autres. Terme d’origine arabe pouvant être traduit par « vertu », le namus fait allusion à « l’intégrité sexuelle » des femmes, dont le maintien de la virginité jusqu’au mariage est présenté comme une preuve d’honneur, de respect du mari, de respectabilité. Une valeur qui se révèle, dans l’ensemble, multi-générationnelle, puisque partagée aussi bien par les vieux que par les jeunes hommes. Mais le namus est également cautionné par certaines femmes interrogées, faisant elles aussi l’éloge de la « pureté » sexuelle – mais ne sachant pas, au passage, ce qu’est un clitoris…

La dissimulation, le lot commun des femmes stambouliotes ?

Le consensus, toutefois, est nettement moins flagrant quand la caméra se penche du côté des femmes. Face aux jeunes filles voilées qui disent vouloir garder leur virginité par respect de la religion, des interviewées plus dévergondées reconnaissent avoir déjà flirté et eu des relations sexuelles – généralement en cachette du patriarche. Cet aspect de dissimulation s’avère très présent chez ces femmes, dont certaines précisent, mi-gênées mi-frondeuses, qu’elles risqueraient d’avoir quelques embêtements si leurs familles les entendaient… Quelques passages d’autocensure, avec le son coupé, sont également insérés dans le film, comme parties intégrantes du reportage.

Un portrait dynamique de la jeunesse turque sous l’angle de la sexualité

Cette autocensure de la part des personnes interrogées, ces réticences à trop livrer aux intervieweurs une large part de leur vie relationnelle, le réalisateur s’y est heurté dès le début de son travail. Etant parti dans l’idée de réaliser une étude sur la jeunesse stambouliote, il s’est trouvé confronté au refus de la plupart des jeunes de laisser la caméra les suivre dans leur vie relationnelle et leurs sorties nocturnes. Il s’est par conséquent rabattu, comme il l’expliqua au cours du débat suivant la projection du documentaire, sur un projet plus large, englobant plusieurs générations et plusieurs quartiers de la ville.

Pourtant, c’est bien le portrait en demi-teinte d’une jeunesse turque hétérogène, urbaine et « genrée », peinant à s’accorder sur des valeurs communes, partagée entre attachement à la tradition et désir d’émancipation, que nous offre le cinéaste français. Un portrait dynamique, spontané, loin du modèle-type de l’intervieweur bavard et de l’interviewé un peu trop rodé. Sans parti pris, Le Droit au Baiser se présente presque comme une simple observation de mœurs. Impression renforcée par la méthode du « micro-trottoir », amplement exploitée et formant toute la trame du documentaire.

Camille Ponsin reprend ici un procédé préalablement utilisé par le réalisateur Pasolini en 1964 dans son long-métrage consacré à la sexualité en Italie. Reportage dont Ponsin s’inspire largement, intégrant dans son Droit au Baiser des extraits du film de Pasolini, comme pour créer un jeu de miroirs entre la jeunesse italienne des années 1960 et celle d’Istanbul au XXIème siècle… Le cinéaste italien avait entrepris alors de briser les tabous culturels, religieux pesant sur l’analyse de la sexualité ; c’est dans cette même démarche que s’inscrit aujourd’hui le film de Camille Ponsin.

Ceux de 14 reviennent à la télévision!

Alors que s’ouvre l’année du centenaire de la Première guerre mondiale, Olivier Schatzky nous propose une série de six épisodes, inspirée du recueil de récits de guerre de Maurice Genevoix, Ceux de 14. L’idée est selon le réalisateur « d’individualiser la guerre », à travers un regard humaniste. La série sera prochainement diffusée sur France 3.

Les comédiens de Ceux de 14 sur la scène du FIPA, à Biarritz

Revenir à quelque chose de très concret, changer l’image figée que l’on a de la guerre de 14,  telle était la volonté d’Olivier Schatzky dans la réalisation de la série Ceux de 14. Il n’y a pas de héros dans le film mais des hommes « comme nous, comme vous » qui deviennent héroïques à travers notre regard.

« Notre métier n’est pas si difficile que ça finalement! »

La série montre l’avancée progressive dans la guerre, de l’innocence et l’insouciance de ces hommes qui pensent revenir rapidement chez eux à l’horreur des tranchées et enfin la mort presque inéluctable pour chacun d’entre eux. L’accent est mis sur les banalités du quotidien de ce groupe de soldats qui se charrient, racontent des blagues, sont impatients de « mettre la pâté aux sales boches ». Leurs fiancées les attendent à l’arrière-front, s’impatientent, s’étonnent de ne pas recevoir de nouvelles de leur part.

Le lieutenant Genevoix interprété par le jeune Théo Frilet est un personnage plein de tendresse pour ses hommes, un humaniste qui mène son régiment avec bienveillance et fermeté. « La boue, la pluie, les bottes qui font mal aux chevilles, ça n’était pas toujours très agréable. La condition de ces jeunes de notre âge nés cent avant nous devait être ça en bien pire et avec la mort au bout! ».  Il est impossible de s’approcher du réel, on peut juste « imaginouiller » ce que ça devait être! Le soir, fatigués après le tournage on se disait « notre métier n’est pas si difficile que ça finalement! » confie Théo Frilet.

« Le travail de Maurice Genevoix, c’est d’avoir donné des noms à des anonymes » conclut le réalisateur Olivier Schatzky.

Un film qui vous enivre

JSDM. Ou le sigle pas si évident pour Jeudi soir, Dimanche matin. Chez les jeunes, c’est le créneau le plus souvent choisi pour sortir. Et qui dit sortir, dit alcool. Voilà le sujet du documentaire de Philippe Lubliner : quel est le rapport des jeunes à l’alcool ? La production de Point du jour est sélectionnée dans la catégorie Grand Reportage. Si le sujet peut paraître classique, le format nous surprend.

Extrait du film. Crédit photos : Fipa 2014

Extrait du film. Crédit photos : Fipa 2014

Tout débute avec des chiffres : un collégien sur six déclare par exemple avoir déjà connu une situation d’ivresse. Ils ont entre 18 et 22 ans, sont chômeurs, étudiants, travaillent, et ils ont accepté de prendre part à ce film sur leur consommation d’alcool. L’intérêt de l’œuvre, c’est l’idée d’un atelier documentaire. Les acteurs sont aussi juges de leur image et co-auteurs. Ou comment « pousser jusqu’au bout le documentaire », selon les mots du réalisateur. Dans l’auditorium de Bellevue, le public a le sentiment d’avoir partagé leur vie, et d’avoir assisté à la création.

Des acteurs 24h/24
GoPro sur le front, caméra sur l’épaule, appareil photo numérique dans la main, le public est plongé dans l’intimité des soirées du jeudi (et vendredi, et samedi…) soir. Dès le départ, on saisit « le rapport fort avec l’alcool » que connaissent ces jeunes. Mais le documentaire présente différentes nuances dans ces comportements, ce qui permet d’éviter l’écueil de la diabolisation des jeunes. Certaines séquences évoquent bien sûr les dangers liés à ce type de pratique. Un des acteurs est filmé en train d’expliquer sa situation, celle d’un jeune homme qui ne peut plus passer une journée sans boire une ou deux canettes de bière. On peut cependant découvrir une certaine solidarité lorsque les jeunes boivent en soirée. Mais surtout, on comprend que le but est d’abord de se retrouver pour s’amuser : on chante, on danse, on rit, bref, « on s’en fout ».
Les jeunes sont aussi acteurs tout au long des discussions qui rythment le film. Entre eux, ou avec une infirmière, un préventologue, ils discutent de leur pratique, relativisent leurs comportements, rient de leurs derniers « exploits ».

Premiers juges de leurs images
L’idée de filmer les jeunes en train de visionner leurs images leur permet de prendre du recul, de se poser des questions. Tout d’abord autour du rôle de la caméra, entre objectivité et choix des images. Mais aussi sur leurs propres comportements : sont-ils en accord avec eux-mêmes ? Certains assument clairement cette part de leur vie, d’autres ont conscience des potentiels excès. Une grande sincérité naît de cette confrontation avec les images, les jeunes semblent émus de se revoir.
L’intérêt tient aussi à l’essai d’analyse que proposent les jeunes. Loin des discours officiels des médecins ou politiques, ils mettent en avant un certain amour de la destruction, une volonté de s’évader. Ils sont conscients du rôle que jouent les parents dans le rapport que les jeunes ont avec l’alcool. Ils estiment aussi être influencés par toutes les stratégies marketings, la grande accessibilité des boissons alcoolisés.

Acteurs co-auteurs
Les jeunes l’expliquent tout au long du film : l’enjeu, c’était de montrer la réalité, d’être sincères dans leur démarche d’auteurs en herbe. On comprend donc ce qui a motivé les participants, pourquoi et comment ils prennent la parole ou choisissent quelles images montrer. Une véritable réflexion est faite sur l’intention des auteurs. Et le spectateur y a accès, ce qui est une véritable richesse.
La volonté de montrer la réalité se retrouve alors dans l’image et le son, souvent amateurs, toujours bruts. Les milieux dans lesquels évoluent les acteurs sont très aseptisés, impersonnels (rues, locaux municipaux…).
Cette démarche permet finalement au public jeune de se reconnaître dans certaines images des soirées (on connait tous quelqu’un qui chante Patrick Sébastien à chaque soirée), et peut-être de faire naître une réflexion sur leurs propres expériences.

Dans l’atelier documentaire, le sujet participe à la création du reportage, on ne se trouve plus dans une situation de face-à-face. Enfin une vision des jeunes, par les jeunes, et logiquement pour les jeunes.

Offshore ou le « documentaire interactif »

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Explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon en 2010

Le programme du festival titrait laconiquement : « Première mondiale – Vivez l’expérience Offshore ». Aucune indication supplémentaire sur ce que pouvait bien recouvrir ce terme passablement énigmatique d’Offshore (« au large »). Une investigation s’imposait donc pour l’équipe d’Un grain dans les bobines.

Décrite comme une « installation interactive et immersive », l’expérience créée par Brenda Longfellow, Glenn Richards et Hellos Design Lab est en fait un vaste documentaire englobant les diverses thématiques liées à l’industrie pétrolière. L’explosion en 2010 de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique, événement sur lequel s’appuie l’ensemble du reportage, fournit en effet l’occasion de traiter l’ensemble des domaines concernés de près ou de loin par le développement de ce secteur. Qu’il s’agisse de l’aspect économique, juridique, politique ou environnemental, l’accent est mis sur les multiples dangers et problèmes que suscitent de tels accidents. Un fond engagé, donc, qui n’est pas sans rappeler celui de documentaires comme par exemple Le Monde selon Monsanto ou encore le film d’Al-Gore Une Vérité qui dérange.

À ceci près que l’installation de Brenda Longfellow et Glenn Richards présente une caractéristique originale : son format. S’éloignant des standards du documentaire classique, Offshore commence comme un jeu vidéo, avec la reconstitution en 3D d’une plate-forme pétrolière à travers laquelle l’utilisateur peut circuler grâce à un écran tactile. Au fur et à mesure de l’exploration des lieux, une mosaïque de documents se constitue : ici des archives sur les victimes de l’explosion de Deepwater Horizon, là une interview du juriste de Houston Tomy Buzbee agrémentée d’images de synthèse à vocation explicative, entre les deux un reportage traitant de la pollution par le pétrole en Alaska… Une présentation qui, tout en offrant une étude globale de l’industrie pétrolière et de ses abus, permet de naviguer selon ses propres goûts au milieu des sujets proposés, d’une manière interactive et assez ludique. Seul hic pour les francophones, l’expérience n’est pour l’instant disponible qu’en anglais – on espère qu’une version sous-titrée verra bientôt le jour…

Un nouveau FIPA pour la 27ème édition ?

Industry YLECette année marque un renouveau dans l’histoire du festival, avec l’arrivée du FIPA Industry. Le but recherché : mettre en avant la collaboration entre créateurs et diffuseurs de programmes audiovisuels.

Un salon de rencontre

Quand on rentre dans l’établissement Bellevue, on est d’abord frappé par… la vue ! L’immense baie vitrée qui tapisse le fond de la salle rend le cadre idéal pour stimuler les négociations entre producteurs, diffuseurs et créateurs.

C’est donc dans ce cadre idyllique que les professionnels se rencontrent. Des conférences sont organisées et des salons de thé improvisés permettent des négociations entre réalisateurs, producteurs et créateurs de programme audiovisuels. Les professionnels peuvent ainsi arpenter des stands, comme celui des archives régionales d’Aquitaine, pour y faire leur marché, ou encore se renseigner sur les différents line-up des chaines présentes.

Vous avez dit line-up ?

Encore un terme anglo-saxon me direz-vous ! Alors qu’il désigne tout simplement la programmation d’une chaîne de télévision ou de radio. Il s’agit donc d’une ligne éditoriale ou d’un choix de programmes qui est fait par une chaîne dans le but de viser une audience spécifique. C’est la Finlande qui a ouvert le bal, avec comme interlocutrice Ritta Pihlajamäki, la responsable de la chaine publique finlandaise Yle.

Ancienne journaliste, elle est venue présenter principalement deux des chaines phares du groupe : Yle TV1 et Yle TV2. Les objectifs sont simples : arriver à faire du neuf tout en gardant le « vieil audimat » finlandais. En effet, la responsable ne cache pas qu’il va être difficile de garder les mêmes téléspectateurs avec les nouveaux programmes présentés, comme ceux de HBO –la chaine qui nous vient des Etats-Unis, connue pour des séries comme Game of Thrones, Sex and the City ou encore Six Feet Under- ou encore des productions nationales. La TV1 recherche un public plus jeune et à « montrer ce qui n’avait jamais été vu avant ».

Pour cela, les Finlandais ne manquent pas d’imagination. Après des séries comme Borgen ou Top of the Lake, le pays où le soleil ne se couche pas en hiver nous a montré en exclusivité trois de ces nouveaux programmes. Le premier nous montre un jeune couple en train de s’embrasser. La jeune fille demande à son petit ami de s’arrêter un instant pour qu’elle aille « se repoudrer le nez. » En fait, elle veut aller aux toilettes, mais quoi de plus embarrassant que d’uriner quand son petit copain est dans la pièce d’à côté ? Pour cela, la Finlandaise a la réponse : allumer tous les appareils électriques qui se trouvent autour d’elle, afin de couvrir les bruits gênants. La scène se termine sur l’incompréhension du jeune homme, visiblement surpris du bruit que peut faire de la poudre sur le nez de sa petite amie.

Le deuxième est un documentaire, Mot, et retrace les relations spéciales qu’il existe entre la Finlande et la Slovénie. On y apprend que la Slovénie achète des armes finlandaises. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont des plus ambiguës découvre-t-on. Ritta nous confesse que les journalistes qui ont réalisé le documentaire ainsi qu’elle-même ont risqué perdre leur travail sous pression slovène, et suite à la diffusion du documentaire sur la Yle TV2. Le gouvernement finlandais a dû directement prendre les devants pour assurer leur sécurité.

Enfin le troisième, un documentaire sur une star nationale, nous surprend moins, car plus proche de ce qu’on a l’habitude de voir. On y fait la connaissance de l’acteur dans ses moments intimes, certes insolites, mais qui nous touchent moins.

Pourtant des surprises il y en aura ! Durant le reste de la semaine, HBO Central Europe, France Télévision ou encore TF1 devraient venir nous présenter leurs « line-up ». On attend alors avec impatience de voir s’ils feront preuve d’humour et d’originalité.

Le FIPA à l’heure anglaise

A l’honneur ce mercredi après-midi, deux fictions britanniques mêlant tour à tour les affres de la vie politique et l’infidélité dans les transports londoniens. De quoi passer une lovely afternoon !

La série The Politician's Husband mêle politique et vie privée.

La série The Politician’s Husband juxtapose politique et vie privée.

Comment se porte la création outre-Manche ? La projection de deux spécimens ce mercredi nous renseigne un peu plus sur son état. Si elle manque parfois de piquant dans son déroulement, elle excelle en revanche dans ses dialogues au cordeau. La première mini-série, The Politician’s Husband, décrit la chute d’un député trahi par un ami de longue date, événement qui servira à son épouse, propulsée au gouvernement par la force des choses. Dans ce mélodrame familial mâtiné de calcul politicien, les interprètes s’en sortent honorablement.

Reprenant les codes de la bonne série politique, à savoir l’enchevêtrement des intrigues privées et publiques, la fiction pose progressivement ses jalons et se singularise au fur et à mesure de l’épisode. Au moment de conclure, elle n’échappe pas au cliffhanger traditionnel, dont le but est ici de nous pousser à suivre la suite des aventures d’un couple dans les entrailles du pouvoir. Rien de passionnément novateur, mais une maîtrise efficace des ingrédients d’une série réussie !

Réviser les classiques

En ce qui concerne la deuxième mini-série en deux actes, 7:39, le scénario reste séduisant, quoique un peu ordinaire. Deux pensionnaires de pavillons de banlieue, chacun en ménage, se lient d’amitié et transforment leur trajet quotidien, démarré avec le train de 7:39, en moment idéal pour parler et se rapprocher. Vous l’aurez compris, la révolution de la comédie romantique se joue peut-être dans une autre salle, mais bien malin celui qui saurait prédire l’avenir du genre. En attendant, réviser les classiques et les réinterpréter avec brio reste un objectif louable, voire souhaitable pour certaines productions. Les meilleures soupes se font-elles toujours dans les vieux pots audiovisuels ?

7:39 ou l'infidélité via les transports

7:39 ou l’infidélité via les transports

La référence aux comédies américaines des années 00, orchestrées par Judd Apatow (En cloque, mode d’emploi, SuperGrave…) et ses disciples, est criante, mais elle ne jure pas tant la recette fonctionne. La prestation des acteurs fait mouche, le ton abonde dans le doux-amer et, au moment du dernier plan laissant l’idylle de nos deux infidèles en suspension, le constat est imparable : la perfide Albion parviendra aisément à nous faire voir la seconde partie.

So ?

Finalement, que reste-il de cette après-midi anglaise ? Un sentiment ambigu, celui d’une d’originalité restée dans l’Eurostar, mais une réalisation appliquée et attentive aux écueils de chaque genre rattrape le mal sans trop de problèmes. Les moments passés en compagnie de ces deux univers demeurent satisfaisants, si ce n’est plaisants. En définitive, The Politician’s Husband et 7:39 nous enthousiasment comme un thé chaud face à la pluie et aux vagues du pays basque : so charming.

Le combat Inuit

Après l’ambiance brésilienne hier soir, au tour de la fraîcheur du Nord canadien ce matin avec le documentaire Arctic Defenders, de John Walker. L’histoire de l’éveil politique d’une communauté bousculée par l’influence des autorités.

Hameau traditionnel inuit

Hameau traditionnel inuit

Le réflexe est instantané, la balle perce l’eau en moins d’une seconde. Aussitôt, une flaque rouge apparaît à la surface et le zodiac vrombit vers elle. Le phoque est bientôt remonté dans l’embarcation. Élément phare de la culture inuit, le cétacé représente également ce qui la menace le plus directement, avec le réchauffement climatique comme danger latent. Pourtant, c’est la présence inquisitrice du Canada qui restreint les ressources inuits depuis 1890, qui demeure la plus menaçante. Déplacement de populations, mauvais traitements, autoritarisme… Ceux qui ne veulent pas être résumés à des esquimaux (« mangeurs de viande crue ») dépeignent, sous le regard curieux de John Walker, une société au bord de l’écroulement. Mais, paradoxalement, toujours fière de ses racines et prête à défendre ses principes sur le terrain politique.

« On ne peut pas vendre un héritage »

Le mouvement se structure dans les années 1960 avec notamment Tagak Curley, jeune inuit éduqué et bilingue en inuit et en anglais. Petit à petit, la jeunesse conteste une occupation motivée par des intérêts uniquement économiques. Face à des questions le sommant de donner un prix au silence des inuits, Curley reste impassible : « On ne peut pas vendre un héritage ». Le jeune autochtone se bat, aux côtés d’autres défenseurs d’une culture en perdition, pour la reconnaissance des particularités de la province du Nord du Canada. Et de sommer les autorités d’arrêter de numéroter chaque Inuit, signe d’une catégorisation réductrice.

Nouvelles luttes, nouveaux enjeux

Puis, une forme d’autonomie est acquise, avec la naissance du gouvernement du Nunavut en 1999. La lutte ne s’arrête cependant pas à cette date : depuis, le territoire Inuit fait l’objet des convoitises internationales pour ses ressources gazière et pétrolifère. Les suicides, nombreux chez les moins de 25 ans, rendent vulnérables des populations soumises à des formes récurrentes de misère. Certains n’hésitent plus à s’exiler dans les métropoles canadiennes pour trouver du travail sans abandonner le combat contre les abus du gouvernements. « Les Canadiens doivent réparer, nous avons besoin d’eux », insiste Curley. Ou quand la nécessité de l’aide aux Inuits rencontre le désir de voir leur fierté recouvrée.

Le FIPA et ses festivaliers entrent dans la danse

Effervescence sur le parvis de la Gare du Midi. Le 27ème Festival International des Programmes Audiovisuels (FIPA) s’ouvre ce soir avec le documentaire suisse O Samba sur le compositeur brésilien Martinho da Vila. De quoi charmer le public sur une note exotique.

La cérémonie d'ouverture de la 27ème édition du FIPA à Biarritz

La cérémonie d’ouverture de la 27ème édition du FIPA à Biarritz

Les dépliants du festival biarrot parsèment les travées, bondées. Un public majoritairement composé de seniors prend lentement place face au grand écran. Pour cinq jours, Biarritz revêt ses habits de lumière, mais pas n’importe lesquels : ceux de la création audiovisuelle, illumination d’un monde ébloui par la domination de la télévision. Le FIPA, lui, éclaire les projets novateurs et démarre avec le documentaire O Samba, sur la danse au Brésil. Qu’attendent les quelques 900 spectateurs de la salle Atalaya ? « J’espère que ce sera aussi joyeux que sur l’affiche », glisse une dame aux cheveux grisonnants en pointant la description du documentaire O Samba. 20h30, extinction des feux ; il est temps d’entrer dans le vif du sujet.

Entre protocole et improvisation

Les jurys des six catégories défilent sur l’estrade. Dimanche, ces professionnels devront départager les œuvres en compétition et décerner les différents prix aux meilleures créations. Le public, lui, ne demande qu’à en prendre plein les yeux. Silencieusement, il se laisse gagner par le cérémonial instauré par l’organisation. « Ah, ils ne font pas les choses à moitié ! », constate un couple, surpris. Pourtant, l’heure n’est déjà plus aux présentations officielles des jurés. Georges Gachot, le réalisateur d’O Samba, et Martinho da Vila, le sambista mis à l’honneur ce soir, montent sur scène au son des applaudissements nourris des 900 spectateurs. Da Vila, visiblement ému de faire face à une audience conquise par ses charmes, entame un air traditionnel brésilien. La salle s’évade doucement et gagne une atmosphère qu’elle ne quittera plus cette semaine.

Tudo bem pour les spectateurs

Une heure et demie plus tard, le public ressort enthousiasmé par cette escapade musicale au Brésil. Pour François, Biarrot et habitué du FIPA, la partition est récitée à merveille : « Comment ne pas aimer un tel portrait ? Martinho da Vila est exceptionnel, plein de rythme, et le documentaire permet de voir Rio d’une autre façon. Il ne nous reste plus qu’à danser ! ». Comme le soulignait le président du FIPA Didier Decoin un peu plus tôt dans la soirée, « il ne faut pas confondre progression et progrès. La progression, c’est linéaire et inintéressant, alors que le progrès, c’est explorer de nouvelles choses, tenter de nouveaux projets. » Au sortir d’une projection aussi rythmée que dépaysante, le public ne s’y trompe pas, certains s’essayant même à quelques pas de la danse du soir dans le hall de l’ancienne gare. A n’en pas douter, le FIPA est paré pour réussir sa chorégraphie audiovisuelle annuelle.

Les temps forts de l’édition 2014

Mardi 21 janvier, 19h45 : cérémonie d’ouverture du FIPA. C’est donc le top départ du Festival International des Programmes Audiovisuels, qui dure jusqu’au 26 janvier, à Biarritz. Les thèmes privilégiés, les différentes formes que prend ce Festival, les nouveautés, voici ce qu’il ne faut pas manquer cette année.

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Le hall d’entrée du Bellevue, un des lieux du FIPA. Crédit photo : Ombeline De Fournoux

Brésil et Première guerre Mondiale

A ne pas perdre de vue : les deux « Gros Plans » du festival, le Brésil et de la Première guerre Mondiale, qui feront l’objet de projections tout au long de la semaine, mais aussi de débats.
Comme chaque année, le FIPA est l’occasion de découvrir de nombreuses créations audiovisuelles, présentées dans différentes catégories : Fiction, Série, Documentaire de création, Grand Reportage en ce qui concerne les formes que prennent ces œuvres. De nombreux programmes proposent aussi un regard sur les créations musicales et arts de la scène. Les nouveaux talents sont représentés grâce à la catégorie Jeune Création. Le Festival se félicite de son ouverture sur l’international. Si la section Création française existe, elle est accompagnée des Créations européennes et Créations internationales.
Enfin, les séances spéciales regroupent les cérémonies d’ouverture du 21 janvier et de clôture, le samedi 25 janvier à 19h45, à la salle Atalaya de la gare du midi, où sera projeté le film La Clinique du docteur Blanche, de Sarah Lévy. On ne manquera pas la remise de l’Eurofipa d’honneur. Le prix est décerné cette année à la série Dans les champs flamands, du réalisateur belge Jan Matthys : ce sera le mercredi 22 à 19h30.

Rencontres avec le public

Mais le FIPA, c’est aussi privilégier les échanges avec le public. Des rencontres et entretiens avec des professionnels auront lieu au sein du Casino : le comédien Grégory Gadebois le mercredi 22, le prix Goncourt Pierre Lemaitre le lendemain, le Directeur général de l’IFCIC (Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries culturelles), deux réalisateurs Virginie Lenhart et Dante Desarthe tous prévus le vendredi, et enfin le compositeur Bruno Fontaine pour l’ultime journée du festival. Deux débats sont prévus, dont « Comment raconter la guerre de 14 à la télévision ? » le jeudi 23, dans le cadre d’un des deux focus du festival. Enfin, une table ronde « Industrie et Création » est organisée le samedi 25.

FIPA Industry : l’espace des professionnels

Cette 27ème édition du festival est aussi le lieu de rencontres professionnelles. Le FIPA Industry a pour objectif d’encourager le développement de nouveaux projets, de favoriser les contacts avec les chaînes de télévision (Arte, HBO seront notamment présentes), de faciliter la recherche de financements. C’est l’occasion de comprendre quelles sont les questions qui intéressent ces acteurs de l’audiovisuel, autour d’ateliers et de débats professionnels. Les principaux sujets abordés seront le format spécifique de la série télévisée, l’avenir de l’histoire à la télévision, enfin la situation de l’audiovisuel au Brésil. On n’oublie pas non plus la plate-forme Smart Fip@, qui se développe autour des nouvelles écritures et des transmédias, ouverte à partir du jeudi 23, 10h.

Pour plonger dans une aventure brésilienne, pour commémorer la guerre de 14-18, pour découvrir les jeunes talents, pour rencontrer des professionnels, pour comprendre les enjeux contemporains de l’audiovisuel… Rendez-vous au Fipa 2014.

Retrouvez toute la programmation du Fipa 2014 sur le site de l’événement.

Amazonie et guerre des tranchées

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Connu pour la qualité de sa production documentaire, le Brésil s’illustre aussi par le développement de son secteur audiovisuel. Gros plan du FIPA 2014 sur ce pays, ainsi que sur le grande guerre et son imaginaire.

Festival avant tout international – comme l’indique son nom – le FIPA réunit des programmes de toutes origines, aussi bien françaises que mondiales. Au sein de cette floraison, un accent particulier est mis, dans cette édition 2014, sur l’un des principaux pays se plaçant cette année sous les feux de l’actualité : le Brésil, objet et lieu de production de six films documentaires qui seront projetés cette semaine à Biarritz. Se focalisant sur divers aspects du vaste état sud-américain, ces longs-métrages en dressent un portrait à la fois historique et contemporain, des chercheurs d’or à la catéchisation progressive des indigènes en passant par le football, la danse dans les favelas ou encore le portrait du chanteur Ney Matogrosso… Agenda qui sera complété par des interventions relatives à la situation de l’audiovisuel au Brésil, dans le cadre du FIPA Industry, l’espace dédié aux professionnels.

Le centenaire de la guerre 14-18 à la télévision

En parallèle à cette escapade brésilienne, un second gros plan sera opéré par la 27ème édition du Festival. Année commémorative en la matière, 2014 verra naturellement le FIPA se concentrer sur la Première Guerre mondiale, à travers sept productions, documentaires comme fictions. Françaises, belges, allemande et australienne, elles permettront d’aborder sous un angle international et multilatéral ce conflit majeur, ayant impliqué non seulement politiques et militaires, mais également l’ensemble de la population. Le film australien Anzac Girls, de Ken Cameron, fait ainsi revivre les péripéties vécues par des infirmières basées au Caire, tandis que celui du réalisateur belge Jan Matthys (par ailleurs EuroFipa d’honneur) s’attache à retracer l’histoire d’une famille que la Grande Guerre va bouleverser à jamais.

A l’aune de ces deux différents focus, un Festival qui s’inscrit donc résolument dans une perspective mêlant Histoire et actualité, à l’image de la diversité des productions qui y seront présentées.

O Samba

La promesse de ce documentaire réalisé par Geroges Gachot est de nous montrer la Samba de la manière la plus authentique possible, bien loin des clichés des spectacles pour touristes organisés pendant le grand carnaval de Rio. La samba, c’est cette danse brésilienne faite de percussions tribales, de chants immémoriaux et de mouvements de hanche sensuels.

O Samba

O Samba

Chaque année, dans les rues de Rio, les écoles de Samba s’affrontent dans une immense orgie de costumes à plumes et de tambour. Nous suivons donc les danseurs de la Vila Isabela, l’une des plus réputées et sa mascotte, le compositeur Martinho da Vila.

Un apôtre de l’hédonisme

Martinho da Vila est un de ces personnages atypiques qui, lorsqu’on leur pose une question, ne peuvent répondre autrement qu’en attrapant un instrument et en improvisant une ballade passionnée au sujet d’une ancienne conquête féminine. Martinho pourrait bien être l’ambassadeur de la samba tant il semble l’incarner parfaitement, jusque dans sa philosophie de vie. Des quartiers de Rio en plein préparatifs des festivités jusqu’aux rues parisiennes où il va rencontrer Nana Mouskouri pour un duo aussi improbable que réjouissant, nous suivons les pérégrinations de cet apôtre de l’hédonisme.

La samba revêt évidemment une dimension sociale, c’est la musique qui s’élève du cœur des favelas. Mais il n’est pas question ici de revendication politique ou de lutte de classes, la samba, c’est simplement la célébration de la vie, la fierté de venir de ces quartiers populaires, enfin et surtout la fierté d’être brésilien. Ce mélange de sensualité et d’extraversion fait complètement partie de la culture sud-américaine, comme l’analyse un des protagonistes du documentaire qui concède néanmoins que les Européens en font autant mais de manière pudique.

Le plan qu’on retiendra : la dernière image où le défilé des danseurs passe au milieu du public, suivi immédiatement d’un cortège de balayeurs qui effacent les traces de cette débauche de percussions et de plumes, comme pour souligner le côté éphémère de la performance. Puis dans le coin de l’image, cette femme qui continue à danser toute seule comme possédée par la musique. Et lorsque les lumières se rallument, on se surprendrait presque à en faire de même.

Repère : les catégories, les prix et les jurys

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d'ouverture

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d’ouverture

Cette année, 93 œuvres sont en compétition pour la 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels. Séries, fictions, documentaires, grands reportages, Fipa d’or, Eurofipa d’honneur… Pas évident de s’y retrouver ! Un rappel des catégories, des prix, et des jurés vous aidera à surfer sur la vague Fipa 2014.

  • Catégorie fiction. Séries, adaptation télévisée d’une pièce de théâtre, téléfilms…  Variées sont les créations qui s’affronteront dans cette section. Le jury, composé du président Alain Tasma (scénariste et réalisateur), de Carlos Saboga (auteur) et de Béatrice Thiriet (compositrice), décernera cinq récompenses : le Fipa d’or, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, celui de la meilleure interprétation masculine, un autre pour la meilleure musique et enfin un Fipa d’or sera attribué au meilleur scénario.
  • Catégorie série. Venues de France, de Suède, du Mexique ou encore d’Israël, les œuvres de cette catégorie seront en compétition pour cinq prix (Fipa d’or, Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, le Fipa d’or de la meilleure musique et celui du meilleur scénario). Le jury de cette catégorie est présidé par Podz (scénariste réalisateur), accompagné de Sylvie Coquart (scénariste) et Marie Kremer (comédienne).
  • Catégorie documentaire de création. Dans cette catégorie, des productions didactiques sur des thèmes aussi variés qu’un mouvement radical inuit, Churchill ou Picasso s’affronteront pour obtenir un Fipa d’or. Celui-ci sera décerné par un jury constitué du président Mahamat Saleh Haroun (auteur et réalisateur), Jean-Christophe Klotz (auteur, réalisateur) et Amélie Saillez (réalisatrice).
  • Catégorie grand reportage et investigation. Les œuvres d’enquête de cette section se disputeront aussi un Fipa d’Or, qui sera attribué par Pascale Bourgaux (réalisatrice), Danielle Arbid (réalisatrice, scénariste) et Pascal Paradou (journaliste), qui forment le jury. De plus, dans cette catégorie, un prix sera décerné par le jury des jeunes européens.
  • Catégorie musique et spectacle. Bruno Fontaine (compositeur) sera à la baguette du jury réunissant aussi Stéphanie Argerich (auteur) et Frédéric Fisbach (metteur en scène, comédien). Ils attribueront un Fipa d’or à une création artistique concourant dans cette section.
  • Catégorie Smartfip@ : cette dernière catégorie est la plus récente du Fipa. Elle rassemble la version 2.0 des programmes audiovisuels tels que du transmédia, de la narration immersive ou encore de la réalité augmentée. Un Fipa d’or – prix du public sera remis à une création 2.0 portée par la vague de la révolution technologique.

D’autres distinctions, hors catégorie, viendront compléter le palmarès 2014. D’abord, associé avec France Télévisions, le Prix Michel Mitrani, du nom du créateur du festival en 1987 distinguera une première ou deuxième œuvre européenne, quels que soient le genre et le format (fiction, série, documentaire, etc). Ensuite, le prix Jérôme Minet sera décerné à une société de production. Enfin, le réalisateur belge Jan Matthys se verra remettre l’Eurofipa d’honneur de cette 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels.