Faire partie du jury?« J’adore ! »

Pascale Bourgaux, grand reporter et présidente du jury pour la catégorie  « grand reportage » donne son sentiment sur l’exercice de juré au FIPA. Rencontre.

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pour vous, c’est quoi être membre d’un jury pour le FIPA ?

J’adore ! C’est une grande découverte. Je n’avais jamais été jury de ma vie dans un festival. Mais j’adore pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’on voit pleins de beaux films, pleins de beaux sujets, qu’on apprend des choses et qu’on voyage… Le voyage est obligatoire. On a un choix qui est imposé. On découvre alors des choses qu’on n’aurait peut être pas été voir si on avait dû choisir comme quand on va au cinéma. Première chose donc on apprend, donc on ne perd pas son temps forcément.

Quoi d’autre encore ?

On fait fonctionner un cerveau que normalement on ne fait pas fonctionner. On ne regarde pas seulement  le film pour passer un bon moment. On doit aussi avoir un regard de professionnel, est-ce que c’est bien tourné, monté etc. Donc ça c’est très agréable puisque l’on se rend compte qu’avec notre petite expérience on n’est pas complètement nul !

Autre chose ?

Cela me donne confiance en moi. Et je pense que cela prend du temps de prendre confiance en soi, surtout quand on fait ce métier… Ce n’est pas simple. On vit des situations difficiles. Et là tout d’un coup, non seulement on nous demande notre avis, on nous écoute, on nous chouchoute ! On n’est pas toujours chouchouté, on ne nous écoute pas toujours. Donc c’est génial. Cela me donne beaucoup de confiance et aussi beaucoup d’inspiration.

J’ai vu que aviez présenté au FIPA 2012 Les larmes du seigneur afghan. Qu’est ce que ça fait d’être de l’autre côté de l’écran ?

On se rend compte à quel point c’est effectivement compliqué de choisir entre des films. Quand on participe avec un film, on y va avec son bébé. On a envie que le bébé soit aimé par un maximum de gens, on met son cœur sur la table. Et quand on est de l’autre côté, c’est l’inverse. On est là, on est froid, on n’a pas souffert pour faire le film, on n’a pas perdu d’argent, on n’a pas perdu d’amis sur le terrain. On est juste là dans une salle et on regarde. C’est une autre approche. C’est un autre stress aussi.

Parmi les films que vous jugez est-ce que vous connaissiez déjà certains producteurs, réalisateurs ?

C’est un petit milieu. Il y a  des gens qu’on connait, qu’on côtoie… C’est très compliqué. Je ne savais pas si je pouvais leur dire bonjour ! Mais tout le monde connaît les règles du jeu. Donc on se dit bonjour. Cela se passe très bien.

Cela ne vous gêne pas de juger vos pairs justement ?

La fonction crée l’organe, moi ça me va très bien. C’est très compliqué et je crois justement que c’est quand on a souffert pour faire des films, pour aller sur des terrains difficiles, qu’on peut être apte à faire cela. Je n’aurais  jamais pu faire ça il y a dix ans. C’est impossible. C’est un truc de vieux. Peut-être pas de vieux mais il faut avoir un minimum d’expérience sinon on ne peut pas juger les autres. Je n’ai pas tout fait non plus. Mais voilà je commence à avoir un regard sur les choses, qui n’est peut être pas intéressant. Mais on m’a choisi donc je fais le travail! J’aime beaucoup.

Etes-vous prête à retenter l’expérience ?

S’ils ont encore besoin de moi au FIPA je reviens. J’adore ça ! Vraiment !

Pascale Bourgaux est un grand reporter spécialisée dans le Moyen-Orient, notamment l’Iran, l’Afghanistan ou encore l’Irak. Après avoir longtemps travaillé pour la chaîne de télévision belge RTBF, elle vit aujourd’hui à Paris et travaille pour différents médias comme France 24, France 2 ou encore Le Monde. Elle donne aussi des cours à Sciences Po et fait également du BD-reportage.

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Voyage au Congo, version hollandaise

Hans Bouma a filmé son ami Daniel Knoop, ancien fonctionnaire de la FAO bien décidé à monter son affaire au Congo afin d’aider les fermiers à organiser leur marché et les sortir d’une économie de subsistance. Cette entreprise, relatée dans Congo Business Case, va se révéler plus compliquée qu’il n’y parait, malgré toute l’énergie déployée par Daniel. Rencontre avec ce réalisateur hollandais.

Hans Bouma, réalisateur de "Congo Business Case"

Hans Bouma, réalisateur de « Congo Business Case »

Comment en êtes-vous venu à axer votre documentaire sur votre ami Daniel et aviez-vous un pressentiment sur la tournure que prendrait l’aventure ?

Dès le début, j’ai choisi Daniel du fait de sa personnalité. C’est un personnage qui a un côté fantastique et qui est porteur d’une dramaturgie particulière. C’est quelqu’un de véritablement convaincu et investi dans ce qu’il défend. Sa philosophie consiste à mettre en place des échanges égalitaires entre les acteurs sur le terrain, selon la logique du « Trade not aid » (échanger et non pas aider). Et il s’implique entièrement pour essayer de réaliser cela.

J’avais bien sûr des doutes et des critiques sur son projet mais je les ai gardés pour moi et je me suis contenté d’observer. J’avais en tête dès le début qu’avec un tel personnage, on partait sur de bonnes bases pour un film réussi. Et il faut bien avouer que si j’avais filmé un grand succès, le reportage aurait été moins percutant. C’est cynique mais les problèmes et les tensions rendent le documentaire plus dramatique.

Mais même si sa tentative s’est soldée par un échec, le documentaire montre quelque chose du monde réel et n’édulcore pas les situations traversées lorsque quelque chose va mal. C’est la valeur du documentaire, on ne suit pas un script précis comme dans une fiction, mais on suit ce qui se passe dans la réalité.

A la vue des difficultés que Daniel doit affronter et du décalage entre les mentalités congolaises et occidentales, on hésite souvent entre rire ou pleurer. Est-ce que la principale difficulté dans l’entreprise de Daniel n’est pas d’essayer d’imposer le modèle libéral qui est totalement étranger à la population congolaise ?

En effet, cette philosophie très libérale qui consiste à mettre le marché au cœur du développement est une vision très occidentale et ne correspond pas forcément à leur idéologie. C’est finalement un film très européen que j’ai réalisé, un film dans lequel les lois du marché ont gagné. C’est très frappant aux Pays-Bas, peut-être encore plus qu’en France, car tout repose sur les qualités individuelles et le principe de méritocratie.

Mais je n’ai pas voulu transmettre un message clair dans ce film. Il ne faut pas forcément vouloir le surinterpréter pour lui donner un sens. Un bon documentaire, comme une bonne peinture, doit procurer des émotions au moment même où on le regarde. Ce n’est qu’après que l’on peut tenter de l’expliquer et de le théoriser. Mais l’interaction avec l’œuvre d’art se fait dans l’instant où elle est découverte. Le documentaire est comme une porte, qui propose au spectateur de quitter sa chaise pour entrer dans un autre monde.

Vers la fin du reportage, Daniel prononce cette phrase terrible : « Je crois que je préfère désormais la biodiversité aux hommes ». Pensez-vous qu’il a définitivement perdu ses illusions et son utopie au cours de cette expérience ?

Daniel perd totalement sa passion pour les Congolais. Je pense que cela a été trop dur. Il a eu beaucoup de difficultés et le documentaire ne montre pas tout. C’est un pays qui est également confronté à la corruption omniprésente. Daniel finit par réaliser qu’il ne peut plus vivre là-bas. Il l’exprime de façon frustrée mais je peux le comprendre. Il était parti dans l’optique d’aider les fermiers congolais et, au terme de son expérience, il n’a plus du tout cette perspective. Il ne se préoccupe plus que de l’écosystème. Mais je ne pense pas qu’il ait trahi sa croyance. Ce film montre la vie réelle, avec tous ses miracles mais aussi ses désespoirs.

Etre membre du jury des Jeunes européens, une « expérience inoubliable »

12 des membres du jury des Jeunes Européens

12 des membres du jury des Jeunes Européens

Ils ont entre 15 et 17 ans, viennent de 13 pays européens différents, parlent couramment français et forment le Jury des Jeunes Européens. Ce soir, ils remettront un prix aux créations en compétition dans la catégorie « grands reportages et investigation » du Fipa.

Quand on les rencontre, assis ensemble au café de la Gare du Midi de Biarritz, on a le sentiment de faire connaissance avec une bande d’amis cosmopolite, où la complicité et l’humour sont de mises. Pourtant, quelques jours plus tôt, ils ne se connaissaient pas. Ils viennent de pays très différents et c’est le Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz qui les a réunis pour composer le Jury des Jeunes Européens.

Depuis plusieurs années, le Fipa propose à treize lycéens de l’Union Européenne de participer à ce jury. «Pour chaque édition du festival, douze pays différents sont sélectionnés, en plus de la France, et on fait un roulement. Par exemple, si cette année, nous avons un juré venu de Suède, l’année prochaine nous n’en aurons pas » explique Fannou, qui s’occupe d’eux et les accompagne tout au long de leur séjour dans la ville biarrote.

Pour être sélectionné, ils ont dû rédiger une lettre de motivation et s’acquitter de frais d’inscription de 50 euros. Par la suite, ils ont été contactés par l’équipe du Fipa pour un entretien téléphonique, permettant de vérifier leur maîtrise de la langue française et leur ouverture culturelle. « Nous ne recherchons pas spécialement des jeunes lycéens incollables sur le cinéma et le monde audiovisuel en général. Nous privilégions la diversité et nous obtenons un jury comprenant des profils très différents ». Si quelques-uns, tels que Kenatea, suivent des options en lien avec l’univers audiovisuel, la plupart abordent le cinéma seulement comme un loisir.

Ce ne sont donc pas des professionnels, mais des jeunes curieux et ouverts sur le monde. Ils ont pour mission de choisir une œuvre parmi celles sélectionnés dans la catégorie « grand reportage et investigation », qu’ils récompenseront du prix du jury des Jeunes européens. « C’est gratifiant de savoir que l’on va remettre un prix qui a autant de poids et de valeur que celui des adultes » confie Léonarda. Alors, chaque jour, ils assistent à cinq projections. « On part dès que le reportage est terminé, c’est frustrant de ne pas voir les réalisateurs parler de leur film, mais il ne faut pas que nous soyons influencés dans notre décision » commente Kenatea. Et chaque soir, ils débriefent les films vus, sous l’égide du journaliste de Télérama Samuel Gontier.

Et lorsqu’on leur demande s’ils sont toujours du même avis, les réponses fusent : « non ! », « jamais ! », « pas du tout ! ». S. Gontier les aide à juger les films suivant une liste de critères tels que l’originalité et la qualité du sujet, la structure, le déroulement, le potentiel de diffusion. « Le problème c’est qu’on ne privilégie pas tous les même critères ! Certains préfèrent les émotions, d’autres les qualités techniques » raconte Pedro. Hector renchérit en déclarant que lui vote vraiment « avec son cœur et en fonction de ce qu’il a ressenti ».

Des émotions, des découvertes, et des voyages

S’ils n’ont pas le droit de révéler leurs coups de cœur avant la remise des prix samedi soir, ils sont d’accord pour dire qu’avec les douze documentaires, ils ont voyagé, découvert d’autres mondes, d’autres façons de vivre, ont développé une connaissance plus fine de l’actualité. Ils ont souvent été surpris, parfois enchantés, et quelques fois déçus. Et si ce n’est pas le cas de Marcel, les autres admettent qu’il leur est arrivé d’être choqués. « C’est dur de voir un cadavre d’enfant avec le sang et les organes, surtout que nous savons que ce n’est pas de la fiction mais la réalité » reconnaît ainsi Shervin.

Le Fipa terminé, leur mission de jurés accomplie, ils repartiront dans leur pays. « Souvent, ils restent en contact et se revoient, des années plus tard, c’est chouette » déclare Fannou, qui suit les Jeunes Européens depuis huit ans maintenant. Parmi les membres du jury des Jeunes Européens, peu d’entre eux souhaitent travailler dans le monde de l’audiovisuel. « Moi, j’aimerais faire du droit, mais je continuerai à regarder des documentaires et à aller souvent au cinéma » affirme Pedro tandis que Nicholas hésite de son côté entre une carrière de chirurgien et de réalisateur.

Tous conseillent aux jeunes lycéens de s’inscrire et de tenter leur chance. « C’est vrai qu’au début, c’est un peu effrayant de ne connaître personne. Mais on devient très vite tous amis » assure Léonarda. Pas besoin d’être un spécialiste du cinéma, il suffit d’être curieux et d’en avoir envie. « C’est une véritable opportunité de voir les films en premier » s’exclame Darina tandis que Shervin conclut que « c’est une expérience inoubliable d’être juré d’un tel festival, ça apporte une telle ouverture sur le monde, sur l’Europe et sur l’actualité ».

« Le FIPA n’est qu’un début ! »

Le FIPA, c’est aussi des rencontres entre professionnels et la présentation de projets audiovisuels. Nous avons rencontré Martine Vidalenc, productrice au sein de sa société « MarmitaFilms », et présente au FIPA pour présenter Un paseo con Franco lors de la séance de « pitches » organisée durant le festival.

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de "Paseo con Franco"

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de « Paseo con Franco »

Quelles sont les différentes étapes de production d’une œuvre audiovisuelle ?

Un producteur a un rôle d’accompagnement de projets et de créateurs qui lui tiennent à cœur. C’est un véritable engagement dans le processus créatif. Il faut accueillir le projet, et savoir lui donner le temps qu’il nécessite, la respiration dont il a besoin. Tout commence par la rencontre entre un auteur et un producteur, autour d’un projet plus ou moins développé. Cette phase est primordiale car c’est à chaque fois une nouvelle aventure qui commence, comme un petit mariage dans lequel on s’engage.

Puis il faut réaliser un diagnostic sur l’état d’avancement du projet, et définir exactement vers quoi il s’oriente : un film d’histoire ne sera pas diffusé de la même façon qu’un film de société. Cette étape est très importante pour se diriger par la suite vers les bons interlocuteurs. Une fois les financements trouvés, un budget peut être défini et le tournage peut commencer.

Enfin, la phase de diffusion est vitale. Les films ne sont pas faits pour rester dans des placards mais pour entrer en contact avec le public. C’est une dynamique qui implique d’aller jusqu’au bout de la démarche et de ne pas se contenter de tourner un film et de passer à un autre. Mais là aussi, il faut savoir à quel diffuseur proposer quel production, et à quel festival les inscrire.

Que vous apportent le FIPA Industry et les rencontres avec les professionnels ?

C’est une expérience très positive dans un espace agréable qui permet de créer une proximité immédiate entre les professionnels. Le projet que nous présentons aujourd’hui au FIPA, « Un paseo con Franco » en est encore au stade de l’écriture. Cette présence au FIPA est donc très importante car elle nous permet de proposer un projet nouveau, de susciter la curiosité, et de recevoir les réactions de certains diffuseurs. Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec les réalisateurs Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier et nous souhaitons inscrire le projet dans cette continuité tout en proposant quelque chose de nouveau. Ces rencontres au FIPA Industry ne sont qu’un début et devront être prolongés sur d’autres terrains.

Est-ce qu’un réalisateur ou un producteur peut réussir à vivre de ses œuvres ?

En effet, ce n’est pas simple, particulièrement lorsque l’on produit des documentaires. Les profils des auteurs et des réalisateurs sont très différents. Certains ont une double profession et sont à la fois réalisateurs et journalistes, ou enseignants. Et beaucoup portent leur projet sur plusieurs années et ne réalisent qu’un documentaire tous les quatre à cinq ans. Quelques-uns parviennent à vivre exclusivement de leur art, grâce aux conditions plutôt favorables en France qui permettent de toucher des droits lors des diffusions et de bénéficier du statut d’intermittent. Quant aux producteurs, afin de vivre de leur métier, doivent parfois faire des concessions et définir leur ligne éditoriale. Quoi qu’il en soit, cela reste difficile d’écrire ou de produire. Ce n’est pas loin d’un sacerdoce, et il faut s’engager pleinement.

Aparté avec Pierre Lemaître

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 pour son roman Au revoir là-haut, était l’invité du FIPA lors d’un échange animé par Didier Decoin, président du Festival. Rencontre.

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 (Crédits FIPA)

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 (Crédits FIPA)

Que vous a apporté cette rencontre au FIPA, et ces échanges avec Didier Decoin ainsi qu’avec votre lectorat ?

Je n’étais pas tant impressionné par les échanges avec mes lecteurs, que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer, que de ce dialogue avec Didier Decoin, qui est vraiment quelqu’un que j’admire. Je suis ce qu’on peut appeler un jeune romancier, je n’ai commencé ma carrière que récemment, et me voilà reçu par un écrivain et un scénariste expert. J’ai été très impressionné par la circonstance d’une telle rencontre avec une personne pour qui j’ai beaucoup de reconnaissance. J’étais ravi d’être là !

Votre dernier livre Au revoir là-haut se déroule aux lendemains de la Première guerre mondiale. Bien que vous précisiez ne pas vouloir être pris pour un « ancien combattant » et ne pas être un spécialiste de cette période historique, y a-t-il des productions audiovisuelles sur la Grande Guerre qui vous ont marqué ?

Oui, autant en littérature j’ai été bouleversé par Les croix de bois de Roland Dorgelès, autant Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick m’a profondément marqué. C’est un film vraiment puissant. Et il a été produit par James B. Harris, qui va adapter mon roman Alex. J’ai également été touché par La grande illusion de Renoir. En revanche, j’ai été un peu moins convaincu par les films plus récents.

Plusieurs de vos œuvres sont actuellement en cours d’adaptation sur grand écran. Le film est-il un prolongement de l’œuvre littéraire ?

La littérature et le cinéma sont deux arts qui se complètent. Je pense que la narration est un besoin naturel de l’homme, qui ne peut s’empêcher de se raconter des histoires afin d’appréhender le réel. Et, bien souvent, les œuvres cinématographiques ou audiovisuelles partent d’une œuvre littéraire afin d’en faire autre chose, d’en éclairer d’autres aspects. Je pense que la littérature est un vivier d’histoires dont le cinéma ne peut se passer.

Au revoir là-haut a été décrit par Didier Decoin comme un « page turner » : on ne peut s’empêcher de continuer la lecture jusqu’au bout. Ne pensez-vous pas que si une adaptation audiovisuelle devait être réalisée, le format de série TV permettrait de reproduire cet effet presque addictif ?

Oui, tout à fait, c’est un excellent parallèle. La série télévisée repose sur des mécanismes similaires qui donnent envie au téléspectateur de connaître la suite, et de continuer à regarder. Cependant, elle n’offrirait pas la même durée ni le même tissu narratif qu’un long-métrage. La mini-série s’attacherait peut-être davantage aux détails et mettrait l’accent sur cet effet « page turner » à la différence d’un film.

Les séries télé : la poule aux œufs d’or

Les grandes écoles de l’audiovisuel, dont la Fémis, l’INA et le Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA) étaient présentes au FIPA. L’occasion de resituer les enjeux de l’écriture de scenarii dans un contexte de compétition acharnée entre les séries et entre les diffuseurs.

Les Revenants

Les Revenants

Depuis les années 2000, les séries américaines ont explosé sur les écrans français, notamment avec les succès d’HBO (The Wire) et d’AMC (Breaking Bad) obligeant les auteurs à redéfinir complètement les règles de la narration et les codes visuels de la télévision. En France la révolution se fait aussi, un peu plus lentement. Pourtant, le récent succès de la série Les Revenants, diffusée sur Canal + montre que les séries françaises peuvent aussi s’exporter et connaître du succès à l’étranger.

Les grandes écoles de l’audiovisuel ont donc la lourde responsabilité de former la prochaine génération d’auteurs. L’étude des séries au sein des programmes prend une place de plus en plus importante, ce qui témoigne d’un vrai besoin de renouveau. L’INA a d’ailleurs créé l’INA expert, un conseil d’expertise pour former non plus des scénaristes mais des producteurs. L’objectif est d’impliquer davantage la production, normalement cantonnée à une responsabilité financière,  dans le processus de création.

La Nouvelle vague des séries

Si les sixties et la Nouvelle vague ont inventé le cinéma d’auteur, les années 2000 auront probablement inventé la série d’auteur. Les séries classiques étaient constituées d’intrigues cloisonnées, de dialogues et de personnages archétypaux. Les nouvelles normes exigent au contraire des intrigues nombreuses et enchevêtrées les unes aux autres, des personnages ambigus et non-consensuels et  surtout une écriture audiovisuelle et une direction artistique soignée. Si les séries américaines restent la référence, les séries britanniques et scandinaves (Borgen) s’en sortent bien car en plus d’être originales, elles proposent un vrai concept visuel inédit. Les chaînes de télévision françaises sont encore « un peu frileuses » à l’idée de produire ce genre de séries, même si Canal + et Arte ont déjà plusieurs succès à leur actif. Cette réticence peut se comprendre par la prise de risque accrue que comporte la sortie d’une nouvelle série par rapport à la sortie d’un film. Produire une série nécessite en effet de penser sur le (très) long terme. Autre prise de risque, celle des diffuseurs : un flop sur la diffusion d’une série étrangère peut durablement affecter les audiences d’une chaîne et donc ses revenus.

Une télévision qui lorgne sur le cinéma

Il est indéniable que les séries sont sur une vraie dynamique compétitive ; elles empruntent pour cela au cinéma ses méthodes de promotion. La série Real Human sur le robotisme, diffusée sur Arte est à ce titre un bel exemple de webmarketing, lorsqu’un faux site d’achat de robots avait été lancé peu avant la diffusion de la première saison.

Egypte : histoire d’une crise

L’arrivée des Frères musulmans au pouvoir n’a pas mis un terme à la crise amorcée en 2011 avec la Révolution du 25 janvier. C’était sans compter l’influence sur le pays d’un de leurs principaux adversaires, l’armée. La crise égyptienne, une crise complexe donc, que tentent d’expliciter Marcela Gaviria et Martin Smith, producteurs du reportage Egypt in crisis– L’Egypte en crise.

Egypt in Crisis Crédit photo: FIPA

Egypt in Crisis Crédit photo: FIPA

 Un nouveau départ ?

La chute d’Hosni Moubarak a permis à l’Egypte elle aussi de connaître son Printemps Arabe avec l’arrivée du premier président démocratiquement élu de son histoire, Mohammed Morsi. Sa particularité ? Il est membre des Frères Musulmans. Egypt in Crisis se propose de retracer l’épopée d’un parti fondé sur la religion islamique, passé de la marginalisation au pouvoir. Face à un candidat de l’ère Moubarak, le peuple a choisi le parti qui se portait alors garant de la liberté, de la démocratie et de la justice. Mais la révolution égyptienne n’a pas été à la hauteur des espérances de nombreux égyptiens. Point culminant : la signature d’un décret le 22 novembre 2012 permettant au président de s’arroger les pleins pouvoirs. « Il ne peut pas être mon président » s’est dit alors un des intervenants du reportage. Mais Egypt in Crisis montre comment le président avait déjà déçu ses partisans. Parmi les raisons de cette déception : la place accordée à l’armée dans la nouvelle Egypte. Comme affirme une interviewée, « Malheureusement, ce n’était pas Mandela.»

L’armée : au cœur du pouvoir égyptien

Le reportage de Marcela Gaviria et de Martin Smith met l’accent sur le rôle de l’armée  dans la crise égyptienne. Tout au long de la chronologie, la position de l’armée apparaît ambivalente. C’est d’abord une armée qui semble du côté du peuple au moment de la première révolution, un peuple qui appelle même l’armée à le soutenir : « L’armée et le peuple main dans la main. » C’est la même armée pourtant qui n’a pas hésité à utiliser la manière forte pour réprimer des manifestants et mettre un terme aux troubles de la rue: « Tu es content avec ta révolution maintenant ? » Et c’est encore vers cette même armée que le peuple s’est retourné pour faire face aux Frères Musulmans.

Le point avec les producteurs

Pour Martin Smith, l’armée n’est du côté de personne, « l’armée est du côté de l’armée. L’armée est simplement pour l’armée. » Il affirme alors que l’armée s’est mise du côté du peuple en janvier 2011 car elle avait compris la force du peuple face à Moubarak. Marcela Gavira insite quant à elle sur la popularité de l’armée en Egypte : « Je ne pouvais pas comprendre quand nous étions en train de faire le film pourquoi ce peuple qui avait subi tant de répression sous l’ère Moubarak pouvait soutenir la puissance militaire ; après les répressions vécues en 2011, pourquoi le peuple demandait à l’armée de revenir et de les sauver. Je pense que l’on doit comprendre qu’en Egypte, c’est la seule institution qui fonctionne vraiment. C’est une institution bien ancrée tout le monde a quelqu’un qui fait partie de l’armée. »

L’état profond

Pour Martin Smith, l’armée s’adapte aux différentes situations car une seule chose compte: préserver son pouvoir. Egypt in crisis montre en fait une armée égyptienne qui semble purement et simplement au-dessus du pouvoir politique. Elle est un des piliers de l’ « état profond » égyptien. Sous cette expression se cache les structures qui détiendraient réellement le pouvoir en Egypte au nombre de quatre : la Cour Suprême, les médias d’Etat, la police et enfin l’armée. Ainsi, la victoire des Frères musulmans en Egypte ne pouvait pas être totale.

Pas 1 mais 2 révolutions

La révolution du 25 janvier 2011 a amené Mohammed Morsi au pouvoir. Deux ans plus tard, celle du 30 juin affirmait l’échec des Frères musulmans. Mohammed Morsi avait affirmé lui-même devant les caméras d’Egypt in crisis en 2011 que le parti n’avait pas pour objectif les élections. C’est pourtant le même homme qui s’accaparé tous les pouvoirs, trop de pouvoirs, tel un « pharaon ». L’armée a donc saisi cette brèche pour renforcer sa position en Egypte.

Egypt in Crisis montre toutes les difficultés de la transition politique de l’Egypte et se pose en reportage de référence sur la question égyptienne.

Durée:53 minutes

Comment le crowdfunding va changer votre vie

Le secteur de la finance participative ou crowdfunding connaît un véritable boom depuis deux ans. Adrien Aumont, co-fondateur de la plateforme KissKissBankBank était au FIPA pour dresser un premier bilan.

Adrien Aumont, co-fondateur de KissKissBankBank

Adrien Aumont, co-fondateur de KissKissBankBank

« M. Tout-le-monde est plus riche que M. Rothschild ». Comprendre cette maxime que l’on attribue à Henri Germain, le créateur du Crédit Lyonnais, c’est comprendre le fondement du crowdfunding, nouvelle forme de mécénat née avec le 2.0. Le principe est simple : chacun est libre de donner ce qu’il veut pour un projet qui lui tient à cœur. Dans les faits, c’est l’actionnariat à portée de tous, même si l’économie collaborative cherche justement à s’affranchir du jargon capitaliste. Ce ne sont donc plus des exigences de rentabilité qui sont mises en avant mais bien des critères de goût et d’originalité.

Une véritable révolution dans la production et la consommation de biens culturels

Il y a trois ans, quand Adrien Aumont s’est lancé dans la grande aventure, l’affaire ne pesait pas plus de 100 000 euros, cette année il table sur 8 millions d’euros et prévoit pour l’année prochaine 15 millions d’euros. Le magazine Forbes annonce qu’en 2020, le secteur de l’économie collaborative vaudra 1000 milliards de dollars. De quoi faire des envieux en cette période de marasme. Avec le crowdfunding, s’annonce une véritable révolution dans la production et la consommation de biens culturels. Cette tendance s’est amorcée dans les années 2000 avec la crise de l’industrie du disque alors que les ventes s’effondraient en même temps que la consommation continuait à progresser. Du disque, la musique est passée au MP3 puis maintenant à l’URL.

Mais l’économie collaborative s’étend à tous les secteurs : le triomphe du co-voiturage en est la preuve avec pas moins de 3 millions d’utilisateurs en France, à tel point que certains sites sont devenus les concurrents directs de la SNCF.

L’économie collaborative remet le lien social au premier plan et redéfinit le concept de communauté. Il n’y a plus de public de masse, au sens où les sociologues ont défini la société de consommation de masse dans les années 60, il n’y a qu’un enchevêtrement de publics avec des affinités esthétiques et des références culturelles en commun. Le crowdfunding cible des communautés et non plus le public au sens le plus large. Tout le monde peut devenir mécène, en échange non plus d’un dividende mais d’une contrepartie émotionnelle, par exemple voir son nom au générique d’un film que l’on a aidé à financer. Rêvons ensemble d’un monde où des producteurs cyniques ne sortiront plus un film sur un nom parce qu’il est bankable. Rendez-vous en enfer Julie Lescaut.

Rencontre avec Grégory Gadebois

Pour sa 27ème édition, le FIPA de Biarritz a programmé quelques nouveautés parmi lesquelles les masterclass. Le premier invité de ces nouvelles rencontres était Grégory Gadebois. Le comédien, césarisé en 2012, s’est prêté, tout en retenue et pudeur, au jeu des questions/réponses avec la journaliste de France Culture Aude Lavigne et le public.

Mercredi, à 15 heures, au cœur du Casino municipal de Biarritz, avait lieu la première rencontre de l’édition 2014 du Fipa. Nouveautés du programme du festival, ces masterclass ont pour objectif « de présenter des créateurs au public », comme l’explique François Sauvagnargues, délégué général du FIPA. Le président de l’Adami, la société d’artistes – interprètes qui soutenait l’évènement, ajoute que « de tels instants permettent au public de découvrir ce qu’il se passe dans la tête d’un artiste ».  Le premier à s’essayer à l’exercice n’était autre que Grégory Gadebois, comédien. Guidé par Aude Lavigne, journaliste à France Culture, ce grand timide est revenu sur son parcours professionnel.

Du mauvais élève au pensionnaire de la Comédie Française

Gregory Gadebois, né une quarantaine d’année plus tôt en Normandie, n’était pas bon élève lorsqu’il était enfant. « On peut le dire, j’étais carrément nul » confesse-t-il avec un léger sourire. Perdu, il n’a aucune maîtrise sur sa vie et son avenir. Sa mère, pour l’aider à vaincre sa timidité, a alors l’idée de l’inscrire à un cours de théâtre. Faire carrière sur scène, il n’y avait encore jamais pensé. Selon lui, il s’est juste « retrouvé là ». C’est un univers riche, passionnant et intriguant qui s’ouvre pourtant à lui. Un nouveau monde, dans lequel celui qui a toujours souhaité faire comme les autres, trouve enfin  sa place.

Poussé par son professeur, il passe quelques temps plus tard le concours d’entrée au Conservatoire de Rouen. C’est un succès. Il enchaîne ensuite avec le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Là, il fait la rencontre de certains professeurs, parmi lesquels Catherine Higiel, chez qui il retrouve un écho de sa vision des choses, du monde, des gens. Une fois diplômé, il travaille quelques années sur scène et devant des caméras, avant de devenir pensionnaire pour cinq ans à la Comédie Française. A cette époque, il joue énormément. « Une fois, j’ai compté, j’avais joué 38 fois au cours d’un mois de février qui ne comptait que 28 jours ». De ces années, il retient une profonde expérience théâtrale.

La reconnaissance du grand public

En 2012, Grégory Gadebois décroche le césar du meilleur espoir masculin pour son rôle dans le film Angèle et Tony, d’Alix Delaporte. Il y joue le rôle d’un marin pêcheur, avec un cœur généreux, très observateur du monde qui l’entoure, très économe en paroles. « Je joue peut-être trop des silencieux » semble s’interroger l’acteur, devant le public du Fipa. C’est en effet aussi le rôle d’un homme non bavard qu’il joue au théâtre depuis plusieurs mois et qu’il est venu présenter au Fipa : Charlie, le héros de l’œuvre Des fleurs pour Algernon.

Gregory Gadebois

Grégory Gadebois

La pièce connaît un véritable succès à Paris, et est actuellement en tournée dans toute la France. L’adaptation télévisée réalisée par Yves Angelo est en compétition dans la catégorie fiction de la 27ème édition du Fipa. Et inutile de penser que Gadebois assistera aux projections programmées. « Je n’ai jamais vu aucun de mes films. Je préfère que les gens me disent ce qu’ils en pensent. Si jamais quelqu’un me voit, me dit qu’il a aimé, et que je le visionne ensuite, alors je saurais qu’il a menti. » Un grand acteur et comédien qui reste timide et presque pudique, malgré la reconnaissance du public pour son talent.

 

 

 

 

« Le but du FIPA? Montrer les meilleurs programmes de la télévision! »

Nous avons rencontré le délégué général du FIPA, François Sauvagnargues, en charge de la sélection des programmes. Promouvoir la qualité de la télévision, tel est l’objectif du FIPA selon lui.

Le Délégué général du FIPA

Le Délégué général du FIPA

François Sauvagnargues, quelle est votre mission?

Je suis délégué général du FIPA depuis deux ans après avoir été directeur de diffusion sur Arte. Je dois mettre ici à profit mon réseau de professionnels de la télévision afin de montrer les films de toute provenance. Le but du FIPA, c’est selon moi de montrer les meilleurs programmes de ce média en évolution permanente.

Avez-vous eu des difficultés cette année à organiser le FIPA?

Nous avons eu peur à cause de la tempête, Sinon, nous sommes en période de crise et l’argent est rare, il est difficile de trouver des financements. Cependant, lorsque l’on arrive à prouver que la qualité est là, les financements suivent.

Quels sont les défis de la télévision aujourd’hui?

La télévision est un média à la croisée des chemins, les lignes bougent, les habitudes de consommation changent et il faut s’y adapter. Aujourd’hui la moyenne d’âge des téléspectateurs est autour de 60 ans. Nous cherchons à viser un public plus jeune avec des nouvelles écritures, des programmes en catch-up -télévision de rattrapage ou en replay-  ou encore la télévision connectée.

Quelles sont les nouveautés cette année au FIPA?

Cette 27ème édition du festival met l’accent sur les rencontres professionnelles avec le FIPA Industry. Celui-ci permet de favoriser les contacts entre les chaînes de télévision, d’encourager le développement de nouveaux projets, de faciliter les recherches de financement. Le FIPA Industry permet surtout de s’intéresser aux questions que se posent les professionnels de l’audiovisuel en ce qui concerne les enjeux de la télévision.

Pourquoi le FIPA est organisé à Biarritz?

Pour des raisons historiques, le Festival de Cannes est à Cannes, le FIPA est à Biarritz. C’est une ville accueillante qui a aussi des facilités techniques d’organisation. Pour cette édition, il y a 1800 professionnels et nous attendons environ 30 000 visiteurs sur la semaine.

Vous avez dit FIPA campus ?

Le FIPA, c’est bien sûr l’audiovisuel. Mais FIPA rime aussi avec étudiant. Le Festival International de Programmes Audiovisuels ne serait pas ce qu’il est sans la participation de nombreux jeunes à la manifestation.

1 500: c’est environ le nombre d’élèves et étudiants confondus, qui viennent pour cette occasion à Biarritz, des quatre coins de la France et au-delà. Pour gérer tout ce monde, un pôle, le FIPA campus. Présentation avec une des responsables du pôle rencontrée hier, jour d’ouverture du festival, Marion Czarny.

Marion Czarny

Marion Czarny

Le FIPA campus en quelques mots

C’est «le pôle qui concerne en fait toutes les relations avec les scolaires, les étudiants et la jeune création. Donc tout ce qui touche à la formation, à l’éducation à l’image, et aux projets de jeunes professionnels passent par le FIPA campus.» Travailler avec les jeunes, pour Marion Czarny, c’est une caractéristique fondamentale du FIPA. Et le festival n’en est pas à son premier essai.

«Le FIPA campus en tant que tel avec son nom, existe depuis 3 ans. Avant cela s’appelait la mission aux universités. Et depuis la création du FIPA, il y a toujours eu une volonté de la direction d’inclure les jeunes et de faire des projets spécifiques avec les jeunes».

En dépit des différentes évolutions et modifications des activités concernant les jeunes, «il y a toujours eu au FIPA un pôle jeunesse qui concernait l’accueil de scolaires c’est-à-dire des collégiens, des lycéens qui viennent de la région voir des films, rencontrer des professionnels.»

 Une expérience étudiante inédite

Concernant les étudiants plus spécifiquement, participer au FIPA est un exercice pratique densément riche. Marion Czarny présentent «des étudiants qui viennent dans le cadre de leur formation au FIPA pour avoir des contacts, mettre en pratique ce qu’ils apprennent toute l’année.» Les horizons sont multiples: du journalisme au master de production, en passant par la communication, l’information ou encore la réalisation.

Un maître mot: expérience. «C’est toujours pour les étudiants un moment important parce qu’ils sont dans le vif du sujet. Ils sont en situation presque pré-professionnelle, presque professionnelle. Ils doivent s’organiser rapidement. Il y a des changements de situation, ils doivent se retourner, et trouver un plan B. Ils rencontrent des professionnels. C’est là qu’ils testent aussi, s’ils font des tournages, des films, des interviews… Ils sont en situation professionnelle.» Les étudiants présents au festival sont certes encadrés par leurs équipes pédagogiques respectives. Toutefois, il n’empêche que c’est pour eux une manière de «toucher la réalité du terrain». À la question des difficultés que peuvent rencontrer les étudiants, Marion Czarny évoque surtout le fait que «les professionnels sont là pour vendre des films, acheter des films, voir des films et que du coup ils n’ont pas forcément le temps de bien accueillir des jeunes professionnels.»

Tous les étudiants ne restent pas pendant toute la durée du festival pour une question de coût. La participation au FIPA est enrichissante. Mais cette participation demande aux étudiants certains frais, notamment en termes de transport, de logement, surtout lorsqu’ils viennent de loin.

 À l’international

Le FIPA c’est 98% d’étudiants français. Mais c’est aussi des étudiants étrangers.

« Depuis une dizaine d’année, on a un spécial « Jeune création »  c’est-à-dire qu’on invite des écoles internationales à présenter des programmes d’une heure et demi de films qui sont projetés.» Parmi les invités, l’INSAS à Bruxelles, la Standford University en Californie, une école polonaise la Wajda School ou encore une école allemande, l’Academy of Media Arts. Marion Czarny cite également la participation d’étudiants chinois à l’événement.

 Pour la vie?

Les jeunes et le FIPA ? Une histoire d’amour qui dure depuis longtemps et qui ne semble pas prête de s’arrêter. Marion Czarny s’en fait la garante : « Ça fait longtemps que ça marche et c’est important pour le FIPA au niveau de l’impulsion. Pour nous c’est important qu’il y ait la relève, et que du coup dès le plus jeune âge, les étudiants soient concernés, participent au festival. »