Rencontre avec Virginie Linhart : Sarajevo, des enfants dans la guerre

DSC03592En plein siège de Sarajevo, des enfants blessés sont évacués en France pour y être soignés. Ils y resteront trois ans, tentant de communiquer avec leurs familles restées en Bosnie. Virginie Linhart signe un documentaire émouvant sur cet exil, ayant retrouvé plusieurs de ces enfants qui aujourd’hui se souviennent. Dans une salle du Bellevue à Biarritz, elle nous parle de cette expérience.

La guerre, Virginie Linhart connaît. Non parce qu’elle l’a vécue personnellement, mais parce que la plupart des films qu’elle a réalisés traitent de ce sujet. Pourquoi cet intérêt exacerbé pour les conflits, les morts et les survivants ? Parce que c’est un thème généralement plébiscité par la gente masculine, plaisante la fidèle lectrice de Simone de Beauvoir. Mais aussi parce que ses origines juives polonaises l’on logiquement conduite à s’intéresser tout particulièrement à la Seconde guerre mondiale.
Elle était donc venue présenter son film sur la Shoah au festival de Blois lorsque sa productrice, Pascale Servan-Schreiber, lui fit part d’une nouvelle idée de documentaire, dans le cadre du centenaire de l’attentat de Sarajevo. Ce projet s’est formé à partir de 15h de rushs inédits, constituant un « matériau d’archives inouï ». Ces rushs proviennent de la collection personnelle de Romain Goupil, qui pendant trois ans a été le « facteur vidéo » entre des enfants bosniens en convalescence à Albertville et leurs familles demeurées à Sarajevo.

Sarajevo – Albertville : de la guerre à l’exil

Aujourd’hui, ces jeunes de 25 à 35 ans sont médecin, charpentier, étudiants ou professeur de français. Vingt ans plus tôt, grièvement blessés, ils étaient transportés en France pour subir des opérations chirurgicales souvent longues et douloureuses. En Bosnie, dans les hôpitaux bondés, on les aurait probablement amputés. La France fut leur chance et leur salut. Mais si les premiers mois se déroulent dans l’espoir, le soulagement de constater les progrès physiques indéniables, bientôt la joie laisse place à la lassitude. Dans les préfabriqués d’Albertville où les enfants et leurs mères vivent tous ensemble, la nostalgie s’installe, et l’angoisse tord les ventres quand on pense aux proches restés sous les bombes à Sarajevo. Pour égayer le quotidien, certains trouvent des échappatoires. Comme ce groupe d’adolescents qui s’adonne à la réalisation de mini-vidéos parodiques, déployant leur humour noir dans des satyres de chaînes d’information publique. En parallèle, ils créent également un journal dans lequel ils publient leurs dessins et leurs textes, bilingue français – bosniaque.
Un nouvel élément vient bientôt rompre la monotonie et apaiser les inquiétudes. Devant l’extrême difficulté pour les exilés de joindre leurs familles, Romain Goupil propose d’enregistrer des messages vidéos destinés aux proches, et de les apporter ensuite à Sarajevo. Là-bas, il organise des projections clandestines, et filme les réponses à l’attention des convalescents d’Albertville. Pendant plusieurs mois, celui dont la caméra a aussi immortalisé l’évacuation des enfants fera ainsi la navette entre les deux villes.

Entre histoire et actualité, un reportage poignant

C’est sur ces archives exceptionnelles que s’est appuyée Virginie Linhart pour élaborer son documentaire. Elle y mêle également de poignantes images du siège de Sarajevo, principalement tirées de la télévision bosniaque, ainsi que des interviews avec les quelques ex-enfants d’Albertville qui ont accepté de témoigner.
Retrouver ces enfants, explique Virginie Linhart, n’a pas été trop difficile. Avec l’aide de Sanda, la femme bosniaque de Romain Goupil, elle contacte les jeunes et leurs familles. Certains refusent, d’autres sont partis à l’étranger. Mais certains acceptent de participer, revenant sur leurs souvenirs de ces années en France. On voit leurs visages émus, voire bouleversés, devant le visionnage des archives de Goupil. Parler de l’événement à l’origine de leurs blessures reste douloureux.
Bien qu’ayant vécu ensemble trois années durant, les enfants d’Albertville n’ont jamais cherché à se revoir après leur retour en Bosnie, à la fin de la guerre. Le temps passé en France a été avant tout une parenthèse dans leurs existences, quelques mois d’attente confortable avant de retourner à la vraie vie. Néanmoins, pour certains ce séjour a été décisif dans leurs choix d’avenir ; deux d’entre ont ainsi décidé de rester en France, une autre est aujourd’hui professeur de français.

Outre la rétrospective intéressante qu’il offre sur le conflit yougoslave, le documentaire de Virginie Linhart séduit par son aspect humain, suivant ainsi une poignée d’individus avec leurs expériences et leurs parcours. Retrouver les visages vieillis de ces enfants dont on a vu les corps sur les civières et les regards marqués par la guerre a quelque chose de réellement émouvant. Pour la réalisatrice, la principale difficulté a justement été de s’approprier ces personnages qu’elle n’avait pas choisis, à la différence de ces précédents documentaires. Elle dit avoir été marqué par leur dignité, leur autodérision, sans haine ni pathos.
Pour Virginie Linhart, la guerre de Bosnie était une chose lointaine, très éloignée de nos propres préoccupations. Avec ce film, elle enfin découvert la signification de cette phrase que les actualités françaises diffusaient alors : « Sarajevo, c’est nous. »

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On a assisté au line-up d’HBO Europe centrale

Depuis la fin des années 90, HBO a complètement bouleversé le paysage audiovisuel. Après avoir conquis le marché nord-américain et européen, la chaîne à péage se tourne vers l’Europe centrale. Ce qui fait la force de cette chaîne, c’est sans doute sa capacité à se réinventer et à s’adapter à de nouveaux marchés tout en restant exigeante constant en qualité. Hanka Kastelicova, productrice de documentaire était là pour nous présenter rapidement quelques projets.

La présentation HBO

La présentation HBO

Deep love

Janusz est un plongeur expérimenté qu’une attaque a laissé partiellement paralysé.  Loin de se décourager, il va pourtant tenter un ultime exploit: revenir dans le Blue Hole de la mer rouge, une fosse sous-marine mythique, le Graal des plongeurs. Janusz va donc se battre jusqu’au bout pour réaliser son rêve, luttant contre l’avis de tous les médecins. Ce documentaire, réalisé par Jan P. Matuszynski devrait montrer sa lutte au quotidien contre le handicap, la préparation de son périple jusqu’au moment de grâce où Janusz accomplit son exploit.

Totonel

Ce documentaire réalisé par Alexander Nanau nous plonge dans le quotidien glauque et moribond d’une mère de famille roumaine qui retrouve ses trois enfants après avoir passé sept années en prison pour trafic de drogue. La productrice présente au FIPA n’a pas été très loquace sur ce projet mais nous avons retrouvé sur internet la bande-annonce. Un troisième projet mystérieux a été évoqué, il s’intitule The other side of everything mais là encore, peu d’informations ont filtré. Nous en saurons probablement plus dans les mois à venir. En attendant, voici quelques informations sur une nouvelle minisérie HBO, Burning Bush, qui revient sur l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 1969.

Pourquoi TF1 ne m’a pas emballée cette année

Espace Industry du FIPA

Espace Industry du FIPA

Le FIPA Industry accueille les professionnels de la télévision pour qu’ils nous présentent leurs nouveaux programmes.TF1 mise sur trois programmes un peu clichés : un chauffeur de taxi, un gynéco sexy et une mère éplorée.

La petite salle de conférence est bondée, car TF1 est présent au FIPA pour présenter en exclusivité les programmes de cette nouvelle année. C’est normal après tout, TF1 est « la chaîne la plus diversifiée (…), la seule qui arrive à mobiliser un audimat de 7 millions de téléspectateurs pour une production nationale, Julie Lescaut », selon la responsable de la chaîne.

Alors je me suis dit que si leur « line-up » (programmation) se base sur Julie Lescaut, dont le dernier épisode a été diffusé hier soir, je n’allais pas vraiment être emballée. Mais TF1 a sorti les gros moyens pour présenter ces trois nouvelles séries : Taxi Brooklyn, Intervention et Ce soir je tuerai l’assassin de ton fils. Focus sur ces trois programmes qui se veulent à l’américaine, mais avec la french touch qui fait toute la différence.

Taxi Brooklyn : clichés et compagnie

La première série est franco-américaine produite notamment par Luc Besson. Après ses fameux Taxi, le producteur a décidé de changer de ligne directrice en proposant une série avec pour second protagoniste… un chauffeur de taxi. Bon, cette fois-ci, ce n’est pas Samy Naceri qui est aux commandes mais Jacky Ido. La première est une femme flic, qui ne sait pas conduire. Ensemble, ils vont enquêter en conduisant un taxi fou dans les rues de Brooklyn. Vous avez dit clichés ?

J’ai alors pensé : « bon ok, ça ne va pas être super fin, mais bon, quand je rentre du boulot, je n’ai pas forcément envie de me prendre la tête avec un documentaire sur tissage et métissage en Ouzbékistan. » Certes, mais il faudrait au moins que l’action soit bonne et que l’on comprenne ce que le trailer veut nous dire. A part des voitures qui vont se poursuivre et rentrer dans tous types d’obstacles qui ont la fâcheuse manie de toujours se trouver en plein milieu de la route, je n’ai pas vraiment compris où va se trouver le suspens.

Un Urgence à la maternité ?

Le deuxième programme brandi par TF1 est Intervention, en co-production avec Gaumont et avec comme super star Anthony Delon qui incarne un chirurgien gynécologue. Alors forcément, le trailer laisse entendre que tout ne va pas se passer comme prévu, qu’Anthony va soigner une femme qu’il n’aurait pas dû soigner, qu’il va avoir des démêlés avec la justice…

Comme Anthony est work addict (accro au travail), son couple bat de l’aile. Sa copine lui lance un ultimatum avec en musique de fond une sublime métaphore : une voix féminine, qu’on imagine être sa mère, qui lui demande quand est-ce qu’il donnera à sa petite amie un enfant, vu qu’il en donne déjà à tant de femmes. Série confectionnée pour la ménagère de moins de 50 ans ? Certainement. Mais l’image est facile, le scénario n’est pas très original, je n’ai pas vraiment hâte.

Ce soir je ne regarderai pas ton film

Ce soir je tuerai l’assassin de ton fils est une adaptation télévisuelle d’un roman. Casting alléchant –J.P Roove, Audrey Lamy…-, musique avec des violons, des larmes, du mauvais temps et encore des larmes. Ce téléfilm raconte l’histoire d’un homme qui écrase un petit garçon accidentellement. C’est un jour de pluie, l’atmosphère est sombre, j’ai compris que j’allais devoir chercher mes mouchoirs.

J.P Rouve a l’air convaincant, il est le chef d’une petite entreprise dans laquelle travaille le père du garçon qu’il a tué. Il incarne un père de famille confronté à la responsabilité qu’implique un accident mortel. Or il les fuit, tout en essayant un rapprochement avec le père du défunt, histoire que deux ou trois trajets qu’il lui offre en voiture rachètent sa faute. Dommage, France 2 a proposé le même sujet avec en Guest Star Éric Cantonna pas plus tard que ce mois-ci.

Alors non, TF1 ne surprend pas réellement, et moi qui n’ai pas été émue par l’annonce du dernier Julie Lescaut, je ne regarderai pas ces nouveaux programmes. À quand une série où un beau gosse chirurgien conduit un taxi pour sauver sa fille d’un tueur en série ?

Un réalisateur à l’écoute du jeune public

3xManon - Crédit Photo : FIPA 2014

3xManon – Crédit Photo : FIPA 2014

Une classe de seconde du Lycée Sud-Médoc (Bordeaux) a eu la chance de rencontrer Jean-Xavier de Lestrade, réalisateur de 3xManon, dont les deux premiers épisodes ont été diffusés au FIPA hier. Connaissant une relation tumultueuse avec sa mère, Manon est une adolescente très violente à tel point qu’elle finit par agresser sa mère, et se retrouve donc en centre de détention pour mineurs.

Pendant une heure, les lycéens ont pu faire part de leur engouement pour la série. Dès leur arrivée, ils ont voulu connaître la suite et recevoir un DVD. Malgré leur insistance, le réalisateur et le scénariste n’ont rien voulu révéler. Les curieux devront attendre la fin du mois de mars pour voir l’intégralité des trois épisodes sur Arte.

Laisser travailler l’imagination des jeunes
Très simplement, le réalisateur et son scénariste ont répondu aux nombreuses questions des élèves. Beaucoup d’entre eux souhaitaient mieux comprendre le titre (trois fois Manon pour les trois étapes de sa thérapie), ou le scénario. Des discussions très poussées sont ainsi nées de ces interrogations. Cela a permis aux lycéens de débattre autour de sujets variés : modes de soin des jeunes en difficulté, violence qui peut naître de la souffrance, relations mère-filles… Pourtant, les auteurs ont affirmé leur volonté de laisser le choix aux spectateurs, à eux d’interpréter les réactions agressives des personnages.

Même si certaines questions restent en suspens, l’une des lycéennes conclue la fin de la rencontre : « Bravo pour votre film, c’était trop bien ! »

Jean-Xavier de Lestrade, 3xManon
France, 3 x 58 min
Production Image et Compagnie

« Briser la barrière entre rêve et réalité »

Les deux représentants du laboratoire Apelab - Photo : Sarah Paillou

Les deux représentants du laboratoire Apelab – Photo : Sarah Paillou

Le laboratoire Apelab est venu présenter ses projets et prototypes basés sur le principe de la réalité augmentée, dans le cadre du Smart Fip@. Ou la naissance d’un nouveau spectateur, qui participe à l’histoire.

L’idée est d’utiliser les nouvelles technologies (Iphone, Ipad, capteurs de mouvements) pour raconter une histoire. Les deux représentants du laboratoire, issus d’école de cinéma ou d’illustration, développent l’idée d’une narration spatiale, qui mobilise bande son, dialogues et voix, en audio ou en texte. Le rythme de l’histoire reste imposé : comme dans un film, on peut « louper des choses ».

Resserrer le lien entre virtuel et utilisateur

Le cadrage, lui, est laissé au choix du spectateur. A l’aide de son Ipad, l’utilisateur peut obtenir une vision à 360° en levant, baissant ou en faisant tourner la tablette autour de lui. Le scénario est alors influencé par ce que choisit de regarder le spectateur, mais aussi par l’heure à laquelle il visionne le film, le temps qu’il fait… La « rejouabilité », voilà l’objectif du prototype, puisque revoir l’oeuvre permet de découvrir les autres possibilités de narrations.
Le projet suppose uniquement des courts-métrages de 5 à 10 minutes, puisqu’il faut prévoir les différents scénarios possibles. C’est un travail considérable : un mois par scène, 20 scènes par épisode. Et impossible de regarder le film entre amis.

La bande-annonce gratuite de l’application, Land 52, sera en principe disponible mi-février sur l’Apple Store, si l’expérience vous tente.

Internet peut-il financer la création ?

Si les intervenants du secteur de l’audiovisuel s’accordent sur l’influence du numérique, peu de solutions émergent pour l’ensemble des acteurs dans cette configuration.

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA - Crédit Photo : Yann Lagarde

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA

Directeur des programmes, régulateur, créateur, auteurs et éditeurs ont-ils un intérêt commun ? A première vue, pas de doute : tous les violons s’accordent pour souligner la nécessité de prendre en compte Internet dans la conception des nouveaux programmes. De l’idée originale jusqu’à l’horaire de diffusion, ce média bouleverse les habitudes. Au point qu’on ne sait pas vraiment si les professionnels réunis dans la salle des Ambassadeurs du Casino disposent encore de certitudes sur leur métier, tant le modèle économique a évolué depuis une dizaine d’années.

Pas tous à la même enseigne

La question se pose même de savoir s’il y en a finalement un seul et unique. Les mots d’interactivité, de freemium (une part de la création gratuite et le reste en accès payant) et de transmédias reviennent souvent, mais leur transposition à des exemples concrets montre que le financement des projets par ces voies-là est loin d’être uniforme. Certes, des productions (Génération quoi, Prison Valley…) rencontrent un excellent accueil critique et commercial. Les chaînes de télévision ne tirent cependant pas toutes leur épingle du jeu.

« Le numérique nous a beaucoup fragilisés mais maintenant Arte prospère grâce au numérique », constate Anne Durupty, directrice générale de la chaîne franco-allemande. D’autres luttent encore pour se trouver une voie de développement qui leur permette de financer des projets audacieux sans sacrifier les recettes.

La coopération, que la ministre de la Culture appelle de ses vœux, représente une solution toujours hasardeuse pour les producteurs et les diffuseurs. Tirer les bénéfices d’un documentaire de qualité ne pose pas de problème, mais financer sa fabrication est une question autrement plus épineuse. Internet n’est pas prêt de simplifier la tâche des professionnels de l’audiovisuel.

Les pitches sessions : 7 minutes pour convaincre

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Pour la première fois cette année, le FIPA Industry propose aux réalisateurs de présenter leur projet de création devant un panel de producteurs et diffuseurs internationaux lors des pitches session.

Le concept des pitches sessions du FIPA Industry est simple. Un réalisateur a sept minutes pour présenter son projet, et lorsque le temps imparti est écoulé, les membres du panel disposent de huit minutes pour poser des questions, s’ils en ont l’envie. « Cette forme de présentation de projets afin de rencontrer des producteurs et diffuseurs n’est pas nouvelle, explique Jean Pelletier, membre du panel pour Radio Canada. Les pitches sessions sont nées à l’International Documentary Filmfestival Amsterdam, et le festival Hot Docs de Toronto en a organisé par la suite. Ces moments sont importants car ils permettent un rapprochement entre les producteurs, et scénaristes. »

Le FIPA a souhaité mettre en place ces sessions afin de développer sa dimension professionnelle. « Il est établi que le FIPA est un carrefour de la création, avec les projections de documentaires, reportages et fictions. Cette année, le Festival a souhaité renforcer sa fonction de point de rencontre entre les professionnels de l’audiovisuels » précise Frédéric Pittoors, consultant et animateur des sessions de pitches. « Nous avons invité des représentants de plusieurs chaînes européennes et internationales, tels que France 5, Radio Canada, ou RTBF. C’est l’occasion pour des projets d’obtenir des financements, et se confronter à la réalité du marché et des avis de professionnels. »

Une étape essentielle mais pas si facile

Seize projets étaient présentés cette année. 16 sur 142 proposés. « Le Fipa a sélectionné les projets  en fonction de leur intérêt, de leur qualité éditoriale, de leur faisabilité, de leur stade de développement. Ils doivent aussi correspondre aux tendances du moment. Ainsi, le thème de la guerre revient pas mal cette année. » remarque Frédéric Pittoors. Le format n’est pas imposé. Ainsi documentaires comme séries sont proposées, et à  des stades de production très différents. Certains peuvent présenter un teaser, quand d’autres en sont encore aux premières recherches.

Sept minutes pour être convaincant ? Pas si facile pour les réalisateurs. Le FIPA les a aidés à se préparer. « Pour nous, c’est une véritable étape structurante dans le développement de notre projet, mais il a fallu apprendre à donner beaucoup d’informations en peu de temps. » confie Sandrine Mercier, venue faire un pitch pour un projet intitulé Paseo con Franco. Le FIPA a alors organisé des sessions de coaching. « On a un peu l’impression de retourner à l’école, rigole Sandrine, mais c’était intéressant d’apprendre à choisir les bons mots et à bien se tenir ».

Après les pitches sessions, le stress de la présentation retombe un peu pour les réalisateurs. Un peu seulement car l’épreuve n’est pas terminée. Les producteurs et réalisateurs rencontrent ensuite en tête à tête les diffuseurs membres du panel qu’ils ont intéressés

. Le meilleur pitch sera récompensé à la fin d’un prix de 2000 euros donné par le FIPA.

Débat à Biarritz, lutte à Paris ?

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Alors que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, est à Biarritz pour débattre sur le financement de la création à l’heure d’Internet, la course à la présidence de Radio France touche directement les autres intervenants.

La salle des ambassadeurs du Casino de Biarritz abrite ce matin un grand débat sur la création à l’ère numérique et, pour l’occasion, a convié Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication. L’occasion pour elle d’entendre les souhaits et les plaintes d’une partie des acteurs du secteur. Globalement, créateurs et diffuseurs s’accordent pour dire qu’il est indispensable de dompter un environnement numérique au modèle économique instable. Un constat déjà connu rue de Valois mais une table ronde qui permet de trouver des pistes à explorer, à défaut de réponses globales.

Lutte d’influence

Autour de la table, Bruno Patino, délégué général aux programmes et au développement numérique de France Télévisions, et Olivier Schrameck, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), concentrent les regards. L’un, un temps attiré par la présidence de Radio France, ne serait plus sur les rangs, révèle Lemonde.fr ce matin. L’autre, chargé de sélectionner avec les autres sages celui qui dirigera le groupe public jusqu’en 2019, doit constituer une short-list de prétendants au poste exposé, mais convoité, le 29 janvier prochain.

Derrière un débat aussi riche que nécessaire se joue donc une lutte d’influence entre personnages bien connus du milieu de l’audiovisuel public. Mme Filippetti, elle, a chargé Anne Brucy, ancienne directrice de France Bleu, d’une mission sur l’avenir de France 3, diffuseur de fictions et documentaires, appartenant à France Télévisions, employeur de…Bruno Patino, vrai-faux candidat à la direction de Radio France. Fin du dépôt des dossiers ce soir à 17h, et auditions des candidats à partir du 12 février. Le remplaçant de Jean-Luc Hees sera connu au plus tard le 7 mars, un mois et demi après ce jour du FIPA où beaucoup de choses se sont réglées dans les coulisses du festival.

> En savoir plus : « Radio France : la course à la présidence dans la dernière ligne droite »

Audiovisuel 3.0

Outre des projections, le FIPA est aussi l’occasion de s’interroger sur l’évolution du monde audiovisuel. C’est l’idée notamment du  BarCamp  du SmartFip@.

 « BarCamp : la conférence dont vous êtes le héros »

Ni expert, ni novice. Le concept du BarCamp est de réaliser une conférence ouverte à tous. Le principe est simple. Différentes thématiques autour de l’audiovisuel sont proposées. Chaque personne choisit la table ronde à laquelle il veut participer. La discussion s’organise autour de questions et de réponses entre amateurs et professionnel. Puis chaque groupe propose un compte rendu du début. Le thème abordé cet après-midi : le transmedia.

Le transmedia qu’est ce que c’est ?

Le transmedia, c’est la diffusion d’un même contenu sur différents supports, télévision et internet par exemple. L’idée est d’adapter un programme de différentes manières pour toucher le public de plusieurs façons. Il ne s’agit donc plus de rester cantonné à un média spécifique mais d’utiliser plusieurs moyens de communication permettant de faire évoluer le produit. Dans cette évolution, le spectateur a un rôle clé. En effet, le spectateur devient acteur. Son avis sur le programme est sollicité. Mais il peut être aussi sollicité physiquement. Le produit n’est donc plus conçu de manière définitive.  A ce titre, le multimédia apparait comme l’ancêtre du transmedia. Certes, l’interaction entre différents médias était déjà possible. Mais le programme était figé une fois pour toute, pas avec le transmedia.

Concrètement c’est quoi ?

Le transmedia, c’est par exemple la télévision connectée. Tout en regardant un programme, le spectateur peut séparer l’écran en plusieurs parties s’il veut avoir des précisions sur un point. Le transmedia consiste aussi à solliciter les spectateurs via les réseaux sociaux. Le programme se modifie suivant les envies des spectateurs. Une série peut aussi devenir un jeu en ligne. Exemple avec The Spiral diffusé sur Arte.En fait, le projet n’est plus seulement une fiction. La participation du spectateur permet un retour à la réalité. C’est une « réalité augmentée ».

Mais alors, tous auteurs ?

Une des tables du BarCamp s’est intéressée plus particulièrement à la question des auteurs dans le transmedia. Est-il possible de dire qu’i y a un auteur quand plusieurs personnes participent à l’élaboration du produit ? Jean-Claude Mocik, Responsable de la filière conception, écriture et réalisation à l’Institut National de l’Audivisuel (INA), Roland Dargelez, auteur, réalisateur, conseiller,formateur et Jean-Jacques Gay, éditorialiste (fondateur et critique d’art) à  Spamm.arte.tv se sont interrogés à ce sujet en compagnie d’étudiants et de personnes intéressés par l’audiovisuel. C’est aujourd’hui une question complexe. Dans tous les cas, il y a souvent derrière les produits un travail d’équipe à prendre en compte. Reste à savoir si le spectateur peut lui aussi être considéré comme un auteur. L’ouverture que permet le transmedia ne présente donc pas que des avantages.

BarCamp

BarCamp

Bref, le transmedia est un concept de plus en plus présent dans le monde audiovisuel. Exemple notamment avec le projet « Nouvelles Écritures » de France Télévisions.

 

Ce que vous allez voir cette année sur Arte

La chaîne franco-allemande a présenté cette après-midi sa programmation pour la saison 2014. Nouvelles écritures, formats modernes et créations trans-médias sont les maîtres-mots d’un catalogue éclectique.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte, la chaîne des seniors et des intellectuels ? Les préjugés ont la vie dure, mais la ligne éditoriale continue de jouer la carte de l’innovation. « Il faut assurer les fondamentaux et laisser la place aux nouvelles productions » défendent les têtes pensantes. Concrètement, que propose le média basé à Strasbourg ?

Les documentaires, fondamentaux d’Arte

Centenaire du début de la Grande Guerre oblige, 14, les récits et les mots replongera le téléspectateur au cœur du conflit. Egalement diffusés, les documentaires Les défis de l’Eglise et L’empire Mittal offriront du recul pour « accompagner le monde qui bouge », selon Martine Saada, directrice du département Société et Culture. Le label Arte, qui regroupe des œuvres originales, fera la part belle aux découvertes (Happiness) et aux redécouvertes (Le siècle de Marguerite Duras) de choses à ne manquer cette année.

Diffusions équilibrées entre France et monde

En matière de fiction, Arte innove dans le fond et dans la forme. Les mini-séries seront à l’honneur, comme avec Real Humans, projet aussi loufoque qu’excitant. Format prisé par les télévisions scandinaves et britanniques, à la croisée entre le long-métrage et la série, ces réalisations rafraîchiront la grille des programmes. Et pas de chauvinisme ni d’internationalisme à outrance : « nous défendons un équilibre entre coproductions françaises et créations étrangères », argue Judith Louis, du pôle Fiction.

Entre biographies et reportages

Côté arts et spectacles, biographies (Orson Welles, Marlon Brando, Jean Rochefort) et reportages se partagent l’affiche. A suivre particulièrement Les petits secrets des grands tableaux ou une réinterprétation de Roméo et Juliette, genres absents du line-up des autres chaînes du PAF. Toujours programmés, les concerts d’Arte tenteront de séduire les mélomanes téléphiles.

Web et bande dessinée, singularité d’Arte

Petite nouveauté, la bande dessinée s’immisce au cœur de la chaîne avec Pilule bleue, drame familial ponctué de moments où les acteurs s’effacent devant le crayon. On ressort de la bande-annonce légèrement dubitatif quant au résultat final. Enfin, Arte mise sur Internet. En témoigne Intime conviction, polar à cheval entre la télévision et l’interaction en ligne. Arte Live Web sera également disponible pour mettre en valeur une programmation de qualité à disposition des générations pour qui Arte rime malheureusement avec vétusté.

Aparté avec Pierre Lemaître

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 pour son roman Au revoir là-haut, était l’invité du FIPA lors d’un échange animé par Didier Decoin, président du Festival. Rencontre.

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 (Crédits FIPA)

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 (Crédits FIPA)

Que vous a apporté cette rencontre au FIPA, et ces échanges avec Didier Decoin ainsi qu’avec votre lectorat ?

Je n’étais pas tant impressionné par les échanges avec mes lecteurs, que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer, que de ce dialogue avec Didier Decoin, qui est vraiment quelqu’un que j’admire. Je suis ce qu’on peut appeler un jeune romancier, je n’ai commencé ma carrière que récemment, et me voilà reçu par un écrivain et un scénariste expert. J’ai été très impressionné par la circonstance d’une telle rencontre avec une personne pour qui j’ai beaucoup de reconnaissance. J’étais ravi d’être là !

Votre dernier livre Au revoir là-haut se déroule aux lendemains de la Première guerre mondiale. Bien que vous précisiez ne pas vouloir être pris pour un « ancien combattant » et ne pas être un spécialiste de cette période historique, y a-t-il des productions audiovisuelles sur la Grande Guerre qui vous ont marqué ?

Oui, autant en littérature j’ai été bouleversé par Les croix de bois de Roland Dorgelès, autant Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick m’a profondément marqué. C’est un film vraiment puissant. Et il a été produit par James B. Harris, qui va adapter mon roman Alex. J’ai également été touché par La grande illusion de Renoir. En revanche, j’ai été un peu moins convaincu par les films plus récents.

Plusieurs de vos œuvres sont actuellement en cours d’adaptation sur grand écran. Le film est-il un prolongement de l’œuvre littéraire ?

La littérature et le cinéma sont deux arts qui se complètent. Je pense que la narration est un besoin naturel de l’homme, qui ne peut s’empêcher de se raconter des histoires afin d’appréhender le réel. Et, bien souvent, les œuvres cinématographiques ou audiovisuelles partent d’une œuvre littéraire afin d’en faire autre chose, d’en éclairer d’autres aspects. Je pense que la littérature est un vivier d’histoires dont le cinéma ne peut se passer.

Au revoir là-haut a été décrit par Didier Decoin comme un « page turner » : on ne peut s’empêcher de continuer la lecture jusqu’au bout. Ne pensez-vous pas que si une adaptation audiovisuelle devait être réalisée, le format de série TV permettrait de reproduire cet effet presque addictif ?

Oui, tout à fait, c’est un excellent parallèle. La série télévisée repose sur des mécanismes similaires qui donnent envie au téléspectateur de connaître la suite, et de continuer à regarder. Cependant, elle n’offrirait pas la même durée ni le même tissu narratif qu’un long-métrage. La mini-série s’attacherait peut-être davantage aux détails et mettrait l’accent sur cet effet « page turner » à la différence d’un film.

Corto Maltese s’invite au smartFIP@

Corto

Parmi les créations présentées ce matin au smartFIP@, une a attiré tout particulièrement l’attention du public. Il s’agit d’un « jeu vidéo littéraire » sur Corto Maltese réalisé par la compagnie de production Kidsuphill.

Adapter Corto Maltese; un défi de taille

Corto Maltese. Peut être ce nom vous évoque-t-il déjà quelque chose. Créé par l’auteur vénitien Hugo Pratt, Corto est un monstre sacré de la bande-dessinée mondiale. Marin charismatique, aventurier à la personnalité complexe, grand voyageur… ce antihéros atypique est devenu au fil des ans une figure populaire reconnue, un symbole de liberté ; la quintessence même de l’aventure ésotérique telle qu’elle fut fantasmée durant toute une génération. Un personnage insaisissable qui ne cesse de surprendre le lecteur dans les 14 albums publiés. La vie de Hugo Pratt fut aussi riche et époustouflante que celle du personnage qu’il anima pendant des années, jusqu’à sa mort en 1995.

Le projet de « Corto Maltese : secrets de Venise » est né courant 2011 d’un pari osé : faire un jeu interactif à partir de l’univers de la bande dessinée. Adapter cette œuvre n’est pas à la portée de tous ; c’est s’attaquer à un mythe. Mais « cette création n’est pas une adaptation littérale des fables de Venise », explique Léonore, une membre de l’équipe de production. En effet, tout l’intérêt de ce jeu est qu’il a été abordé dès le départ comme une interprétation originale et personnelle. Son graphisme ultra-réaliste n’a rien à voir avec la technique d’encre de chine de l’auteur.

Un scénario inédit pour renouveler le plaisir des fans

Le scénario a été écrit par Simon Guibert et Marco Steiner. Ce dernier connaissait Pratt et est un peu « le garant de l’esprit de la BD ». L’histoire débute dans un bar de Venise, où le propriétaire, Gozzy vous offre un coup. Il commence une étrange histoire où il est question de pétales d’émeraudes et d’une clavicule de Salomon ; d’une fable de chasse au trésor somme toute. Tout à coup, vous sentez la fatigue vous tomber dessus ; vous commencez à avoir des hallucinations. Dobzy vous a empoisonné et lui seul a l’antidote. Il vous ordonne de vous mettre à la recherche des fameuses émeraudes ; que Corto lui même aurait offert à 6 mystérieuses femmes… Vous voilà enrôlé sur la piste d’un marin, dans une quête qui vous conduira à parcourir la Venise des cours secrètes et des énigmes. Suspendu entre la vie et la mort, sous les effets d’un poison qui vous affaiblit petit à petit, la réalité et le rêve se fondent progressivement.

Dans la progression du scénario, il faut résoudre des énigmes, qui comprennent à chaque fois plusieurs niveaux. « L’idée est de proposer deux échelles de compréhension, les initiés et les amateurs ; tout comme pour la BD » explique-t elle lors de la séance de questions.

La quête est bien sûr un symbole, car à travers ce trésor mystérieux ; c’est bien sur les pas de Corto que vous vous engagerez.

Le jeu est presque terminé mais il manque une partie du financement pour pouvoir le faire aboutir. Sa sortie, prévue pour cette année ne passera sûrement pas inaperçue. Elle annoncera l’année 2015 où les vingts ans de la mort de Pratt et l’annonce probable d’une reprise de la série par de nouveaux auteurs projetteront Corto Maltese dans l’actualité.

Mais n’a-t il jamais cessé de l’être ?

SmartFIP@, l’audiovisuel high-tech

Smart Fip@

Ce matin s’est ouvert la deuxième édition du Smart Fip@ devant un public nombreux. Cette rencontre créée il y a deux ans à Biarritz est consacrée au développement des technologies intéractives. Narrations immersives, serious game, réalité augmentée ; c’est l’occasion pour tous les créateurs de l’audiovisuel de présenter et de débattre les perspectives offertes par la narration transmédia.

Les différents travaux, « Cronulla Riots », « World Online Orchestra », « Fearless » et « Corto Maltese : secrets de Venise » proposent, tous à leur manière, de nouvelles façons de faire le lien entre les différentes disciplines de l’audiovisuel. L’interaction et l’immersion narratives sont les maître-mots de cette nouvelle génération de médias.

Le premier projet « Cronulla Riots » a été réalisé par Jaya Balendra. C’est un site internet Australien qui retrace pas à pas les événements qui se sont produits à Sydney en 2005. Dans un contexte de tensions communautaires importantes entre Libanais et Australiens « de souche »; une émeute a éclaté sur la plage de Cronulla le 5 décembre 2005. Ces violences urbaines ont été un choc pour le pays, révélant l’importance du mouvement nationaliste et xénophobe australien. Le déroulement des faits est présenté chronologiquement, à la façon d’un documentaire classique. Cependant, des liens apparaissent régulièrement sur la vidéo pour inciter le visiteur à approfondir certains points, renvoyant notamment à des sociologues et des journalistes spécialisés dans les questions du racisme et de l’immigration.

Le spectateur devient ainsi acteur, décidant de l’ordre dans lequel les informations lui parviennent.

 Un spectateur qui est acteur

Dans le site de « Fearless » qui traite du harcèlement dans les transports publics en Inde, la participation de l’internaute est d’autant plus importante que le sujet nécessite un important travail de mise en situation. Pour parler d’un sujet aussi sensible, la créatrice du site Avni Nijhawan a pris le parti de l’immersion totale. Vous incarnez une indienne durant une journée et vivez pendant quelques minutes ce que vivent des millions de femmes indienne au quotidien. Vous êtes amené à faire des choix, à décider par vous même du parcours que vous voulez faire. Placé dans cette situation, vous réalisez rapidement à quel point le harcèlement est répandu. « Traiter de manière ludique un problème aussi grave est la meilleure façon de sensibiliser le plus de personnes », explique la créatrice à la fin de la projection.

L’idée du World Online Orchestra pour sa part est issue du concept même de participation. Il propose à tous les musiciens dotés d’un instrument, d’un certain intérêt pour la musique classique et d’une webcam de faire partie d’un orchestre philharmonique en ligne. Une partition ; la 7ème symphonie de Beethoven pour un nombre illimité de musiciens, voilà le projet de cet orchestre. Une fois la vidéo enregistrée, vous apparaissez parmi une mosaïque d’enregistrements et vous jouez avec des personnes aux quatre coins du monde. Vous avez par ailleurs la possibilité de constituer des groupes de votre choix, en mettant en relation les « vignettes », les cases que dessine la mosaïque. Cette idée innovante offre des possibilités considérables en termes de créations collectives.

Ces différents projets ouvrent de nombreuses perspectives pour la création audiovisuelle et le smartFIP@ leur donne l’occasion d’être davantage diffusés. Il ne serait pas étonnant que des rencontres similaires se développent ailleurs.

L’histoire à la télévision, le pari de l’avenir ?

Le « FIPA Industry », plateforme novatrice de cette 27ème édition, propose des rencontres entre professionnels pour échanger sur les nouvelles perspectives de l’audiovisuel. Ce matin, débat entre les responsables documentaires de chaînes de télévision afin de savoir quels sont les enjeux des productions historiques sur le petit écran.

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Les professionnels de la télévision débattent de l’Histoire à la télévision

France 3, Arte, RTBF (Belgique), YLE (Finlande), et Rai Storia (Italie). Ces cinq chaînes doivent répondre aux défis contemporains et apprendre à se renouveler dans un paysage médiatique en pleine mutation. Et parmi leurs productions, le documentaire historique remporte un franc succès. En France, les succès de productions comme « Secrets d’histoire » (France 2) ou « L’ombre d’un doute » (France 3) témoignent de cet intérêt des téléspectateurs pour l’enquête historique sur des sujets plus ou moins récents. Loin d’être une exception française, ce goût renouvelé est confirmé en Finlande, en Belgique ou en Italie comme l’expliquent les responsables documentaires des chaines nationales présents ce matin.

Les raisons d’une fascination pour l’Histoire

Les temporalités varient selon les pays : tandis que la Rai Storia produit davantage de documentaires consacrés à l’histoire ancienne, la RTBF se concentre davantage sur l’histoire contemporaine. Quant à la Finlande, la YLE s’attache à retracer les petites histoires, plus banales mais révélatrices de nos sociétés. Mais l’engouement pour le documentaire historique touche particulièrement les récits des deux guerres mondiales, en particulier en France, pays qui aime à réfléchir sur les violences dans l’Histoire.

La France se caractérise en outre par une passion particulière pour la politique. Comme le souligne Dana Hastier, directrice de l’unité documentaire de France 3, c’est un pays qui « aime à se raconter ». Les documentaires historiques prennent donc toute leur ampleur dans ce pays où le roman national est omniprésent et où règne une certaine nostalgie de l’époque « plus glorieuse ». Les écoles d’histoire y sont très nombreuses et les débats entre historiens assez vifs. Le tout associé à une véritable passion du romanesque qui caractérise la France selon les intervenants. C’est donc un terreau idéal qui offre un public vivace pour de telles productions audiovisuelles. Mais les succès d’audimat sont les productions qui restent centrées sur la France et peu sur l’international. Le regard plus international d’Arte, chaîne européenne, permet d’offrir une perspective plus ouverte, bien que le public soit moins nombreux.

Faire évoluer le documentaire historique

Les documentaires historiques sont régis par les mêmes règles que les autres programmes audiovisuels : ils doivent s’adapter et sans cesse se renouveler. Il faut donc sortir de la simple chronologie qui fait intervenir des experts donnant une leçon d’histoire et se tourner vers de nouveaux formats davantage attractifs. L’usage des transmédias, qui permettent de reconnecter les œuvres télévisées au web, permet par exemple de rendre les débats plus interactifs. Quant à l’historien, il est voué à changer de nature, et tout en restant une caution, les nouvelles générations deviennent aussi co-auteur.

La solution serait peut-être de faciliter la coopération en Europe, en développant les co-productions. Néanmoins, ces associations sont plus faciles pour les séries que les documentaires. Et le public des grandes chaines nationales, en particulier françaises, sont peu intéressé par l’international et se concentrent sur l’histoire de leur pays. Quoi qu’il en soit, les producteurs de documentaires historiques en Europe auront les mêmes défis à relever au cours des prochaines années.