Yves Angelo : « Ne pas se laisser perturber par le succès »

Le réalisateur Yves Angelo - Crédit photo : lepoint.fr

Le réalisateur Yves Angelo – Crédit photo : lepoint.fr

Le réalisateur du film Des fleurs pour Algernon revient avec Un grain dans les bobines sur la récompense accordée à la société de production F comme Film, qui a  financé ce projet. Loin d’être grisé par cette distinction, le cinéaste mesure le chemin parcouru depuis l’idée de l’adaptation du roman.

Un grain dans les bobines : Quelle fut votre première réaction à l’annonce du verdict par le jury ?

Yves Angelo : Dans ces moments-là, on est toujours très contents. Il faut cependant mesurer, cela ne doit pas altérer ce que l’on est. Cioran disait : « J’ai connu toutes les formes de déchéance, y compris le succès. » Cela ne changera rien au jugement qu’on porte, cela ne doit pas dicter la marche à suivre. Il faut toujours tenir le cap.

Etes-vous plus confiant quant à l’avenir avec cette récompense ?

Un film, vous le faites, vous passez beaucoup de temps dessus. Une fois qu’il est livré, vous ressentez des choses, mais pour la diffusion, c’est la vie des œuvres. On ne doit pas se laisser perturber. Il faut éloigner le désir de plaire.

A quel point vous êtes-vous basé sur les œuvres existantes ?

Je n’ai jamais lu le livre (de Daniel Keyes, NDLR). J’ai eu cette idée, voilà ce que je propose et en définitive le dispositif n’a rien à voir avec les adaptations précédentes. Là c’est simplement un acteur et pas un groupe d’acteurs.

A un moment du film, la vulnérabilité du personnage peut susciter du rire chez les spectateurs. Etait-ce voulu ?

C’est vrai, il y a un rapport qui se développe vis-à-vis du personnage. Il nous attendrit, il est touchant. Je voulais qu’il soit assez antipathique quand il devient intelligent (dans la seconde partie du film, NDLR). Il va se servir de la caméra. A la fin, elle est devenue son seul compagnon et elle est elle-même touchée. L’empathie peut naître de ce rapport au personnage, même si on peut se sentir voyeur.

Propos recueillis par Sonia Reynaud et Thibaud Le Meneec.

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Prix Jérôme Minet : la société F comme Film primée

Fin du festival rime et distinctions. Le prix Jérôme Minet, qui met à l’honneur une société de production, a honoré F comme Film, derrière le projet Des fleurs pour Algernon.

Algernon

Déjà la deuxième édition pour cette récompense accordée à une société capable d’avoir « insufflé l’esprit Minet », du nom de ce producteur emblématique du petit écran. « Il faisait preuve d’une grande ténacité, il était très redoutable dans la défense des créations sur lesquelles il travaillait ». Après cet hommage du président du FIPA Didier Decoin, l’heure était venue de distinguer F comme Film, société de production et de coproduction dirigée par Jean-Louis Livi et représentée pour l’occasion par Clémentine Vaudaux.

Leur mérite ? Avoir soutenu l’adaptation de la pièce Des fleurs pour Algernon, elle-même tirée du roman de Daniel Keyes. Ce blog vous faisait déjà part de sa satisfaction à la sortie de la salle, un peu plus tôt cette semaine. Et parmi des productions de qualité comme Le système de Ponzi, 3xManon ou La malédiction d’Edgar.

10 000€ et la promesse d’un véritable succès

L’œuvre d’Yves Angelo a su tirer profit d’une narration singulière pour séduire un jury composé de Gérard Carré, Philippe Venault et Jean Bigot. Visiblement ravi d’avoir visionné une création aussi déroutante mais doté d’une « grande intelligence de point de vue », celui-ci s’est félicité de faire face, comme l’année dernière, à autant de talent dans la sélection.

Et maintenant ? Arte diffusera cette année Des fleurs pour Algernon, une chaîne « qui nous a merveilleusement suivi» selon Yves Angelo. Si les critiques sont aussi élogieuses qu’elles le furent au FIPA, le succès sera complet pour cette réalisation audacieuse. Pour Clémentine Vaudaux, assistante de production de F comme Film, « c’est le début de la télé pour nous et j’espère que ce n’est pas la fin ».

La dotation de 10 000€ aidera l’équipe à promouvoir efficacement le film. Didier Decoin avouait, avant le verdict, que Jérôme Minet était un « metteur en œuvre, et parfois un metteur en chef-d’œuvre ». De bon augure pour les lauréats du prix portant son nom.

Internet peut-il financer la création ?

Si les intervenants du secteur de l’audiovisuel s’accordent sur l’influence du numérique, peu de solutions émergent pour l’ensemble des acteurs dans cette configuration.

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA - Crédit Photo : Yann Lagarde

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA

Directeur des programmes, régulateur, créateur, auteurs et éditeurs ont-ils un intérêt commun ? A première vue, pas de doute : tous les violons s’accordent pour souligner la nécessité de prendre en compte Internet dans la conception des nouveaux programmes. De l’idée originale jusqu’à l’horaire de diffusion, ce média bouleverse les habitudes. Au point qu’on ne sait pas vraiment si les professionnels réunis dans la salle des Ambassadeurs du Casino disposent encore de certitudes sur leur métier, tant le modèle économique a évolué depuis une dizaine d’années.

Pas tous à la même enseigne

La question se pose même de savoir s’il y en a finalement un seul et unique. Les mots d’interactivité, de freemium (une part de la création gratuite et le reste en accès payant) et de transmédias reviennent souvent, mais leur transposition à des exemples concrets montre que le financement des projets par ces voies-là est loin d’être uniforme. Certes, des productions (Génération quoi, Prison Valley…) rencontrent un excellent accueil critique et commercial. Les chaînes de télévision ne tirent cependant pas toutes leur épingle du jeu.

« Le numérique nous a beaucoup fragilisés mais maintenant Arte prospère grâce au numérique », constate Anne Durupty, directrice générale de la chaîne franco-allemande. D’autres luttent encore pour se trouver une voie de développement qui leur permette de financer des projets audacieux sans sacrifier les recettes.

La coopération, que la ministre de la Culture appelle de ses vœux, représente une solution toujours hasardeuse pour les producteurs et les diffuseurs. Tirer les bénéfices d’un documentaire de qualité ne pose pas de problème, mais financer sa fabrication est une question autrement plus épineuse. Internet n’est pas prêt de simplifier la tâche des professionnels de l’audiovisuel.

Débat à Biarritz, lutte à Paris ?

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Alors que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, est à Biarritz pour débattre sur le financement de la création à l’heure d’Internet, la course à la présidence de Radio France touche directement les autres intervenants.

La salle des ambassadeurs du Casino de Biarritz abrite ce matin un grand débat sur la création à l’ère numérique et, pour l’occasion, a convié Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication. L’occasion pour elle d’entendre les souhaits et les plaintes d’une partie des acteurs du secteur. Globalement, créateurs et diffuseurs s’accordent pour dire qu’il est indispensable de dompter un environnement numérique au modèle économique instable. Un constat déjà connu rue de Valois mais une table ronde qui permet de trouver des pistes à explorer, à défaut de réponses globales.

Lutte d’influence

Autour de la table, Bruno Patino, délégué général aux programmes et au développement numérique de France Télévisions, et Olivier Schrameck, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), concentrent les regards. L’un, un temps attiré par la présidence de Radio France, ne serait plus sur les rangs, révèle Lemonde.fr ce matin. L’autre, chargé de sélectionner avec les autres sages celui qui dirigera le groupe public jusqu’en 2019, doit constituer une short-list de prétendants au poste exposé, mais convoité, le 29 janvier prochain.

Derrière un débat aussi riche que nécessaire se joue donc une lutte d’influence entre personnages bien connus du milieu de l’audiovisuel public. Mme Filippetti, elle, a chargé Anne Brucy, ancienne directrice de France Bleu, d’une mission sur l’avenir de France 3, diffuseur de fictions et documentaires, appartenant à France Télévisions, employeur de…Bruno Patino, vrai-faux candidat à la direction de Radio France. Fin du dépôt des dossiers ce soir à 17h, et auditions des candidats à partir du 12 février. Le remplaçant de Jean-Luc Hees sera connu au plus tard le 7 mars, un mois et demi après ce jour du FIPA où beaucoup de choses se sont réglées dans les coulisses du festival.

> En savoir plus : « Radio France : la course à la présidence dans la dernière ligne droite »

Ce que vous allez voir cette année sur Arte

La chaîne franco-allemande a présenté cette après-midi sa programmation pour la saison 2014. Nouvelles écritures, formats modernes et créations trans-médias sont les maîtres-mots d’un catalogue éclectique.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte, la chaîne des seniors et des intellectuels ? Les préjugés ont la vie dure, mais la ligne éditoriale continue de jouer la carte de l’innovation. « Il faut assurer les fondamentaux et laisser la place aux nouvelles productions » défendent les têtes pensantes. Concrètement, que propose le média basé à Strasbourg ?

Les documentaires, fondamentaux d’Arte

Centenaire du début de la Grande Guerre oblige, 14, les récits et les mots replongera le téléspectateur au cœur du conflit. Egalement diffusés, les documentaires Les défis de l’Eglise et L’empire Mittal offriront du recul pour « accompagner le monde qui bouge », selon Martine Saada, directrice du département Société et Culture. Le label Arte, qui regroupe des œuvres originales, fera la part belle aux découvertes (Happiness) et aux redécouvertes (Le siècle de Marguerite Duras) de choses à ne manquer cette année.

Diffusions équilibrées entre France et monde

En matière de fiction, Arte innove dans le fond et dans la forme. Les mini-séries seront à l’honneur, comme avec Real Humans, projet aussi loufoque qu’excitant. Format prisé par les télévisions scandinaves et britanniques, à la croisée entre le long-métrage et la série, ces réalisations rafraîchiront la grille des programmes. Et pas de chauvinisme ni d’internationalisme à outrance : « nous défendons un équilibre entre coproductions françaises et créations étrangères », argue Judith Louis, du pôle Fiction.

Entre biographies et reportages

Côté arts et spectacles, biographies (Orson Welles, Marlon Brando, Jean Rochefort) et reportages se partagent l’affiche. A suivre particulièrement Les petits secrets des grands tableaux ou une réinterprétation de Roméo et Juliette, genres absents du line-up des autres chaînes du PAF. Toujours programmés, les concerts d’Arte tenteront de séduire les mélomanes téléphiles.

Web et bande dessinée, singularité d’Arte

Petite nouveauté, la bande dessinée s’immisce au cœur de la chaîne avec Pilule bleue, drame familial ponctué de moments où les acteurs s’effacent devant le crayon. On ressort de la bande-annonce légèrement dubitatif quant au résultat final. Enfin, Arte mise sur Internet. En témoigne Intime conviction, polar à cheval entre la télévision et l’interaction en ligne. Arte Live Web sera également disponible pour mettre en valeur une programmation de qualité à disposition des générations pour qui Arte rime malheureusement avec vétusté.

Poutine, acte III

Le retour du dirigeant russe à la tête du pays en 2012 amorce un durcissement du régime. Avec Poutine is back, Jean-Michel Carré revient brillamment sur la nouvelle pratique du pouvoir par le pensionnaire du Kremlin.

Une larme coule sur un visage qui n’en verse d’habitude jamais. Mars 2012, Vladimir Vladimirovitch Poutine est élu Président de la Fédération de Russie pour la troisième fois. Le temps d’un intermède Medvedev et voilà l’ancien directeur du KGB de retour aux affaires dans un contexte tendu, après la Syrie, les manifestations et la crise économique. Détente et diplomatie ?

Vladimir Poutine

Vladimir Poutine le soir de sa victoire à l’élection présidentielle de mars 2012

Au contraire, Poutine impose ses méthodes avec une pression encore plus forte qu’entre 2000 et 2008. La répression frappe les dissidents qui, devant la caméra de Jean-Michel Carré, dépeignent une société fragmentée, repliée sur elle-même et désireuse de retrouver un rôle majeur sur la scène internationale.

« Si on ne se bat pas, ça ne changera pas »

Sitôt élu, Poutine attaque directement son prédécesseur : « Il y a des addictions à l’alcool, à la drogue, à l’argent, mais on dit que la plus forte addiction est au pouvoir ». L’héritage Medvedev, fait de démocratie teintée de libéralisme, est jeté aux oubliettes de la Sainte Russie. Les investissements se concentrent dans l’armement, l’industrie lourde et les énergies fossiles. La posture s’affermit sur la scène internationale, les alliés occidentaux deviennent des adversaires dont il faut contester la position. Pas de doute, la Russie actuelle ressemble à celle de l’ancienne URSS, selon Carré.

Exhaustif, le documentaire explore également les perspectives d’un pays miné par sa pauvreté et ses inégalités socio-territoriales. Un tiers des Russes n’ont toujours pas accès à l’eau potable, au gaz et aux canalisations. Un facteur de division et de soulèvement ? Jean-Michel Carré rapporte des propos lucides des dissidents : « Si on ne se bat pas, ça ne changera pas ».

Regain de tensions

Le regain de tensions observé récemment avec les évènements de Volgograd fin décembre fait des Jeux Olympiques de Sotchi une des compétitions les plus risquées jamais organisées jusqu’à présent. Faut-il craindre un bain de sang entre deux épreuves ? Jean-Michel Carré n’invalide pas cette hypothèse et décrit une situation explosive, avec des attentats perpétrés tous les jours. La violence répond quotidiennement aux violations flagrantes des droits de l’homme et, si chacun imagine la situation russe avec plus ou moins d’acuité, la force du documentaire est de dresser un inventaire complet, à charge, du système et de l’idéologie Poutine.

Le chaos à Volgograd après les attentats, fin décembre 2013

Le chaos à Volgograd après les attentats, fin décembre 2013

En définitive, le réalisateur français retrace habilement l’évolution d’un régime autocratique aux tendances dictatoriales ces deux dernières années. Après les Pussy Riot, la mise au ban de l’opposant Alexei Navalny et les lois contre la propagande homosexuelle, le troisième acte de Vladimir Poutine au Kremlin représente l’épisode le plus dur d’une trilogie pas près de s’achever.

Le FIPA à l’heure anglaise

A l’honneur ce mercredi après-midi, deux fictions britanniques mêlant tour à tour les affres de la vie politique et l’infidélité dans les transports londoniens. De quoi passer une lovely afternoon !

La série The Politician's Husband mêle politique et vie privée.

La série The Politician’s Husband juxtapose politique et vie privée.

Comment se porte la création outre-Manche ? La projection de deux spécimens ce mercredi nous renseigne un peu plus sur son état. Si elle manque parfois de piquant dans son déroulement, elle excelle en revanche dans ses dialogues au cordeau. La première mini-série, The Politician’s Husband, décrit la chute d’un député trahi par un ami de longue date, événement qui servira à son épouse, propulsée au gouvernement par la force des choses. Dans ce mélodrame familial mâtiné de calcul politicien, les interprètes s’en sortent honorablement.

Reprenant les codes de la bonne série politique, à savoir l’enchevêtrement des intrigues privées et publiques, la fiction pose progressivement ses jalons et se singularise au fur et à mesure de l’épisode. Au moment de conclure, elle n’échappe pas au cliffhanger traditionnel, dont le but est ici de nous pousser à suivre la suite des aventures d’un couple dans les entrailles du pouvoir. Rien de passionnément novateur, mais une maîtrise efficace des ingrédients d’une série réussie !

Réviser les classiques

En ce qui concerne la deuxième mini-série en deux actes, 7:39, le scénario reste séduisant, quoique un peu ordinaire. Deux pensionnaires de pavillons de banlieue, chacun en ménage, se lient d’amitié et transforment leur trajet quotidien, démarré avec le train de 7:39, en moment idéal pour parler et se rapprocher. Vous l’aurez compris, la révolution de la comédie romantique se joue peut-être dans une autre salle, mais bien malin celui qui saurait prédire l’avenir du genre. En attendant, réviser les classiques et les réinterpréter avec brio reste un objectif louable, voire souhaitable pour certaines productions. Les meilleures soupes se font-elles toujours dans les vieux pots audiovisuels ?

7:39 ou l'infidélité via les transports

7:39 ou l’infidélité via les transports

La référence aux comédies américaines des années 00, orchestrées par Judd Apatow (En cloque, mode d’emploi, SuperGrave…) et ses disciples, est criante, mais elle ne jure pas tant la recette fonctionne. La prestation des acteurs fait mouche, le ton abonde dans le doux-amer et, au moment du dernier plan laissant l’idylle de nos deux infidèles en suspension, le constat est imparable : la perfide Albion parviendra aisément à nous faire voir la seconde partie.

So ?

Finalement, que reste-il de cette après-midi anglaise ? Un sentiment ambigu, celui d’une d’originalité restée dans l’Eurostar, mais une réalisation appliquée et attentive aux écueils de chaque genre rattrape le mal sans trop de problèmes. Les moments passés en compagnie de ces deux univers demeurent satisfaisants, si ce n’est plaisants. En définitive, The Politician’s Husband et 7:39 nous enthousiasment comme un thé chaud face à la pluie et aux vagues du pays basque : so charming.

Le combat Inuit

Après l’ambiance brésilienne hier soir, au tour de la fraîcheur du Nord canadien ce matin avec le documentaire Arctic Defenders, de John Walker. L’histoire de l’éveil politique d’une communauté bousculée par l’influence des autorités.

Hameau traditionnel inuit

Hameau traditionnel inuit

Le réflexe est instantané, la balle perce l’eau en moins d’une seconde. Aussitôt, une flaque rouge apparaît à la surface et le zodiac vrombit vers elle. Le phoque est bientôt remonté dans l’embarcation. Élément phare de la culture inuit, le cétacé représente également ce qui la menace le plus directement, avec le réchauffement climatique comme danger latent. Pourtant, c’est la présence inquisitrice du Canada qui restreint les ressources inuits depuis 1890, qui demeure la plus menaçante. Déplacement de populations, mauvais traitements, autoritarisme… Ceux qui ne veulent pas être résumés à des esquimaux (« mangeurs de viande crue ») dépeignent, sous le regard curieux de John Walker, une société au bord de l’écroulement. Mais, paradoxalement, toujours fière de ses racines et prête à défendre ses principes sur le terrain politique.

« On ne peut pas vendre un héritage »

Le mouvement se structure dans les années 1960 avec notamment Tagak Curley, jeune inuit éduqué et bilingue en inuit et en anglais. Petit à petit, la jeunesse conteste une occupation motivée par des intérêts uniquement économiques. Face à des questions le sommant de donner un prix au silence des inuits, Curley reste impassible : « On ne peut pas vendre un héritage ». Le jeune autochtone se bat, aux côtés d’autres défenseurs d’une culture en perdition, pour la reconnaissance des particularités de la province du Nord du Canada. Et de sommer les autorités d’arrêter de numéroter chaque Inuit, signe d’une catégorisation réductrice.

Nouvelles luttes, nouveaux enjeux

Puis, une forme d’autonomie est acquise, avec la naissance du gouvernement du Nunavut en 1999. La lutte ne s’arrête cependant pas à cette date : depuis, le territoire Inuit fait l’objet des convoitises internationales pour ses ressources gazière et pétrolifère. Les suicides, nombreux chez les moins de 25 ans, rendent vulnérables des populations soumises à des formes récurrentes de misère. Certains n’hésitent plus à s’exiler dans les métropoles canadiennes pour trouver du travail sans abandonner le combat contre les abus du gouvernements. « Les Canadiens doivent réparer, nous avons besoin d’eux », insiste Curley. Ou quand la nécessité de l’aide aux Inuits rencontre le désir de voir leur fierté recouvrée.

Le FIPA et ses festivaliers entrent dans la danse

Effervescence sur le parvis de la Gare du Midi. Le 27ème Festival International des Programmes Audiovisuels (FIPA) s’ouvre ce soir avec le documentaire suisse O Samba sur le compositeur brésilien Martinho da Vila. De quoi charmer le public sur une note exotique.

La cérémonie d'ouverture de la 27ème édition du FIPA à Biarritz

La cérémonie d’ouverture de la 27ème édition du FIPA à Biarritz

Les dépliants du festival biarrot parsèment les travées, bondées. Un public majoritairement composé de seniors prend lentement place face au grand écran. Pour cinq jours, Biarritz revêt ses habits de lumière, mais pas n’importe lesquels : ceux de la création audiovisuelle, illumination d’un monde ébloui par la domination de la télévision. Le FIPA, lui, éclaire les projets novateurs et démarre avec le documentaire O Samba, sur la danse au Brésil. Qu’attendent les quelques 900 spectateurs de la salle Atalaya ? « J’espère que ce sera aussi joyeux que sur l’affiche », glisse une dame aux cheveux grisonnants en pointant la description du documentaire O Samba. 20h30, extinction des feux ; il est temps d’entrer dans le vif du sujet.

Entre protocole et improvisation

Les jurys des six catégories défilent sur l’estrade. Dimanche, ces professionnels devront départager les œuvres en compétition et décerner les différents prix aux meilleures créations. Le public, lui, ne demande qu’à en prendre plein les yeux. Silencieusement, il se laisse gagner par le cérémonial instauré par l’organisation. « Ah, ils ne font pas les choses à moitié ! », constate un couple, surpris. Pourtant, l’heure n’est déjà plus aux présentations officielles des jurés. Georges Gachot, le réalisateur d’O Samba, et Martinho da Vila, le sambista mis à l’honneur ce soir, montent sur scène au son des applaudissements nourris des 900 spectateurs. Da Vila, visiblement ému de faire face à une audience conquise par ses charmes, entame un air traditionnel brésilien. La salle s’évade doucement et gagne une atmosphère qu’elle ne quittera plus cette semaine.

Tudo bem pour les spectateurs

Une heure et demie plus tard, le public ressort enthousiasmé par cette escapade musicale au Brésil. Pour François, Biarrot et habitué du FIPA, la partition est récitée à merveille : « Comment ne pas aimer un tel portrait ? Martinho da Vila est exceptionnel, plein de rythme, et le documentaire permet de voir Rio d’une autre façon. Il ne nous reste plus qu’à danser ! ». Comme le soulignait le président du FIPA Didier Decoin un peu plus tôt dans la soirée, « il ne faut pas confondre progression et progrès. La progression, c’est linéaire et inintéressant, alors que le progrès, c’est explorer de nouvelles choses, tenter de nouveaux projets. » Au sortir d’une projection aussi rythmée que dépaysante, le public ne s’y trompe pas, certains s’essayant même à quelques pas de la danse du soir dans le hall de l’ancienne gare. A n’en pas douter, le FIPA est paré pour réussir sa chorégraphie audiovisuelle annuelle.