Etre membre du jury des Jeunes européens, une « expérience inoubliable »

12 des membres du jury des Jeunes Européens

12 des membres du jury des Jeunes Européens

Ils ont entre 15 et 17 ans, viennent de 13 pays européens différents, parlent couramment français et forment le Jury des Jeunes Européens. Ce soir, ils remettront un prix aux créations en compétition dans la catégorie « grands reportages et investigation » du Fipa.

Quand on les rencontre, assis ensemble au café de la Gare du Midi de Biarritz, on a le sentiment de faire connaissance avec une bande d’amis cosmopolite, où la complicité et l’humour sont de mises. Pourtant, quelques jours plus tôt, ils ne se connaissaient pas. Ils viennent de pays très différents et c’est le Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz qui les a réunis pour composer le Jury des Jeunes Européens.

Depuis plusieurs années, le Fipa propose à treize lycéens de l’Union Européenne de participer à ce jury. «Pour chaque édition du festival, douze pays différents sont sélectionnés, en plus de la France, et on fait un roulement. Par exemple, si cette année, nous avons un juré venu de Suède, l’année prochaine nous n’en aurons pas » explique Fannou, qui s’occupe d’eux et les accompagne tout au long de leur séjour dans la ville biarrote.

Pour être sélectionné, ils ont dû rédiger une lettre de motivation et s’acquitter de frais d’inscription de 50 euros. Par la suite, ils ont été contactés par l’équipe du Fipa pour un entretien téléphonique, permettant de vérifier leur maîtrise de la langue française et leur ouverture culturelle. « Nous ne recherchons pas spécialement des jeunes lycéens incollables sur le cinéma et le monde audiovisuel en général. Nous privilégions la diversité et nous obtenons un jury comprenant des profils très différents ». Si quelques-uns, tels que Kenatea, suivent des options en lien avec l’univers audiovisuel, la plupart abordent le cinéma seulement comme un loisir.

Ce ne sont donc pas des professionnels, mais des jeunes curieux et ouverts sur le monde. Ils ont pour mission de choisir une œuvre parmi celles sélectionnés dans la catégorie « grand reportage et investigation », qu’ils récompenseront du prix du jury des Jeunes européens. « C’est gratifiant de savoir que l’on va remettre un prix qui a autant de poids et de valeur que celui des adultes » confie Léonarda. Alors, chaque jour, ils assistent à cinq projections. « On part dès que le reportage est terminé, c’est frustrant de ne pas voir les réalisateurs parler de leur film, mais il ne faut pas que nous soyons influencés dans notre décision » commente Kenatea. Et chaque soir, ils débriefent les films vus, sous l’égide du journaliste de Télérama Samuel Gontier.

Et lorsqu’on leur demande s’ils sont toujours du même avis, les réponses fusent : « non ! », « jamais ! », « pas du tout ! ». S. Gontier les aide à juger les films suivant une liste de critères tels que l’originalité et la qualité du sujet, la structure, le déroulement, le potentiel de diffusion. « Le problème c’est qu’on ne privilégie pas tous les même critères ! Certains préfèrent les émotions, d’autres les qualités techniques » raconte Pedro. Hector renchérit en déclarant que lui vote vraiment « avec son cœur et en fonction de ce qu’il a ressenti ».

Des émotions, des découvertes, et des voyages

S’ils n’ont pas le droit de révéler leurs coups de cœur avant la remise des prix samedi soir, ils sont d’accord pour dire qu’avec les douze documentaires, ils ont voyagé, découvert d’autres mondes, d’autres façons de vivre, ont développé une connaissance plus fine de l’actualité. Ils ont souvent été surpris, parfois enchantés, et quelques fois déçus. Et si ce n’est pas le cas de Marcel, les autres admettent qu’il leur est arrivé d’être choqués. « C’est dur de voir un cadavre d’enfant avec le sang et les organes, surtout que nous savons que ce n’est pas de la fiction mais la réalité » reconnaît ainsi Shervin.

Le Fipa terminé, leur mission de jurés accomplie, ils repartiront dans leur pays. « Souvent, ils restent en contact et se revoient, des années plus tard, c’est chouette » déclare Fannou, qui suit les Jeunes Européens depuis huit ans maintenant. Parmi les membres du jury des Jeunes Européens, peu d’entre eux souhaitent travailler dans le monde de l’audiovisuel. « Moi, j’aimerais faire du droit, mais je continuerai à regarder des documentaires et à aller souvent au cinéma » affirme Pedro tandis que Nicholas hésite de son côté entre une carrière de chirurgien et de réalisateur.

Tous conseillent aux jeunes lycéens de s’inscrire et de tenter leur chance. « C’est vrai qu’au début, c’est un peu effrayant de ne connaître personne. Mais on devient très vite tous amis » assure Léonarda. Pas besoin d’être un spécialiste du cinéma, il suffit d’être curieux et d’en avoir envie. « C’est une véritable opportunité de voir les films en premier » s’exclame Darina tandis que Shervin conclut que « c’est une expérience inoubliable d’être juré d’un tel festival, ça apporte une telle ouverture sur le monde, sur l’Europe et sur l’actualité ».

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Session pitches : les projets en compétition

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

La première session

Yorgos Avgeropoulos a ouvert le bal des pitches avec son projet Agora de documentaire sur la vie de la population grecque depuis la crise économique mondiale. Son approche est originale : pendant plus de quatre ans, il a filmé régulièrement quelques personnages, que nous voyons évoluer et changer dans un pays croulant sous le poids des dettes et sous la domination de la troïka. Agora était traditionnellement le symbole de la démocratie, aujourd’hui pour les Helléniques, Agora est synonyme de « marché ».

Ce fut ensuite au tour Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier de faire un pitch. Ils ont présenté Paseo con Franco, sorte de documentaire-road movie sur l’impunité des crimes du dictateur espagnol Franco. Ils projettent de parcourir l’Espagne afin de dresser le portrait d’un pays et d’une société qui n’ont pas fait leur travail de mémoire.

SIA – Room for an African est un projet de fiction porté par deux canadiens, Carlito Gioni et Matthew Mackenzie qui met en scène Abraham, ex-enfant soldat au Liberia, prenant en otage son ami canadien Nick Summer, dans une tentative désespérée d’empêcher un témoin de s’exprimer au procès de Charles Taylor pour crimes de guerre.  Encore peu abouti, l’atout de ce projet est sans aucun doute les connexions des deux auteurs avec les habitants des pays africains où ils ont longtemps travaillé.

Le projet suivant, intitulé Qian’s obssesion, fut présenté par Oriol Martinez et Oriol Gispert. Il a pour sujet une usine de textile chinoise de 2000 employés, créée par un millionnaire Qian Anhua, qui affirme vouloir le « bonheur » de ses ouvriers. Il a l’idée de les faire s’entraîner aux « castells », tradition culturelle importée de Catalogne.

Peu de gens le savent, mais la première grève des femmes en France eut lieu en 1906. Ce sont des transbordeuses d’oranges qui menèrent ce mouvement de colère, à cause des conditions de travail difficiles et de promesses d’augmentation de salaire jamais exécutées. Antoni Casals-Roma et David Casals-Roma propose de revenir sur cet événement peu connu de l’Histoire de France avec un documentaire intitulé Les transbordeuses d’oranges basé sur des fonds d’archives et des témoignages.

Gaizka Urresti Fernandez de Valderrama aimerait monter un film basé sur un prêtre d’une paroisse espagnole qui est à l’origine du groupe d’entreprises le plus important du Pays Basque. Ce projet, intitulé Arizmendiarreta : el hombre cooperativo peut être intéressant si le pape François le béatifie comme annoncé.

Le pitch de Benjamin d’Aoust et de Stéphane Bergmans, jeunes réalisateurs belges, leur a permis de présenter leur idée de série, déjà sélectionnée  par la chaîne RTBF dans le cadre d’un appel à projet. Ils veulent réaliser un thriller feuilletonnant, la Trève, entre les séries « Borgen » et « The Killing », un Cluedo grandeur nature « où la culpabilité d’un seul n’exclut pas la responsabilité des autres ».

Bence Maté et Thorolf Lipp ont conclu cette première « pitches session » avec leur projet War Volunteers, documentaire sur les jeunes Juifs du monde entier qui quittent leurs foyers pour rejoindre l’armée de défense d’Israël.  Ils souhaitent suivre trois jeunes dans leur engagement et sur le terrain. L’idée de cette œuvre est de témoigner de l’évolution physique et psychologique de ces jeunes amenés à combattre pour l’Israël.

La deuxième session

Wei or Die. Un week-end d’intégration qui se termine tragiquement. Des enquêteurs collectent toutes les vidéos et photos du week-end dans une base de données en temps réel et tentent de comprendre comment c’est arrivé. Le spectateur se glisse dans la peau d’un enquêteur dans ce projet transmédia et peut ainsi retracer le cours des événements en adoptant le point de vue des personnes présentes à la soirée. Ce film interactif et voyeur propose à celui qui le regarde d’être en quelque sorte le monteur de son propre film.

Still life donne un second souffle à la vie. Ce documentaire, réalisé par Davide Gambino, suit trois taxidermistes travaillant dans les musées d’histoire naturelle des grandes capitales européennes. En plaçant des animaux sauvages empaillés dans des environnements urbains, le film questionne sur la frontière entre le monde humain et le monde animal. Sensible aux préoccupations écologiques et à la défense de la biodiversité, Still life mélange images singulières et interaction avec le spectateur.

Féministes, inchallah. Les femmes dans les pays arabes n’ont pas attendu les révolutions de 2011 pour s’engager dans la lutte féministe. Ce documentaire ambitieux et engagé de Feriel Ben Mahmoud présente l’histoire de la lutte féministe dans cinq pays du monde arabe en suivant une trame chronologique et en s’appuyant sur les grandes figures comme Huda Sharawi. Retraçant presque un siècle de revendication en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Algérie et enfin en Arabie Saoudite. Cinq pays pour cinq histoires différentes. Le film, coproduit par France 3 mélange des témoignages de pionnières, des récits d’historiens, d’artistes engagés et des images d’archives inédites. Faisant écho aux mouvements sociaux actuels dans le monde arabe, ce film est là pour rappeler que « sans égalité, il n’y a pas de démocratie ».

Dali, Lacroix…au-delà de l’objectif. De 1970 à 1980 à Cadaquès (Catalogne), les époux Dali-Gala et Lacroix ont vécu une relation amicale et intellectuelle forte. Ce documentaire de création, qui regroupe des archives inédites, des photos et des croquis propose au spectateur de s’engouffrer dans l’intimité artistique de l’un des plus grands esthètes du XXème siècle, l’homme derrière l’artiste. Le film est actuellement à la recherche d’un diffuseur en France et en Europe.

Ennemi public. Cette série de 10 épisodes de 52 minutes raconte l’asile que Guy Maréchal, un tueur d’enfant qui sort de prison, trouve dans une abbaye des Ardennes belges. Menacé de lynchage par la vindicte populaire, l’assassin trouve refuge chez les moines mais se trouve bientôt menacé par ses vieux démons, malgré l’aide du frère Lucas. Cette histoire de schizophrénie paranoïaque fait bien entendu penser à un autre fait divers, l’affaire Marc Dutroux. Cette série écrite par quatre auteurs nous immerge dans un univers ésotérique et mystérieux et questionne la légitimité de la justice et des institutions dans une société parfois habitée par des réflexes archaïques et sécuritaires.

Unter Freunden – Among friends est un documentaire transmédia s’intéressant à la législation sur la protection des données. En nous impliquant dans le processus législatif de l’Union Européenne, nous aurons à choisir entre le personnage du parlementaire, de l’activiste ou du lobbyiste afin de définir les règles de transparence et de protection de la vie privée pour le futur. Ce projet complexe est encore en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le film documentaire Voyage en Occident nous embarque en compagnie d’un car de touristes chinois en visite dans les capitales de 7 pays européens, dont le point culminant est la découverte de Paris. Un jeu de miroir et de contrastes entre deux civilisations très différentes. Ce road-movie de 52 minutes relaye avec humour et intelligence quelques stéréotypes coriaces sur la classe moyenne émergente chinoise ainsi que sur les fantasmes et les images d’Épinal que se font les asiatiques à propos de l’Europe.

Jazz Way out. Sept musiciens roms de Budapest sont engagés par le saxophoniste Tim Ries (qui a collaboré avec les Rolling Stones) pour faire découvrir le jazz fusion aux USA. Habitués au quotidien à subir le racisme d’une partie de la société hongroise, les musiciens roms vont apporter un mélange de jazz manouche, de folk et de musique à la terre des grands jazzmen  et connaître une certaine  renommée. Nul n’est prophète en son pays pourrait-on dire. Ce documentaire musical de 52 minutes est en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le jury a parlé, c’est donc Agorá qui l’a emporté. Malheureusement, le réalisateur Yourgos Avgeropoulos étant absent, c’est un de ses proches qui est venu récupérer la récompense.

Sonia Reynaud et Yann Lagarde

Les pitches sessions : 7 minutes pour convaincre

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Pour la première fois cette année, le FIPA Industry propose aux réalisateurs de présenter leur projet de création devant un panel de producteurs et diffuseurs internationaux lors des pitches session.

Le concept des pitches sessions du FIPA Industry est simple. Un réalisateur a sept minutes pour présenter son projet, et lorsque le temps imparti est écoulé, les membres du panel disposent de huit minutes pour poser des questions, s’ils en ont l’envie. « Cette forme de présentation de projets afin de rencontrer des producteurs et diffuseurs n’est pas nouvelle, explique Jean Pelletier, membre du panel pour Radio Canada. Les pitches sessions sont nées à l’International Documentary Filmfestival Amsterdam, et le festival Hot Docs de Toronto en a organisé par la suite. Ces moments sont importants car ils permettent un rapprochement entre les producteurs, et scénaristes. »

Le FIPA a souhaité mettre en place ces sessions afin de développer sa dimension professionnelle. « Il est établi que le FIPA est un carrefour de la création, avec les projections de documentaires, reportages et fictions. Cette année, le Festival a souhaité renforcer sa fonction de point de rencontre entre les professionnels de l’audiovisuels » précise Frédéric Pittoors, consultant et animateur des sessions de pitches. « Nous avons invité des représentants de plusieurs chaînes européennes et internationales, tels que France 5, Radio Canada, ou RTBF. C’est l’occasion pour des projets d’obtenir des financements, et se confronter à la réalité du marché et des avis de professionnels. »

Une étape essentielle mais pas si facile

Seize projets étaient présentés cette année. 16 sur 142 proposés. « Le Fipa a sélectionné les projets  en fonction de leur intérêt, de leur qualité éditoriale, de leur faisabilité, de leur stade de développement. Ils doivent aussi correspondre aux tendances du moment. Ainsi, le thème de la guerre revient pas mal cette année. » remarque Frédéric Pittoors. Le format n’est pas imposé. Ainsi documentaires comme séries sont proposées, et à  des stades de production très différents. Certains peuvent présenter un teaser, quand d’autres en sont encore aux premières recherches.

Sept minutes pour être convaincant ? Pas si facile pour les réalisateurs. Le FIPA les a aidés à se préparer. « Pour nous, c’est une véritable étape structurante dans le développement de notre projet, mais il a fallu apprendre à donner beaucoup d’informations en peu de temps. » confie Sandrine Mercier, venue faire un pitch pour un projet intitulé Paseo con Franco. Le FIPA a alors organisé des sessions de coaching. « On a un peu l’impression de retourner à l’école, rigole Sandrine, mais c’était intéressant d’apprendre à choisir les bons mots et à bien se tenir ».

Après les pitches sessions, le stress de la présentation retombe un peu pour les réalisateurs. Un peu seulement car l’épreuve n’est pas terminée. Les producteurs et réalisateurs rencontrent ensuite en tête à tête les diffuseurs membres du panel qu’ils ont intéressés

. Le meilleur pitch sera récompensé à la fin d’un prix de 2000 euros donné par le FIPA.

Grenzgang, une histoire de seconde chance

Jeudi matin, Gare du midi, le film Grenzgang de la réalisatrice allemande Brigitte Maria Bertele était projeté hors compétition dans le cadre du 27ème Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz.

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Grenzgang, traduit par « la fête de la frontière » en français, est le nom d’un festival populaire organisé tous les sept ans dans la petite ville allemande de Bergenstadt. Chants traditionnels, costumes et bière sont au programme des festivités. Pendant la fête, Thomas fait la rencontre de Kerstin. Lui a grandi dans cette ville et vit maintenant à Berlin. Elle, maman d’un petit garçon, Daniel, est venue s’installer en province suite à son mariage. Premiers regards, premiers échanges, premier flirt. Thomas et Kerstin partage un bref mais intense moment d’intimité.

On les retrouve sept ans plus tard, deux semaines avant le Grenzgang. Entre temps,  ils ne se sont pas revus. Tous deux sont seuls. Elle est désormais séparée de son mari. Elle vit avec sa mère malade et Daniel, son fils, à présent adolescent en crise. Lui est à présent le professeur principal de Daniel, refuse de grandir et cherche l’amour en faisant des rencontres sur internet. Ils finissent inévitablement par se retrouver.

Peu de paroles mais des émotions

Dans ce film, beaucoup de non-dits et d’émotions. La réalisatrice allemande Brigitte Maria Bertele a souhaité adapter le livre du même nom de Stephan Thome, car elle a été touchée par ces personnages, âgés de quarante ans, qui se voient offrir une seconde chance de trouver le bonheur. « A l’époque de nos parents, on se mariait à 25 ans, et on restait ensemble, même si ça n’allait pas. Aujourd’hui, les couples se séparent et retrouvent l’amour. Or cela implique beaucoup de questions, qu’il n’est pas si facile de gérer » explique-t-elle.

Ce film d’une heure vingt-neuf minutes, romantique mais pas cliché est le troisième de la réalisatrice Brigitte Maria Bertele. Elle a aussi réalisé plusieurs documentaires, tels que Horizon Zone, récompensé du Prix du meilleur documentaire au festival de Bianco en Italie. Les deux personnages principaux, touchants, sont joués par Claudia Michelsen (Le chinois, The Reader) et Lars Eldinger (Un weekend en famille). TeamWorx Television et Film GmbH ont produit ce film.

Rencontre avec Grégory Gadebois

Pour sa 27ème édition, le FIPA de Biarritz a programmé quelques nouveautés parmi lesquelles les masterclass. Le premier invité de ces nouvelles rencontres était Grégory Gadebois. Le comédien, césarisé en 2012, s’est prêté, tout en retenue et pudeur, au jeu des questions/réponses avec la journaliste de France Culture Aude Lavigne et le public.

Mercredi, à 15 heures, au cœur du Casino municipal de Biarritz, avait lieu la première rencontre de l’édition 2014 du Fipa. Nouveautés du programme du festival, ces masterclass ont pour objectif « de présenter des créateurs au public », comme l’explique François Sauvagnargues, délégué général du FIPA. Le président de l’Adami, la société d’artistes – interprètes qui soutenait l’évènement, ajoute que « de tels instants permettent au public de découvrir ce qu’il se passe dans la tête d’un artiste ».  Le premier à s’essayer à l’exercice n’était autre que Grégory Gadebois, comédien. Guidé par Aude Lavigne, journaliste à France Culture, ce grand timide est revenu sur son parcours professionnel.

Du mauvais élève au pensionnaire de la Comédie Française

Gregory Gadebois, né une quarantaine d’année plus tôt en Normandie, n’était pas bon élève lorsqu’il était enfant. « On peut le dire, j’étais carrément nul » confesse-t-il avec un léger sourire. Perdu, il n’a aucune maîtrise sur sa vie et son avenir. Sa mère, pour l’aider à vaincre sa timidité, a alors l’idée de l’inscrire à un cours de théâtre. Faire carrière sur scène, il n’y avait encore jamais pensé. Selon lui, il s’est juste « retrouvé là ». C’est un univers riche, passionnant et intriguant qui s’ouvre pourtant à lui. Un nouveau monde, dans lequel celui qui a toujours souhaité faire comme les autres, trouve enfin  sa place.

Poussé par son professeur, il passe quelques temps plus tard le concours d’entrée au Conservatoire de Rouen. C’est un succès. Il enchaîne ensuite avec le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Là, il fait la rencontre de certains professeurs, parmi lesquels Catherine Higiel, chez qui il retrouve un écho de sa vision des choses, du monde, des gens. Une fois diplômé, il travaille quelques années sur scène et devant des caméras, avant de devenir pensionnaire pour cinq ans à la Comédie Française. A cette époque, il joue énormément. « Une fois, j’ai compté, j’avais joué 38 fois au cours d’un mois de février qui ne comptait que 28 jours ». De ces années, il retient une profonde expérience théâtrale.

La reconnaissance du grand public

En 2012, Grégory Gadebois décroche le césar du meilleur espoir masculin pour son rôle dans le film Angèle et Tony, d’Alix Delaporte. Il y joue le rôle d’un marin pêcheur, avec un cœur généreux, très observateur du monde qui l’entoure, très économe en paroles. « Je joue peut-être trop des silencieux » semble s’interroger l’acteur, devant le public du Fipa. C’est en effet aussi le rôle d’un homme non bavard qu’il joue au théâtre depuis plusieurs mois et qu’il est venu présenter au Fipa : Charlie, le héros de l’œuvre Des fleurs pour Algernon.

Gregory Gadebois

Grégory Gadebois

La pièce connaît un véritable succès à Paris, et est actuellement en tournée dans toute la France. L’adaptation télévisée réalisée par Yves Angelo est en compétition dans la catégorie fiction de la 27ème édition du Fipa. Et inutile de penser que Gadebois assistera aux projections programmées. « Je n’ai jamais vu aucun de mes films. Je préfère que les gens me disent ce qu’ils en pensent. Si jamais quelqu’un me voit, me dit qu’il a aimé, et que je le visionne ensuite, alors je saurais qu’il a menti. » Un grand acteur et comédien qui reste timide et presque pudique, malgré la reconnaissance du public pour son talent.

 

 

 

 

Repère : les catégories, les prix et les jurys

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d'ouverture

Le président du FIPA, Dider Decoin, lors de la cérémonie d’ouverture

Cette année, 93 œuvres sont en compétition pour la 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels. Séries, fictions, documentaires, grands reportages, Fipa d’or, Eurofipa d’honneur… Pas évident de s’y retrouver ! Un rappel des catégories, des prix, et des jurés vous aidera à surfer sur la vague Fipa 2014.

  • Catégorie fiction. Séries, adaptation télévisée d’une pièce de théâtre, téléfilms…  Variées sont les créations qui s’affronteront dans cette section. Le jury, composé du président Alain Tasma (scénariste et réalisateur), de Carlos Saboga (auteur) et de Béatrice Thiriet (compositrice), décernera cinq récompenses : le Fipa d’or, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, celui de la meilleure interprétation masculine, un autre pour la meilleure musique et enfin un Fipa d’or sera attribué au meilleur scénario.
  • Catégorie série. Venues de France, de Suède, du Mexique ou encore d’Israël, les œuvres de cette catégorie seront en compétition pour cinq prix (Fipa d’or, Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine, le Fipa d’or de la meilleure interprétation féminine, le Fipa d’or de la meilleure musique et celui du meilleur scénario). Le jury de cette catégorie est présidé par Podz (scénariste réalisateur), accompagné de Sylvie Coquart (scénariste) et Marie Kremer (comédienne).
  • Catégorie documentaire de création. Dans cette catégorie, des productions didactiques sur des thèmes aussi variés qu’un mouvement radical inuit, Churchill ou Picasso s’affronteront pour obtenir un Fipa d’or. Celui-ci sera décerné par un jury constitué du président Mahamat Saleh Haroun (auteur et réalisateur), Jean-Christophe Klotz (auteur, réalisateur) et Amélie Saillez (réalisatrice).
  • Catégorie grand reportage et investigation. Les œuvres d’enquête de cette section se disputeront aussi un Fipa d’Or, qui sera attribué par Pascale Bourgaux (réalisatrice), Danielle Arbid (réalisatrice, scénariste) et Pascal Paradou (journaliste), qui forment le jury. De plus, dans cette catégorie, un prix sera décerné par le jury des jeunes européens.
  • Catégorie musique et spectacle. Bruno Fontaine (compositeur) sera à la baguette du jury réunissant aussi Stéphanie Argerich (auteur) et Frédéric Fisbach (metteur en scène, comédien). Ils attribueront un Fipa d’or à une création artistique concourant dans cette section.
  • Catégorie Smartfip@ : cette dernière catégorie est la plus récente du Fipa. Elle rassemble la version 2.0 des programmes audiovisuels tels que du transmédia, de la narration immersive ou encore de la réalité augmentée. Un Fipa d’or – prix du public sera remis à une création 2.0 portée par la vague de la révolution technologique.

D’autres distinctions, hors catégorie, viendront compléter le palmarès 2014. D’abord, associé avec France Télévisions, le Prix Michel Mitrani, du nom du créateur du festival en 1987 distinguera une première ou deuxième œuvre européenne, quels que soient le genre et le format (fiction, série, documentaire, etc). Ensuite, le prix Jérôme Minet sera décerné à une société de production. Enfin, le réalisateur belge Jan Matthys se verra remettre l’Eurofipa d’honneur de cette 27ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels.