Faire partie du jury?« J’adore ! »

Pascale Bourgaux, grand reporter et présidente du jury pour la catégorie  « grand reportage » donne son sentiment sur l’exercice de juré au FIPA. Rencontre.

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pour vous, c’est quoi être membre d’un jury pour le FIPA ?

J’adore ! C’est une grande découverte. Je n’avais jamais été jury de ma vie dans un festival. Mais j’adore pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’on voit pleins de beaux films, pleins de beaux sujets, qu’on apprend des choses et qu’on voyage… Le voyage est obligatoire. On a un choix qui est imposé. On découvre alors des choses qu’on n’aurait peut être pas été voir si on avait dû choisir comme quand on va au cinéma. Première chose donc on apprend, donc on ne perd pas son temps forcément.

Quoi d’autre encore ?

On fait fonctionner un cerveau que normalement on ne fait pas fonctionner. On ne regarde pas seulement  le film pour passer un bon moment. On doit aussi avoir un regard de professionnel, est-ce que c’est bien tourné, monté etc. Donc ça c’est très agréable puisque l’on se rend compte qu’avec notre petite expérience on n’est pas complètement nul !

Autre chose ?

Cela me donne confiance en moi. Et je pense que cela prend du temps de prendre confiance en soi, surtout quand on fait ce métier… Ce n’est pas simple. On vit des situations difficiles. Et là tout d’un coup, non seulement on nous demande notre avis, on nous écoute, on nous chouchoute ! On n’est pas toujours chouchouté, on ne nous écoute pas toujours. Donc c’est génial. Cela me donne beaucoup de confiance et aussi beaucoup d’inspiration.

J’ai vu que aviez présenté au FIPA 2012 Les larmes du seigneur afghan. Qu’est ce que ça fait d’être de l’autre côté de l’écran ?

On se rend compte à quel point c’est effectivement compliqué de choisir entre des films. Quand on participe avec un film, on y va avec son bébé. On a envie que le bébé soit aimé par un maximum de gens, on met son cœur sur la table. Et quand on est de l’autre côté, c’est l’inverse. On est là, on est froid, on n’a pas souffert pour faire le film, on n’a pas perdu d’argent, on n’a pas perdu d’amis sur le terrain. On est juste là dans une salle et on regarde. C’est une autre approche. C’est un autre stress aussi.

Parmi les films que vous jugez est-ce que vous connaissiez déjà certains producteurs, réalisateurs ?

C’est un petit milieu. Il y a  des gens qu’on connait, qu’on côtoie… C’est très compliqué. Je ne savais pas si je pouvais leur dire bonjour ! Mais tout le monde connaît les règles du jeu. Donc on se dit bonjour. Cela se passe très bien.

Cela ne vous gêne pas de juger vos pairs justement ?

La fonction crée l’organe, moi ça me va très bien. C’est très compliqué et je crois justement que c’est quand on a souffert pour faire des films, pour aller sur des terrains difficiles, qu’on peut être apte à faire cela. Je n’aurais  jamais pu faire ça il y a dix ans. C’est impossible. C’est un truc de vieux. Peut-être pas de vieux mais il faut avoir un minimum d’expérience sinon on ne peut pas juger les autres. Je n’ai pas tout fait non plus. Mais voilà je commence à avoir un regard sur les choses, qui n’est peut être pas intéressant. Mais on m’a choisi donc je fais le travail! J’aime beaucoup.

Etes-vous prête à retenter l’expérience ?

S’ils ont encore besoin de moi au FIPA je reviens. J’adore ça ! Vraiment !

Pascale Bourgaux est un grand reporter spécialisée dans le Moyen-Orient, notamment l’Iran, l’Afghanistan ou encore l’Irak. Après avoir longtemps travaillé pour la chaîne de télévision belge RTBF, elle vit aujourd’hui à Paris et travaille pour différents médias comme France 24, France 2 ou encore Le Monde. Elle donne aussi des cours à Sciences Po et fait également du BD-reportage.

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Intrigant, angoissant, captivant : Zauberberg

Ne pas aimer les films policiers et pourtant être captivée au point de s’en ronger un ongle ? L’effet de Zauberberg, une fiction du réalisateur autrichien Andreas Prochaska.

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

 Intrigant

Basse-Autriche, région de Semmering : une petite fille, Aline Staller, vient d’être kidnappée dans son propre domicile, à l’insu de sa mère, le docteur Karin Staller. Pour la police locale, il n’y a aucun doute. Le coupable ne peut être que Max Rieger. Pourquoi ? L’homme est atteint d’une maladie mentale bien particulière : il est angoissé par les enfants, au point d’en avoir poussé un d’un bus… Il les entend, il est la cible de leur moquerie. Mais tout cela se passe dans la tête de Max. Ce sont ses « démons », pour reprendre les mots du personnage principal, Brock. Brock est psychologue de la police. Mais surtout, il a été le psychologue de Max. C’est lui qui a attesté un diagnostic favorable pour la remise en liberté de Max. Pourtant, malgré toutes les photos d’enfants présentes au domicile de Max, Brock doute. Mais le spectateur comprend vite lui aussi que Max est peut-être innocent. Entre alors en scène une femme, Monika Kramer, ancienne aide-soignante de Max mais bien plus encore… Et que signifie cette peluche près de la rue avec une bougie et des fleurs ?

Donner plus d’éléments ? Ce serait dévoiler tout le puzzle subtil d’Andreas Prochaska ! Les indices se lient entre eux de manière étonnante dans un univers bien angoissant.

Angoissant

Dès les premières images du film, le ton est donné. Atmosphère sombre, gros plan de la petite fille qui joue, le spectateur dans les yeux du ravisseur. Zauberberg– ou La Montagne des miracles –a la trame de nombreux films policiers. Des suspects que tout semble accuser, un enquêteur au profil atypique qui- on n’en doute pas- saura résoudre l’énigme. Mais Zauberberg se focalise sur un point : la psychologie. La psychologie des personnages est complexe. À commencer par Max et sa peur des enfants. Le sentiment d’angoisse perceptible tout au long du film se ressent aussi sur l’image. On a presque l’impression de pénétrer l’esprit de Max. La psychologie c’est aussi la dégradation petit à petit du docteur Karin Staller, mère de la petite enlevée. La puissance de l’amour maternel est un aspect majeur du film. Et Monika Kramer, l’ancienne aide-soignante, met aussi le spectateur mal à l’aise. Entre tous ces personnages, Brock, le psychologue justement, sait trouver les mots qu’il faut. Bref, l’histoire tourne autour de l’état d’esprit des personnages, mis en avant par Andreas Prochaska avec brio.

Captivant

1h28 de film n’aura jamais été aussi courte. La résolution des énigmes est tellement étonnante que le spectateur se laisse véritablement prendre par l’histoire. Il est possible à certains moments de deviner ce qui va se passer. Mais le scénario est tellement invraisemblable qu’on se laisse réellement prendre par l’histoire. À partir d’un événement, les vies de Max, de Monika, du docteur Staller et de la petite Aline ont été bouleversées. Mais la liste n’est pas complète…

Zauberberg : captivant au point de faire froncer les sourcils dangereusement !

 To be continued…

Zauberberg a été réalisé pour la chaîne publique autrichienne ORF. Une représentante de la chaîne avait prévenu au début de la séance : c’est un film qui « prend aux tripes ». Mais surtout, les aventures de Brock ne sont pas prêtes de s’arrêter là. Le spectateur a été averti, Brock est un personnage attachant. On ne sait pas grand-chose de lui dans le film. Apparemment professeur à ses heures perdues, une certaine Mme Annie qui s’occupe de lui… Et vu comment il dispose ses affaires avec précision, on pourrait supposer un petit caractère maniaque. La chaîne compte bien produire d’autres réalisations autour du personnage de Brock. On ne peut que l’encourager.

Zauberberg
Réal. Andreas Prochaska, Autriche, 1h29
Prod. Aichholzer Filmproduktion, GmbH

Fini High School Musical : enfin la vraie vie des ados !

Coup de cœur. Tout le monde connaît ces comédies musicales sur la vie d’ados tous aussi beaux les uns que les autres, qui chantent, dansent et qui – même s’ils en pensent le contraire – ont une vie quasi-parfaite. Mais la vraie vie des ados, ce n’est pas ça. Et c’est ce que démontre à merveille le film de David André, Chante ton bac d’abord !, film hybride entre le documentaire et la comédie musicale.

Chante ton bac d'abord! Crédit photo: FIPA

Chante ton bac d’abord! Crédit photo: FIPA

Le quotidien d’une bande de potes

Direction le Nord de la France. Chante ton bac d’abord !, c’est l’histoire de Gaëlle, Nicolas, Alex, Caroline, Rachel et Alice. L’histoire se passe à Boulogne-sur-Mer, « une ville au bord de la mer loin de ses années dorées », comme chante Gaëlle. C’est l’année du bac, sauf pour Alex qui a redoublé sa classe de 1ere. Tout au long du film, on découvre la vie de ces adolescents en classe de Terminale avec leurs complexes, leurs doutes mais aussi leurs rêves. C’est leur quotidien mais c’est aussi la vie de leurs parents. On voit à l’écran des parents qui ne veulent qu’une chose : la réussite à tout prix de leurs enfants. Gaëlle, la « narratrice », veut faire du théâtre. Mais pour son père, ce projet est complètement fou : « Je ne peux pas la laisser rêver. C’est interdit ». Bref, des jeunes ordinaires qui ne veulent qu’une chose : croire en la vie.

Tout est réel !

Simplement « une mise en forme du réel mais pas de mise en scène.» C’est la réponse donnée par David André suite à la projection après une question de la salle sur la construction du film. Même si cela peut paraître complètement fou, tout ce qui est montré à l’écran est vrai. Caroline qui tremble en buvant son verre en discutant de l’avenir avec son petit ami Alex, le moment de l’annonce des résultats… pas des moments mis en scène mais vraiment des moments pris « sur le vif » pour reprendre les mots du réalisateur. Rien n’a été inventé.

Même la période où Nicolas disparaît et connaît un moment de dépression. Oui, Nicolas, le 1er de la classe au profil atypique, poète qui fume des pétards, a vraiment décidé à un moment de s’éclipser. La raison ? Son animal de compagnie, Douglas, qui n’est autre qu’un canard, est mort. Comme le dit David André, il travaillait avec son équipe sur une « matière volatile ». Pas de scénario écrit, aucune anticipation possible de la situation. Il ne pouvait même pas savoir si les parents feraient le projet jusqu’au bout. Et surtout, ils ne savaient même pas si la bande qu’il avait choisie savait chanter…

Une histoire en chanson

Car l’originalité de Chante ton bac d’abord !, ce sont des ados qui non seulement parlent de leur vie mais qui chantent aussi cette vie. Le film est alors entrecoupé de moment de chant, comme une comédie musicale. Comme le précise David André, effectivement ces moments de chant ne sont pas « naturels ». Et justement le réalisateur exprime durant la session de questions/réponses sa peur que cela ne fasse planer le doute sur le caractère vrai de ce qui est présenté dans le film sous son aspect documentaire. Mais au contraire, ces chansons, pour certaines proposées par David André lui-même, donne une plus grande force à l’histoire de cette bande.

David André explique que c’est seulement au bout de 4 mois qu’il a parlé de son idée de chansons à ces jeunes acteurs ! Il explique que son but n’était pas d’attirer des futurs « Star Académiciens ». D’ailleurs, le choix de Boulogne s’est fait aussi un peu par hasard, un jour en passant, pour la beauté de ces paysages. Ainsi, c’est Alex, autrefois atteint d’une leucémie, qui chante dans une église « Je ne veux plus m’en faire pour les petits soucis de la vie », c’est Nicolas qui chante « Hiver interminable, avenir insondable ».

Un public conquis

Des moments de rire, des moments plus tristes… La salle n’a pu s’empêcher d’applaudir à la fin du film. C’est un David André sous les acclamations du public. Pourtant, le thème du bac est un sujet aujourd’hui banalisé en France. Mais David André a su revisiter ce thème de manière originale en alliant documentaire et comédie musical.

Chante ton bac d’abord !, un chef d’œuvre, diffusé bientôt sur France 2.

Chante ton bac d’abord! Documentaire /Réalisateur: David André /France /1h22

Audiovisuel 3.0

Outre des projections, le FIPA est aussi l’occasion de s’interroger sur l’évolution du monde audiovisuel. C’est l’idée notamment du  BarCamp  du SmartFip@.

 « BarCamp : la conférence dont vous êtes le héros »

Ni expert, ni novice. Le concept du BarCamp est de réaliser une conférence ouverte à tous. Le principe est simple. Différentes thématiques autour de l’audiovisuel sont proposées. Chaque personne choisit la table ronde à laquelle il veut participer. La discussion s’organise autour de questions et de réponses entre amateurs et professionnel. Puis chaque groupe propose un compte rendu du début. Le thème abordé cet après-midi : le transmedia.

Le transmedia qu’est ce que c’est ?

Le transmedia, c’est la diffusion d’un même contenu sur différents supports, télévision et internet par exemple. L’idée est d’adapter un programme de différentes manières pour toucher le public de plusieurs façons. Il ne s’agit donc plus de rester cantonné à un média spécifique mais d’utiliser plusieurs moyens de communication permettant de faire évoluer le produit. Dans cette évolution, le spectateur a un rôle clé. En effet, le spectateur devient acteur. Son avis sur le programme est sollicité. Mais il peut être aussi sollicité physiquement. Le produit n’est donc plus conçu de manière définitive.  A ce titre, le multimédia apparait comme l’ancêtre du transmedia. Certes, l’interaction entre différents médias était déjà possible. Mais le programme était figé une fois pour toute, pas avec le transmedia.

Concrètement c’est quoi ?

Le transmedia, c’est par exemple la télévision connectée. Tout en regardant un programme, le spectateur peut séparer l’écran en plusieurs parties s’il veut avoir des précisions sur un point. Le transmedia consiste aussi à solliciter les spectateurs via les réseaux sociaux. Le programme se modifie suivant les envies des spectateurs. Une série peut aussi devenir un jeu en ligne. Exemple avec The Spiral diffusé sur Arte.En fait, le projet n’est plus seulement une fiction. La participation du spectateur permet un retour à la réalité. C’est une « réalité augmentée ».

Mais alors, tous auteurs ?

Une des tables du BarCamp s’est intéressée plus particulièrement à la question des auteurs dans le transmedia. Est-il possible de dire qu’i y a un auteur quand plusieurs personnes participent à l’élaboration du produit ? Jean-Claude Mocik, Responsable de la filière conception, écriture et réalisation à l’Institut National de l’Audivisuel (INA), Roland Dargelez, auteur, réalisateur, conseiller,formateur et Jean-Jacques Gay, éditorialiste (fondateur et critique d’art) à  Spamm.arte.tv se sont interrogés à ce sujet en compagnie d’étudiants et de personnes intéressés par l’audiovisuel. C’est aujourd’hui une question complexe. Dans tous les cas, il y a souvent derrière les produits un travail d’équipe à prendre en compte. Reste à savoir si le spectateur peut lui aussi être considéré comme un auteur. L’ouverture que permet le transmedia ne présente donc pas que des avantages.

BarCamp

BarCamp

Bref, le transmedia est un concept de plus en plus présent dans le monde audiovisuel. Exemple notamment avec le projet « Nouvelles Écritures » de France Télévisions.

 

Egypte : histoire d’une crise

L’arrivée des Frères musulmans au pouvoir n’a pas mis un terme à la crise amorcée en 2011 avec la Révolution du 25 janvier. C’était sans compter l’influence sur le pays d’un de leurs principaux adversaires, l’armée. La crise égyptienne, une crise complexe donc, que tentent d’expliciter Marcela Gaviria et Martin Smith, producteurs du reportage Egypt in crisis– L’Egypte en crise.

Egypt in Crisis Crédit photo: FIPA

Egypt in Crisis Crédit photo: FIPA

 Un nouveau départ ?

La chute d’Hosni Moubarak a permis à l’Egypte elle aussi de connaître son Printemps Arabe avec l’arrivée du premier président démocratiquement élu de son histoire, Mohammed Morsi. Sa particularité ? Il est membre des Frères Musulmans. Egypt in Crisis se propose de retracer l’épopée d’un parti fondé sur la religion islamique, passé de la marginalisation au pouvoir. Face à un candidat de l’ère Moubarak, le peuple a choisi le parti qui se portait alors garant de la liberté, de la démocratie et de la justice. Mais la révolution égyptienne n’a pas été à la hauteur des espérances de nombreux égyptiens. Point culminant : la signature d’un décret le 22 novembre 2012 permettant au président de s’arroger les pleins pouvoirs. « Il ne peut pas être mon président » s’est dit alors un des intervenants du reportage. Mais Egypt in Crisis montre comment le président avait déjà déçu ses partisans. Parmi les raisons de cette déception : la place accordée à l’armée dans la nouvelle Egypte. Comme affirme une interviewée, « Malheureusement, ce n’était pas Mandela.»

L’armée : au cœur du pouvoir égyptien

Le reportage de Marcela Gaviria et de Martin Smith met l’accent sur le rôle de l’armée  dans la crise égyptienne. Tout au long de la chronologie, la position de l’armée apparaît ambivalente. C’est d’abord une armée qui semble du côté du peuple au moment de la première révolution, un peuple qui appelle même l’armée à le soutenir : « L’armée et le peuple main dans la main. » C’est la même armée pourtant qui n’a pas hésité à utiliser la manière forte pour réprimer des manifestants et mettre un terme aux troubles de la rue: « Tu es content avec ta révolution maintenant ? » Et c’est encore vers cette même armée que le peuple s’est retourné pour faire face aux Frères Musulmans.

Le point avec les producteurs

Pour Martin Smith, l’armée n’est du côté de personne, « l’armée est du côté de l’armée. L’armée est simplement pour l’armée. » Il affirme alors que l’armée s’est mise du côté du peuple en janvier 2011 car elle avait compris la force du peuple face à Moubarak. Marcela Gavira insite quant à elle sur la popularité de l’armée en Egypte : « Je ne pouvais pas comprendre quand nous étions en train de faire le film pourquoi ce peuple qui avait subi tant de répression sous l’ère Moubarak pouvait soutenir la puissance militaire ; après les répressions vécues en 2011, pourquoi le peuple demandait à l’armée de revenir et de les sauver. Je pense que l’on doit comprendre qu’en Egypte, c’est la seule institution qui fonctionne vraiment. C’est une institution bien ancrée tout le monde a quelqu’un qui fait partie de l’armée. »

L’état profond

Pour Martin Smith, l’armée s’adapte aux différentes situations car une seule chose compte: préserver son pouvoir. Egypt in crisis montre en fait une armée égyptienne qui semble purement et simplement au-dessus du pouvoir politique. Elle est un des piliers de l’ « état profond » égyptien. Sous cette expression se cache les structures qui détiendraient réellement le pouvoir en Egypte au nombre de quatre : la Cour Suprême, les médias d’Etat, la police et enfin l’armée. Ainsi, la victoire des Frères musulmans en Egypte ne pouvait pas être totale.

Pas 1 mais 2 révolutions

La révolution du 25 janvier 2011 a amené Mohammed Morsi au pouvoir. Deux ans plus tard, celle du 30 juin affirmait l’échec des Frères musulmans. Mohammed Morsi avait affirmé lui-même devant les caméras d’Egypt in crisis en 2011 que le parti n’avait pas pour objectif les élections. C’est pourtant le même homme qui s’accaparé tous les pouvoirs, trop de pouvoirs, tel un « pharaon ». L’armée a donc saisi cette brèche pour renforcer sa position en Egypte.

Egypt in Crisis montre toutes les difficultés de la transition politique de l’Egypte et se pose en reportage de référence sur la question égyptienne.

Durée:53 minutes

La Syrie est aussi au FIPA

Alors qu’aujourd’hui toutes les caméras sont braquées sur la conférence de Genève-2, le FIPA lui aussi est au cœur de l’actualité avec la Syrie. Au programme : Syrie 2.0 : The Battle of Aleppo- Syrie 2.0 : la bataille d’Alep, réalisé par Amedeo Ricucci, journaliste pour la Radiotelevisione Italiana (RAI). Originalité ? Des images tournées uniquement à l’aide d’un smartphone.

Amedeo Riccuci, © Huffington Post Italie

Amedeo Riccuci, © Huffington Post Italie

 Au cœur de l’enfer

6 octobre 2012 : c’est le début du périple d’Amedeo Ricucci entré en Syrie muni seulement d’un smartphone. L’objectif est alors pour la RAI d’entrer au cœur d’une bataille sur laquelle peu d’informations circulent. Jour après jour, le journaliste ère dans les rues d’une ville en décombres sur fond de bombardements. Tout au long du reportage, c’est la rencontre avec les combattants de l’Armée Syrienne Libre (ASL) en lutte contre le régime de Bachar al-Assad. Sang, blessés, cadavres : les images d’Amadeo Ricucci sont à la fois inédites et tragiques, parfois même choquantes. Tout comme la conférence de Genève-2, le reportage fait état de la division au sein de l’ASL. Amadeo Ricucci a suivi notamment le périple des « Martyrs de Badr », groupe d’environ 90 membres. Leur détermination pour combattre le régime de Damas ne fait aucun doute. Le journaliste commente la dure réalité de la guerre : ce sont parfois des « enfants » qui scandent « Bachar, fils de chien ». La guerre ne concerne pas seulement les combattants. C’est aussi le quotidien de civils. Acheter du pain ? File d’attente interminable, parfois pour rien.

2.0

Le reportage d’Amadeo Ricucci est aussi une illustration des difficultés du journalisme de guerre. Le smartphone apparaît pour le journaliste le meilleur moyen d’être au cœur du conflit.

 « C’est pas sympa les bombes sur la gueule ».

La tension est palpable. Impossible de se déplacer sans protection. Le casque est de rigueur, même à la maison. Du côté de la rédaction en Italie, l’inquiétude est à son comble : «On devrait lui dire de rentrer.» Amedeo Ricucci n’hésite pas à affirmer : «La sécurité est en option». La réalité des images plonge le spectateur aussi dans le conflit. Il est face à des moments de pression intense mais aussi des moments de relâchement. Voir un homme jouer avec un chat n’aura sûrement jamais été aussi apaisant.

Une lueur d’espoir ?

Comment ne pas ressentir de la tristesse en regardant Syrie 2.0? Il est alors facile de comprendre la défiance d’une femme face à la caméra d’Amadeo Ricucci : «Vous filmez, vous filmez mais ça ne sert à rien.» Compassion aussi, en attendant les mots d’un combattant : «On veut vivre, se marier, faire ce que font tous les peuples dans le monde.»

Mais les images ne sont pas toujours sombres. Sourires d’enfants, avec des yeux brillants, des vêtements colorés mais surtout faisant le V de la victoire.  Ces images proviennent d’un camp de réfugiés à proximité de la frontière turque. Point commun avec Genève-2 : la question des réfugiés, dans le territoire syrien mais aussi vers les pays voisins. C’est donc l’ensemble de la région qui est concernée par le conflit syrien. Ces gens ne veulent qu’une chose, le retour de la paix.

L’aventure d’Amedeo Ricucci s’achève le 21 octobre 2012. Genève-2 s’achèvera le 25 janvier 2013. Syrie 2.0 est un beau reportage. Mais face à temps de dégâts, comment ne pas espérer un compromis et in fine la paix?

Vous avez dit FIPA campus ?

Le FIPA, c’est bien sûr l’audiovisuel. Mais FIPA rime aussi avec étudiant. Le Festival International de Programmes Audiovisuels ne serait pas ce qu’il est sans la participation de nombreux jeunes à la manifestation.

1 500: c’est environ le nombre d’élèves et étudiants confondus, qui viennent pour cette occasion à Biarritz, des quatre coins de la France et au-delà. Pour gérer tout ce monde, un pôle, le FIPA campus. Présentation avec une des responsables du pôle rencontrée hier, jour d’ouverture du festival, Marion Czarny.

Marion Czarny

Marion Czarny

Le FIPA campus en quelques mots

C’est «le pôle qui concerne en fait toutes les relations avec les scolaires, les étudiants et la jeune création. Donc tout ce qui touche à la formation, à l’éducation à l’image, et aux projets de jeunes professionnels passent par le FIPA campus.» Travailler avec les jeunes, pour Marion Czarny, c’est une caractéristique fondamentale du FIPA. Et le festival n’en est pas à son premier essai.

«Le FIPA campus en tant que tel avec son nom, existe depuis 3 ans. Avant cela s’appelait la mission aux universités. Et depuis la création du FIPA, il y a toujours eu une volonté de la direction d’inclure les jeunes et de faire des projets spécifiques avec les jeunes».

En dépit des différentes évolutions et modifications des activités concernant les jeunes, «il y a toujours eu au FIPA un pôle jeunesse qui concernait l’accueil de scolaires c’est-à-dire des collégiens, des lycéens qui viennent de la région voir des films, rencontrer des professionnels.»

 Une expérience étudiante inédite

Concernant les étudiants plus spécifiquement, participer au FIPA est un exercice pratique densément riche. Marion Czarny présentent «des étudiants qui viennent dans le cadre de leur formation au FIPA pour avoir des contacts, mettre en pratique ce qu’ils apprennent toute l’année.» Les horizons sont multiples: du journalisme au master de production, en passant par la communication, l’information ou encore la réalisation.

Un maître mot: expérience. «C’est toujours pour les étudiants un moment important parce qu’ils sont dans le vif du sujet. Ils sont en situation presque pré-professionnelle, presque professionnelle. Ils doivent s’organiser rapidement. Il y a des changements de situation, ils doivent se retourner, et trouver un plan B. Ils rencontrent des professionnels. C’est là qu’ils testent aussi, s’ils font des tournages, des films, des interviews… Ils sont en situation professionnelle.» Les étudiants présents au festival sont certes encadrés par leurs équipes pédagogiques respectives. Toutefois, il n’empêche que c’est pour eux une manière de «toucher la réalité du terrain». À la question des difficultés que peuvent rencontrer les étudiants, Marion Czarny évoque surtout le fait que «les professionnels sont là pour vendre des films, acheter des films, voir des films et que du coup ils n’ont pas forcément le temps de bien accueillir des jeunes professionnels.»

Tous les étudiants ne restent pas pendant toute la durée du festival pour une question de coût. La participation au FIPA est enrichissante. Mais cette participation demande aux étudiants certains frais, notamment en termes de transport, de logement, surtout lorsqu’ils viennent de loin.

 À l’international

Le FIPA c’est 98% d’étudiants français. Mais c’est aussi des étudiants étrangers.

« Depuis une dizaine d’année, on a un spécial « Jeune création »  c’est-à-dire qu’on invite des écoles internationales à présenter des programmes d’une heure et demi de films qui sont projetés.» Parmi les invités, l’INSAS à Bruxelles, la Standford University en Californie, une école polonaise la Wajda School ou encore une école allemande, l’Academy of Media Arts. Marion Czarny cite également la participation d’étudiants chinois à l’événement.

 Pour la vie?

Les jeunes et le FIPA ? Une histoire d’amour qui dure depuis longtemps et qui ne semble pas prête de s’arrêter. Marion Czarny s’en fait la garante : « Ça fait longtemps que ça marche et c’est important pour le FIPA au niveau de l’impulsion. Pour nous c’est important qu’il y ait la relève, et que du coup dès le plus jeune âge, les étudiants soient concernés, participent au festival. »