Fipoff – Épisode final

Nous avons laissé nos micros ouverts hier soir, pour votre plus grand bonheur.

Par Florence Morel et Claire Bargelès

Publicités

Pourquoi TF1 ne m’a pas emballée cette année

Espace Industry du FIPA

Espace Industry du FIPA

Le FIPA Industry accueille les professionnels de la télévision pour qu’ils nous présentent leurs nouveaux programmes.TF1 mise sur trois programmes un peu clichés : un chauffeur de taxi, un gynéco sexy et une mère éplorée.

La petite salle de conférence est bondée, car TF1 est présent au FIPA pour présenter en exclusivité les programmes de cette nouvelle année. C’est normal après tout, TF1 est « la chaîne la plus diversifiée (…), la seule qui arrive à mobiliser un audimat de 7 millions de téléspectateurs pour une production nationale, Julie Lescaut », selon la responsable de la chaîne.

Alors je me suis dit que si leur « line-up » (programmation) se base sur Julie Lescaut, dont le dernier épisode a été diffusé hier soir, je n’allais pas vraiment être emballée. Mais TF1 a sorti les gros moyens pour présenter ces trois nouvelles séries : Taxi Brooklyn, Intervention et Ce soir je tuerai l’assassin de ton fils. Focus sur ces trois programmes qui se veulent à l’américaine, mais avec la french touch qui fait toute la différence.

Taxi Brooklyn : clichés et compagnie

La première série est franco-américaine produite notamment par Luc Besson. Après ses fameux Taxi, le producteur a décidé de changer de ligne directrice en proposant une série avec pour second protagoniste… un chauffeur de taxi. Bon, cette fois-ci, ce n’est pas Samy Naceri qui est aux commandes mais Jacky Ido. La première est une femme flic, qui ne sait pas conduire. Ensemble, ils vont enquêter en conduisant un taxi fou dans les rues de Brooklyn. Vous avez dit clichés ?

J’ai alors pensé : « bon ok, ça ne va pas être super fin, mais bon, quand je rentre du boulot, je n’ai pas forcément envie de me prendre la tête avec un documentaire sur tissage et métissage en Ouzbékistan. » Certes, mais il faudrait au moins que l’action soit bonne et que l’on comprenne ce que le trailer veut nous dire. A part des voitures qui vont se poursuivre et rentrer dans tous types d’obstacles qui ont la fâcheuse manie de toujours se trouver en plein milieu de la route, je n’ai pas vraiment compris où va se trouver le suspens.

Un Urgence à la maternité ?

Le deuxième programme brandi par TF1 est Intervention, en co-production avec Gaumont et avec comme super star Anthony Delon qui incarne un chirurgien gynécologue. Alors forcément, le trailer laisse entendre que tout ne va pas se passer comme prévu, qu’Anthony va soigner une femme qu’il n’aurait pas dû soigner, qu’il va avoir des démêlés avec la justice…

Comme Anthony est work addict (accro au travail), son couple bat de l’aile. Sa copine lui lance un ultimatum avec en musique de fond une sublime métaphore : une voix féminine, qu’on imagine être sa mère, qui lui demande quand est-ce qu’il donnera à sa petite amie un enfant, vu qu’il en donne déjà à tant de femmes. Série confectionnée pour la ménagère de moins de 50 ans ? Certainement. Mais l’image est facile, le scénario n’est pas très original, je n’ai pas vraiment hâte.

Ce soir je ne regarderai pas ton film

Ce soir je tuerai l’assassin de ton fils est une adaptation télévisuelle d’un roman. Casting alléchant –J.P Roove, Audrey Lamy…-, musique avec des violons, des larmes, du mauvais temps et encore des larmes. Ce téléfilm raconte l’histoire d’un homme qui écrase un petit garçon accidentellement. C’est un jour de pluie, l’atmosphère est sombre, j’ai compris que j’allais devoir chercher mes mouchoirs.

J.P Rouve a l’air convaincant, il est le chef d’une petite entreprise dans laquelle travaille le père du garçon qu’il a tué. Il incarne un père de famille confronté à la responsabilité qu’implique un accident mortel. Or il les fuit, tout en essayant un rapprochement avec le père du défunt, histoire que deux ou trois trajets qu’il lui offre en voiture rachètent sa faute. Dommage, France 2 a proposé le même sujet avec en Guest Star Éric Cantonna pas plus tard que ce mois-ci.

Alors non, TF1 ne surprend pas réellement, et moi qui n’ai pas été émue par l’annonce du dernier Julie Lescaut, je ne regarderai pas ces nouveaux programmes. À quand une série où un beau gosse chirurgien conduit un taxi pour sauver sa fille d’un tueur en série ?

L’artiste modelé par ses femmes

Affiche du film Picasso, Histoire d'une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Affiche du film Picasso, Histoire d’une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Pablo Picasso s’est éteint un matin d’avril 1973, laissant derrière lui près de 50 000 œuvres. Picasso, inventaire d’une vie retrace sa vie à travers ses œuvres restées cachées.

Tout commence le jour des obsèques de Pablo Ruiz Picasso, lorsque ses héritiers ont pour mission de classer ses œuvres. C’est alors que le commissaire priseur –et ami du peintre- Maurice Rheims avait déclaré : « Tout prenait alors une valeur de témoignage (…) La peinture moderne, oui, est en berne, mais Picasso, non ».

Fils d’un peintre espagnol, Pablo Picasso nait en 1881 à Malaga et y passe sa jeunesse, pour aller vers la capitale puis enfin à Barcelone. A travers ses premiers dessins, on perçoit les talents du jeune Pablo et sa découverte de grands peintres qui l’influenceront toute sa vie. Mais c’est à Barcelone que l’artiste connaît la vie de bohème et ses premières expériences sexuelles et artistiques.

Vous les femmes…

Après Barcelone, Picasso décide de monter à Paris. Il fait alors la connaissance de poètes, dont Apollinaire de qui il restera très proche. Mais c’est la mort de son ami Carlos Casagemas qui marque une période marquante de l’œuvre du peintre, la période bleue. Elle est en rupture avec la période très colorée qui avait fait le succès de l’artiste à son arrivée à Paris.

C’est alors que la venue d’une femme, Madeleine, va lui redonner goût à la vie et le faire entrer dans sa période rose. Le documentaire montre à travers les peintures de Picasso comment les femmes ont bouleversé sa vie. En effet, Picasso ne pouvait pas s’empêcher de peindre ses amantes, plus jeunes, ou de les mentionner de manière plus subtile – Marie-Thérèse Walter n’avait que 17 ans lors de leur rencontre, il se contentait alors de ses initiales.

 La naissance du cubisme et le surréalisme

Comment parler de Picasso sans parler du cubisme ? Considéré comme le fondateur du mouvement artistique avec son ami Georges Braque, Picasso a eu un réel intérêt pour la photographie. Après l’avoir vue comme une concurrence à la peinture, Picasso va se servir de la photographie pour déstructurer les formes du visage. De là nait la première exposition cubiste dont Matisse dira : « Tiens, Picasso nous fait une exposition de petits cubes. » On découvre des photographies et des images d’archives permettent alors au spectateur de se plonger dans l’époque et de découvrir Picasso jeune.

Mais la Première Guerre mondiale marque la fin du cubisme. Le documentaire met alors en relief l’autre grand courant auquel a participé l’artiste : le surréalisme. Marie-Thérèse en est alors son principal modèle. S’en suivent des tableaux avec le Minotaure, cet être mythologique qui violente la jeune fille dans des scènes osées pour l’époque.

Puis, dans l’entre-deux-guerres, Picasso fait la connaissance de Dora Maar, s’engage politiquement et réalise son œuvre la plus connue : Guernica. La jeune femme très engagée a donné une réelle dimension politique à l’œuvre de Picasso. Il attendra la fin de la Seconde Guerre mondiale pour prendre sa carte au Parti Communiste français. Cependant, il restera incompris de la part des hauts fonctionnaires du parti puisque ne correspondant pas aux canons du réalisme socialiste.

Un homme qui peint ce qu’il ressent

« Picasso ne peignait pas les choses telles qu’il les voyait, mais telles qu’il les ressentait. » On découvre beaucoup de ses autoportraits, que l’on a peu l’habitude de connaître. Ils représentaient pour lui une réelle thérapie et il les confectionnait de façon quasi systématique lors des drames de sa vie. Ainsi a-t-il peint son portrait lors de la mort d’Apollinaire ou encore lors de sa double relation avec Dora et Marie-Thérèse.

Il finit sa vie dans sa villa de Mougins, sur la Côte d’Azur, auprès de sa dernière compagne Jacqueline. Il ne cessera de peindre jusqu’à son dernier jour, entièrement replié sur lui-même et sur ses œuvres, autant de peintures que de sculptures, de gravures ou encore de céramiques.

A sa mort, Pablo Picasso aura laissé des milliers d’œuvres dans toutes ses maisons. Le documentaire nous montre ainsi la production quasi-surhumaine de l’artiste, mais aussi comment les tourments de sa vie amoureuse y ont contribué. Emouvant, rempli d’archives vidéo et de photographies inédites, on a l’impression de connaître cet artiste qui n’a donné, durant toute sa vie, qu’une seule interview télévisée.

Picasso, l’inventaire d’une vie
Hugues Nancy, France, 1h50

Un nouveau FIPA pour la 27ème édition ?

Industry YLECette année marque un renouveau dans l’histoire du festival, avec l’arrivée du FIPA Industry. Le but recherché : mettre en avant la collaboration entre créateurs et diffuseurs de programmes audiovisuels.

Un salon de rencontre

Quand on rentre dans l’établissement Bellevue, on est d’abord frappé par… la vue ! L’immense baie vitrée qui tapisse le fond de la salle rend le cadre idéal pour stimuler les négociations entre producteurs, diffuseurs et créateurs.

C’est donc dans ce cadre idyllique que les professionnels se rencontrent. Des conférences sont organisées et des salons de thé improvisés permettent des négociations entre réalisateurs, producteurs et créateurs de programme audiovisuels. Les professionnels peuvent ainsi arpenter des stands, comme celui des archives régionales d’Aquitaine, pour y faire leur marché, ou encore se renseigner sur les différents line-up des chaines présentes.

Vous avez dit line-up ?

Encore un terme anglo-saxon me direz-vous ! Alors qu’il désigne tout simplement la programmation d’une chaîne de télévision ou de radio. Il s’agit donc d’une ligne éditoriale ou d’un choix de programmes qui est fait par une chaîne dans le but de viser une audience spécifique. C’est la Finlande qui a ouvert le bal, avec comme interlocutrice Ritta Pihlajamäki, la responsable de la chaine publique finlandaise Yle.

Ancienne journaliste, elle est venue présenter principalement deux des chaines phares du groupe : Yle TV1 et Yle TV2. Les objectifs sont simples : arriver à faire du neuf tout en gardant le « vieil audimat » finlandais. En effet, la responsable ne cache pas qu’il va être difficile de garder les mêmes téléspectateurs avec les nouveaux programmes présentés, comme ceux de HBO –la chaine qui nous vient des Etats-Unis, connue pour des séries comme Game of Thrones, Sex and the City ou encore Six Feet Under- ou encore des productions nationales. La TV1 recherche un public plus jeune et à « montrer ce qui n’avait jamais été vu avant ».

Pour cela, les Finlandais ne manquent pas d’imagination. Après des séries comme Borgen ou Top of the Lake, le pays où le soleil ne se couche pas en hiver nous a montré en exclusivité trois de ces nouveaux programmes. Le premier nous montre un jeune couple en train de s’embrasser. La jeune fille demande à son petit ami de s’arrêter un instant pour qu’elle aille « se repoudrer le nez. » En fait, elle veut aller aux toilettes, mais quoi de plus embarrassant que d’uriner quand son petit copain est dans la pièce d’à côté ? Pour cela, la Finlandaise a la réponse : allumer tous les appareils électriques qui se trouvent autour d’elle, afin de couvrir les bruits gênants. La scène se termine sur l’incompréhension du jeune homme, visiblement surpris du bruit que peut faire de la poudre sur le nez de sa petite amie.

Le deuxième est un documentaire, Mot, et retrace les relations spéciales qu’il existe entre la Finlande et la Slovénie. On y apprend que la Slovénie achète des armes finlandaises. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont des plus ambiguës découvre-t-on. Ritta nous confesse que les journalistes qui ont réalisé le documentaire ainsi qu’elle-même ont risqué perdre leur travail sous pression slovène, et suite à la diffusion du documentaire sur la Yle TV2. Le gouvernement finlandais a dû directement prendre les devants pour assurer leur sécurité.

Enfin le troisième, un documentaire sur une star nationale, nous surprend moins, car plus proche de ce qu’on a l’habitude de voir. On y fait la connaissance de l’acteur dans ses moments intimes, certes insolites, mais qui nous touchent moins.

Pourtant des surprises il y en aura ! Durant le reste de la semaine, HBO Central Europe, France Télévision ou encore TF1 devraient venir nous présenter leurs « line-up ». On attend alors avec impatience de voir s’ils feront preuve d’humour et d’originalité.