Et les FIPA d’or sont attribués à …

Le Palmarès de cette 27ème édition du FIPA a été dévoilé lors de la soirée de clôture du festival, suivi de la projection du téléfilm de Sarah Lévy, La clinique du Docteur Blanche. Retrouvez tous les détails sur les films et les jurys sur le site officiel du FIPA

Les Lauréats du 27ème FIPA (Crédits FIPA)

Les Lauréats du 27ème FIPA (Crédits FIPA)

Catégorie Fiction

FIPA d’or attribué à 3XManon de Jean-Xavier de Lestrade

FIPA d’or d’interprétation féminine attribué à Emily Watson pour son rôle dans The politician’s husband

FIPA d’or d’interprétation masculine attribué à Eduard Fernandez pour son rôle dans Descalç sobre la terra vermella

FIPA d’or du meilleur scénario attribué à Britta Stöckle pour le scénario de Pass gut auf ihn auf

FIPA d’or de la meilleure musique originale attribué à David Cervera pour la musique de Descalç sobre la terra vermella

 

Catégorie série

FIPA d’or attribué à Arvingerne d’August Pernilla

FIPA d’or d’interprétation féminine attribué à Helen McRory pour son rôle dans Peaky Blinders

FIPA d’or d’interprétation masculine attribué à Cilian Murphy pour son rôle dans Peaky Blinders

FIPA d’or du meilleur scénario attribué à Maya Ilsoe pour le scénario d’Arvingerne

FIPA d’or de la meilleure musique originale attribué à Martin Phillips pour la musique de Peaky Blinders

 

Catégorie documentaire de création

FIPA d’or attribué à Chante ton bac d’abord ! de David André

 

Catégorie Grand reportage et investigation

FIPA d’or attribué à Congo Business Case de Hans Bouma

 

Catégorie musique et spectacle

FIPA d’or attribué à Colin Davis in His Own Words de John Bridcut

 

Catégorie Smart Fip@

FIPA d’or attribué à 1914, Dernières nouvelles de Bérénice Meinsohn

 

Prix Mitrani attribué à Le Copain d’avant de Laurent Marocco et Françoise-Renée Jamet

Prix des Jeunes européens attribué à Bringing Tibet Home de Tenzin Tsetan Choklay

Prix Jérôme Minet attribué à Des Fleurs pour Algernon de Yves Angelo

Prix Télérama attribué à Art War de Marco Wilms

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Voyage au Congo, version hollandaise

Hans Bouma a filmé son ami Daniel Knoop, ancien fonctionnaire de la FAO bien décidé à monter son affaire au Congo afin d’aider les fermiers à organiser leur marché et les sortir d’une économie de subsistance. Cette entreprise, relatée dans Congo Business Case, va se révéler plus compliquée qu’il n’y parait, malgré toute l’énergie déployée par Daniel. Rencontre avec ce réalisateur hollandais.

Hans Bouma, réalisateur de "Congo Business Case"

Hans Bouma, réalisateur de « Congo Business Case »

Comment en êtes-vous venu à axer votre documentaire sur votre ami Daniel et aviez-vous un pressentiment sur la tournure que prendrait l’aventure ?

Dès le début, j’ai choisi Daniel du fait de sa personnalité. C’est un personnage qui a un côté fantastique et qui est porteur d’une dramaturgie particulière. C’est quelqu’un de véritablement convaincu et investi dans ce qu’il défend. Sa philosophie consiste à mettre en place des échanges égalitaires entre les acteurs sur le terrain, selon la logique du « Trade not aid » (échanger et non pas aider). Et il s’implique entièrement pour essayer de réaliser cela.

J’avais bien sûr des doutes et des critiques sur son projet mais je les ai gardés pour moi et je me suis contenté d’observer. J’avais en tête dès le début qu’avec un tel personnage, on partait sur de bonnes bases pour un film réussi. Et il faut bien avouer que si j’avais filmé un grand succès, le reportage aurait été moins percutant. C’est cynique mais les problèmes et les tensions rendent le documentaire plus dramatique.

Mais même si sa tentative s’est soldée par un échec, le documentaire montre quelque chose du monde réel et n’édulcore pas les situations traversées lorsque quelque chose va mal. C’est la valeur du documentaire, on ne suit pas un script précis comme dans une fiction, mais on suit ce qui se passe dans la réalité.

A la vue des difficultés que Daniel doit affronter et du décalage entre les mentalités congolaises et occidentales, on hésite souvent entre rire ou pleurer. Est-ce que la principale difficulté dans l’entreprise de Daniel n’est pas d’essayer d’imposer le modèle libéral qui est totalement étranger à la population congolaise ?

En effet, cette philosophie très libérale qui consiste à mettre le marché au cœur du développement est une vision très occidentale et ne correspond pas forcément à leur idéologie. C’est finalement un film très européen que j’ai réalisé, un film dans lequel les lois du marché ont gagné. C’est très frappant aux Pays-Bas, peut-être encore plus qu’en France, car tout repose sur les qualités individuelles et le principe de méritocratie.

Mais je n’ai pas voulu transmettre un message clair dans ce film. Il ne faut pas forcément vouloir le surinterpréter pour lui donner un sens. Un bon documentaire, comme une bonne peinture, doit procurer des émotions au moment même où on le regarde. Ce n’est qu’après que l’on peut tenter de l’expliquer et de le théoriser. Mais l’interaction avec l’œuvre d’art se fait dans l’instant où elle est découverte. Le documentaire est comme une porte, qui propose au spectateur de quitter sa chaise pour entrer dans un autre monde.

Vers la fin du reportage, Daniel prononce cette phrase terrible : « Je crois que je préfère désormais la biodiversité aux hommes ». Pensez-vous qu’il a définitivement perdu ses illusions et son utopie au cours de cette expérience ?

Daniel perd totalement sa passion pour les Congolais. Je pense que cela a été trop dur. Il a eu beaucoup de difficultés et le documentaire ne montre pas tout. C’est un pays qui est également confronté à la corruption omniprésente. Daniel finit par réaliser qu’il ne peut plus vivre là-bas. Il l’exprime de façon frustrée mais je peux le comprendre. Il était parti dans l’optique d’aider les fermiers congolais et, au terme de son expérience, il n’a plus du tout cette perspective. Il ne se préoccupe plus que de l’écosystème. Mais je ne pense pas qu’il ait trahi sa croyance. Ce film montre la vie réelle, avec tous ses miracles mais aussi ses désespoirs.

Le permis de tuer de l’Etat israélien

Le nouveau documentaire du journaliste allemand Egmont R. Koch, Lizenz zum Töten, s’interroge sur la légitimité des actions des services secrets Israéliens. L’argument est intéressant mais l’on peut regretter que la forme vienne gâcher le propos.

Lizenz zum Töten du réalisateur Edgmont Koch

Lizenz zum Töten du réalisateur Edgmont Koch

Un corps en lambeaux transporté sur une civière du Croissant Rouge. Des taches de sang sur le lit. Une femme éplorée et ses enfants qui crient leur rage. Des blessures ouvertes. C’est sur ces images tournées en 2011 à Hébron, après l’assassinat d’un palestinien pris par erreur pour un terroriste par l’armée israélienne, que s’ouvre le grand reportage d’Egmont R. Koch. Intitulé « Lizenz zum Töten » (Permis de tuer) en référence à un opus de James Bond, le reportage présente différents cas d’exécutions plus ou moins ciblées dans les territoires palestiniens mais aussi dans d’autres pays, notamment à Dubaï.

Une mise en forme dommageable

On entend bien l’argument. Et les faits sont indéniables. L’Etat d’Israël et ses services secrets, le Mossad, outrepassent le droit international en se permettant d’assassiner les suspects terroristes, non seulement sur leur territoire mais aussi à l’étranger. Et ce impunément. Les témoignages d’anciens membres des services secrets et les archives exploitées par le reporter donne du crédit au propos. Une erreur mortelle à Hébron les conduit à assassiner la mauvaise personne, un innocent père de famille. A Ramallah, un ennemi d’Israël a été brutalement assassiné en pleine rue. Et c’est une véritable opération planifiée qui s’est déroulée dans un hôtel de Dubaï, afin de tuer un responsable du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, dans sa chambre d’hôtel.

Malheureusement, la forme de ce documentaire saborde toutes ces qualités. La musique omniprésente, censée appuyer les révélations au fil du documentaire, est assez insoutenable. Son association avec une voix-off très apprêtée et des montages peu soignés donne un résultat proche des vidéos amateurs dénonçant les théories du complot. Il n’y a pas de ligne directrice claire et le réalisateur se contente d’accumuler des exemples d’assassinats impunis sans vraiment les lier les uns entre les autres. Les images violentes de corps meurtris tentent d’apitoyer et de choquer les spectateurs mais le surplus de pathos dessert les arguments en préférant l’émotionnel et le spectaculaire aux démonstrations rationnelles. Finalement, c’est un documentaire décousu et peu convaincant malgré l’importance de la thèse défendue.

Lizenz zum Töten
Réal. Egmont R. Koch, Allemagne, 43 min
Prod. Egmont R. Koch Filmproduktions

« Le FIPA n’est qu’un début ! »

Le FIPA, c’est aussi des rencontres entre professionnels et la présentation de projets audiovisuels. Nous avons rencontré Martine Vidalenc, productrice au sein de sa société « MarmitaFilms », et présente au FIPA pour présenter Un paseo con Franco lors de la séance de « pitches » organisée durant le festival.

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de "Paseo con Franco"

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de « Paseo con Franco »

Quelles sont les différentes étapes de production d’une œuvre audiovisuelle ?

Un producteur a un rôle d’accompagnement de projets et de créateurs qui lui tiennent à cœur. C’est un véritable engagement dans le processus créatif. Il faut accueillir le projet, et savoir lui donner le temps qu’il nécessite, la respiration dont il a besoin. Tout commence par la rencontre entre un auteur et un producteur, autour d’un projet plus ou moins développé. Cette phase est primordiale car c’est à chaque fois une nouvelle aventure qui commence, comme un petit mariage dans lequel on s’engage.

Puis il faut réaliser un diagnostic sur l’état d’avancement du projet, et définir exactement vers quoi il s’oriente : un film d’histoire ne sera pas diffusé de la même façon qu’un film de société. Cette étape est très importante pour se diriger par la suite vers les bons interlocuteurs. Une fois les financements trouvés, un budget peut être défini et le tournage peut commencer.

Enfin, la phase de diffusion est vitale. Les films ne sont pas faits pour rester dans des placards mais pour entrer en contact avec le public. C’est une dynamique qui implique d’aller jusqu’au bout de la démarche et de ne pas se contenter de tourner un film et de passer à un autre. Mais là aussi, il faut savoir à quel diffuseur proposer quel production, et à quel festival les inscrire.

Que vous apportent le FIPA Industry et les rencontres avec les professionnels ?

C’est une expérience très positive dans un espace agréable qui permet de créer une proximité immédiate entre les professionnels. Le projet que nous présentons aujourd’hui au FIPA, « Un paseo con Franco » en est encore au stade de l’écriture. Cette présence au FIPA est donc très importante car elle nous permet de proposer un projet nouveau, de susciter la curiosité, et de recevoir les réactions de certains diffuseurs. Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec les réalisateurs Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier et nous souhaitons inscrire le projet dans cette continuité tout en proposant quelque chose de nouveau. Ces rencontres au FIPA Industry ne sont qu’un début et devront être prolongés sur d’autres terrains.

Est-ce qu’un réalisateur ou un producteur peut réussir à vivre de ses œuvres ?

En effet, ce n’est pas simple, particulièrement lorsque l’on produit des documentaires. Les profils des auteurs et des réalisateurs sont très différents. Certains ont une double profession et sont à la fois réalisateurs et journalistes, ou enseignants. Et beaucoup portent leur projet sur plusieurs années et ne réalisent qu’un documentaire tous les quatre à cinq ans. Quelques-uns parviennent à vivre exclusivement de leur art, grâce aux conditions plutôt favorables en France qui permettent de toucher des droits lors des diffusions et de bénéficier du statut d’intermittent. Quant aux producteurs, afin de vivre de leur métier, doivent parfois faire des concessions et définir leur ligne éditoriale. Quoi qu’il en soit, cela reste difficile d’écrire ou de produire. Ce n’est pas loin d’un sacerdoce, et il faut s’engager pleinement.

Aparté avec Pierre Lemaître

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 pour son roman Au revoir là-haut, était l’invité du FIPA lors d’un échange animé par Didier Decoin, président du Festival. Rencontre.

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 (Crédits FIPA)

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 (Crédits FIPA)

Que vous a apporté cette rencontre au FIPA, et ces échanges avec Didier Decoin ainsi qu’avec votre lectorat ?

Je n’étais pas tant impressionné par les échanges avec mes lecteurs, que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer, que de ce dialogue avec Didier Decoin, qui est vraiment quelqu’un que j’admire. Je suis ce qu’on peut appeler un jeune romancier, je n’ai commencé ma carrière que récemment, et me voilà reçu par un écrivain et un scénariste expert. J’ai été très impressionné par la circonstance d’une telle rencontre avec une personne pour qui j’ai beaucoup de reconnaissance. J’étais ravi d’être là !

Votre dernier livre Au revoir là-haut se déroule aux lendemains de la Première guerre mondiale. Bien que vous précisiez ne pas vouloir être pris pour un « ancien combattant » et ne pas être un spécialiste de cette période historique, y a-t-il des productions audiovisuelles sur la Grande Guerre qui vous ont marqué ?

Oui, autant en littérature j’ai été bouleversé par Les croix de bois de Roland Dorgelès, autant Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick m’a profondément marqué. C’est un film vraiment puissant. Et il a été produit par James B. Harris, qui va adapter mon roman Alex. J’ai également été touché par La grande illusion de Renoir. En revanche, j’ai été un peu moins convaincu par les films plus récents.

Plusieurs de vos œuvres sont actuellement en cours d’adaptation sur grand écran. Le film est-il un prolongement de l’œuvre littéraire ?

La littérature et le cinéma sont deux arts qui se complètent. Je pense que la narration est un besoin naturel de l’homme, qui ne peut s’empêcher de se raconter des histoires afin d’appréhender le réel. Et, bien souvent, les œuvres cinématographiques ou audiovisuelles partent d’une œuvre littéraire afin d’en faire autre chose, d’en éclairer d’autres aspects. Je pense que la littérature est un vivier d’histoires dont le cinéma ne peut se passer.

Au revoir là-haut a été décrit par Didier Decoin comme un « page turner » : on ne peut s’empêcher de continuer la lecture jusqu’au bout. Ne pensez-vous pas que si une adaptation audiovisuelle devait être réalisée, le format de série TV permettrait de reproduire cet effet presque addictif ?

Oui, tout à fait, c’est un excellent parallèle. La série télévisée repose sur des mécanismes similaires qui donnent envie au téléspectateur de connaître la suite, et de continuer à regarder. Cependant, elle n’offrirait pas la même durée ni le même tissu narratif qu’un long-métrage. La mini-série s’attacherait peut-être davantage aux détails et mettrait l’accent sur cet effet « page turner » à la différence d’un film.

L’histoire à la télévision, le pari de l’avenir ?

Le « FIPA Industry », plateforme novatrice de cette 27ème édition, propose des rencontres entre professionnels pour échanger sur les nouvelles perspectives de l’audiovisuel. Ce matin, débat entre les responsables documentaires de chaînes de télévision afin de savoir quels sont les enjeux des productions historiques sur le petit écran.

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Les professionnels de la télévision débattent de l’Histoire à la télévision

France 3, Arte, RTBF (Belgique), YLE (Finlande), et Rai Storia (Italie). Ces cinq chaînes doivent répondre aux défis contemporains et apprendre à se renouveler dans un paysage médiatique en pleine mutation. Et parmi leurs productions, le documentaire historique remporte un franc succès. En France, les succès de productions comme « Secrets d’histoire » (France 2) ou « L’ombre d’un doute » (France 3) témoignent de cet intérêt des téléspectateurs pour l’enquête historique sur des sujets plus ou moins récents. Loin d’être une exception française, ce goût renouvelé est confirmé en Finlande, en Belgique ou en Italie comme l’expliquent les responsables documentaires des chaines nationales présents ce matin.

Les raisons d’une fascination pour l’Histoire

Les temporalités varient selon les pays : tandis que la Rai Storia produit davantage de documentaires consacrés à l’histoire ancienne, la RTBF se concentre davantage sur l’histoire contemporaine. Quant à la Finlande, la YLE s’attache à retracer les petites histoires, plus banales mais révélatrices de nos sociétés. Mais l’engouement pour le documentaire historique touche particulièrement les récits des deux guerres mondiales, en particulier en France, pays qui aime à réfléchir sur les violences dans l’Histoire.

La France se caractérise en outre par une passion particulière pour la politique. Comme le souligne Dana Hastier, directrice de l’unité documentaire de France 3, c’est un pays qui « aime à se raconter ». Les documentaires historiques prennent donc toute leur ampleur dans ce pays où le roman national est omniprésent et où règne une certaine nostalgie de l’époque « plus glorieuse ». Les écoles d’histoire y sont très nombreuses et les débats entre historiens assez vifs. Le tout associé à une véritable passion du romanesque qui caractérise la France selon les intervenants. C’est donc un terreau idéal qui offre un public vivace pour de telles productions audiovisuelles. Mais les succès d’audimat sont les productions qui restent centrées sur la France et peu sur l’international. Le regard plus international d’Arte, chaîne européenne, permet d’offrir une perspective plus ouverte, bien que le public soit moins nombreux.

Faire évoluer le documentaire historique

Les documentaires historiques sont régis par les mêmes règles que les autres programmes audiovisuels : ils doivent s’adapter et sans cesse se renouveler. Il faut donc sortir de la simple chronologie qui fait intervenir des experts donnant une leçon d’histoire et se tourner vers de nouveaux formats davantage attractifs. L’usage des transmédias, qui permettent de reconnecter les œuvres télévisées au web, permet par exemple de rendre les débats plus interactifs. Quant à l’historien, il est voué à changer de nature, et tout en restant une caution, les nouvelles générations deviennent aussi co-auteur.

La solution serait peut-être de faciliter la coopération en Europe, en développant les co-productions. Néanmoins, ces associations sont plus faciles pour les séries que les documentaires. Et le public des grandes chaines nationales, en particulier françaises, sont peu intéressé par l’international et se concentrent sur l’histoire de leur pays. Quoi qu’il en soit, les producteurs de documentaires historiques en Europe auront les mêmes défis à relever au cours des prochaines années.

Une souris et un homme

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Le long-métrage Des fleurs pour Algernon, réalisé par Yves Angelo et dont l’unique rôle est confié à Gregory Gadebois, parvient à transcrire à l’écran la pièce de théâtre dont il s’est inspiré, et ce avec succès.

« C’est l’histoire d’un homme qui a pour partenaire une caméra qui le filme ». C’est ainsi que Yves Angelo résume la fiction qu’il a réalisé et qui est aujourd’hui présenté au FIPA : Des fleurs pour Algernon. Cette adaptation de la pièce de théâtre mise en scène par Anne Kessler, elle-même écrite d’après le roman de science fiction de Daniel Keyes, consiste en effet en un monologue porté de façon formidable par l’acteur Gregory Gadebois. Ce dernier parvient, en complicité avec son réalisateur, à transposer son rôle théâtral au petit écran et à en présenter d’autres aspects.

Charlie a un QI anormalement faible. Pourtant, il n’est pas bête, mais simple, et extrêmement motivé pour progresser, comme le soulignent les docteurs de l’hôpital. Ce qui le bloque, c’est qu’il ne parvient à penser, à imaginer, ou à se projeter. Il reste perdu dans un labyrinthe de perplexité, et se désole qu’une souris blanche du nom d’Algernon réussisse mieux que lui les tests soumis par les docteurs. Les choses vont progressivement changer lorsqu’il est sélectionné pour devenir le cobaye d’une expérience destinée à le rendre intelligent. Devenu Charles grâce au respect gagné en raison de son QI anormalement élevé, il n’en reste pas moins esseulé et coupé des moyens de communication avec le monde qui l’entoure.  C’est lorsque la souris Algernon, à laquelle il est très attaché et qui a subi la même opération que lui, montre les premiers signes de dégénérescence que Charles comprend que malgré toutes les connaissances engrangées, il est voué à redevenir Charlie à terme.

Un parcours en forme de courbe de Gauss

Les évolutions entre les états d’intelligence du personnage ne sont pas immédiates. Elles se font selon le modèle de la courbe de Gauss : une amélioration progressive, jusqu’à l’acmé, suivi d’une lente dégénérescence. Charles prend peu à peu conscience du monde qui l’entoure, du rire blessant de ceux qui se moquent de sa bêtise, et du ridicule microcosme de la bourgeoisie scientifique. Il comprend progressivement que l’on se sert de lui et qu’il n’est rien d’autre qu’un cobaye. Mais cette lente ascension lui permet en outre de goûter aux joies de la connaissance, de l’apprentissage universel des sciences, des arts et des lettres, et de trouver de nouvelles formes de langage comme la musique qui passe par son violoncelle. Il jouit également du pouvoir de séduction associé à cette intelligence, mais reste fidèle à son premier et éternel amour. Gregory Gadebois parvient avec brio à sublimer cette lente transformation tout en soulignant que Charles et Charlie ne sont pas deux personnes différentes mais bien un seul et même homme. Certes le langage se transforme, Charles gagne en confiance, mais il reste fidèle à Charlie, qui n’était pas un sous-homme contrairement à ce que pense le personnel hospitalier. Ce lien est préservé grâce à l’amitié qu’il entretient avec Algernon, qui évolue à ses côtés.

La caméra, dernier allié face à la solitude

Pour suivre cette lente progression à travers le tunnel de la connaissance, Yves Angelo a choisi un dispositif qui permet de souligner à la fois l’intériorité et l’extériorité du monologue. L’unique personnage est filmé durant tout le long métrage par une caméra portée, à laquelle il s’adresse telle une confidente. La caméra, et les spectateurs qui lui sont liés, n’est pas une présence désincarnée mais interpelle silencieusement Charlie, qui lui narre son parcours. C’est cette proximité crée avec le protagoniste, ainsi que la simplicité des décors déserts et la beauté de la photographie qui interpellent le spectateur et l’émeuvent. Le public du théâtre est ainsi remplacé par celui du cinéma par l’intermédiaire de la caméra. Le monologue et les silences prennent alors toute leur ampleur dans la bouche d’un Gregory Gadebois saisissant.

La déferlante approche…

Accrochez vous à vos planches, la nouvelle vague des productions audiovisuelles s’apprête à affluer sur Biarritz, et ce dès mardi 21 janvier !

Retrouvez toute la programmation de la 27ème édition du Festival International des Productions Audiovisuelles (FIPA) sur le site officiel du festival.

Toute l’équipe de d’Un grain dans les bobines vous donne rendez-vous à partir de la semaine prochaine pour aller tâter l’eau et découvrir ensemble les nouvelles productions de cette année 2014.