L’artiste modelé par ses femmes

Affiche du film Picasso, Histoire d'une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Affiche du film Picasso, Histoire d’une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Pablo Picasso s’est éteint un matin d’avril 1973, laissant derrière lui près de 50 000 œuvres. Picasso, inventaire d’une vie retrace sa vie à travers ses œuvres restées cachées.

Tout commence le jour des obsèques de Pablo Ruiz Picasso, lorsque ses héritiers ont pour mission de classer ses œuvres. C’est alors que le commissaire priseur –et ami du peintre- Maurice Rheims avait déclaré : « Tout prenait alors une valeur de témoignage (…) La peinture moderne, oui, est en berne, mais Picasso, non ».

Fils d’un peintre espagnol, Pablo Picasso nait en 1881 à Malaga et y passe sa jeunesse, pour aller vers la capitale puis enfin à Barcelone. A travers ses premiers dessins, on perçoit les talents du jeune Pablo et sa découverte de grands peintres qui l’influenceront toute sa vie. Mais c’est à Barcelone que l’artiste connaît la vie de bohème et ses premières expériences sexuelles et artistiques.

Vous les femmes…

Après Barcelone, Picasso décide de monter à Paris. Il fait alors la connaissance de poètes, dont Apollinaire de qui il restera très proche. Mais c’est la mort de son ami Carlos Casagemas qui marque une période marquante de l’œuvre du peintre, la période bleue. Elle est en rupture avec la période très colorée qui avait fait le succès de l’artiste à son arrivée à Paris.

C’est alors que la venue d’une femme, Madeleine, va lui redonner goût à la vie et le faire entrer dans sa période rose. Le documentaire montre à travers les peintures de Picasso comment les femmes ont bouleversé sa vie. En effet, Picasso ne pouvait pas s’empêcher de peindre ses amantes, plus jeunes, ou de les mentionner de manière plus subtile – Marie-Thérèse Walter n’avait que 17 ans lors de leur rencontre, il se contentait alors de ses initiales.

 La naissance du cubisme et le surréalisme

Comment parler de Picasso sans parler du cubisme ? Considéré comme le fondateur du mouvement artistique avec son ami Georges Braque, Picasso a eu un réel intérêt pour la photographie. Après l’avoir vue comme une concurrence à la peinture, Picasso va se servir de la photographie pour déstructurer les formes du visage. De là nait la première exposition cubiste dont Matisse dira : « Tiens, Picasso nous fait une exposition de petits cubes. » On découvre des photographies et des images d’archives permettent alors au spectateur de se plonger dans l’époque et de découvrir Picasso jeune.

Mais la Première Guerre mondiale marque la fin du cubisme. Le documentaire met alors en relief l’autre grand courant auquel a participé l’artiste : le surréalisme. Marie-Thérèse en est alors son principal modèle. S’en suivent des tableaux avec le Minotaure, cet être mythologique qui violente la jeune fille dans des scènes osées pour l’époque.

Puis, dans l’entre-deux-guerres, Picasso fait la connaissance de Dora Maar, s’engage politiquement et réalise son œuvre la plus connue : Guernica. La jeune femme très engagée a donné une réelle dimension politique à l’œuvre de Picasso. Il attendra la fin de la Seconde Guerre mondiale pour prendre sa carte au Parti Communiste français. Cependant, il restera incompris de la part des hauts fonctionnaires du parti puisque ne correspondant pas aux canons du réalisme socialiste.

Un homme qui peint ce qu’il ressent

« Picasso ne peignait pas les choses telles qu’il les voyait, mais telles qu’il les ressentait. » On découvre beaucoup de ses autoportraits, que l’on a peu l’habitude de connaître. Ils représentaient pour lui une réelle thérapie et il les confectionnait de façon quasi systématique lors des drames de sa vie. Ainsi a-t-il peint son portrait lors de la mort d’Apollinaire ou encore lors de sa double relation avec Dora et Marie-Thérèse.

Il finit sa vie dans sa villa de Mougins, sur la Côte d’Azur, auprès de sa dernière compagne Jacqueline. Il ne cessera de peindre jusqu’à son dernier jour, entièrement replié sur lui-même et sur ses œuvres, autant de peintures que de sculptures, de gravures ou encore de céramiques.

A sa mort, Pablo Picasso aura laissé des milliers d’œuvres dans toutes ses maisons. Le documentaire nous montre ainsi la production quasi-surhumaine de l’artiste, mais aussi comment les tourments de sa vie amoureuse y ont contribué. Emouvant, rempli d’archives vidéo et de photographies inédites, on a l’impression de connaître cet artiste qui n’a donné, durant toute sa vie, qu’une seule interview télévisée.

Picasso, l’inventaire d’une vie
Hugues Nancy, France, 1h50

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