Yves Angelo : « Ne pas se laisser perturber par le succès »

Le réalisateur Yves Angelo - Crédit photo : lepoint.fr

Le réalisateur Yves Angelo – Crédit photo : lepoint.fr

Le réalisateur du film Des fleurs pour Algernon revient avec Un grain dans les bobines sur la récompense accordée à la société de production F comme Film, qui a  financé ce projet. Loin d’être grisé par cette distinction, le cinéaste mesure le chemin parcouru depuis l’idée de l’adaptation du roman.

Un grain dans les bobines : Quelle fut votre première réaction à l’annonce du verdict par le jury ?

Yves Angelo : Dans ces moments-là, on est toujours très contents. Il faut cependant mesurer, cela ne doit pas altérer ce que l’on est. Cioran disait : « J’ai connu toutes les formes de déchéance, y compris le succès. » Cela ne changera rien au jugement qu’on porte, cela ne doit pas dicter la marche à suivre. Il faut toujours tenir le cap.

Etes-vous plus confiant quant à l’avenir avec cette récompense ?

Un film, vous le faites, vous passez beaucoup de temps dessus. Une fois qu’il est livré, vous ressentez des choses, mais pour la diffusion, c’est la vie des œuvres. On ne doit pas se laisser perturber. Il faut éloigner le désir de plaire.

A quel point vous êtes-vous basé sur les œuvres existantes ?

Je n’ai jamais lu le livre (de Daniel Keyes, NDLR). J’ai eu cette idée, voilà ce que je propose et en définitive le dispositif n’a rien à voir avec les adaptations précédentes. Là c’est simplement un acteur et pas un groupe d’acteurs.

A un moment du film, la vulnérabilité du personnage peut susciter du rire chez les spectateurs. Etait-ce voulu ?

C’est vrai, il y a un rapport qui se développe vis-à-vis du personnage. Il nous attendrit, il est touchant. Je voulais qu’il soit assez antipathique quand il devient intelligent (dans la seconde partie du film, NDLR). Il va se servir de la caméra. A la fin, elle est devenue son seul compagnon et elle est elle-même touchée. L’empathie peut naître de ce rapport au personnage, même si on peut se sentir voyeur.

Propos recueillis par Sonia Reynaud et Thibaud Le Meneec.

Voyage au Congo, version hollandaise

Hans Bouma a filmé son ami Daniel Knoop, ancien fonctionnaire de la FAO bien décidé à monter son affaire au Congo afin d’aider les fermiers à organiser leur marché et les sortir d’une économie de subsistance. Cette entreprise, relatée dans Congo Business Case, va se révéler plus compliquée qu’il n’y parait, malgré toute l’énergie déployée par Daniel. Rencontre avec ce réalisateur hollandais.

Hans Bouma, réalisateur de "Congo Business Case"

Hans Bouma, réalisateur de « Congo Business Case »

Comment en êtes-vous venu à axer votre documentaire sur votre ami Daniel et aviez-vous un pressentiment sur la tournure que prendrait l’aventure ?

Dès le début, j’ai choisi Daniel du fait de sa personnalité. C’est un personnage qui a un côté fantastique et qui est porteur d’une dramaturgie particulière. C’est quelqu’un de véritablement convaincu et investi dans ce qu’il défend. Sa philosophie consiste à mettre en place des échanges égalitaires entre les acteurs sur le terrain, selon la logique du « Trade not aid » (échanger et non pas aider). Et il s’implique entièrement pour essayer de réaliser cela.

J’avais bien sûr des doutes et des critiques sur son projet mais je les ai gardés pour moi et je me suis contenté d’observer. J’avais en tête dès le début qu’avec un tel personnage, on partait sur de bonnes bases pour un film réussi. Et il faut bien avouer que si j’avais filmé un grand succès, le reportage aurait été moins percutant. C’est cynique mais les problèmes et les tensions rendent le documentaire plus dramatique.

Mais même si sa tentative s’est soldée par un échec, le documentaire montre quelque chose du monde réel et n’édulcore pas les situations traversées lorsque quelque chose va mal. C’est la valeur du documentaire, on ne suit pas un script précis comme dans une fiction, mais on suit ce qui se passe dans la réalité.

A la vue des difficultés que Daniel doit affronter et du décalage entre les mentalités congolaises et occidentales, on hésite souvent entre rire ou pleurer. Est-ce que la principale difficulté dans l’entreprise de Daniel n’est pas d’essayer d’imposer le modèle libéral qui est totalement étranger à la population congolaise ?

En effet, cette philosophie très libérale qui consiste à mettre le marché au cœur du développement est une vision très occidentale et ne correspond pas forcément à leur idéologie. C’est finalement un film très européen que j’ai réalisé, un film dans lequel les lois du marché ont gagné. C’est très frappant aux Pays-Bas, peut-être encore plus qu’en France, car tout repose sur les qualités individuelles et le principe de méritocratie.

Mais je n’ai pas voulu transmettre un message clair dans ce film. Il ne faut pas forcément vouloir le surinterpréter pour lui donner un sens. Un bon documentaire, comme une bonne peinture, doit procurer des émotions au moment même où on le regarde. Ce n’est qu’après que l’on peut tenter de l’expliquer et de le théoriser. Mais l’interaction avec l’œuvre d’art se fait dans l’instant où elle est découverte. Le documentaire est comme une porte, qui propose au spectateur de quitter sa chaise pour entrer dans un autre monde.

Vers la fin du reportage, Daniel prononce cette phrase terrible : « Je crois que je préfère désormais la biodiversité aux hommes ». Pensez-vous qu’il a définitivement perdu ses illusions et son utopie au cours de cette expérience ?

Daniel perd totalement sa passion pour les Congolais. Je pense que cela a été trop dur. Il a eu beaucoup de difficultés et le documentaire ne montre pas tout. C’est un pays qui est également confronté à la corruption omniprésente. Daniel finit par réaliser qu’il ne peut plus vivre là-bas. Il l’exprime de façon frustrée mais je peux le comprendre. Il était parti dans l’optique d’aider les fermiers congolais et, au terme de son expérience, il n’a plus du tout cette perspective. Il ne se préoccupe plus que de l’écosystème. Mais je ne pense pas qu’il ait trahi sa croyance. Ce film montre la vie réelle, avec tous ses miracles mais aussi ses désespoirs.

Etre membre du jury des Jeunes européens, une « expérience inoubliable »

12 des membres du jury des Jeunes Européens

12 des membres du jury des Jeunes Européens

Ils ont entre 15 et 17 ans, viennent de 13 pays européens différents, parlent couramment français et forment le Jury des Jeunes Européens. Ce soir, ils remettront un prix aux créations en compétition dans la catégorie « grands reportages et investigation » du Fipa.

Quand on les rencontre, assis ensemble au café de la Gare du Midi de Biarritz, on a le sentiment de faire connaissance avec une bande d’amis cosmopolite, où la complicité et l’humour sont de mises. Pourtant, quelques jours plus tôt, ils ne se connaissaient pas. Ils viennent de pays très différents et c’est le Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz qui les a réunis pour composer le Jury des Jeunes Européens.

Depuis plusieurs années, le Fipa propose à treize lycéens de l’Union Européenne de participer à ce jury. «Pour chaque édition du festival, douze pays différents sont sélectionnés, en plus de la France, et on fait un roulement. Par exemple, si cette année, nous avons un juré venu de Suède, l’année prochaine nous n’en aurons pas » explique Fannou, qui s’occupe d’eux et les accompagne tout au long de leur séjour dans la ville biarrote.

Pour être sélectionné, ils ont dû rédiger une lettre de motivation et s’acquitter de frais d’inscription de 50 euros. Par la suite, ils ont été contactés par l’équipe du Fipa pour un entretien téléphonique, permettant de vérifier leur maîtrise de la langue française et leur ouverture culturelle. « Nous ne recherchons pas spécialement des jeunes lycéens incollables sur le cinéma et le monde audiovisuel en général. Nous privilégions la diversité et nous obtenons un jury comprenant des profils très différents ». Si quelques-uns, tels que Kenatea, suivent des options en lien avec l’univers audiovisuel, la plupart abordent le cinéma seulement comme un loisir.

Ce ne sont donc pas des professionnels, mais des jeunes curieux et ouverts sur le monde. Ils ont pour mission de choisir une œuvre parmi celles sélectionnés dans la catégorie « grand reportage et investigation », qu’ils récompenseront du prix du jury des Jeunes européens. « C’est gratifiant de savoir que l’on va remettre un prix qui a autant de poids et de valeur que celui des adultes » confie Léonarda. Alors, chaque jour, ils assistent à cinq projections. « On part dès que le reportage est terminé, c’est frustrant de ne pas voir les réalisateurs parler de leur film, mais il ne faut pas que nous soyons influencés dans notre décision » commente Kenatea. Et chaque soir, ils débriefent les films vus, sous l’égide du journaliste de Télérama Samuel Gontier.

Et lorsqu’on leur demande s’ils sont toujours du même avis, les réponses fusent : « non ! », « jamais ! », « pas du tout ! ». S. Gontier les aide à juger les films suivant une liste de critères tels que l’originalité et la qualité du sujet, la structure, le déroulement, le potentiel de diffusion. « Le problème c’est qu’on ne privilégie pas tous les même critères ! Certains préfèrent les émotions, d’autres les qualités techniques » raconte Pedro. Hector renchérit en déclarant que lui vote vraiment « avec son cœur et en fonction de ce qu’il a ressenti ».

Des émotions, des découvertes, et des voyages

S’ils n’ont pas le droit de révéler leurs coups de cœur avant la remise des prix samedi soir, ils sont d’accord pour dire qu’avec les douze documentaires, ils ont voyagé, découvert d’autres mondes, d’autres façons de vivre, ont développé une connaissance plus fine de l’actualité. Ils ont souvent été surpris, parfois enchantés, et quelques fois déçus. Et si ce n’est pas le cas de Marcel, les autres admettent qu’il leur est arrivé d’être choqués. « C’est dur de voir un cadavre d’enfant avec le sang et les organes, surtout que nous savons que ce n’est pas de la fiction mais la réalité » reconnaît ainsi Shervin.

Le Fipa terminé, leur mission de jurés accomplie, ils repartiront dans leur pays. « Souvent, ils restent en contact et se revoient, des années plus tard, c’est chouette » déclare Fannou, qui suit les Jeunes Européens depuis huit ans maintenant. Parmi les membres du jury des Jeunes Européens, peu d’entre eux souhaitent travailler dans le monde de l’audiovisuel. « Moi, j’aimerais faire du droit, mais je continuerai à regarder des documentaires et à aller souvent au cinéma » affirme Pedro tandis que Nicholas hésite de son côté entre une carrière de chirurgien et de réalisateur.

Tous conseillent aux jeunes lycéens de s’inscrire et de tenter leur chance. « C’est vrai qu’au début, c’est un peu effrayant de ne connaître personne. Mais on devient très vite tous amis » assure Léonarda. Pas besoin d’être un spécialiste du cinéma, il suffit d’être curieux et d’en avoir envie. « C’est une véritable opportunité de voir les films en premier » s’exclame Darina tandis que Shervin conclut que « c’est une expérience inoubliable d’être juré d’un tel festival, ça apporte une telle ouverture sur le monde, sur l’Europe et sur l’actualité ».

Prix Jérôme Minet : la société F comme Film primée

Fin du festival rime et distinctions. Le prix Jérôme Minet, qui met à l’honneur une société de production, a honoré F comme Film, derrière le projet Des fleurs pour Algernon.

Algernon

Déjà la deuxième édition pour cette récompense accordée à une société capable d’avoir « insufflé l’esprit Minet », du nom de ce producteur emblématique du petit écran. « Il faisait preuve d’une grande ténacité, il était très redoutable dans la défense des créations sur lesquelles il travaillait ». Après cet hommage du président du FIPA Didier Decoin, l’heure était venue de distinguer F comme Film, société de production et de coproduction dirigée par Jean-Louis Livi et représentée pour l’occasion par Clémentine Vaudaux.

Leur mérite ? Avoir soutenu l’adaptation de la pièce Des fleurs pour Algernon, elle-même tirée du roman de Daniel Keyes. Ce blog vous faisait déjà part de sa satisfaction à la sortie de la salle, un peu plus tôt cette semaine. Et parmi des productions de qualité comme Le système de Ponzi, 3xManon ou La malédiction d’Edgar.

10 000€ et la promesse d’un véritable succès

L’œuvre d’Yves Angelo a su tirer profit d’une narration singulière pour séduire un jury composé de Gérard Carré, Philippe Venault et Jean Bigot. Visiblement ravi d’avoir visionné une création aussi déroutante mais doté d’une « grande intelligence de point de vue », celui-ci s’est félicité de faire face, comme l’année dernière, à autant de talent dans la sélection.

Et maintenant ? Arte diffusera cette année Des fleurs pour Algernon, une chaîne « qui nous a merveilleusement suivi» selon Yves Angelo. Si les critiques sont aussi élogieuses qu’elles le furent au FIPA, le succès sera complet pour cette réalisation audacieuse. Pour Clémentine Vaudaux, assistante de production de F comme Film, « c’est le début de la télé pour nous et j’espère que ce n’est pas la fin ».

La dotation de 10 000€ aidera l’équipe à promouvoir efficacement le film. Didier Decoin avouait, avant le verdict, que Jérôme Minet était un « metteur en œuvre, et parfois un metteur en chef-d’œuvre ». De bon augure pour les lauréats du prix portant son nom.

Rencontre avec Virginie Linhart : Sarajevo, des enfants dans la guerre

DSC03592En plein siège de Sarajevo, des enfants blessés sont évacués en France pour y être soignés. Ils y resteront trois ans, tentant de communiquer avec leurs familles restées en Bosnie. Virginie Linhart signe un documentaire émouvant sur cet exil, ayant retrouvé plusieurs de ces enfants qui aujourd’hui se souviennent. Dans une salle du Bellevue à Biarritz, elle nous parle de cette expérience.

La guerre, Virginie Linhart connaît. Non parce qu’elle l’a vécue personnellement, mais parce que la plupart des films qu’elle a réalisés traitent de ce sujet. Pourquoi cet intérêt exacerbé pour les conflits, les morts et les survivants ? Parce que c’est un thème généralement plébiscité par la gente masculine, plaisante la fidèle lectrice de Simone de Beauvoir. Mais aussi parce que ses origines juives polonaises l’on logiquement conduite à s’intéresser tout particulièrement à la Seconde guerre mondiale.
Elle était donc venue présenter son film sur la Shoah au festival de Blois lorsque sa productrice, Pascale Servan-Schreiber, lui fit part d’une nouvelle idée de documentaire, dans le cadre du centenaire de l’attentat de Sarajevo. Ce projet s’est formé à partir de 15h de rushs inédits, constituant un « matériau d’archives inouï ». Ces rushs proviennent de la collection personnelle de Romain Goupil, qui pendant trois ans a été le « facteur vidéo » entre des enfants bosniens en convalescence à Albertville et leurs familles demeurées à Sarajevo.

Sarajevo – Albertville : de la guerre à l’exil

Aujourd’hui, ces jeunes de 25 à 35 ans sont médecin, charpentier, étudiants ou professeur de français. Vingt ans plus tôt, grièvement blessés, ils étaient transportés en France pour subir des opérations chirurgicales souvent longues et douloureuses. En Bosnie, dans les hôpitaux bondés, on les aurait probablement amputés. La France fut leur chance et leur salut. Mais si les premiers mois se déroulent dans l’espoir, le soulagement de constater les progrès physiques indéniables, bientôt la joie laisse place à la lassitude. Dans les préfabriqués d’Albertville où les enfants et leurs mères vivent tous ensemble, la nostalgie s’installe, et l’angoisse tord les ventres quand on pense aux proches restés sous les bombes à Sarajevo. Pour égayer le quotidien, certains trouvent des échappatoires. Comme ce groupe d’adolescents qui s’adonne à la réalisation de mini-vidéos parodiques, déployant leur humour noir dans des satyres de chaînes d’information publique. En parallèle, ils créent également un journal dans lequel ils publient leurs dessins et leurs textes, bilingue français – bosniaque.
Un nouvel élément vient bientôt rompre la monotonie et apaiser les inquiétudes. Devant l’extrême difficulté pour les exilés de joindre leurs familles, Romain Goupil propose d’enregistrer des messages vidéos destinés aux proches, et de les apporter ensuite à Sarajevo. Là-bas, il organise des projections clandestines, et filme les réponses à l’attention des convalescents d’Albertville. Pendant plusieurs mois, celui dont la caméra a aussi immortalisé l’évacuation des enfants fera ainsi la navette entre les deux villes.

Entre histoire et actualité, un reportage poignant

C’est sur ces archives exceptionnelles que s’est appuyée Virginie Linhart pour élaborer son documentaire. Elle y mêle également de poignantes images du siège de Sarajevo, principalement tirées de la télévision bosniaque, ainsi que des interviews avec les quelques ex-enfants d’Albertville qui ont accepté de témoigner.
Retrouver ces enfants, explique Virginie Linhart, n’a pas été trop difficile. Avec l’aide de Sanda, la femme bosniaque de Romain Goupil, elle contacte les jeunes et leurs familles. Certains refusent, d’autres sont partis à l’étranger. Mais certains acceptent de participer, revenant sur leurs souvenirs de ces années en France. On voit leurs visages émus, voire bouleversés, devant le visionnage des archives de Goupil. Parler de l’événement à l’origine de leurs blessures reste douloureux.
Bien qu’ayant vécu ensemble trois années durant, les enfants d’Albertville n’ont jamais cherché à se revoir après leur retour en Bosnie, à la fin de la guerre. Le temps passé en France a été avant tout une parenthèse dans leurs existences, quelques mois d’attente confortable avant de retourner à la vraie vie. Néanmoins, pour certains ce séjour a été décisif dans leurs choix d’avenir ; deux d’entre ont ainsi décidé de rester en France, une autre est aujourd’hui professeur de français.

Outre la rétrospective intéressante qu’il offre sur le conflit yougoslave, le documentaire de Virginie Linhart séduit par son aspect humain, suivant ainsi une poignée d’individus avec leurs expériences et leurs parcours. Retrouver les visages vieillis de ces enfants dont on a vu les corps sur les civières et les regards marqués par la guerre a quelque chose de réellement émouvant. Pour la réalisatrice, la principale difficulté a justement été de s’approprier ces personnages qu’elle n’avait pas choisis, à la différence de ces précédents documentaires. Elle dit avoir été marqué par leur dignité, leur autodérision, sans haine ni pathos.
Pour Virginie Linhart, la guerre de Bosnie était une chose lointaine, très éloignée de nos propres préoccupations. Avec ce film, elle enfin découvert la signification de cette phrase que les actualités françaises diffusaient alors : « Sarajevo, c’est nous. »

Le permis de tuer de l’Etat israélien

Le nouveau documentaire du journaliste allemand Egmont R. Koch, Lizenz zum Töten, s’interroge sur la légitimité des actions des services secrets Israéliens. L’argument est intéressant mais l’on peut regretter que la forme vienne gâcher le propos.

Lizenz zum Töten du réalisateur Edgmont Koch

Lizenz zum Töten du réalisateur Edgmont Koch

Un corps en lambeaux transporté sur une civière du Croissant Rouge. Des taches de sang sur le lit. Une femme éplorée et ses enfants qui crient leur rage. Des blessures ouvertes. C’est sur ces images tournées en 2011 à Hébron, après l’assassinat d’un palestinien pris par erreur pour un terroriste par l’armée israélienne, que s’ouvre le grand reportage d’Egmont R. Koch. Intitulé « Lizenz zum Töten » (Permis de tuer) en référence à un opus de James Bond, le reportage présente différents cas d’exécutions plus ou moins ciblées dans les territoires palestiniens mais aussi dans d’autres pays, notamment à Dubaï.

Une mise en forme dommageable

On entend bien l’argument. Et les faits sont indéniables. L’Etat d’Israël et ses services secrets, le Mossad, outrepassent le droit international en se permettant d’assassiner les suspects terroristes, non seulement sur leur territoire mais aussi à l’étranger. Et ce impunément. Les témoignages d’anciens membres des services secrets et les archives exploitées par le reporter donne du crédit au propos. Une erreur mortelle à Hébron les conduit à assassiner la mauvaise personne, un innocent père de famille. A Ramallah, un ennemi d’Israël a été brutalement assassiné en pleine rue. Et c’est une véritable opération planifiée qui s’est déroulée dans un hôtel de Dubaï, afin de tuer un responsable du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, dans sa chambre d’hôtel.

Malheureusement, la forme de ce documentaire saborde toutes ces qualités. La musique omniprésente, censée appuyer les révélations au fil du documentaire, est assez insoutenable. Son association avec une voix-off très apprêtée et des montages peu soignés donne un résultat proche des vidéos amateurs dénonçant les théories du complot. Il n’y a pas de ligne directrice claire et le réalisateur se contente d’accumuler des exemples d’assassinats impunis sans vraiment les lier les uns entre les autres. Les images violentes de corps meurtris tentent d’apitoyer et de choquer les spectateurs mais le surplus de pathos dessert les arguments en préférant l’émotionnel et le spectaculaire aux démonstrations rationnelles. Finalement, c’est un documentaire décousu et peu convaincant malgré l’importance de la thèse défendue.

Lizenz zum Töten
Réal. Egmont R. Koch, Allemagne, 43 min
Prod. Egmont R. Koch Filmproduktions

Intrigant, angoissant, captivant : Zauberberg

Ne pas aimer les films policiers et pourtant être captivée au point de s’en ronger un ongle ? L’effet de Zauberberg, une fiction du réalisateur autrichien Andreas Prochaska.

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

Zauberberg, Brock Crédit photo: Fipa

 Intrigant

Basse-Autriche, région de Semmering : une petite fille, Aline Staller, vient d’être kidnappée dans son propre domicile, à l’insu de sa mère, le docteur Karin Staller. Pour la police locale, il n’y a aucun doute. Le coupable ne peut être que Max Rieger. Pourquoi ? L’homme est atteint d’une maladie mentale bien particulière : il est angoissé par les enfants, au point d’en avoir poussé un d’un bus… Il les entend, il est la cible de leur moquerie. Mais tout cela se passe dans la tête de Max. Ce sont ses « démons », pour reprendre les mots du personnage principal, Brock. Brock est psychologue de la police. Mais surtout, il a été le psychologue de Max. C’est lui qui a attesté un diagnostic favorable pour la remise en liberté de Max. Pourtant, malgré toutes les photos d’enfants présentes au domicile de Max, Brock doute. Mais le spectateur comprend vite lui aussi que Max est peut-être innocent. Entre alors en scène une femme, Monika Kramer, ancienne aide-soignante de Max mais bien plus encore… Et que signifie cette peluche près de la rue avec une bougie et des fleurs ?

Donner plus d’éléments ? Ce serait dévoiler tout le puzzle subtil d’Andreas Prochaska ! Les indices se lient entre eux de manière étonnante dans un univers bien angoissant.

Angoissant

Dès les premières images du film, le ton est donné. Atmosphère sombre, gros plan de la petite fille qui joue, le spectateur dans les yeux du ravisseur. Zauberberg– ou La Montagne des miracles –a la trame de nombreux films policiers. Des suspects que tout semble accuser, un enquêteur au profil atypique qui- on n’en doute pas- saura résoudre l’énigme. Mais Zauberberg se focalise sur un point : la psychologie. La psychologie des personnages est complexe. À commencer par Max et sa peur des enfants. Le sentiment d’angoisse perceptible tout au long du film se ressent aussi sur l’image. On a presque l’impression de pénétrer l’esprit de Max. La psychologie c’est aussi la dégradation petit à petit du docteur Karin Staller, mère de la petite enlevée. La puissance de l’amour maternel est un aspect majeur du film. Et Monika Kramer, l’ancienne aide-soignante, met aussi le spectateur mal à l’aise. Entre tous ces personnages, Brock, le psychologue justement, sait trouver les mots qu’il faut. Bref, l’histoire tourne autour de l’état d’esprit des personnages, mis en avant par Andreas Prochaska avec brio.

Captivant

1h28 de film n’aura jamais été aussi courte. La résolution des énigmes est tellement étonnante que le spectateur se laisse véritablement prendre par l’histoire. Il est possible à certains moments de deviner ce qui va se passer. Mais le scénario est tellement invraisemblable qu’on se laisse réellement prendre par l’histoire. À partir d’un événement, les vies de Max, de Monika, du docteur Staller et de la petite Aline ont été bouleversées. Mais la liste n’est pas complète…

Zauberberg : captivant au point de faire froncer les sourcils dangereusement !

 To be continued…

Zauberberg a été réalisé pour la chaîne publique autrichienne ORF. Une représentante de la chaîne avait prévenu au début de la séance : c’est un film qui « prend aux tripes ». Mais surtout, les aventures de Brock ne sont pas prêtes de s’arrêter là. Le spectateur a été averti, Brock est un personnage attachant. On ne sait pas grand-chose de lui dans le film. Apparemment professeur à ses heures perdues, une certaine Mme Annie qui s’occupe de lui… Et vu comment il dispose ses affaires avec précision, on pourrait supposer un petit caractère maniaque. La chaîne compte bien produire d’autres réalisations autour du personnage de Brock. On ne peut que l’encourager.

Zauberberg
Réal. Andreas Prochaska, Autriche, 1h29
Prod. Aichholzer Filmproduktion, GmbH

Pourquoi TF1 ne m’a pas emballée cette année

Espace Industry du FIPA

Espace Industry du FIPA

Le FIPA Industry accueille les professionnels de la télévision pour qu’ils nous présentent leurs nouveaux programmes.TF1 mise sur trois programmes un peu clichés : un chauffeur de taxi, un gynéco sexy et une mère éplorée.

La petite salle de conférence est bondée, car TF1 est présent au FIPA pour présenter en exclusivité les programmes de cette nouvelle année. C’est normal après tout, TF1 est « la chaîne la plus diversifiée (…), la seule qui arrive à mobiliser un audimat de 7 millions de téléspectateurs pour une production nationale, Julie Lescaut », selon la responsable de la chaîne.

Alors je me suis dit que si leur « line-up » (programmation) se base sur Julie Lescaut, dont le dernier épisode a été diffusé hier soir, je n’allais pas vraiment être emballée. Mais TF1 a sorti les gros moyens pour présenter ces trois nouvelles séries : Taxi Brooklyn, Intervention et Ce soir je tuerai l’assassin de ton fils. Focus sur ces trois programmes qui se veulent à l’américaine, mais avec la french touch qui fait toute la différence.

Taxi Brooklyn : clichés et compagnie

La première série est franco-américaine produite notamment par Luc Besson. Après ses fameux Taxi, le producteur a décidé de changer de ligne directrice en proposant une série avec pour second protagoniste… un chauffeur de taxi. Bon, cette fois-ci, ce n’est pas Samy Naceri qui est aux commandes mais Jacky Ido. La première est une femme flic, qui ne sait pas conduire. Ensemble, ils vont enquêter en conduisant un taxi fou dans les rues de Brooklyn. Vous avez dit clichés ?

J’ai alors pensé : « bon ok, ça ne va pas être super fin, mais bon, quand je rentre du boulot, je n’ai pas forcément envie de me prendre la tête avec un documentaire sur tissage et métissage en Ouzbékistan. » Certes, mais il faudrait au moins que l’action soit bonne et que l’on comprenne ce que le trailer veut nous dire. A part des voitures qui vont se poursuivre et rentrer dans tous types d’obstacles qui ont la fâcheuse manie de toujours se trouver en plein milieu de la route, je n’ai pas vraiment compris où va se trouver le suspens.

Un Urgence à la maternité ?

Le deuxième programme brandi par TF1 est Intervention, en co-production avec Gaumont et avec comme super star Anthony Delon qui incarne un chirurgien gynécologue. Alors forcément, le trailer laisse entendre que tout ne va pas se passer comme prévu, qu’Anthony va soigner une femme qu’il n’aurait pas dû soigner, qu’il va avoir des démêlés avec la justice…

Comme Anthony est work addict (accro au travail), son couple bat de l’aile. Sa copine lui lance un ultimatum avec en musique de fond une sublime métaphore : une voix féminine, qu’on imagine être sa mère, qui lui demande quand est-ce qu’il donnera à sa petite amie un enfant, vu qu’il en donne déjà à tant de femmes. Série confectionnée pour la ménagère de moins de 50 ans ? Certainement. Mais l’image est facile, le scénario n’est pas très original, je n’ai pas vraiment hâte.

Ce soir je ne regarderai pas ton film

Ce soir je tuerai l’assassin de ton fils est une adaptation télévisuelle d’un roman. Casting alléchant –J.P Roove, Audrey Lamy…-, musique avec des violons, des larmes, du mauvais temps et encore des larmes. Ce téléfilm raconte l’histoire d’un homme qui écrase un petit garçon accidentellement. C’est un jour de pluie, l’atmosphère est sombre, j’ai compris que j’allais devoir chercher mes mouchoirs.

J.P Rouve a l’air convaincant, il est le chef d’une petite entreprise dans laquelle travaille le père du garçon qu’il a tué. Il incarne un père de famille confronté à la responsabilité qu’implique un accident mortel. Or il les fuit, tout en essayant un rapprochement avec le père du défunt, histoire que deux ou trois trajets qu’il lui offre en voiture rachètent sa faute. Dommage, France 2 a proposé le même sujet avec en Guest Star Éric Cantonna pas plus tard que ce mois-ci.

Alors non, TF1 ne surprend pas réellement, et moi qui n’ai pas été émue par l’annonce du dernier Julie Lescaut, je ne regarderai pas ces nouveaux programmes. À quand une série où un beau gosse chirurgien conduit un taxi pour sauver sa fille d’un tueur en série ?

Session pitches : les projets en compétition

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

Après le pitch, les réalisateurs doivent répondre aux questions du pannel

La première session

Yorgos Avgeropoulos a ouvert le bal des pitches avec son projet Agora de documentaire sur la vie de la population grecque depuis la crise économique mondiale. Son approche est originale : pendant plus de quatre ans, il a filmé régulièrement quelques personnages, que nous voyons évoluer et changer dans un pays croulant sous le poids des dettes et sous la domination de la troïka. Agora était traditionnellement le symbole de la démocratie, aujourd’hui pour les Helléniques, Agora est synonyme de « marché ».

Ce fut ensuite au tour Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier de faire un pitch. Ils ont présenté Paseo con Franco, sorte de documentaire-road movie sur l’impunité des crimes du dictateur espagnol Franco. Ils projettent de parcourir l’Espagne afin de dresser le portrait d’un pays et d’une société qui n’ont pas fait leur travail de mémoire.

SIA – Room for an African est un projet de fiction porté par deux canadiens, Carlito Gioni et Matthew Mackenzie qui met en scène Abraham, ex-enfant soldat au Liberia, prenant en otage son ami canadien Nick Summer, dans une tentative désespérée d’empêcher un témoin de s’exprimer au procès de Charles Taylor pour crimes de guerre.  Encore peu abouti, l’atout de ce projet est sans aucun doute les connexions des deux auteurs avec les habitants des pays africains où ils ont longtemps travaillé.

Le projet suivant, intitulé Qian’s obssesion, fut présenté par Oriol Martinez et Oriol Gispert. Il a pour sujet une usine de textile chinoise de 2000 employés, créée par un millionnaire Qian Anhua, qui affirme vouloir le « bonheur » de ses ouvriers. Il a l’idée de les faire s’entraîner aux « castells », tradition culturelle importée de Catalogne.

Peu de gens le savent, mais la première grève des femmes en France eut lieu en 1906. Ce sont des transbordeuses d’oranges qui menèrent ce mouvement de colère, à cause des conditions de travail difficiles et de promesses d’augmentation de salaire jamais exécutées. Antoni Casals-Roma et David Casals-Roma propose de revenir sur cet événement peu connu de l’Histoire de France avec un documentaire intitulé Les transbordeuses d’oranges basé sur des fonds d’archives et des témoignages.

Gaizka Urresti Fernandez de Valderrama aimerait monter un film basé sur un prêtre d’une paroisse espagnole qui est à l’origine du groupe d’entreprises le plus important du Pays Basque. Ce projet, intitulé Arizmendiarreta : el hombre cooperativo peut être intéressant si le pape François le béatifie comme annoncé.

Le pitch de Benjamin d’Aoust et de Stéphane Bergmans, jeunes réalisateurs belges, leur a permis de présenter leur idée de série, déjà sélectionnée  par la chaîne RTBF dans le cadre d’un appel à projet. Ils veulent réaliser un thriller feuilletonnant, la Trève, entre les séries « Borgen » et « The Killing », un Cluedo grandeur nature « où la culpabilité d’un seul n’exclut pas la responsabilité des autres ».

Bence Maté et Thorolf Lipp ont conclu cette première « pitches session » avec leur projet War Volunteers, documentaire sur les jeunes Juifs du monde entier qui quittent leurs foyers pour rejoindre l’armée de défense d’Israël.  Ils souhaitent suivre trois jeunes dans leur engagement et sur le terrain. L’idée de cette œuvre est de témoigner de l’évolution physique et psychologique de ces jeunes amenés à combattre pour l’Israël.

La deuxième session

Wei or Die. Un week-end d’intégration qui se termine tragiquement. Des enquêteurs collectent toutes les vidéos et photos du week-end dans une base de données en temps réel et tentent de comprendre comment c’est arrivé. Le spectateur se glisse dans la peau d’un enquêteur dans ce projet transmédia et peut ainsi retracer le cours des événements en adoptant le point de vue des personnes présentes à la soirée. Ce film interactif et voyeur propose à celui qui le regarde d’être en quelque sorte le monteur de son propre film.

Still life donne un second souffle à la vie. Ce documentaire, réalisé par Davide Gambino, suit trois taxidermistes travaillant dans les musées d’histoire naturelle des grandes capitales européennes. En plaçant des animaux sauvages empaillés dans des environnements urbains, le film questionne sur la frontière entre le monde humain et le monde animal. Sensible aux préoccupations écologiques et à la défense de la biodiversité, Still life mélange images singulières et interaction avec le spectateur.

Féministes, inchallah. Les femmes dans les pays arabes n’ont pas attendu les révolutions de 2011 pour s’engager dans la lutte féministe. Ce documentaire ambitieux et engagé de Feriel Ben Mahmoud présente l’histoire de la lutte féministe dans cinq pays du monde arabe en suivant une trame chronologique et en s’appuyant sur les grandes figures comme Huda Sharawi. Retraçant presque un siècle de revendication en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Algérie et enfin en Arabie Saoudite. Cinq pays pour cinq histoires différentes. Le film, coproduit par France 3 mélange des témoignages de pionnières, des récits d’historiens, d’artistes engagés et des images d’archives inédites. Faisant écho aux mouvements sociaux actuels dans le monde arabe, ce film est là pour rappeler que « sans égalité, il n’y a pas de démocratie ».

Dali, Lacroix…au-delà de l’objectif. De 1970 à 1980 à Cadaquès (Catalogne), les époux Dali-Gala et Lacroix ont vécu une relation amicale et intellectuelle forte. Ce documentaire de création, qui regroupe des archives inédites, des photos et des croquis propose au spectateur de s’engouffrer dans l’intimité artistique de l’un des plus grands esthètes du XXème siècle, l’homme derrière l’artiste. Le film est actuellement à la recherche d’un diffuseur en France et en Europe.

Ennemi public. Cette série de 10 épisodes de 52 minutes raconte l’asile que Guy Maréchal, un tueur d’enfant qui sort de prison, trouve dans une abbaye des Ardennes belges. Menacé de lynchage par la vindicte populaire, l’assassin trouve refuge chez les moines mais se trouve bientôt menacé par ses vieux démons, malgré l’aide du frère Lucas. Cette histoire de schizophrénie paranoïaque fait bien entendu penser à un autre fait divers, l’affaire Marc Dutroux. Cette série écrite par quatre auteurs nous immerge dans un univers ésotérique et mystérieux et questionne la légitimité de la justice et des institutions dans une société parfois habitée par des réflexes archaïques et sécuritaires.

Unter Freunden – Among friends est un documentaire transmédia s’intéressant à la législation sur la protection des données. En nous impliquant dans le processus législatif de l’Union Européenne, nous aurons à choisir entre le personnage du parlementaire, de l’activiste ou du lobbyiste afin de définir les règles de transparence et de protection de la vie privée pour le futur. Ce projet complexe est encore en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le film documentaire Voyage en Occident nous embarque en compagnie d’un car de touristes chinois en visite dans les capitales de 7 pays européens, dont le point culminant est la découverte de Paris. Un jeu de miroir et de contrastes entre deux civilisations très différentes. Ce road-movie de 52 minutes relaye avec humour et intelligence quelques stéréotypes coriaces sur la classe moyenne émergente chinoise ainsi que sur les fantasmes et les images d’Épinal que se font les asiatiques à propos de l’Europe.

Jazz Way out. Sept musiciens roms de Budapest sont engagés par le saxophoniste Tim Ries (qui a collaboré avec les Rolling Stones) pour faire découvrir le jazz fusion aux USA. Habitués au quotidien à subir le racisme d’une partie de la société hongroise, les musiciens roms vont apporter un mélange de jazz manouche, de folk et de musique à la terre des grands jazzmen  et connaître une certaine  renommée. Nul n’est prophète en son pays pourrait-on dire. Ce documentaire musical de 52 minutes est en développement et recherche des diffuseurs internationaux et des coproducteurs.

Le jury a parlé, c’est donc Agorá qui l’a emporté. Malheureusement, le réalisateur Yourgos Avgeropoulos étant absent, c’est un de ses proches qui est venu récupérer la récompense.

Sonia Reynaud et Yann Lagarde

Pause gourmande à la pâtisserie Miremont

La pâtisserie Miremont s'est ouverte en 1874

La pâtisserie Miremont s’est ouverte en 1872

La mer est déchainée, le vent souffle fort à Biarritz. Un refuge « cosy » et très agréable : le plus vieux salon de thé de la ville, fondé en 1872, la pâtisserie Miremont.

Des gourmands assis dans des fauteuils de salon sirotent du thé au jasmin et à la rose et dégustent un « opéra », des cookies aux noix ou encore un cheesecake à la framboise tout en regardant les vagues à travers la grande fenêtre.

On y retrouve des Biarrots habitués, des couples âgés, des femmes élégantes mais aussi des
visiteurs du Fipa, facilement reconnaissables grâce à leurs badges rouges, leurs discussions sur les
films vus ou à voir… Certains parlent même anglais.

Pour Laurent, le responsable du salon, le FIPA permet d’accueillir du monde à une époque où la ville est endormie. Le festival annuel permet de rappeler aux touristes que Biarritz n’existe pas seulement en été mais conserve son charme et sa chaleur tout au long de l’année.

Pour une pause déjeuner, un petit thé entre deux films, vous savez où aller !

Tour du monde en taxi anglais

Alfred et JakobineUn tour du monde en taxi anglais. Tel est le sujet du documentaire Alfred et Jakobine réalisé par Tom Roberts et Jonathan Howells. Des images d’archives, des témoignages nous font revivre cet incroyable voyage vécu par Jakobine Schou et Alfred Hobbs dans les années 50 et ravivé par Alfred peu avant sa mort.

En 1954, la jeune étudiante suit des études d’art au Japon. Elle y rencontre un marin aventurier, Alfred, qui lui propose de l’embarquer clandestinement sur son bateau. Ils tombent amoureux, se marient et partent en voyage de noces au Maroc. Là-bas, dans le désert, ils trouvent un taxi londonien des années 30 et l’achètent pour une modique somme.

Ils partent ensuite faire le tour du monde à bord du tacot anglais, sans argent, pendant sept ans. Lors de leur retour au Japon, ils sont accueillis comme des célébrités, interviennent sur les plateaux de télévision.

Alfred, solitaire, quitte Jakobine à l’âge de quarante ans, lui laissant un enfant, Niels. Effondrée, la jeune maman pleure pendant deux ans avant de se remarier.

Un dernier voyage

Quarante ans plus tard, Alfred décide de réparer le vieux taxi anglais afin d’offrir un dernier voyage surprise à la femme qu’il a aimée. Il sollicite pour cela l’aide de son fils. Après avoir déboursé plus de 6000 dollars et traversé une partie des Etats-Unis en taxi, Alfred et Niels retrouvent Jakobine, émue. Il meurt six mois plus tard, après avoir accompli sa mission.

Les images de super 8 filmées auprès des pygmées, du Dalaï-Lama ou encore des enfants des bidonvilles nous font voyager. Les témoignages des deux vieux amants qui parlent de leur idylle passée sont touchants, émouvants et parfois pleins d’humour. Le retour sur une vie, un voyage, un amour.

Réalisation: Jonathan Howells, Tom Roberts, Royaume-Uni, durée: 1h14.

Le point météo II : un vent à décorner les bovins

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Le soleil au zénith – Crédit photo : Marie Mangez

Qui a dit que le calme était revenu à Biarritz ?
Aujourd’hui vendredi 24 janvier, histoire d’employer un style un peu lyrique (à l’image du « déluge biblique » de notre collègue Yann Lagarde *), Eole est de retour sur les côtes basques. Pour que cette fin de journée humide se déroule sans incident, voici les recommandations de la Miss Météo (auto-désignée) d’Un grain dans les bobines.

– Les personnes de moins de soixante kilos sont invitées à ne pas s’aventurer dehors.

– ANNONCE : Idéales pour lutter contre le vent, des cottes de maille sont en vente au casino municipal. Tarifs : côte de maille 15 kilos – 149,99 euros. Cotte de maille 30 kilos – 299,99 euros. Puisqu’il tombe des hallebardes, autant faire dans le total look médiéval.

– Avertissement spécial pour Messieurs /dames / mesdemoiselles les parapluies : afin d’éviter tout démembrement, fracture, claquage, démantibulation et autres, il vous est fortement conseillé de NE PAS SORTIR. Un nombre conséquent de blessés est déjà à déplorer. Biarritz approche de la rupture de stock et se trouvera bientôt contrainte, en désespoir de cause, de vendre des parasols.

– Avis à la CSKRA (Confrérie des Suicidaires Kamikazes en Recherche d’Adrénaline) : bien que vous ayez prévu d’organiser cet après-midi une séance de baignade en hypothermie, nous vous invitons chaleureusement à ne pas faire de publicité autour de cet événement. Certains individus psychologiquement déséquilibrés pourraient être tentés de vous rejoindre.

A bientôt pour notre prochain point météo !

PS : Désolée pour l’humour vaseux de cet article, on ne s’en gloriFipa…

*Pour l’histoire du déluge biblique, vous pouvez consulter notre précédent point météo

« Le FIPA n’est qu’un début ! »

Le FIPA, c’est aussi des rencontres entre professionnels et la présentation de projets audiovisuels. Nous avons rencontré Martine Vidalenc, productrice au sein de sa société « MarmitaFilms », et présente au FIPA pour présenter Un paseo con Franco lors de la séance de « pitches » organisée durant le festival.

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de "Paseo con Franco"

Marie Vidalenc (productrice) et Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier (réalisateurs) lors du pitch de « Paseo con Franco »

Quelles sont les différentes étapes de production d’une œuvre audiovisuelle ?

Un producteur a un rôle d’accompagnement de projets et de créateurs qui lui tiennent à cœur. C’est un véritable engagement dans le processus créatif. Il faut accueillir le projet, et savoir lui donner le temps qu’il nécessite, la respiration dont il a besoin. Tout commence par la rencontre entre un auteur et un producteur, autour d’un projet plus ou moins développé. Cette phase est primordiale car c’est à chaque fois une nouvelle aventure qui commence, comme un petit mariage dans lequel on s’engage.

Puis il faut réaliser un diagnostic sur l’état d’avancement du projet, et définir exactement vers quoi il s’oriente : un film d’histoire ne sera pas diffusé de la même façon qu’un film de société. Cette étape est très importante pour se diriger par la suite vers les bons interlocuteurs. Une fois les financements trouvés, un budget peut être défini et le tournage peut commencer.

Enfin, la phase de diffusion est vitale. Les films ne sont pas faits pour rester dans des placards mais pour entrer en contact avec le public. C’est une dynamique qui implique d’aller jusqu’au bout de la démarche et de ne pas se contenter de tourner un film et de passer à un autre. Mais là aussi, il faut savoir à quel diffuseur proposer quel production, et à quel festival les inscrire.

Que vous apportent le FIPA Industry et les rencontres avec les professionnels ?

C’est une expérience très positive dans un espace agréable qui permet de créer une proximité immédiate entre les professionnels. Le projet que nous présentons aujourd’hui au FIPA, « Un paseo con Franco » en est encore au stade de l’écriture. Cette présence au FIPA est donc très importante car elle nous permet de proposer un projet nouveau, de susciter la curiosité, et de recevoir les réactions de certains diffuseurs. Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec les réalisateurs Juan Gordillo Hidalgo et Sandrine Mercier et nous souhaitons inscrire le projet dans cette continuité tout en proposant quelque chose de nouveau. Ces rencontres au FIPA Industry ne sont qu’un début et devront être prolongés sur d’autres terrains.

Est-ce qu’un réalisateur ou un producteur peut réussir à vivre de ses œuvres ?

En effet, ce n’est pas simple, particulièrement lorsque l’on produit des documentaires. Les profils des auteurs et des réalisateurs sont très différents. Certains ont une double profession et sont à la fois réalisateurs et journalistes, ou enseignants. Et beaucoup portent leur projet sur plusieurs années et ne réalisent qu’un documentaire tous les quatre à cinq ans. Quelques-uns parviennent à vivre exclusivement de leur art, grâce aux conditions plutôt favorables en France qui permettent de toucher des droits lors des diffusions et de bénéficier du statut d’intermittent. Quant aux producteurs, afin de vivre de leur métier, doivent parfois faire des concessions et définir leur ligne éditoriale. Quoi qu’il en soit, cela reste difficile d’écrire ou de produire. Ce n’est pas loin d’un sacerdoce, et il faut s’engager pleinement.

Fini High School Musical : enfin la vraie vie des ados !

Coup de cœur. Tout le monde connaît ces comédies musicales sur la vie d’ados tous aussi beaux les uns que les autres, qui chantent, dansent et qui – même s’ils en pensent le contraire – ont une vie quasi-parfaite. Mais la vraie vie des ados, ce n’est pas ça. Et c’est ce que démontre à merveille le film de David André, Chante ton bac d’abord !, film hybride entre le documentaire et la comédie musicale.

Chante ton bac d'abord! Crédit photo: FIPA

Chante ton bac d’abord! Crédit photo: FIPA

Le quotidien d’une bande de potes

Direction le Nord de la France. Chante ton bac d’abord !, c’est l’histoire de Gaëlle, Nicolas, Alex, Caroline, Rachel et Alice. L’histoire se passe à Boulogne-sur-Mer, « une ville au bord de la mer loin de ses années dorées », comme chante Gaëlle. C’est l’année du bac, sauf pour Alex qui a redoublé sa classe de 1ere. Tout au long du film, on découvre la vie de ces adolescents en classe de Terminale avec leurs complexes, leurs doutes mais aussi leurs rêves. C’est leur quotidien mais c’est aussi la vie de leurs parents. On voit à l’écran des parents qui ne veulent qu’une chose : la réussite à tout prix de leurs enfants. Gaëlle, la « narratrice », veut faire du théâtre. Mais pour son père, ce projet est complètement fou : « Je ne peux pas la laisser rêver. C’est interdit ». Bref, des jeunes ordinaires qui ne veulent qu’une chose : croire en la vie.

Tout est réel !

Simplement « une mise en forme du réel mais pas de mise en scène.» C’est la réponse donnée par David André suite à la projection après une question de la salle sur la construction du film. Même si cela peut paraître complètement fou, tout ce qui est montré à l’écran est vrai. Caroline qui tremble en buvant son verre en discutant de l’avenir avec son petit ami Alex, le moment de l’annonce des résultats… pas des moments mis en scène mais vraiment des moments pris « sur le vif » pour reprendre les mots du réalisateur. Rien n’a été inventé.

Même la période où Nicolas disparaît et connaît un moment de dépression. Oui, Nicolas, le 1er de la classe au profil atypique, poète qui fume des pétards, a vraiment décidé à un moment de s’éclipser. La raison ? Son animal de compagnie, Douglas, qui n’est autre qu’un canard, est mort. Comme le dit David André, il travaillait avec son équipe sur une « matière volatile ». Pas de scénario écrit, aucune anticipation possible de la situation. Il ne pouvait même pas savoir si les parents feraient le projet jusqu’au bout. Et surtout, ils ne savaient même pas si la bande qu’il avait choisie savait chanter…

Une histoire en chanson

Car l’originalité de Chante ton bac d’abord !, ce sont des ados qui non seulement parlent de leur vie mais qui chantent aussi cette vie. Le film est alors entrecoupé de moment de chant, comme une comédie musicale. Comme le précise David André, effectivement ces moments de chant ne sont pas « naturels ». Et justement le réalisateur exprime durant la session de questions/réponses sa peur que cela ne fasse planer le doute sur le caractère vrai de ce qui est présenté dans le film sous son aspect documentaire. Mais au contraire, ces chansons, pour certaines proposées par David André lui-même, donne une plus grande force à l’histoire de cette bande.

David André explique que c’est seulement au bout de 4 mois qu’il a parlé de son idée de chansons à ces jeunes acteurs ! Il explique que son but n’était pas d’attirer des futurs « Star Académiciens ». D’ailleurs, le choix de Boulogne s’est fait aussi un peu par hasard, un jour en passant, pour la beauté de ces paysages. Ainsi, c’est Alex, autrefois atteint d’une leucémie, qui chante dans une église « Je ne veux plus m’en faire pour les petits soucis de la vie », c’est Nicolas qui chante « Hiver interminable, avenir insondable ».

Un public conquis

Des moments de rire, des moments plus tristes… La salle n’a pu s’empêcher d’applaudir à la fin du film. C’est un David André sous les acclamations du public. Pourtant, le thème du bac est un sujet aujourd’hui banalisé en France. Mais David André a su revisiter ce thème de manière originale en alliant documentaire et comédie musical.

Chante ton bac d’abord !, un chef d’œuvre, diffusé bientôt sur France 2.

Chante ton bac d’abord! Documentaire /Réalisateur: David André /France /1h22

« Briser la barrière entre rêve et réalité »

Les deux représentants du laboratoire Apelab - Photo : Sarah Paillou

Les deux représentants du laboratoire Apelab – Photo : Sarah Paillou

Le laboratoire Apelab est venu présenter ses projets et prototypes basés sur le principe de la réalité augmentée, dans le cadre du Smart Fip@. Ou la naissance d’un nouveau spectateur, qui participe à l’histoire.

L’idée est d’utiliser les nouvelles technologies (Iphone, Ipad, capteurs de mouvements) pour raconter une histoire. Les deux représentants du laboratoire, issus d’école de cinéma ou d’illustration, développent l’idée d’une narration spatiale, qui mobilise bande son, dialogues et voix, en audio ou en texte. Le rythme de l’histoire reste imposé : comme dans un film, on peut « louper des choses ».

Resserrer le lien entre virtuel et utilisateur

Le cadrage, lui, est laissé au choix du spectateur. A l’aide de son Ipad, l’utilisateur peut obtenir une vision à 360° en levant, baissant ou en faisant tourner la tablette autour de lui. Le scénario est alors influencé par ce que choisit de regarder le spectateur, mais aussi par l’heure à laquelle il visionne le film, le temps qu’il fait… La « rejouabilité », voilà l’objectif du prototype, puisque revoir l’oeuvre permet de découvrir les autres possibilités de narrations.
Le projet suppose uniquement des courts-métrages de 5 à 10 minutes, puisqu’il faut prévoir les différents scénarios possibles. C’est un travail considérable : un mois par scène, 20 scènes par épisode. Et impossible de regarder le film entre amis.

La bande-annonce gratuite de l’application, Land 52, sera en principe disponible mi-février sur l’Apple Store, si l’expérience vous tente.

Internet peut-il financer la création ?

Si les intervenants du secteur de l’audiovisuel s’accordent sur l’influence du numérique, peu de solutions émergent pour l’ensemble des acteurs dans cette configuration.

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA - Crédit Photo : Yann Lagarde

La ministre de la Culture et les autres intervenants du secteur ont débattu ce matin, au FIPA

Directeur des programmes, régulateur, créateur, auteurs et éditeurs ont-ils un intérêt commun ? A première vue, pas de doute : tous les violons s’accordent pour souligner la nécessité de prendre en compte Internet dans la conception des nouveaux programmes. De l’idée originale jusqu’à l’horaire de diffusion, ce média bouleverse les habitudes. Au point qu’on ne sait pas vraiment si les professionnels réunis dans la salle des Ambassadeurs du Casino disposent encore de certitudes sur leur métier, tant le modèle économique a évolué depuis une dizaine d’années.

Pas tous à la même enseigne

La question se pose même de savoir s’il y en a finalement un seul et unique. Les mots d’interactivité, de freemium (une part de la création gratuite et le reste en accès payant) et de transmédias reviennent souvent, mais leur transposition à des exemples concrets montre que le financement des projets par ces voies-là est loin d’être uniforme. Certes, des productions (Génération quoi, Prison Valley…) rencontrent un excellent accueil critique et commercial. Les chaînes de télévision ne tirent cependant pas toutes leur épingle du jeu.

« Le numérique nous a beaucoup fragilisés mais maintenant Arte prospère grâce au numérique », constate Anne Durupty, directrice générale de la chaîne franco-allemande. D’autres luttent encore pour se trouver une voie de développement qui leur permette de financer des projets audacieux sans sacrifier les recettes.

La coopération, que la ministre de la Culture appelle de ses vœux, représente une solution toujours hasardeuse pour les producteurs et les diffuseurs. Tirer les bénéfices d’un documentaire de qualité ne pose pas de problème, mais financer sa fabrication est une question autrement plus épineuse. Internet n’est pas prêt de simplifier la tâche des professionnels de l’audiovisuel.

Les pitches sessions : 7 minutes pour convaincre

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Neufs représentants de chaînes européennes forment le panel jugeant les pitches

Pour la première fois cette année, le FIPA Industry propose aux réalisateurs de présenter leur projet de création devant un panel de producteurs et diffuseurs internationaux lors des pitches session.

Le concept des pitches sessions du FIPA Industry est simple. Un réalisateur a sept minutes pour présenter son projet, et lorsque le temps imparti est écoulé, les membres du panel disposent de huit minutes pour poser des questions, s’ils en ont l’envie. « Cette forme de présentation de projets afin de rencontrer des producteurs et diffuseurs n’est pas nouvelle, explique Jean Pelletier, membre du panel pour Radio Canada. Les pitches sessions sont nées à l’International Documentary Filmfestival Amsterdam, et le festival Hot Docs de Toronto en a organisé par la suite. Ces moments sont importants car ils permettent un rapprochement entre les producteurs, et scénaristes. »

Le FIPA a souhaité mettre en place ces sessions afin de développer sa dimension professionnelle. « Il est établi que le FIPA est un carrefour de la création, avec les projections de documentaires, reportages et fictions. Cette année, le Festival a souhaité renforcer sa fonction de point de rencontre entre les professionnels de l’audiovisuels » précise Frédéric Pittoors, consultant et animateur des sessions de pitches. « Nous avons invité des représentants de plusieurs chaînes européennes et internationales, tels que France 5, Radio Canada, ou RTBF. C’est l’occasion pour des projets d’obtenir des financements, et se confronter à la réalité du marché et des avis de professionnels. »

Une étape essentielle mais pas si facile

Seize projets étaient présentés cette année. 16 sur 142 proposés. « Le Fipa a sélectionné les projets  en fonction de leur intérêt, de leur qualité éditoriale, de leur faisabilité, de leur stade de développement. Ils doivent aussi correspondre aux tendances du moment. Ainsi, le thème de la guerre revient pas mal cette année. » remarque Frédéric Pittoors. Le format n’est pas imposé. Ainsi documentaires comme séries sont proposées, et à  des stades de production très différents. Certains peuvent présenter un teaser, quand d’autres en sont encore aux premières recherches.

Sept minutes pour être convaincant ? Pas si facile pour les réalisateurs. Le FIPA les a aidés à se préparer. « Pour nous, c’est une véritable étape structurante dans le développement de notre projet, mais il a fallu apprendre à donner beaucoup d’informations en peu de temps. » confie Sandrine Mercier, venue faire un pitch pour un projet intitulé Paseo con Franco. Le FIPA a alors organisé des sessions de coaching. « On a un peu l’impression de retourner à l’école, rigole Sandrine, mais c’était intéressant d’apprendre à choisir les bons mots et à bien se tenir ».

Après les pitches sessions, le stress de la présentation retombe un peu pour les réalisateurs. Un peu seulement car l’épreuve n’est pas terminée. Les producteurs et réalisateurs rencontrent ensuite en tête à tête les diffuseurs membres du panel qu’ils ont intéressés

. Le meilleur pitch sera récompensé à la fin d’un prix de 2000 euros donné par le FIPA.

Michael Howe, l’anarchie à coup de tromblon

Dans une salle bondée de lycéens a été projeté ce matin The outlaw Michael Howe , un film du réalisateur Brendan Cowell.

Michael Howe

Michael Howe, l’anarchie à coup de tromblon

C’est une sorte de western à la sauce australienne, avec des mousquets à la place des winchesters et des acacias en guise de cactus. L’action se passe en 1814 , à l’époque où ce pays sauvage n’était encore qu’un vaste pénitencier à ciel ouvert et où les coups de fouets rythmaient le cours des journées.

Damon Herriman incarne un bandit de grand chemin qui a juré de renverser le système colonial britannique et ses gouverneurs véreux. Il devient un symbole de résistance contre l’autorité et l’injustice , l’archétype du héros porté par le peuple pour défendre la liberté. Un homme honnête qui aspire à une vie simple mais que le sens du devoir pousse à prendre les armes. Il entre dans un gang et prend rapidement sa tête, devenant  en peu de temps le bandit le plus recherché de l’empire britanique. Mais sa troupe n’est pas aussi soudée qu’elle n’en a l’air. Tous n’ont qu’un rêve: quitter cette terre rustre et violente pour repartir en Angleterre. Mais la compagne de Michael, une Australienne du nom Black Marie, lui apprend à vivre et à aimer sa terre…il resistera jusqu’au bout.

Cette histoire rappelle fortement une autre figure emblématique de la culture populaire australienne, Ned Kelly; à la différence que lui n’écrivait pas des lettres avec du sang de kangourou.

Les paysages sont à couper le souffle et la reconstitution est très bien réalisée. On peut cependant reprocher à l’auteur de ne pas avoir réussi à développer une vision originale et personnelle du personnage. L’intrigue prend à quelques moments des airs de drame sentimental et l’histoire a du mal à monter en tension. Un film biographique bien réalisé mais qui manque de punch.

Débat à Biarritz, lutte à Paris ?

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entourée de Didier Decoin, président du FIPA et François Sauvagnargues, directeur délégué du FIPA

Alors que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, est à Biarritz pour débattre sur le financement de la création à l’heure d’Internet, la course à la présidence de Radio France touche directement les autres intervenants.

La salle des ambassadeurs du Casino de Biarritz abrite ce matin un grand débat sur la création à l’ère numérique et, pour l’occasion, a convié Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication. L’occasion pour elle d’entendre les souhaits et les plaintes d’une partie des acteurs du secteur. Globalement, créateurs et diffuseurs s’accordent pour dire qu’il est indispensable de dompter un environnement numérique au modèle économique instable. Un constat déjà connu rue de Valois mais une table ronde qui permet de trouver des pistes à explorer, à défaut de réponses globales.

Lutte d’influence

Autour de la table, Bruno Patino, délégué général aux programmes et au développement numérique de France Télévisions, et Olivier Schrameck, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), concentrent les regards. L’un, un temps attiré par la présidence de Radio France, ne serait plus sur les rangs, révèle Lemonde.fr ce matin. L’autre, chargé de sélectionner avec les autres sages celui qui dirigera le groupe public jusqu’en 2019, doit constituer une short-list de prétendants au poste exposé, mais convoité, le 29 janvier prochain.

Derrière un débat aussi riche que nécessaire se joue donc une lutte d’influence entre personnages bien connus du milieu de l’audiovisuel public. Mme Filippetti, elle, a chargé Anne Brucy, ancienne directrice de France Bleu, d’une mission sur l’avenir de France 3, diffuseur de fictions et documentaires, appartenant à France Télévisions, employeur de…Bruno Patino, vrai-faux candidat à la direction de Radio France. Fin du dépôt des dossiers ce soir à 17h, et auditions des candidats à partir du 12 février. Le remplaçant de Jean-Luc Hees sera connu au plus tard le 7 mars, un mois et demi après ce jour du FIPA où beaucoup de choses se sont réglées dans les coulisses du festival.

> En savoir plus : « Radio France : la course à la présidence dans la dernière ligne droite »

Audiovisuel 3.0

Outre des projections, le FIPA est aussi l’occasion de s’interroger sur l’évolution du monde audiovisuel. C’est l’idée notamment du  BarCamp  du SmartFip@.

 « BarCamp : la conférence dont vous êtes le héros »

Ni expert, ni novice. Le concept du BarCamp est de réaliser une conférence ouverte à tous. Le principe est simple. Différentes thématiques autour de l’audiovisuel sont proposées. Chaque personne choisit la table ronde à laquelle il veut participer. La discussion s’organise autour de questions et de réponses entre amateurs et professionnel. Puis chaque groupe propose un compte rendu du début. Le thème abordé cet après-midi : le transmedia.

Le transmedia qu’est ce que c’est ?

Le transmedia, c’est la diffusion d’un même contenu sur différents supports, télévision et internet par exemple. L’idée est d’adapter un programme de différentes manières pour toucher le public de plusieurs façons. Il ne s’agit donc plus de rester cantonné à un média spécifique mais d’utiliser plusieurs moyens de communication permettant de faire évoluer le produit. Dans cette évolution, le spectateur a un rôle clé. En effet, le spectateur devient acteur. Son avis sur le programme est sollicité. Mais il peut être aussi sollicité physiquement. Le produit n’est donc plus conçu de manière définitive.  A ce titre, le multimédia apparait comme l’ancêtre du transmedia. Certes, l’interaction entre différents médias était déjà possible. Mais le programme était figé une fois pour toute, pas avec le transmedia.

Concrètement c’est quoi ?

Le transmedia, c’est par exemple la télévision connectée. Tout en regardant un programme, le spectateur peut séparer l’écran en plusieurs parties s’il veut avoir des précisions sur un point. Le transmedia consiste aussi à solliciter les spectateurs via les réseaux sociaux. Le programme se modifie suivant les envies des spectateurs. Une série peut aussi devenir un jeu en ligne. Exemple avec The Spiral diffusé sur Arte.En fait, le projet n’est plus seulement une fiction. La participation du spectateur permet un retour à la réalité. C’est une « réalité augmentée ».

Mais alors, tous auteurs ?

Une des tables du BarCamp s’est intéressée plus particulièrement à la question des auteurs dans le transmedia. Est-il possible de dire qu’i y a un auteur quand plusieurs personnes participent à l’élaboration du produit ? Jean-Claude Mocik, Responsable de la filière conception, écriture et réalisation à l’Institut National de l’Audivisuel (INA), Roland Dargelez, auteur, réalisateur, conseiller,formateur et Jean-Jacques Gay, éditorialiste (fondateur et critique d’art) à  Spamm.arte.tv se sont interrogés à ce sujet en compagnie d’étudiants et de personnes intéressés par l’audiovisuel. C’est aujourd’hui une question complexe. Dans tous les cas, il y a souvent derrière les produits un travail d’équipe à prendre en compte. Reste à savoir si le spectateur peut lui aussi être considéré comme un auteur. L’ouverture que permet le transmedia ne présente donc pas que des avantages.

BarCamp

BarCamp

Bref, le transmedia est un concept de plus en plus présent dans le monde audiovisuel. Exemple notamment avec le projet « Nouvelles Écritures » de France Télévisions.

 

Ce que vous allez voir cette année sur Arte

La chaîne franco-allemande a présenté cette après-midi sa programmation pour la saison 2014. Nouvelles écritures, formats modernes et créations trans-médias sont les maîtres-mots d’un catalogue éclectique.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte enrichit sa grille pour 2014.

Arte, la chaîne des seniors et des intellectuels ? Les préjugés ont la vie dure, mais la ligne éditoriale continue de jouer la carte de l’innovation. « Il faut assurer les fondamentaux et laisser la place aux nouvelles productions » défendent les têtes pensantes. Concrètement, que propose le média basé à Strasbourg ?

Les documentaires, fondamentaux d’Arte

Centenaire du début de la Grande Guerre oblige, 14, les récits et les mots replongera le téléspectateur au cœur du conflit. Egalement diffusés, les documentaires Les défis de l’Eglise et L’empire Mittal offriront du recul pour « accompagner le monde qui bouge », selon Martine Saada, directrice du département Société et Culture. Le label Arte, qui regroupe des œuvres originales, fera la part belle aux découvertes (Happiness) et aux redécouvertes (Le siècle de Marguerite Duras) de choses à ne manquer cette année.

Diffusions équilibrées entre France et monde

En matière de fiction, Arte innove dans le fond et dans la forme. Les mini-séries seront à l’honneur, comme avec Real Humans, projet aussi loufoque qu’excitant. Format prisé par les télévisions scandinaves et britanniques, à la croisée entre le long-métrage et la série, ces réalisations rafraîchiront la grille des programmes. Et pas de chauvinisme ni d’internationalisme à outrance : « nous défendons un équilibre entre coproductions françaises et créations étrangères », argue Judith Louis, du pôle Fiction.

Entre biographies et reportages

Côté arts et spectacles, biographies (Orson Welles, Marlon Brando, Jean Rochefort) et reportages se partagent l’affiche. A suivre particulièrement Les petits secrets des grands tableaux ou une réinterprétation de Roméo et Juliette, genres absents du line-up des autres chaînes du PAF. Toujours programmés, les concerts d’Arte tenteront de séduire les mélomanes téléphiles.

Web et bande dessinée, singularité d’Arte

Petite nouveauté, la bande dessinée s’immisce au cœur de la chaîne avec Pilule bleue, drame familial ponctué de moments où les acteurs s’effacent devant le crayon. On ressort de la bande-annonce légèrement dubitatif quant au résultat final. Enfin, Arte mise sur Internet. En témoigne Intime conviction, polar à cheval entre la télévision et l’interaction en ligne. Arte Live Web sera également disponible pour mettre en valeur une programmation de qualité à disposition des générations pour qui Arte rime malheureusement avec vétusté.

Aparté avec Pierre Lemaître

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 pour son roman Au revoir là-haut, était l’invité du FIPA lors d’un échange animé par Didier Decoin, président du Festival. Rencontre.

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 (Crédits FIPA)

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 (Crédits FIPA)

Que vous a apporté cette rencontre au FIPA, et ces échanges avec Didier Decoin ainsi qu’avec votre lectorat ?

Je n’étais pas tant impressionné par les échanges avec mes lecteurs, que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer, que de ce dialogue avec Didier Decoin, qui est vraiment quelqu’un que j’admire. Je suis ce qu’on peut appeler un jeune romancier, je n’ai commencé ma carrière que récemment, et me voilà reçu par un écrivain et un scénariste expert. J’ai été très impressionné par la circonstance d’une telle rencontre avec une personne pour qui j’ai beaucoup de reconnaissance. J’étais ravi d’être là !

Votre dernier livre Au revoir là-haut se déroule aux lendemains de la Première guerre mondiale. Bien que vous précisiez ne pas vouloir être pris pour un « ancien combattant » et ne pas être un spécialiste de cette période historique, y a-t-il des productions audiovisuelles sur la Grande Guerre qui vous ont marqué ?

Oui, autant en littérature j’ai été bouleversé par Les croix de bois de Roland Dorgelès, autant Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick m’a profondément marqué. C’est un film vraiment puissant. Et il a été produit par James B. Harris, qui va adapter mon roman Alex. J’ai également été touché par La grande illusion de Renoir. En revanche, j’ai été un peu moins convaincu par les films plus récents.

Plusieurs de vos œuvres sont actuellement en cours d’adaptation sur grand écran. Le film est-il un prolongement de l’œuvre littéraire ?

La littérature et le cinéma sont deux arts qui se complètent. Je pense que la narration est un besoin naturel de l’homme, qui ne peut s’empêcher de se raconter des histoires afin d’appréhender le réel. Et, bien souvent, les œuvres cinématographiques ou audiovisuelles partent d’une œuvre littéraire afin d’en faire autre chose, d’en éclairer d’autres aspects. Je pense que la littérature est un vivier d’histoires dont le cinéma ne peut se passer.

Au revoir là-haut a été décrit par Didier Decoin comme un « page turner » : on ne peut s’empêcher de continuer la lecture jusqu’au bout. Ne pensez-vous pas que si une adaptation audiovisuelle devait être réalisée, le format de série TV permettrait de reproduire cet effet presque addictif ?

Oui, tout à fait, c’est un excellent parallèle. La série télévisée repose sur des mécanismes similaires qui donnent envie au téléspectateur de connaître la suite, et de continuer à regarder. Cependant, elle n’offrirait pas la même durée ni le même tissu narratif qu’un long-métrage. La mini-série s’attacherait peut-être davantage aux détails et mettrait l’accent sur cet effet « page turner » à la différence d’un film.

Corto Maltese s’invite au smartFIP@

Corto

Parmi les créations présentées ce matin au smartFIP@, une a attiré tout particulièrement l’attention du public. Il s’agit d’un « jeu vidéo littéraire » sur Corto Maltese réalisé par la compagnie de production Kidsuphill.

Adapter Corto Maltese; un défi de taille

Corto Maltese. Peut être ce nom vous évoque-t-il déjà quelque chose. Créé par l’auteur vénitien Hugo Pratt, Corto est un monstre sacré de la bande-dessinée mondiale. Marin charismatique, aventurier à la personnalité complexe, grand voyageur… ce antihéros atypique est devenu au fil des ans une figure populaire reconnue, un symbole de liberté ; la quintessence même de l’aventure ésotérique telle qu’elle fut fantasmée durant toute une génération. Un personnage insaisissable qui ne cesse de surprendre le lecteur dans les 14 albums publiés. La vie de Hugo Pratt fut aussi riche et époustouflante que celle du personnage qu’il anima pendant des années, jusqu’à sa mort en 1995.

Le projet de « Corto Maltese : secrets de Venise » est né courant 2011 d’un pari osé : faire un jeu interactif à partir de l’univers de la bande dessinée. Adapter cette œuvre n’est pas à la portée de tous ; c’est s’attaquer à un mythe. Mais « cette création n’est pas une adaptation littérale des fables de Venise », explique Léonore, une membre de l’équipe de production. En effet, tout l’intérêt de ce jeu est qu’il a été abordé dès le départ comme une interprétation originale et personnelle. Son graphisme ultra-réaliste n’a rien à voir avec la technique d’encre de chine de l’auteur.

Un scénario inédit pour renouveler le plaisir des fans

Le scénario a été écrit par Simon Guibert et Marco Steiner. Ce dernier connaissait Pratt et est un peu « le garant de l’esprit de la BD ». L’histoire débute dans un bar de Venise, où le propriétaire, Gozzy vous offre un coup. Il commence une étrange histoire où il est question de pétales d’émeraudes et d’une clavicule de Salomon ; d’une fable de chasse au trésor somme toute. Tout à coup, vous sentez la fatigue vous tomber dessus ; vous commencez à avoir des hallucinations. Dobzy vous a empoisonné et lui seul a l’antidote. Il vous ordonne de vous mettre à la recherche des fameuses émeraudes ; que Corto lui même aurait offert à 6 mystérieuses femmes… Vous voilà enrôlé sur la piste d’un marin, dans une quête qui vous conduira à parcourir la Venise des cours secrètes et des énigmes. Suspendu entre la vie et la mort, sous les effets d’un poison qui vous affaiblit petit à petit, la réalité et le rêve se fondent progressivement.

Dans la progression du scénario, il faut résoudre des énigmes, qui comprennent à chaque fois plusieurs niveaux. « L’idée est de proposer deux échelles de compréhension, les initiés et les amateurs ; tout comme pour la BD » explique-t elle lors de la séance de questions.

La quête est bien sûr un symbole, car à travers ce trésor mystérieux ; c’est bien sur les pas de Corto que vous vous engagerez.

Le jeu est presque terminé mais il manque une partie du financement pour pouvoir le faire aboutir. Sa sortie, prévue pour cette année ne passera sûrement pas inaperçue. Elle annoncera l’année 2015 où les vingts ans de la mort de Pratt et l’annonce probable d’une reprise de la série par de nouveaux auteurs projetteront Corto Maltese dans l’actualité.

Mais n’a-t il jamais cessé de l’être ?

Les anecdotes de Sophie

Moment détente. Crédit Photo : Yann Lagarde.

Moment détente. Crédit Photo : Yann Lagarde.

Raconter les histoires drôles, c’est pas mon truc. Mais quand même, Sophie, hôtesse de caisse, de jurys, de salle depuis 14 ans au FIPA, elle en a de bien bonnes.


Pantoufles et magazines

Le FIPA, c’est un timing très serré : les films doivent commencer à l’heure. Oui mais voilà, quand la Présidente du jury se fait attendre, tout le monde attend. La pauvre gisait inanimée dans sa salle de bain de l’Hôtel du Palais, et a dû être transportée à l’hôpital. Alors Sophie, parce qu’elle prend soin de son jury, est venue lui apporter pantoufles et magazines. Du coup, l’hôtesse a été remerciée par un dîner en tête à tête avec la productrice belge, au restaurant de l’Hôtel du Palais, ouvert juste pour l’occasion. Plutôt sympa.

WANTED : DENT
Encore un retard. Cette fois d’un des membres du jury, qui finit par arriver, main devant la bouche, avec l’air sacrément embêté. Monsieur avait perdu une dent en dégustant un de ces fameux sandwichs du FIPA. Sophie, qui ne perd pas de vue la priorité des horaires, envoie le jury en salle de projection. Pendant ce temps, très professionnelle, elle part à la recherche de la regrettée canine sur le parvis du casino. Après un « appel à son ange gardien », mue d’une soudaine intuition, elle se retourne et trouve enfin la dent. Elle file retrouver le malheureux amputé, lui rend son bien et est remerciée d’une bise sur le front.

Être hôtesse au FIPA est donc un investissement de tous les instants et qui peut être très varié… Les anecdotes sont encore nombreuses, notamment un voyage dans un coffre.

Les séries télé : la poule aux œufs d’or

Les grandes écoles de l’audiovisuel, dont la Fémis, l’INA et le Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA) étaient présentes au FIPA. L’occasion de resituer les enjeux de l’écriture de scenarii dans un contexte de compétition acharnée entre les séries et entre les diffuseurs.

Les Revenants

Les Revenants

Depuis les années 2000, les séries américaines ont explosé sur les écrans français, notamment avec les succès d’HBO (The Wire) et d’AMC (Breaking Bad) obligeant les auteurs à redéfinir complètement les règles de la narration et les codes visuels de la télévision. En France la révolution se fait aussi, un peu plus lentement. Pourtant, le récent succès de la série Les Revenants, diffusée sur Canal + montre que les séries françaises peuvent aussi s’exporter et connaître du succès à l’étranger.

Les grandes écoles de l’audiovisuel ont donc la lourde responsabilité de former la prochaine génération d’auteurs. L’étude des séries au sein des programmes prend une place de plus en plus importante, ce qui témoigne d’un vrai besoin de renouveau. L’INA a d’ailleurs créé l’INA expert, un conseil d’expertise pour former non plus des scénaristes mais des producteurs. L’objectif est d’impliquer davantage la production, normalement cantonnée à une responsabilité financière,  dans le processus de création.

La Nouvelle vague des séries

Si les sixties et la Nouvelle vague ont inventé le cinéma d’auteur, les années 2000 auront probablement inventé la série d’auteur. Les séries classiques étaient constituées d’intrigues cloisonnées, de dialogues et de personnages archétypaux. Les nouvelles normes exigent au contraire des intrigues nombreuses et enchevêtrées les unes aux autres, des personnages ambigus et non-consensuels et  surtout une écriture audiovisuelle et une direction artistique soignée. Si les séries américaines restent la référence, les séries britanniques et scandinaves (Borgen) s’en sortent bien car en plus d’être originales, elles proposent un vrai concept visuel inédit. Les chaînes de télévision françaises sont encore « un peu frileuses » à l’idée de produire ce genre de séries, même si Canal + et Arte ont déjà plusieurs succès à leur actif. Cette réticence peut se comprendre par la prise de risque accrue que comporte la sortie d’une nouvelle série par rapport à la sortie d’un film. Produire une série nécessite en effet de penser sur le (très) long terme. Autre prise de risque, celle des diffuseurs : un flop sur la diffusion d’une série étrangère peut durablement affecter les audiences d’une chaîne et donc ses revenus.

Une télévision qui lorgne sur le cinéma

Il est indéniable que les séries sont sur une vraie dynamique compétitive ; elles empruntent pour cela au cinéma ses méthodes de promotion. La série Real Human sur le robotisme, diffusée sur Arte est à ce titre un bel exemple de webmarketing, lorsqu’un faux site d’achat de robots avait été lancé peu avant la diffusion de la première saison.

SmartFIP@, l’audiovisuel high-tech

Smart Fip@

Ce matin s’est ouvert la deuxième édition du Smart Fip@ devant un public nombreux. Cette rencontre créée il y a deux ans à Biarritz est consacrée au développement des technologies intéractives. Narrations immersives, serious game, réalité augmentée ; c’est l’occasion pour tous les créateurs de l’audiovisuel de présenter et de débattre les perspectives offertes par la narration transmédia.

Les différents travaux, « Cronulla Riots », « World Online Orchestra », « Fearless » et « Corto Maltese : secrets de Venise » proposent, tous à leur manière, de nouvelles façons de faire le lien entre les différentes disciplines de l’audiovisuel. L’interaction et l’immersion narratives sont les maître-mots de cette nouvelle génération de médias.

Le premier projet « Cronulla Riots » a été réalisé par Jaya Balendra. C’est un site internet Australien qui retrace pas à pas les événements qui se sont produits à Sydney en 2005. Dans un contexte de tensions communautaires importantes entre Libanais et Australiens « de souche »; une émeute a éclaté sur la plage de Cronulla le 5 décembre 2005. Ces violences urbaines ont été un choc pour le pays, révélant l’importance du mouvement nationaliste et xénophobe australien. Le déroulement des faits est présenté chronologiquement, à la façon d’un documentaire classique. Cependant, des liens apparaissent régulièrement sur la vidéo pour inciter le visiteur à approfondir certains points, renvoyant notamment à des sociologues et des journalistes spécialisés dans les questions du racisme et de l’immigration.

Le spectateur devient ainsi acteur, décidant de l’ordre dans lequel les informations lui parviennent.

 Un spectateur qui est acteur

Dans le site de « Fearless » qui traite du harcèlement dans les transports publics en Inde, la participation de l’internaute est d’autant plus importante que le sujet nécessite un important travail de mise en situation. Pour parler d’un sujet aussi sensible, la créatrice du site Avni Nijhawan a pris le parti de l’immersion totale. Vous incarnez une indienne durant une journée et vivez pendant quelques minutes ce que vivent des millions de femmes indienne au quotidien. Vous êtes amené à faire des choix, à décider par vous même du parcours que vous voulez faire. Placé dans cette situation, vous réalisez rapidement à quel point le harcèlement est répandu. « Traiter de manière ludique un problème aussi grave est la meilleure façon de sensibiliser le plus de personnes », explique la créatrice à la fin de la projection.

L’idée du World Online Orchestra pour sa part est issue du concept même de participation. Il propose à tous les musiciens dotés d’un instrument, d’un certain intérêt pour la musique classique et d’une webcam de faire partie d’un orchestre philharmonique en ligne. Une partition ; la 7ème symphonie de Beethoven pour un nombre illimité de musiciens, voilà le projet de cet orchestre. Une fois la vidéo enregistrée, vous apparaissez parmi une mosaïque d’enregistrements et vous jouez avec des personnes aux quatre coins du monde. Vous avez par ailleurs la possibilité de constituer des groupes de votre choix, en mettant en relation les « vignettes », les cases que dessine la mosaïque. Cette idée innovante offre des possibilités considérables en termes de créations collectives.

Ces différents projets ouvrent de nombreuses perspectives pour la création audiovisuelle et le smartFIP@ leur donne l’occasion d’être davantage diffusés. Il ne serait pas étonnant que des rencontres similaires se développent ailleurs.

J’ai déjeuné avec le lauréat du FIPA d’honneur 2014

Jan Matthys

Jan Matthys

Jan Matthys m’invite naturellement au restaurant pour m’accorder sa première interview en France. Le réalisateur belge, récompensé pour l’ensemble de sa carrière, préfère une discussion « dans l’ombre ». En toute humilité, il raconte sa passion pour son travail, à travers ce qu’il considère comme son chef d’œuvre, la série In Vlaamse Velden (Dans les champs flamands). Au prisme de l’histoire de vie de la famille Boesman, les spectateurs se plongent dans l’atmosphère de la Première guerre Mondiale, thème privilégié par le FIPA 2014.

Jan Matthys au sommet de son art

La première fois qu’on rencontre Jan Matthys, pour son discours à la cérémonie de remise du prix, c’est clair : il aime « rester hors des spots-lights ». La main un peu tremblante, il lit son discours qu’il a répété devant son miroir, expliquant pourquoi ce prix arrive au bon moment, louant les mérites de son équipe. Pour cette série, il a dû « aller au bout de [son] talent et de [sa] persévérance ». Il est fier d’avoir pu attirer l’attention de professionnels étrangers, et vit cela comme un véritable encouragement.
Mais cette fois, c’est différent, toutes ses productions précédentes lui ont servi de préparation pour réaliser ce travail de neuf mois, mobilisant plus de 150 personnes. Toujours avec cette volonté de rechercher la beauté et l’esthétique, le réalisateur fait de sa série une surprise émotionnelle pour les téléspectateurs. Le sujet de la Première Guerre mondiale, qui touche Jan Matthys depuis son enfance, suppose une grosse responsabilité. Le souci du détail a poussé le perfectionniste à assister à tous les cours des acteurs (par exemple pour se servir d’une arme).

« Je voudrais être un débutant pour toujours »

Pourtant, Jan Matthys veut rester dans une logique d’apprentissage, et souhaite avant tout faire ce qu’il aime, avec les gens qu’il aime. Une profonde amitié le lie à ses acteurs, et à son équipe, qui le suit depuis 20 ans. Dans le processus, le réalisateur travaille à l’intuition, raconte-t-il les yeux dans le vague, loin vers ses souvenirs du tournage.
Il a par exemple choisi des acteurs avec peu ou pas d’expérience, dans l’idée de trouver de nouveaux visages. Il l’a fait revenir sept fois, mais il le sentait, Lize Feryn serait Marie, un personnage central de la série. Et il a bien fait. Sur les images, elle captive et transperce le spectateur. Dès la diffusion du premier épisode, la nouvelle actrice a reçu de nombreuses propositions.
Dans son équipe, on se comprend en un regard, et cela se retrouve à l’écran. La scène d’exposition présente les personnages sans aucun dialogue, mais le public saisit les relations qui les nouent grâce aux jeux de caméra.

Après la diffusion du premier épisode de In Vlaamse Velden, les spectateurs sont accros, et les images restent longtemps en tête. Après une interview avec Jan Matthys, le retour à la réalité est tout aussi difficile.

« In Vlaamse Velden » réalisé par Jan Matthys, produit par Menuet,durée: 50 min.

L’artiste modelé par ses femmes

Affiche du film Picasso, Histoire d'une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Affiche du film Picasso, Histoire d’une vie. Crédit Photo : FIPA 2014

Pablo Picasso s’est éteint un matin d’avril 1973, laissant derrière lui près de 50 000 œuvres. Picasso, inventaire d’une vie retrace sa vie à travers ses œuvres restées cachées.

Tout commence le jour des obsèques de Pablo Ruiz Picasso, lorsque ses héritiers ont pour mission de classer ses œuvres. C’est alors que le commissaire priseur –et ami du peintre- Maurice Rheims avait déclaré : « Tout prenait alors une valeur de témoignage (…) La peinture moderne, oui, est en berne, mais Picasso, non ».

Fils d’un peintre espagnol, Pablo Picasso nait en 1881 à Malaga et y passe sa jeunesse, pour aller vers la capitale puis enfin à Barcelone. A travers ses premiers dessins, on perçoit les talents du jeune Pablo et sa découverte de grands peintres qui l’influenceront toute sa vie. Mais c’est à Barcelone que l’artiste connaît la vie de bohème et ses premières expériences sexuelles et artistiques.

Vous les femmes…

Après Barcelone, Picasso décide de monter à Paris. Il fait alors la connaissance de poètes, dont Apollinaire de qui il restera très proche. Mais c’est la mort de son ami Carlos Casagemas qui marque une période marquante de l’œuvre du peintre, la période bleue. Elle est en rupture avec la période très colorée qui avait fait le succès de l’artiste à son arrivée à Paris.

C’est alors que la venue d’une femme, Madeleine, va lui redonner goût à la vie et le faire entrer dans sa période rose. Le documentaire montre à travers les peintures de Picasso comment les femmes ont bouleversé sa vie. En effet, Picasso ne pouvait pas s’empêcher de peindre ses amantes, plus jeunes, ou de les mentionner de manière plus subtile – Marie-Thérèse Walter n’avait que 17 ans lors de leur rencontre, il se contentait alors de ses initiales.

 La naissance du cubisme et le surréalisme

Comment parler de Picasso sans parler du cubisme ? Considéré comme le fondateur du mouvement artistique avec son ami Georges Braque, Picasso a eu un réel intérêt pour la photographie. Après l’avoir vue comme une concurrence à la peinture, Picasso va se servir de la photographie pour déstructurer les formes du visage. De là nait la première exposition cubiste dont Matisse dira : « Tiens, Picasso nous fait une exposition de petits cubes. » On découvre des photographies et des images d’archives permettent alors au spectateur de se plonger dans l’époque et de découvrir Picasso jeune.

Mais la Première Guerre mondiale marque la fin du cubisme. Le documentaire met alors en relief l’autre grand courant auquel a participé l’artiste : le surréalisme. Marie-Thérèse en est alors son principal modèle. S’en suivent des tableaux avec le Minotaure, cet être mythologique qui violente la jeune fille dans des scènes osées pour l’époque.

Puis, dans l’entre-deux-guerres, Picasso fait la connaissance de Dora Maar, s’engage politiquement et réalise son œuvre la plus connue : Guernica. La jeune femme très engagée a donné une réelle dimension politique à l’œuvre de Picasso. Il attendra la fin de la Seconde Guerre mondiale pour prendre sa carte au Parti Communiste français. Cependant, il restera incompris de la part des hauts fonctionnaires du parti puisque ne correspondant pas aux canons du réalisme socialiste.

Un homme qui peint ce qu’il ressent

« Picasso ne peignait pas les choses telles qu’il les voyait, mais telles qu’il les ressentait. » On découvre beaucoup de ses autoportraits, que l’on a peu l’habitude de connaître. Ils représentaient pour lui une réelle thérapie et il les confectionnait de façon quasi systématique lors des drames de sa vie. Ainsi a-t-il peint son portrait lors de la mort d’Apollinaire ou encore lors de sa double relation avec Dora et Marie-Thérèse.

Il finit sa vie dans sa villa de Mougins, sur la Côte d’Azur, auprès de sa dernière compagne Jacqueline. Il ne cessera de peindre jusqu’à son dernier jour, entièrement replié sur lui-même et sur ses œuvres, autant de peintures que de sculptures, de gravures ou encore de céramiques.

A sa mort, Pablo Picasso aura laissé des milliers d’œuvres dans toutes ses maisons. Le documentaire nous montre ainsi la production quasi-surhumaine de l’artiste, mais aussi comment les tourments de sa vie amoureuse y ont contribué. Emouvant, rempli d’archives vidéo et de photographies inédites, on a l’impression de connaître cet artiste qui n’a donné, durant toute sa vie, qu’une seule interview télévisée.

Picasso, l’inventaire d’une vie
Hugues Nancy, France, 1h50

Churchill, seulement un géant dans le siècle ?

churchill

Une biographie télévisée du grand homme britannique Winston Churchill, voici ce que propose David Korn-Brzoza dans ce documentaire co-produit par Arte avec la participation de France Télévisions. Il sera diffusé sur France 3, dans Histoire immédiate.

Décrire Winston Churchill en un mot? Mission Impossible. Le « petit bouledogue » devenu « le vieux lion » était un hyperactif passionné, tempétueux, engagé, courageux, jusqu’au-boutiste…

Le documentaire retrace l’enfance de la figure politique mais aussi son engagement lors des guerres coloniales avant son apogée en tant que Premier ministre défendant la liberté à tout prix.

« Un élève méchant, sans ambition »

Cancre, ses bulletins scolaires décrivaient un élève « très méchant », « sans ambition ». Délaissé par ses parents qui lui rendaient visite une fois par an dans son internat, rabaissé par son père qui siégeait au Parlement, Winston Churchill a voulu, semble t-il, prendre sa revanche. Envoyé dans l’armée, le turbulent découvrit alors sa passion pour la guerre.

« Du sang, de la sueur et des larmes »

Il s’engagea ensuite dans la politique sur les pas de son père décédé prématurément et brilla rapidement par son éloquence, ses fameux discours dont « le sang, la sueur et les larmes » ne sont qu’un exemple. Son appel à la résistance contre la barbarie nazie « we shall never surrender » (nous ne capitulerons jamais) fit même pleurer ses opposants politiques. L’ancien élève insolent avait aussi une répartie extraordinaire. Quand une femme lui dit « si vous étiez mon mari, j’empoisonnerais votre verre », l’orateur répliqua « si vous étiez ma femme, je le boirais ».

« Ecrivain, peintre et maçon »

Premier ministre, Winston Churchill était aussi écrivain et reçut le Prix Nobel de littérature en 1953. Cela ne suffisait pas à l’hyperactif qu’il était. Churchill peignait, était aussi maçon à ses heures perdues. Il buvait de l’alcool, « traitement conseillé » par ses médecins et rares sont les photos où on le voit sans son cigare. Dans ses mémoires, Winston Churchill parle de sa femme Clémentine avec tendresse et bienveillance : « je me suis marié et depuis je n’ai cessé d’être heureux. »

Le documentaire nourri d’un travail d’archives remarquable fait l’apologie de cette grande figure historique qui marqua la Grande-Bretagne mais aussi le monde entier. Il avait le courage de prendre des décisions difficiles, de ne jamais rien lâcher malgré les éventuels doutes et scepticisme de son entourage.

« J’ai dormi sur le trottoir le jour des obsèques de Churchill » raconta une anglaise présente dans la salle. « Je le connais bien, c’est mon héros, notre héros et vous avez encore réussi à me faire pleurer! ».

« Le titre est faux, ce n’est pas un géant dans le siècle mais Le géant du siècle » conclut son réalisateur David Korn-Brzoza.

Churchill, un géant dans le siècle Réalisation: David Korn-Brzoza, Production: Roche Productions, durée: 1h30

Egypte : histoire d’une crise

L’arrivée des Frères musulmans au pouvoir n’a pas mis un terme à la crise amorcée en 2011 avec la Révolution du 25 janvier. C’était sans compter l’influence sur le pays d’un de leurs principaux adversaires, l’armée. La crise égyptienne, une crise complexe donc, que tentent d’expliciter Marcela Gaviria et Martin Smith, producteurs du reportage Egypt in crisis– L’Egypte en crise.

Egypt in Crisis Crédit photo: FIPA

Egypt in Crisis Crédit photo: FIPA

 Un nouveau départ ?

La chute d’Hosni Moubarak a permis à l’Egypte elle aussi de connaître son Printemps Arabe avec l’arrivée du premier président démocratiquement élu de son histoire, Mohammed Morsi. Sa particularité ? Il est membre des Frères Musulmans. Egypt in Crisis se propose de retracer l’épopée d’un parti fondé sur la religion islamique, passé de la marginalisation au pouvoir. Face à un candidat de l’ère Moubarak, le peuple a choisi le parti qui se portait alors garant de la liberté, de la démocratie et de la justice. Mais la révolution égyptienne n’a pas été à la hauteur des espérances de nombreux égyptiens. Point culminant : la signature d’un décret le 22 novembre 2012 permettant au président de s’arroger les pleins pouvoirs. « Il ne peut pas être mon président » s’est dit alors un des intervenants du reportage. Mais Egypt in Crisis montre comment le président avait déjà déçu ses partisans. Parmi les raisons de cette déception : la place accordée à l’armée dans la nouvelle Egypte. Comme affirme une interviewée, « Malheureusement, ce n’était pas Mandela.»

L’armée : au cœur du pouvoir égyptien

Le reportage de Marcela Gaviria et de Martin Smith met l’accent sur le rôle de l’armée  dans la crise égyptienne. Tout au long de la chronologie, la position de l’armée apparaît ambivalente. C’est d’abord une armée qui semble du côté du peuple au moment de la première révolution, un peuple qui appelle même l’armée à le soutenir : « L’armée et le peuple main dans la main. » C’est la même armée pourtant qui n’a pas hésité à utiliser la manière forte pour réprimer des manifestants et mettre un terme aux troubles de la rue: « Tu es content avec ta révolution maintenant ? » Et c’est encore vers cette même armée que le peuple s’est retourné pour faire face aux Frères Musulmans.

Le point avec les producteurs

Pour Martin Smith, l’armée n’est du côté de personne, « l’armée est du côté de l’armée. L’armée est simplement pour l’armée. » Il affirme alors que l’armée s’est mise du côté du peuple en janvier 2011 car elle avait compris la force du peuple face à Moubarak. Marcela Gavira insite quant à elle sur la popularité de l’armée en Egypte : « Je ne pouvais pas comprendre quand nous étions en train de faire le film pourquoi ce peuple qui avait subi tant de répression sous l’ère Moubarak pouvait soutenir la puissance militaire ; après les répressions vécues en 2011, pourquoi le peuple demandait à l’armée de revenir et de les sauver. Je pense que l’on doit comprendre qu’en Egypte, c’est la seule institution qui fonctionne vraiment. C’est une institution bien ancrée tout le monde a quelqu’un qui fait partie de l’armée. »

L’état profond

Pour Martin Smith, l’armée s’adapte aux différentes situations car une seule chose compte: préserver son pouvoir. Egypt in crisis montre en fait une armée égyptienne qui semble purement et simplement au-dessus du pouvoir politique. Elle est un des piliers de l’ « état profond » égyptien. Sous cette expression se cache les structures qui détiendraient réellement le pouvoir en Egypte au nombre de quatre : la Cour Suprême, les médias d’Etat, la police et enfin l’armée. Ainsi, la victoire des Frères musulmans en Egypte ne pouvait pas être totale.

Pas 1 mais 2 révolutions

La révolution du 25 janvier 2011 a amené Mohammed Morsi au pouvoir. Deux ans plus tard, celle du 30 juin affirmait l’échec des Frères musulmans. Mohammed Morsi avait affirmé lui-même devant les caméras d’Egypt in crisis en 2011 que le parti n’avait pas pour objectif les élections. C’est pourtant le même homme qui s’accaparé tous les pouvoirs, trop de pouvoirs, tel un « pharaon ». L’armée a donc saisi cette brèche pour renforcer sa position en Egypte.

Egypt in Crisis montre toutes les difficultés de la transition politique de l’Egypte et se pose en reportage de référence sur la question égyptienne.

Durée:53 minutes

Ney Matogrosso ou l’énergie de l’instinct

Ney Matogrosso

L’artiste brésilien Ney Matogrosso

« En moi, tout est tel quel. » Tel est le mot d’ordre du chanteur brésilien Ney Matogrosso, artiste à la carrière débridée et subversive, dont le film Olho Nu offre une rétrospective.

Yeux et lèvres peinturlurés de noir, gestuelle théâtrale, costumes extravagants, il se trémousse sur scène, déployant sa voix de contre-alto devant une foule de spectateurs venus échapper, le temps d’une représentation, à leur quotidien marqué par la dictature. Trente ans plus tard, tenue sobre et postures méditatives, il est immortalisé dans son environnement quotidien, la nature, les rivières, sa maison – surprenant par sa relative simplicité.
Si le nom de Ney Matogrosso peut ne pas évoquer grand-chose aux oreilles de beaucoup de français, au Brésil il est considéré comme l’une des figures majeures de la scène artistique et musicale. Le réalisateur brésilien Joel Pizzini a entrepris de se concentrer sur la vie de ce chanteur né en 1941.

Un documentaire esthétiquement fouillé, pour un artiste complet

Son film Ohlo Nu, traduit en anglais par Naked Eye, relève, dès son titre, d’un parti pris minimaliste et esthétique. Alternant chansons et passages d’interview, sur fond d’images de Matogrosso tout au long de sa carrière, le tout dans un désordre savamment orchestré, le documentaire se plaît à rester dans le flou, la recherche du beau. Il permet néanmoins de découvrir cet artiste brut, désinhibé sans être dénué d’élégance, et se décrivant lui-même comme une « métamorphose ambulante » – en témoigne l’évolution de ses tenues vestimentaires au gré de sa sensibilité du moment. Exposant publiquement et sans retenue sa libido, Matogrosso envisage la scène comme le lieu de libération de ses fantasmes, celui où, dissimulé derrière son personnage de showman, il peut laisser libre cours à ses instincts, sans pudeur ni autocensure.

Les bémols du « flou artistique »

Des critiques, toutefois, sont à formuler au sujet de ce film certes visuellement recherché, mais dont la forme n’aide pas vraiment le téléspectateur à assouvir son éventuelle curiosité pour Matogrosso… L’aspect volontairement décousu du documentaire, sans aucun fil chronologique ni même thématique, le rend difficile à suivre pour qui ne dispose d’aucune connaissance préalable sur la vie du chanteur. Quelques longueurs également dans ce long-métrage délibérément lent, axé avant tout sur l’esthétique – davantage que sur une réelle analyse de l’artiste. On regrettera enfin que le film n’aborde que la carrière de Matogrosso, mettant de côté sa vie personnelle qui aurait pourtant pu se révéler intéressante, contribuant à cerner le personnage. Dont on aura, au moins, découvert la musique, éloquente à elle seule.

Olho Nu réalisé par Joel Pizzini, produit par Canal Brésil, durée: 1h41

L’histoire à la télévision, le pari de l’avenir ?

Le « FIPA Industry », plateforme novatrice de cette 27ème édition, propose des rencontres entre professionnels pour échanger sur les nouvelles perspectives de l’audiovisuel. Ce matin, débat entre les responsables documentaires de chaînes de télévision afin de savoir quels sont les enjeux des productions historiques sur le petit écran.

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Les professionnels de la télévision débattent de l’Histoire à la télévision

France 3, Arte, RTBF (Belgique), YLE (Finlande), et Rai Storia (Italie). Ces cinq chaînes doivent répondre aux défis contemporains et apprendre à se renouveler dans un paysage médiatique en pleine mutation. Et parmi leurs productions, le documentaire historique remporte un franc succès. En France, les succès de productions comme « Secrets d’histoire » (France 2) ou « L’ombre d’un doute » (France 3) témoignent de cet intérêt des téléspectateurs pour l’enquête historique sur des sujets plus ou moins récents. Loin d’être une exception française, ce goût renouvelé est confirmé en Finlande, en Belgique ou en Italie comme l’expliquent les responsables documentaires des chaines nationales présents ce matin.

Les raisons d’une fascination pour l’Histoire

Les temporalités varient selon les pays : tandis que la Rai Storia produit davantage de documentaires consacrés à l’histoire ancienne, la RTBF se concentre davantage sur l’histoire contemporaine. Quant à la Finlande, la YLE s’attache à retracer les petites histoires, plus banales mais révélatrices de nos sociétés. Mais l’engouement pour le documentaire historique touche particulièrement les récits des deux guerres mondiales, en particulier en France, pays qui aime à réfléchir sur les violences dans l’Histoire.

La France se caractérise en outre par une passion particulière pour la politique. Comme le souligne Dana Hastier, directrice de l’unité documentaire de France 3, c’est un pays qui « aime à se raconter ». Les documentaires historiques prennent donc toute leur ampleur dans ce pays où le roman national est omniprésent et où règne une certaine nostalgie de l’époque « plus glorieuse ». Les écoles d’histoire y sont très nombreuses et les débats entre historiens assez vifs. Le tout associé à une véritable passion du romanesque qui caractérise la France selon les intervenants. C’est donc un terreau idéal qui offre un public vivace pour de telles productions audiovisuelles. Mais les succès d’audimat sont les productions qui restent centrées sur la France et peu sur l’international. Le regard plus international d’Arte, chaîne européenne, permet d’offrir une perspective plus ouverte, bien que le public soit moins nombreux.

Faire évoluer le documentaire historique

Les documentaires historiques sont régis par les mêmes règles que les autres programmes audiovisuels : ils doivent s’adapter et sans cesse se renouveler. Il faut donc sortir de la simple chronologie qui fait intervenir des experts donnant une leçon d’histoire et se tourner vers de nouveaux formats davantage attractifs. L’usage des transmédias, qui permettent de reconnecter les œuvres télévisées au web, permet par exemple de rendre les débats plus interactifs. Quant à l’historien, il est voué à changer de nature, et tout en restant une caution, les nouvelles générations deviennent aussi co-auteur.

La solution serait peut-être de faciliter la coopération en Europe, en développant les co-productions. Néanmoins, ces associations sont plus faciles pour les séries que les documentaires. Et le public des grandes chaines nationales, en particulier françaises, sont peu intéressé par l’international et se concentrent sur l’histoire de leur pays. Quoi qu’il en soit, les producteurs de documentaires historiques en Europe auront les mêmes défis à relever au cours des prochaines années.

Poutine, acte III

Le retour du dirigeant russe à la tête du pays en 2012 amorce un durcissement du régime. Avec Poutine is back, Jean-Michel Carré revient brillamment sur la nouvelle pratique du pouvoir par le pensionnaire du Kremlin.

Une larme coule sur un visage qui n’en verse d’habitude jamais. Mars 2012, Vladimir Vladimirovitch Poutine est élu Président de la Fédération de Russie pour la troisième fois. Le temps d’un intermède Medvedev et voilà l’ancien directeur du KGB de retour aux affaires dans un contexte tendu, après la Syrie, les manifestations et la crise économique. Détente et diplomatie ?

Vladimir Poutine

Vladimir Poutine le soir de sa victoire à l’élection présidentielle de mars 2012

Au contraire, Poutine impose ses méthodes avec une pression encore plus forte qu’entre 2000 et 2008. La répression frappe les dissidents qui, devant la caméra de Jean-Michel Carré, dépeignent une société fragmentée, repliée sur elle-même et désireuse de retrouver un rôle majeur sur la scène internationale.

« Si on ne se bat pas, ça ne changera pas »

Sitôt élu, Poutine attaque directement son prédécesseur : « Il y a des addictions à l’alcool, à la drogue, à l’argent, mais on dit que la plus forte addiction est au pouvoir ». L’héritage Medvedev, fait de démocratie teintée de libéralisme, est jeté aux oubliettes de la Sainte Russie. Les investissements se concentrent dans l’armement, l’industrie lourde et les énergies fossiles. La posture s’affermit sur la scène internationale, les alliés occidentaux deviennent des adversaires dont il faut contester la position. Pas de doute, la Russie actuelle ressemble à celle de l’ancienne URSS, selon Carré.

Exhaustif, le documentaire explore également les perspectives d’un pays miné par sa pauvreté et ses inégalités socio-territoriales. Un tiers des Russes n’ont toujours pas accès à l’eau potable, au gaz et aux canalisations. Un facteur de division et de soulèvement ? Jean-Michel Carré rapporte des propos lucides des dissidents : « Si on ne se bat pas, ça ne changera pas ».

Regain de tensions

Le regain de tensions observé récemment avec les évènements de Volgograd fin décembre fait des Jeux Olympiques de Sotchi une des compétitions les plus risquées jamais organisées jusqu’à présent. Faut-il craindre un bain de sang entre deux épreuves ? Jean-Michel Carré n’invalide pas cette hypothèse et décrit une situation explosive, avec des attentats perpétrés tous les jours. La violence répond quotidiennement aux violations flagrantes des droits de l’homme et, si chacun imagine la situation russe avec plus ou moins d’acuité, la force du documentaire est de dresser un inventaire complet, à charge, du système et de l’idéologie Poutine.

Le chaos à Volgograd après les attentats, fin décembre 2013

Le chaos à Volgograd après les attentats, fin décembre 2013

En définitive, le réalisateur français retrace habilement l’évolution d’un régime autocratique aux tendances dictatoriales ces deux dernières années. Après les Pussy Riot, la mise au ban de l’opposant Alexei Navalny et les lois contre la propagande homosexuelle, le troisième acte de Vladimir Poutine au Kremlin représente l’épisode le plus dur d’une trilogie pas près de s’achever.

Comment le crowdfunding va changer votre vie

Le secteur de la finance participative ou crowdfunding connaît un véritable boom depuis deux ans. Adrien Aumont, co-fondateur de la plateforme KissKissBankBank était au FIPA pour dresser un premier bilan.

Adrien Aumont, co-fondateur de KissKissBankBank

Adrien Aumont, co-fondateur de KissKissBankBank

« M. Tout-le-monde est plus riche que M. Rothschild ». Comprendre cette maxime que l’on attribue à Henri Germain, le créateur du Crédit Lyonnais, c’est comprendre le fondement du crowdfunding, nouvelle forme de mécénat née avec le 2.0. Le principe est simple : chacun est libre de donner ce qu’il veut pour un projet qui lui tient à cœur. Dans les faits, c’est l’actionnariat à portée de tous, même si l’économie collaborative cherche justement à s’affranchir du jargon capitaliste. Ce ne sont donc plus des exigences de rentabilité qui sont mises en avant mais bien des critères de goût et d’originalité.

Une véritable révolution dans la production et la consommation de biens culturels

Il y a trois ans, quand Adrien Aumont s’est lancé dans la grande aventure, l’affaire ne pesait pas plus de 100 000 euros, cette année il table sur 8 millions d’euros et prévoit pour l’année prochaine 15 millions d’euros. Le magazine Forbes annonce qu’en 2020, le secteur de l’économie collaborative vaudra 1000 milliards de dollars. De quoi faire des envieux en cette période de marasme. Avec le crowdfunding, s’annonce une véritable révolution dans la production et la consommation de biens culturels. Cette tendance s’est amorcée dans les années 2000 avec la crise de l’industrie du disque alors que les ventes s’effondraient en même temps que la consommation continuait à progresser. Du disque, la musique est passée au MP3 puis maintenant à l’URL.

Mais l’économie collaborative s’étend à tous les secteurs : le triomphe du co-voiturage en est la preuve avec pas moins de 3 millions d’utilisateurs en France, à tel point que certains sites sont devenus les concurrents directs de la SNCF.

L’économie collaborative remet le lien social au premier plan et redéfinit le concept de communauté. Il n’y a plus de public de masse, au sens où les sociologues ont défini la société de consommation de masse dans les années 60, il n’y a qu’un enchevêtrement de publics avec des affinités esthétiques et des références culturelles en commun. Le crowdfunding cible des communautés et non plus le public au sens le plus large. Tout le monde peut devenir mécène, en échange non plus d’un dividende mais d’une contrepartie émotionnelle, par exemple voir son nom au générique d’un film que l’on a aidé à financer. Rêvons ensemble d’un monde où des producteurs cyniques ne sortiront plus un film sur un nom parce qu’il est bankable. Rendez-vous en enfer Julie Lescaut.

Les bobines de la Jeune création / Moirai

Moiras, un court métrage animé très réussi!

Moirai, un court métrage animé très réussi!

Un pantin tombe du ciel. C’est une poupée articulée avec une bobine en guide de torse. Un léger frisson parcours ses longs membres. Ses yeux exorbités fixent le vide, avant de cligner et de se tourner vers l’horizon. L’énigme de la vie propulsée à la vitesse de 13 images secondes. Un blues lancinant déchire le silence du désert. L’étrange créature se relève maladroitement, et regarde ses mains comme si elle était la première étonnée par la forme que ses créateurs lui ont donnée. Elle commence à marcher tandis que sa bobine entame sa rotation inexorable.

Dès les premières secondes de ce film d’animation atypique; le spectateur a de quoi être surpris.

Les créateurs de Moirai, Kerstin Unger et Jasper Diekemp ont collaboré pendant plus d’un an pour faire aboutir ce conte métaphysique inspiré du mythe des moires. Les moires ou Parques dans la mythologie romaine sont ces femmes qui tissent le destin des mortels jusqu’à ce que leur rouet se vide. Elles sont les divinités implacables de la fatalité.

Dans ce travail effectué à l’Ecole supérieure des arts et médias de Cologne, les deux artistes se sont essayés à la technique du stop motion (animation image par image); et avec succès. Lui est spécialisé en sculptures et installations interactives, et elle en animation. Ce projet a été pour eux l’occasion de confronter leurs domaines de connaissances respectifs, pour développer une technique alliant la maîtrise de l’espace à la connaissance du mouvement. Pendant près d’un an, ils ont pris et assemblé plus de 17000 images pour composer une œuvre originale et sensible.

Une évasion et des questions

Dans quelle mesure sommes-nous aux commandes de notre destin ? Peut-on réellement être libre ? Ce sont autant de questions que le spectateur se pose en regardant ce court métrage angoissant. Une des premières choses que le pantin voit lorsqu’il se réveille est un de ses semblables qui s’écroule lorsque sa bobine de fil s’achève…au bout du rouleau. Réalisant que son temps est compté, le personnage commence sa longue quête à travers le désert. Une question muette se formule dans le sillage de ses pas : que faire du temps qu’il m’a été donné ?

La réponse vient d’elle-même ; un autre pantin porte un objet métallique dans la main, une sorte de sceptre. La curiosité laisse rapidement place à l’envie puis à la haine ; les pulsions et la passion animeront dès lors cet étrange personnage…

Curieuse expérience que d’être transporté ainsi avec aussi peu de temps et de moyens. Et encore plus extraordinaire que celle de s’identifier à une poupée en bois. La magie de l’animation…

Dommage que ce court métrage soit hors compétition !

Rencontre avec Grégory Gadebois

Pour sa 27ème édition, le FIPA de Biarritz a programmé quelques nouveautés parmi lesquelles les masterclass. Le premier invité de ces nouvelles rencontres était Grégory Gadebois. Le comédien, césarisé en 2012, s’est prêté, tout en retenue et pudeur, au jeu des questions/réponses avec la journaliste de France Culture Aude Lavigne et le public.

Mercredi, à 15 heures, au cœur du Casino municipal de Biarritz, avait lieu la première rencontre de l’édition 2014 du Fipa. Nouveautés du programme du festival, ces masterclass ont pour objectif « de présenter des créateurs au public », comme l’explique François Sauvagnargues, délégué général du FIPA. Le président de l’Adami, la société d’artistes – interprètes qui soutenait l’évènement, ajoute que « de tels instants permettent au public de découvrir ce qu’il se passe dans la tête d’un artiste ».  Le premier à s’essayer à l’exercice n’était autre que Grégory Gadebois, comédien. Guidé par Aude Lavigne, journaliste à France Culture, ce grand timide est revenu sur son parcours professionnel.

Du mauvais élève au pensionnaire de la Comédie Française

Gregory Gadebois, né une quarantaine d’année plus tôt en Normandie, n’était pas bon élève lorsqu’il était enfant. « On peut le dire, j’étais carrément nul » confesse-t-il avec un léger sourire. Perdu, il n’a aucune maîtrise sur sa vie et son avenir. Sa mère, pour l’aider à vaincre sa timidité, a alors l’idée de l’inscrire à un cours de théâtre. Faire carrière sur scène, il n’y avait encore jamais pensé. Selon lui, il s’est juste « retrouvé là ». C’est un univers riche, passionnant et intriguant qui s’ouvre pourtant à lui. Un nouveau monde, dans lequel celui qui a toujours souhaité faire comme les autres, trouve enfin  sa place.

Poussé par son professeur, il passe quelques temps plus tard le concours d’entrée au Conservatoire de Rouen. C’est un succès. Il enchaîne ensuite avec le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Là, il fait la rencontre de certains professeurs, parmi lesquels Catherine Higiel, chez qui il retrouve un écho de sa vision des choses, du monde, des gens. Une fois diplômé, il travaille quelques années sur scène et devant des caméras, avant de devenir pensionnaire pour cinq ans à la Comédie Française. A cette époque, il joue énormément. « Une fois, j’ai compté, j’avais joué 38 fois au cours d’un mois de février qui ne comptait que 28 jours ». De ces années, il retient une profonde expérience théâtrale.

La reconnaissance du grand public

En 2012, Grégory Gadebois décroche le césar du meilleur espoir masculin pour son rôle dans le film Angèle et Tony, d’Alix Delaporte. Il y joue le rôle d’un marin pêcheur, avec un cœur généreux, très observateur du monde qui l’entoure, très économe en paroles. « Je joue peut-être trop des silencieux » semble s’interroger l’acteur, devant le public du Fipa. C’est en effet aussi le rôle d’un homme non bavard qu’il joue au théâtre depuis plusieurs mois et qu’il est venu présenter au Fipa : Charlie, le héros de l’œuvre Des fleurs pour Algernon.

Gregory Gadebois

Grégory Gadebois

La pièce connaît un véritable succès à Paris, et est actuellement en tournée dans toute la France. L’adaptation télévisée réalisée par Yves Angelo est en compétition dans la catégorie fiction de la 27ème édition du Fipa. Et inutile de penser que Gadebois assistera aux projections programmées. « Je n’ai jamais vu aucun de mes films. Je préfère que les gens me disent ce qu’ils en pensent. Si jamais quelqu’un me voit, me dit qu’il a aimé, et que je le visionne ensuite, alors je saurais qu’il a menti. » Un grand acteur et comédien qui reste timide et presque pudique, malgré la reconnaissance du public pour son talent.

 

 

 

 

Peaky Blinders : quand Scorsese et Dickens s’envoient une pinte ensemble

La BBC s’est aussi lancée dans la course aux séries depuis quelques années, après l’excellent Luther, la chaîne BBC2 réitère avec Peaky Blinders. La première saison est déjà sortie dans les pays anglophones et les deux premiers épisodes étaient diffusés pour la première fois en France au FIPA.

Tommy Shelby (Cillian Murphy) Crédit photo: FIPA

Tommy Shelby (Cillian Murphy) Crédit photo: FIPA

Les Peaky Blinders sont une bande de voyous ayant réellement sévi dans le Birmingham des années 1920. Le gang tire son nom de l’habitude qu’avaient ses membres de dissimuler des lames de rasoir dans la visière de leur casquette. Des sales types qu’il valait mieux éviter en somme. A leur tête, l’inquiétant Tommy Shelby, joué par Cillian Murphy (vu dans 28 jours plus tard et Le vent se lève). Habitués de paris truqués et de vendettas sauvages, tous les personnages baignent dans un quotidien sombre et violent. Après avoir détourné par erreur du matériel militaire à destination de la Lybie, les membres du gang sont pris pour cible par un redoutable détective de la police irlandaise (Sam Neil), mandaté par Churchill en personne. L’univers de Scorsese avec ses fratries de gangsters attachants se mêle peu à peu à celui de Dickens, avec ses quartiers ouvriers anglais, ces bâtiments victoriens en briques rouges dans lesquels s’étend une misère sociale décadente suintant le mauvais gin et la bière bon-marché.

Le pendant britannique de Boardwalk Empire

Peaky Blinders pourrait bien être en effet le pendant britannique de l’excellente série Boardwalk Empire produite par Martin Scorsese et HBO. Outre de posséder toutes deux une réalisation hyper soignée et un goût pour la violence esthétique, ces deux bijoux télévisuels partagent beaucoup de leur ADN. L’époque d’abord: l’immédiat après-guerre et l’omniprésence des vétérans de la Grande guerre encore hantés par les horreurs des tranchées, les thématiques: l’âge d’or des gangsters gominés en costume trois pièces, la corruption des élites, l’affrontement des communautés, l’engagement dans des causes politiques (l’IRA tient une place importante dans les deux séries). Chacun se radicalise, certains choisissent la lutte syndicale, d’autres profitent de la conjoncture et spéculent sur la misère, comme lance cyniquement un des personnages « le point commun entre les bookmakers et les communistes, c’est qu’ils vivent tous deux sur les illusions des pauvres ».

Même si la série reprend des ingrédients déjà vus, l’engrenage se met vite en place et la reconstitution de l’époque est remarquable. Mention spéciale pour la bande originale particulièrement audacieuse mélangeant des chansons folkloriques irlandaises et des morceaux chaotiques des White Stripes. Vivement la suite donc.

Une souris et un homme

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Le long-métrage Des fleurs pour Algernon, réalisé par Yves Angelo et dont l’unique rôle est confié à Gregory Gadebois, parvient à transcrire à l’écran la pièce de théâtre dont il s’est inspiré, et ce avec succès.

« C’est l’histoire d’un homme qui a pour partenaire une caméra qui le filme ». C’est ainsi que Yves Angelo résume la fiction qu’il a réalisé et qui est aujourd’hui présenté au FIPA : Des fleurs pour Algernon. Cette adaptation de la pièce de théâtre mise en scène par Anne Kessler, elle-même écrite d’après le roman de science fiction de Daniel Keyes, consiste en effet en un monologue porté de façon formidable par l’acteur Gregory Gadebois. Ce dernier parvient, en complicité avec son réalisateur, à transposer son rôle théâtral au petit écran et à en présenter d’autres aspects.

Charlie a un QI anormalement faible. Pourtant, il n’est pas bête, mais simple, et extrêmement motivé pour progresser, comme le soulignent les docteurs de l’hôpital. Ce qui le bloque, c’est qu’il ne parvient à penser, à imaginer, ou à se projeter. Il reste perdu dans un labyrinthe de perplexité, et se désole qu’une souris blanche du nom d’Algernon réussisse mieux que lui les tests soumis par les docteurs. Les choses vont progressivement changer lorsqu’il est sélectionné pour devenir le cobaye d’une expérience destinée à le rendre intelligent. Devenu Charles grâce au respect gagné en raison de son QI anormalement élevé, il n’en reste pas moins esseulé et coupé des moyens de communication avec le monde qui l’entoure.  C’est lorsque la souris Algernon, à laquelle il est très attaché et qui a subi la même opération que lui, montre les premiers signes de dégénérescence que Charles comprend que malgré toutes les connaissances engrangées, il est voué à redevenir Charlie à terme.

Un parcours en forme de courbe de Gauss

Les évolutions entre les états d’intelligence du personnage ne sont pas immédiates. Elles se font selon le modèle de la courbe de Gauss : une amélioration progressive, jusqu’à l’acmé, suivi d’une lente dégénérescence. Charles prend peu à peu conscience du monde qui l’entoure, du rire blessant de ceux qui se moquent de sa bêtise, et du ridicule microcosme de la bourgeoisie scientifique. Il comprend progressivement que l’on se sert de lui et qu’il n’est rien d’autre qu’un cobaye. Mais cette lente ascension lui permet en outre de goûter aux joies de la connaissance, de l’apprentissage universel des sciences, des arts et des lettres, et de trouver de nouvelles formes de langage comme la musique qui passe par son violoncelle. Il jouit également du pouvoir de séduction associé à cette intelligence, mais reste fidèle à son premier et éternel amour. Gregory Gadebois parvient avec brio à sublimer cette lente transformation tout en soulignant que Charles et Charlie ne sont pas deux personnes différentes mais bien un seul et même homme. Certes le langage se transforme, Charles gagne en confiance, mais il reste fidèle à Charlie, qui n’était pas un sous-homme contrairement à ce que pense le personnel hospitalier. Ce lien est préservé grâce à l’amitié qu’il entretient avec Algernon, qui évolue à ses côtés.

La caméra, dernier allié face à la solitude

Pour suivre cette lente progression à travers le tunnel de la connaissance, Yves Angelo a choisi un dispositif qui permet de souligner à la fois l’intériorité et l’extériorité du monologue. L’unique personnage est filmé durant tout le long métrage par une caméra portée, à laquelle il s’adresse telle une confidente. La caméra, et les spectateurs qui lui sont liés, n’est pas une présence désincarnée mais interpelle silencieusement Charlie, qui lui narre son parcours. C’est cette proximité crée avec le protagoniste, ainsi que la simplicité des décors déserts et la beauté de la photographie qui interpellent le spectateur et l’émeuvent. Le public du théâtre est ainsi remplacé par celui du cinéma par l’intermédiaire de la caméra. Le monologue et les silences prennent alors toute leur ampleur dans la bouche d’un Gregory Gadebois saisissant.

La Syrie est aussi au FIPA

Alors qu’aujourd’hui toutes les caméras sont braquées sur la conférence de Genève-2, le FIPA lui aussi est au cœur de l’actualité avec la Syrie. Au programme : Syrie 2.0 : The Battle of Aleppo- Syrie 2.0 : la bataille d’Alep, réalisé par Amedeo Ricucci, journaliste pour la Radiotelevisione Italiana (RAI). Originalité ? Des images tournées uniquement à l’aide d’un smartphone.

Amedeo Riccuci, © Huffington Post Italie

Amedeo Riccuci, © Huffington Post Italie

 Au cœur de l’enfer

6 octobre 2012 : c’est le début du périple d’Amedeo Ricucci entré en Syrie muni seulement d’un smartphone. L’objectif est alors pour la RAI d’entrer au cœur d’une bataille sur laquelle peu d’informations circulent. Jour après jour, le journaliste ère dans les rues d’une ville en décombres sur fond de bombardements. Tout au long du reportage, c’est la rencontre avec les combattants de l’Armée Syrienne Libre (ASL) en lutte contre le régime de Bachar al-Assad. Sang, blessés, cadavres : les images d’Amadeo Ricucci sont à la fois inédites et tragiques, parfois même choquantes. Tout comme la conférence de Genève-2, le reportage fait état de la division au sein de l’ASL. Amadeo Ricucci a suivi notamment le périple des « Martyrs de Badr », groupe d’environ 90 membres. Leur détermination pour combattre le régime de Damas ne fait aucun doute. Le journaliste commente la dure réalité de la guerre : ce sont parfois des « enfants » qui scandent « Bachar, fils de chien ». La guerre ne concerne pas seulement les combattants. C’est aussi le quotidien de civils. Acheter du pain ? File d’attente interminable, parfois pour rien.

2.0

Le reportage d’Amadeo Ricucci est aussi une illustration des difficultés du journalisme de guerre. Le smartphone apparaît pour le journaliste le meilleur moyen d’être au cœur du conflit.

 « C’est pas sympa les bombes sur la gueule ».

La tension est palpable. Impossible de se déplacer sans protection. Le casque est de rigueur, même à la maison. Du côté de la rédaction en Italie, l’inquiétude est à son comble : «On devrait lui dire de rentrer.» Amedeo Ricucci n’hésite pas à affirmer : «La sécurité est en option». La réalité des images plonge le spectateur aussi dans le conflit. Il est face à des moments de pression intense mais aussi des moments de relâchement. Voir un homme jouer avec un chat n’aura sûrement jamais été aussi apaisant.

Une lueur d’espoir ?

Comment ne pas ressentir de la tristesse en regardant Syrie 2.0? Il est alors facile de comprendre la défiance d’une femme face à la caméra d’Amadeo Ricucci : «Vous filmez, vous filmez mais ça ne sert à rien.» Compassion aussi, en attendant les mots d’un combattant : «On veut vivre, se marier, faire ce que font tous les peuples dans le monde.»

Mais les images ne sont pas toujours sombres. Sourires d’enfants, avec des yeux brillants, des vêtements colorés mais surtout faisant le V de la victoire.  Ces images proviennent d’un camp de réfugiés à proximité de la frontière turque. Point commun avec Genève-2 : la question des réfugiés, dans le territoire syrien mais aussi vers les pays voisins. C’est donc l’ensemble de la région qui est concernée par le conflit syrien. Ces gens ne veulent qu’une chose, le retour de la paix.

L’aventure d’Amedeo Ricucci s’achève le 21 octobre 2012. Genève-2 s’achèvera le 25 janvier 2013. Syrie 2.0 est un beau reportage. Mais face à temps de dégâts, comment ne pas espérer un compromis et in fine la paix?

Du mariage et du clitoris en Turquie

26269Au Fipa 2014, projection en avant-première du documentaire Le Droit au Baiser, consacré aux mœurs sexuels de la Turquie contemporaine.

«Je ne crois pas en l’égalité entre hommes et femmes», déclarait le Premier ministre turc Erdogan en mai 2013. Trois mois plus tard, il approfondissait ce propos en affirmant qu’une femme devait avoir « au minimum trois enfants » et veiller prioritairement à leur éducation, tandis que le mari se chargeait de subvenir aux besoins économiques de la famille. Au même moment, des manifestations enflaient dans les principales villes de Turquie…

Qu’en est-il aujourd’hui des mœurs en matière de relations homme/femme, et plus précisément de sexualité, dans un pays qui s’est longtemps caractérisé par son laïcisme – aspect que  l’AKP d’Erdogan remet progressivement en question ?
Dans son reportage Le Droit au Baiser, Camille Ponsin traite le sujet d’une manière vivante et actuelle, parcourant Istanbul pour recueillir, avec la complicité de quelques étudiants turcs, des témoignages révélateurs sur la perception du mariage, du flirt, du sexe par les Stambouliotes. Hommes et femmes, jeunes et vieux, musulmans pratiquants et non-pratiquants, tout le monde a son mot à dire, et les avis divergent.

La virginité, un mythe sacré

Du côté des hommes, un mot revient sur les lèvres de manière récurrente : namus, c’est-à-dire virginité. « Je ne pourrais pas épouser une femme qui n’est pas vierge », en déclarent plus d’un. « C’est culturel », ajoutent d’autres. Terme d’origine arabe pouvant être traduit par « vertu », le namus fait allusion à « l’intégrité sexuelle » des femmes, dont le maintien de la virginité jusqu’au mariage est présenté comme une preuve d’honneur, de respect du mari, de respectabilité. Une valeur qui se révèle, dans l’ensemble, multi-générationnelle, puisque partagée aussi bien par les vieux que par les jeunes hommes. Mais le namus est également cautionné par certaines femmes interrogées, faisant elles aussi l’éloge de la « pureté » sexuelle – mais ne sachant pas, au passage, ce qu’est un clitoris…

La dissimulation, le lot commun des femmes stambouliotes ?

Le consensus, toutefois, est nettement moins flagrant quand la caméra se penche du côté des femmes. Face aux jeunes filles voilées qui disent vouloir garder leur virginité par respect de la religion, des interviewées plus dévergondées reconnaissent avoir déjà flirté et eu des relations sexuelles – généralement en cachette du patriarche. Cet aspect de dissimulation s’avère très présent chez ces femmes, dont certaines précisent, mi-gênées mi-frondeuses, qu’elles risqueraient d’avoir quelques embêtements si leurs familles les entendaient… Quelques passages d’autocensure, avec le son coupé, sont également insérés dans le film, comme parties intégrantes du reportage.

Un portrait dynamique de la jeunesse turque sous l’angle de la sexualité

Cette autocensure de la part des personnes interrogées, ces réticences à trop livrer aux intervieweurs une large part de leur vie relationnelle, le réalisateur s’y est heurté dès le début de son travail. Etant parti dans l’idée de réaliser une étude sur la jeunesse stambouliote, il s’est trouvé confronté au refus de la plupart des jeunes de laisser la caméra les suivre dans leur vie relationnelle et leurs sorties nocturnes. Il s’est par conséquent rabattu, comme il l’expliqua au cours du débat suivant la projection du documentaire, sur un projet plus large, englobant plusieurs générations et plusieurs quartiers de la ville.

Pourtant, c’est bien le portrait en demi-teinte d’une jeunesse turque hétérogène, urbaine et « genrée », peinant à s’accorder sur des valeurs communes, partagée entre attachement à la tradition et désir d’émancipation, que nous offre le cinéaste français. Un portrait dynamique, spontané, loin du modèle-type de l’intervieweur bavard et de l’interviewé un peu trop rodé. Sans parti pris, Le Droit au Baiser se présente presque comme une simple observation de mœurs. Impression renforcée par la méthode du « micro-trottoir », amplement exploitée et formant toute la trame du documentaire.

Camille Ponsin reprend ici un procédé préalablement utilisé par le réalisateur Pasolini en 1964 dans son long-métrage consacré à la sexualité en Italie. Reportage dont Ponsin s’inspire largement, intégrant dans son Droit au Baiser des extraits du film de Pasolini, comme pour créer un jeu de miroirs entre la jeunesse italienne des années 1960 et celle d’Istanbul au XXIème siècle… Le cinéaste italien avait entrepris alors de briser les tabous culturels, religieux pesant sur l’analyse de la sexualité ; c’est dans cette même démarche que s’inscrit aujourd’hui le film de Camille Ponsin.

Ceux de 14 reviennent à la télévision!

Alors que s’ouvre l’année du centenaire de la Première guerre mondiale, Olivier Schatzky nous propose une série de six épisodes, inspirée du recueil de récits de guerre de Maurice Genevoix, Ceux de 14. L’idée est selon le réalisateur « d’individualiser la guerre », à travers un regard humaniste. La série sera prochainement diffusée sur France 3.

Les comédiens de Ceux de 14 sur la scène du FIPA, à Biarritz

Revenir à quelque chose de très concret, changer l’image figée que l’on a de la guerre de 14,  telle était la volonté d’Olivier Schatzky dans la réalisation de la série Ceux de 14. Il n’y a pas de héros dans le film mais des hommes « comme nous, comme vous » qui deviennent héroïques à travers notre regard.

« Notre métier n’est pas si difficile que ça finalement! »

La série montre l’avancée progressive dans la guerre, de l’innocence et l’insouciance de ces hommes qui pensent revenir rapidement chez eux à l’horreur des tranchées et enfin la mort presque inéluctable pour chacun d’entre eux. L’accent est mis sur les banalités du quotidien de ce groupe de soldats qui se charrient, racontent des blagues, sont impatients de « mettre la pâté aux sales boches ». Leurs fiancées les attendent à l’arrière-front, s’impatientent, s’étonnent de ne pas recevoir de nouvelles de leur part.

Le lieutenant Genevoix interprété par le jeune Théo Frilet est un personnage plein de tendresse pour ses hommes, un humaniste qui mène son régiment avec bienveillance et fermeté. « La boue, la pluie, les bottes qui font mal aux chevilles, ça n’était pas toujours très agréable. La condition de ces jeunes de notre âge nés cent avant nous devait être ça en bien pire et avec la mort au bout! ».  Il est impossible de s’approcher du réel, on peut juste « imaginouiller » ce que ça devait être! Le soir, fatigués après le tournage on se disait « notre métier n’est pas si difficile que ça finalement! » confie Théo Frilet.

« Le travail de Maurice Genevoix, c’est d’avoir donné des noms à des anonymes » conclut le réalisateur Olivier Schatzky.

Un film qui vous enivre

JSDM. Ou le sigle pas si évident pour Jeudi soir, Dimanche matin. Chez les jeunes, c’est le créneau le plus souvent choisi pour sortir. Et qui dit sortir, dit alcool. Voilà le sujet du documentaire de Philippe Lubliner : quel est le rapport des jeunes à l’alcool ? La production de Point du jour est sélectionnée dans la catégorie Grand Reportage. Si le sujet peut paraître classique, le format nous surprend.

Extrait du film. Crédit photos : Fipa 2014

Extrait du film. Crédit photos : Fipa 2014

Tout débute avec des chiffres : un collégien sur six déclare par exemple avoir déjà connu une situation d’ivresse. Ils ont entre 18 et 22 ans, sont chômeurs, étudiants, travaillent, et ils ont accepté de prendre part à ce film sur leur consommation d’alcool. L’intérêt de l’œuvre, c’est l’idée d’un atelier documentaire. Les acteurs sont aussi juges de leur image et co-auteurs. Ou comment « pousser jusqu’au bout le documentaire », selon les mots du réalisateur. Dans l’auditorium de Bellevue, le public a le sentiment d’avoir partagé leur vie, et d’avoir assisté à la création.

Des acteurs 24h/24
GoPro sur le front, caméra sur l’épaule, appareil photo numérique dans la main, le public est plongé dans l’intimité des soirées du jeudi (et vendredi, et samedi…) soir. Dès le départ, on saisit « le rapport fort avec l’alcool » que connaissent ces jeunes. Mais le documentaire présente différentes nuances dans ces comportements, ce qui permet d’éviter l’écueil de la diabolisation des jeunes. Certaines séquences évoquent bien sûr les dangers liés à ce type de pratique. Un des acteurs est filmé en train d’expliquer sa situation, celle d’un jeune homme qui ne peut plus passer une journée sans boire une ou deux canettes de bière. On peut cependant découvrir une certaine solidarité lorsque les jeunes boivent en soirée. Mais surtout, on comprend que le but est d’abord de se retrouver pour s’amuser : on chante, on danse, on rit, bref, « on s’en fout ».
Les jeunes sont aussi acteurs tout au long des discussions qui rythment le film. Entre eux, ou avec une infirmière, un préventologue, ils discutent de leur pratique, relativisent leurs comportements, rient de leurs derniers « exploits ».

Premiers juges de leurs images
L’idée de filmer les jeunes en train de visionner leurs images leur permet de prendre du recul, de se poser des questions. Tout d’abord autour du rôle de la caméra, entre objectivité et choix des images. Mais aussi sur leurs propres comportements : sont-ils en accord avec eux-mêmes ? Certains assument clairement cette part de leur vie, d’autres ont conscience des potentiels excès. Une grande sincérité naît de cette confrontation avec les images, les jeunes semblent émus de se revoir.
L’intérêt tient aussi à l’essai d’analyse que proposent les jeunes. Loin des discours officiels des médecins ou politiques, ils mettent en avant un certain amour de la destruction, une volonté de s’évader. Ils sont conscients du rôle que jouent les parents dans le rapport que les jeunes ont avec l’alcool. Ils estiment aussi être influencés par toutes les stratégies marketings, la grande accessibilité des boissons alcoolisés.

Acteurs co-auteurs
Les jeunes l’expliquent tout au long du film : l’enjeu, c’était de montrer la réalité, d’être sincères dans leur démarche d’auteurs en herbe. On comprend donc ce qui a motivé les participants, pourquoi et comment ils prennent la parole ou choisissent quelles images montrer. Une véritable réflexion est faite sur l’intention des auteurs. Et le spectateur y a accès, ce qui est une véritable richesse.
La volonté de montrer la réalité se retrouve alors dans l’image et le son, souvent amateurs, toujours bruts. Les milieux dans lesquels évoluent les acteurs sont très aseptisés, impersonnels (rues, locaux municipaux…).
Cette démarche permet finalement au public jeune de se reconnaître dans certaines images des soirées (on connait tous quelqu’un qui chante Patrick Sébastien à chaque soirée), et peut-être de faire naître une réflexion sur leurs propres expériences.

Dans l’atelier documentaire, le sujet participe à la création du reportage, on ne se trouve plus dans une situation de face-à-face. Enfin une vision des jeunes, par les jeunes, et logiquement pour les jeunes.

Et les FIPA d’or sont attribués à …

Le Palmarès de cette 27ème édition du FIPA a été dévoilé lors de la soirée de clôture du festival, suivi de la projection du téléfilm de Sarah Lévy, La clinique du Docteur Blanche. Retrouvez tous les détails sur les films et les jurys sur le site officiel du FIPA

Les Lauréats du 27ème FIPA (Crédits FIPA)

Les Lauréats du 27ème FIPA (Crédits FIPA)

Catégorie Fiction

FIPA d’or attribué à 3XManon de Jean-Xavier de Lestrade

FIPA d’or d’interprétation féminine attribué à Emily Watson pour son rôle dans The politician’s husband

FIPA d’or d’interprétation masculine attribué à Eduard Fernandez pour son rôle dans Descalç sobre la terra vermella

FIPA d’or du meilleur scénario attribué à Britta Stöckle pour le scénario de Pass gut auf ihn auf

FIPA d’or de la meilleure musique originale attribué à David Cervera pour la musique de Descalç sobre la terra vermella

 

Catégorie série

FIPA d’or attribué à Arvingerne d’August Pernilla

FIPA d’or d’interprétation féminine attribué à Helen McRory pour son rôle dans Peaky Blinders

FIPA d’or d’interprétation masculine attribué à Cilian Murphy pour son rôle dans Peaky Blinders

FIPA d’or du meilleur scénario attribué à Maya Ilsoe pour le scénario d’Arvingerne

FIPA d’or de la meilleure musique originale attribué à Martin Phillips pour la musique de Peaky Blinders

 

Catégorie documentaire de création

FIPA d’or attribué à Chante ton bac d’abord ! de David André

 

Catégorie Grand reportage et investigation

FIPA d’or attribué à Congo Business Case de Hans Bouma

 

Catégorie musique et spectacle

FIPA d’or attribué à Colin Davis in His Own Words de John Bridcut

 

Catégorie Smart Fip@

FIPA d’or attribué à 1914, Dernières nouvelles de Bérénice Meinsohn

 

Prix Mitrani attribué à Le Copain d’avant de Laurent Marocco et Françoise-Renée Jamet

Prix des Jeunes européens attribué à Bringing Tibet Home de Tenzin Tsetan Choklay

Prix Jérôme Minet attribué à Des Fleurs pour Algernon de Yves Angelo

Prix Télérama attribué à Art War de Marco Wilms

Faire partie du jury?« J’adore ! »

Pascale Bourgaux, grand reporter et présidente du jury pour la catégorie  « grand reportage » donne son sentiment sur l’exercice de juré au FIPA. Rencontre.

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pascale Bourgaux Crédit photo: FIPA

Pour vous, c’est quoi être membre d’un jury pour le FIPA ?

J’adore ! C’est une grande découverte. Je n’avais jamais été jury de ma vie dans un festival. Mais j’adore pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’on voit pleins de beaux films, pleins de beaux sujets, qu’on apprend des choses et qu’on voyage… Le voyage est obligatoire. On a un choix qui est imposé. On découvre alors des choses qu’on n’aurait peut être pas été voir si on avait dû choisir comme quand on va au cinéma. Première chose donc on apprend, donc on ne perd pas son temps forcément.

Quoi d’autre encore ?

On fait fonctionner un cerveau que normalement on ne fait pas fonctionner. On ne regarde pas seulement  le film pour passer un bon moment. On doit aussi avoir un regard de professionnel, est-ce que c’est bien tourné, monté etc. Donc ça c’est très agréable puisque l’on se rend compte qu’avec notre petite expérience on n’est pas complètement nul !

Autre chose ?

Cela me donne confiance en moi. Et je pense que cela prend du temps de prendre confiance en soi, surtout quand on fait ce métier… Ce n’est pas simple. On vit des situations difficiles. Et là tout d’un coup, non seulement on nous demande notre avis, on nous écoute, on nous chouchoute ! On n’est pas toujours chouchouté, on ne nous écoute pas toujours. Donc c’est génial. Cela me donne beaucoup de confiance et aussi beaucoup d’inspiration.

J’ai vu que aviez présenté au FIPA 2012 Les larmes du seigneur afghan. Qu’est ce que ça fait d’être de l’autre côté de l’écran ?

On se rend compte à quel point c’est effectivement compliqué de choisir entre des films. Quand on participe avec un film, on y va avec son bébé. On a envie que le bébé soit aimé par un maximum de gens, on met son cœur sur la table. Et quand on est de l’autre côté, c’est l’inverse. On est là, on est froid, on n’a pas souffert pour faire le film, on n’a pas perdu d’argent, on n’a pas perdu d’amis sur le terrain. On est juste là dans une salle et on regarde. C’est une autre approche. C’est un autre stress aussi.

Parmi les films que vous jugez est-ce que vous connaissiez déjà certains producteurs, réalisateurs ?

C’est un petit milieu. Il y a  des gens qu’on connait, qu’on côtoie… C’est très compliqué. Je ne savais pas si je pouvais leur dire bonjour ! Mais tout le monde connaît les règles du jeu. Donc on se dit bonjour. Cela se passe très bien.

Cela ne vous gêne pas de juger vos pairs justement ?

La fonction crée l’organe, moi ça me va très bien. C’est très compliqué et je crois justement que c’est quand on a souffert pour faire des films, pour aller sur des terrains difficiles, qu’on peut être apte à faire cela. Je n’aurais  jamais pu faire ça il y a dix ans. C’est impossible. C’est un truc de vieux. Peut-être pas de vieux mais il faut avoir un minimum d’expérience sinon on ne peut pas juger les autres. Je n’ai pas tout fait non plus. Mais voilà je commence à avoir un regard sur les choses, qui n’est peut être pas intéressant. Mais on m’a choisi donc je fais le travail! J’aime beaucoup.

Etes-vous prête à retenter l’expérience ?

S’ils ont encore besoin de moi au FIPA je reviens. J’adore ça ! Vraiment !

Pascale Bourgaux est un grand reporter spécialisée dans le Moyen-Orient, notamment l’Iran, l’Afghanistan ou encore l’Irak. Après avoir longtemps travaillé pour la chaîne de télévision belge RTBF, elle vit aujourd’hui à Paris et travaille pour différents médias comme France 24, France 2 ou encore Le Monde. Elle donne aussi des cours à Sciences Po et fait également du BD-reportage.

Voyage en Absurdistan

Le FIPA a diffusé deux documentaires sur la péninsule coréenne. In between : Isang Yun in North and South Korea de Maria Stodtmeier et la première partie de Corée, l’impossible réunification de Pierre-Olivier François étaient diffusés entre deux documentaires sur la guerre de 14.

In Between: Isang Yun in North and South Korea. Réalisation: Maria Stodtmeier

In Between: Isang Yun in North and South Korea. Réalisation: Maria Stodtmeier

Deux films sur le même sujet et pourtant deux manières très différentes de le traiter. Corée, l’impossible réunification est un film constitué d’images d’archives et de commentaires en off. Si le film a le mérite de dresser un tableau comparatif du nord et du sud avec un montage parallèle, il en devient en revanche très académique et peu original. Ceux qui, comme moi, connaissent peu cette région du monde y trouveront des informations factuelles intéressantes et précises, à la manière d’un livre d’Histoire. Ceux qui cherchent au contraire un point de vue un peu alternatif et inédit sur une région qui cristallise tous les fantasmes totalitaires et les dérives propagandiste (au nord mais également au sud) trouveront leur compte avec In between: Isang Yun in North and South Korea.

Cadence militaire vs pop acidulée

Si la Corée du nord devait être une musique, elle serait probablement une cadence militaire, parfaitement rythmée dans laquelle toute fausse note serait impitoyablement sanctionnée. La Corée du sud serait au contraire une pop acidulée et mièvre. Oui, ce sont des stéréotypes, pourtant ces deux frères ennemis tiennent tellement à se démarquer l’un de l’autre qu’ils en versent souvent dans la caricature (je détesterai tout ce que tu aimeras), à l’image de cette petite écolière nord-coréenne qui au début du film répond presque menaçante qu’elle veut « défendre son pays », lorsque sa maîtresse lui demande ce qu’elle veut faire plus tard.

Réconcilier le nord et le sud le temps d’une chanson

North Korea or South Korea? pourrait bien être un jeu en ligne, comme Fashion or porn ? et Serial killer or hipster ? où les internautes devraient deviner si les photos viennent du nord ou du sud. Pour celui qui a déjà joué à ces deux jeux, il y a des pièges et des photos qui trompent. Isang Yun, décédé en 1995 et adulé des deux côtés du 38ème parallèle, pourrait bien être l’une de ses photos. En effet ce compositeur de musique classique, né à Tongyeong (Corée du sud) est l’une des rares figures à faire oublier, le temps d’une symphonie, les menaces d’apocalypse nucléaire et à rassembler tous les Coréens. Connu jusqu’en Europe, Isan Yun a beaucoup voyagé dans les années 1960, et notamment chez l’ennemi du nord, qu’il espérait voir un jour se réunir avec le sud. De retour en Corée du sud, il est accusé d’espionnage, torturé, puis condamné à perpétuité. Sous la pression internationale, la dictature de Park Chung-hee le libère finalement et il trouve refuge en Allemagne. Un institut de musique classique à Pyongyang porte son nom. Ce documentaire qui reprend des images d’archives et des témoignages, dont celui de sa femme, rend hommage à ce musicien atypique et montre qu’on peut dépasser certains clivages grâce à la musique…et à un peu de recul.

On a assisté au line-up d’HBO Europe centrale

Depuis la fin des années 90, HBO a complètement bouleversé le paysage audiovisuel. Après avoir conquis le marché nord-américain et européen, la chaîne à péage se tourne vers l’Europe centrale. Ce qui fait la force de cette chaîne, c’est sans doute sa capacité à se réinventer et à s’adapter à de nouveaux marchés tout en restant exigeante constant en qualité. Hanka Kastelicova, productrice de documentaire était là pour nous présenter rapidement quelques projets.

La présentation HBO

La présentation HBO

Deep love

Janusz est un plongeur expérimenté qu’une attaque a laissé partiellement paralysé.  Loin de se décourager, il va pourtant tenter un ultime exploit: revenir dans le Blue Hole de la mer rouge, une fosse sous-marine mythique, le Graal des plongeurs. Janusz va donc se battre jusqu’au bout pour réaliser son rêve, luttant contre l’avis de tous les médecins. Ce documentaire, réalisé par Jan P. Matuszynski devrait montrer sa lutte au quotidien contre le handicap, la préparation de son périple jusqu’au moment de grâce où Janusz accomplit son exploit.

Totonel

Ce documentaire réalisé par Alexander Nanau nous plonge dans le quotidien glauque et moribond d’une mère de famille roumaine qui retrouve ses trois enfants après avoir passé sept années en prison pour trafic de drogue. La productrice présente au FIPA n’a pas été très loquace sur ce projet mais nous avons retrouvé sur internet la bande-annonce. Un troisième projet mystérieux a été évoqué, il s’intitule The other side of everything mais là encore, peu d’informations ont filtré. Nous en saurons probablement plus dans les mois à venir. En attendant, voici quelques informations sur une nouvelle minisérie HBO, Burning Bush, qui revient sur l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 1969.

Un réalisateur à l’écoute du jeune public

3xManon - Crédit Photo : FIPA 2014

3xManon – Crédit Photo : FIPA 2014

Une classe de seconde du Lycée Sud-Médoc (Bordeaux) a eu la chance de rencontrer Jean-Xavier de Lestrade, réalisateur de 3xManon, dont les deux premiers épisodes ont été diffusés au FIPA hier. Connaissant une relation tumultueuse avec sa mère, Manon est une adolescente très violente à tel point qu’elle finit par agresser sa mère, et se retrouve donc en centre de détention pour mineurs.

Pendant une heure, les lycéens ont pu faire part de leur engouement pour la série. Dès leur arrivée, ils ont voulu connaître la suite et recevoir un DVD. Malgré leur insistance, le réalisateur et le scénariste n’ont rien voulu révéler. Les curieux devront attendre la fin du mois de mars pour voir l’intégralité des trois épisodes sur Arte.

Laisser travailler l’imagination des jeunes
Très simplement, le réalisateur et son scénariste ont répondu aux nombreuses questions des élèves. Beaucoup d’entre eux souhaitaient mieux comprendre le titre (trois fois Manon pour les trois étapes de sa thérapie), ou le scénario. Des discussions très poussées sont ainsi nées de ces interrogations. Cela a permis aux lycéens de débattre autour de sujets variés : modes de soin des jeunes en difficulté, violence qui peut naître de la souffrance, relations mère-filles… Pourtant, les auteurs ont affirmé leur volonté de laisser le choix aux spectateurs, à eux d’interpréter les réactions agressives des personnages.

Même si certaines questions restent en suspens, l’une des lycéennes conclue la fin de la rencontre : « Bravo pour votre film, c’était trop bien ! »

Jean-Xavier de Lestrade, 3xManon
France, 3 x 58 min
Production Image et Compagnie